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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 19:53
 

ujourd'hui, nous était proposé comme évangile, le fameux épisode de l'aveugle de Jéricho, déjà entendu lors du dimanche avant la Toussaint. Anonyme chez Luc, il s'agit de l'aveugle Bartimée de Marc. Jésus traversant la ville de Jéricho se voit apostrophé de manière éhontée voire scandaleuse par un aveugle, un mendiant assis sur le bord du chemin qui désire être guéri. A première vue il pourrait s'agir d'un miracle comme il y en a tant d'autres dans les évangiles mais la guérison de ce fils de Timée- une des rares personnes à être nommée chez Marc- est racontée sous le mode d'un récit d'appel, de vocation ce qu'il n'est pas non plus au demeurant...

 

Cette péricope est particulièrement bien structurée et riche en symboles...

Le récit démarre sur une opposition: un homme seul, assis, se tenant à l'écart du chemin et cette foule -dont Jésus est le centre- en mouvement, en marche vers Jérusalem ( sans doute des pèlerins qui se rendent au Temple pour la grande fête de la Pâque). Bartimée qui mendie sans doute chaque jour à la même place entend parler du passage de Jésus et là malgré sa position d'exclu il interpelle le nazarénien par ce cri: «  Jésus, fils de David, aie pitié de moi! ». Première surprise, ce titre donné à Jésus... (Préfiguration de l'acclamation des Rameaux que rappelle aussi la présence de la foule). Voilà qu'à cet homme originaire de Nazareth, petite ville perdue de Galilée où il est bien connu que rien ne peut sortir de bon..., on donne le titre messianique de « Fils de David ». Cri de la foi bien entendu: le Messie est le Sauveur, le thaumaturge. Quelle opposition encore entre le Fils de Timée et le Fils de David, lignée ancestrale des rois d'Israël... Quelle humilité de la part de ce mendiant qui reconnaît ce qu'il est réellement par rapport au Messie. C'est la première attitude de l'homme de foi, se reconnaître créature face à son Créateur.

Mais Jésus ne répond pas et la foule que l'on imagine joyeuse et bruyante autour du Christ se dresse comme un obstacle infranchissable entre les deux hommes. On essaie de faire taire l'importun mais celui persiste, insiste, persévère dans ses cris et cela avec plus d'intensité encore.... et Jésus est stoppé dans son élan. Il s'arrête. La compassion, la pitié l'arrêtent. C'est la preuve de la puissance de la foi et de la prière.

Nouveau rebondissement, Il n'appelle pas directement notre aveugle et ordonne qu'on lui amène. Le Christ nous répond, nous appelle par des intermédiaires. C'est le rôle des apôtres dans l'Eglise. La foule change d'attitude, on obéit au Christ, on encourage même Bartimée.

La foule se presse pour aider notre mendiant mais là encore surprise, il ne se conduit plus du tout comme l'aveugle qu'il est. Il jette son manteau, se redresse d'un bond et s'élance vers Jésus. En abandonnant son manteau, il quitte tout ce qui faisait sa vie antérieure, ses péchés, ses chaînes qui l'empêchaient de répondre à l'appel de Dieu. Ce bond, c'est l'empressement du croyant, le désir si brûlant du chercheur de Dieu. L'appel du Christ le touche en profondeur, en demandait-il tant? En attendait-il tant? Il sort de son isolement, il rejoint la foule sur le chemin.

Jésus pose alors la question « bête » par excellence: « Que veux-tu que je fasse pour toi? »... Comme si l'aveugle allait lui demander de marcher mieux ou de faire apparaître une miche de pain et quelques poissons pour l'occasion! Le Christ ne voit pas seulement un aveugle, il voit un homme qui souffre, qui a soif de quelque chose de plus grand... Jésus tente d'éveiller l'homme à son désir le plus profond....

L'homme est guéri... mais contrairement aux récits de vocation. Jésus renvoie l'aveugle, il ne demande pas de le suivre. Cependant Bartimée comme illuminé va choisir volontairement de suivre le Christ. Librement il choisit de cheminer avec Jésus vers Jérusalem c'est-à-dire vers la Passion et  la Résurrection. Plus qu'un récit de guérison ou de vocation, c'est donc un récit sur la puissance de la foi. Le foi persévérante est récompensée par le don de la « lumière ».

 

Jetons un coup d'oeil pour terminer à l'homélie II de Grégoire le Grand. Homélie sans doute prononcée vers les années 590-591 à la basilique St Pierre de Rome.

Le saint voit dans l'aveugle le genre humain, chassé du paradis et jeté dans les ténèbres. C'est par la présence du rédempteur que l'homme sera guéri c'est-à-dire éclairé. Par le désir de Dieu, l'homme découvre les joies de la lumière intérieure et s'engage sur le chemin de la vie par la pratique du bien.... La foi, que ce soit chez St Paul ou les Pères a toujours des conséquences sur la vie pratique, sur la vie morale.

Il traduit ensuite le mot « Jéricho » par le mot « lune » qu'il relie aux faiblesses de la chair c'est-à-dire à la faiblesse de notre condition mortelle. Quand Jésus s'approche, l'aveugle voit à nouveau, car Dieu a pris chair.... Le genre humain est haussé à la condition divine. Dieu ne s'est-il pas fait homme pour que l'homme devienne Dieu? L'homme doit cependant se reconnaître aveugle et prendre conscience de son manque de lumière pour crier vers Dieu tel le psalmiste.

Grégoire interprète le cortège accompagnant Jésus comme la « foule tapageuse  de nos désirs », notre imagination folle ou encore le souvenir de nos péchés qui viennent perturber notre prière. La leçon a tiré de cet évangile est simple:  plus la prière est ardue et sèche plus il faut prier et persévérer. Jésus s'arrête et alors: «  Dieu est retenu dans notre coeur et la lumière perdue est retrouvée. » Il faut aussi que nous demandions à Dieu ce que nous désirons même si Dieu sait par ailleurs ce dont nous avons besoin... un des paradoxes typiques de la foi chrétienne! Il faut prier et demander jusqu'à être importun... Dieu nous interroge sur notre désir car il veut exciter notre coeur à la prière et au désir de l'infini.

Enfin, tel l'aveugle, nous devons aussi demander la lumière qui nous donne le discernement sur le bien mais il faut par ailleurs décider librement de Le suivre. Discerner le bien en effet ne suffit pas, il faut encore l'accomplir c'est-à-dire imiter le Christ: soyez parfaits comme votre Père est parfait!


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Published by Jacquotte - dans Catéchisme
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commentaires

jean jacques ganghofer 24/10/2011 20:50


Toujours avec vous ........


DeadZ 08/04/2010 05:16


J'apprécie cette note !


Jacquotte 18/04/2010 17:15



Merci.