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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 15:45

D.pngans sa catéchèse du jour, Benoît XVI reprend une idée fondamentale de sa lettre Porta Fidei: la dimension ecclésiale de la foi.

La foi a-t-elle seulement une dimension individuelle et personnelle ? La semaine dernière il nous a été donné de réfléchir sur le fait que la foi est un don alors que souvent nous la saisissons comme « démarche personnelle ». La question de ce jour nous interpelle aussi vivement dans la mesure où dans notre société la foi est réduite à la sphère privé, individuelle voire subjective. N’avons nous pas tendance à oublier la dimension collective, communautaire de la foi et de la concevoir essentiellement comme une relation entre Dieu et moi : «  (…) la foi a-t-elle un caractère seulement personnel, individuel ? Concerne-t-elle uniquement ma personne ? Est-ce que je vis ma foi tout seul ? Certes, l’acte de foi est un acte éminemment personnel qui advient au plus profond du cœur et qui marque un changement de direction, une conversion personnelle : c’est mon existence qui prend un tournant, une orientation nouvelle. »  Le pape rappelle à cette occasion la profession de foi baptismale à laquelle nous répondons aujourd’hui par un « je crois » ( dans le passé, la formule « nous croyons » était utilisée).

 

« Mais ma foi n’est pas le résultat de ma réflexion solitaire, ce n’est pas le produit de ma pensée, mais c’est le fruit d’une relation, d’un dialogue, dans lequel il y a une écoute, une réception et une réponse ; c’est la communication avec Jésus qui me fait sortir de mon « moi » enfermé sur lui-même pour m’ouvrir à l’amour de Dieu le Père. C’est comme une renaissance dans laquelle je me découvre uni non seulement à Jésus, mais aussi à tous ceux qui ont marché et qui marchent sur la même route ; (…) ». Il est intéressant de comprendre la foi comme dialogue et non pas seulement comme processus de la pensée. La foi n’est pas une spiritualité, une philosophie au sens de ligne de pensée, c’est avant tout une relation de confiance entre Dieu et l’homme. Si le chemin de foi est fondamentalement chemin personnel, il s’inscrit cependant dans une Tradition vivante au sens où je partage cette foi avec d’autres. C’est l’Eglise, le corps du Christ : « Je ne peux pas construire ma foi personnelle dans un dialogue privé avec Jésus, parce que la foi m’est donnée par Dieu à travers une communauté croyante qui est l’Église et qui m’insère ainsi dans la multitude des croyants dans une communion qui n’est pas seulement sociologique, mais enracinée dans l’amour éternel de Dieu, qui en Lui-même est communion du Père, du Fils et du Saint Esprit, qui est Amour trinitaire. Notre foi n’est vraiment personnelle que si elle est aussi communautaire : elle ne peut être ma foi que si elle vit et agit dans le « nous » de l’Église, seulement si c’est notre foi, la foi commune de l’unique Église. »

La foi prend donc une dimension communautaire, ecclésiale ( c’est l’assemblée). La foi n’est pas « ma foi » mais celle de l’Eglise… Une question de responsabilité surgit alors : qu’est-ce que je fais de ce « trésor » de l’Eglise ? Comment est-ce que je le transmets ? Comment est ce que je le vis ? »

Un des signes de cette dimension ecclésiale est bien entendu la profession de foi, la récitation du « Je crois en Dieu ». Si ce texte débute par un « je crois », il se dit en Eglise et contient toutes les vérités de la foi de l’Eglise. Ces vérités ne m’appartiennent pas.

« Le dimanche, à la Messe, en récitant le « Credo», nous nous exprimons à la première personne, mais nous confessons de façon commune l’unique foi de l’Église. Ce « credo » prononcé de façon individuelle s’unit à celui d’un chœur immense dans le temps et dans l’espace, dans lequel chacun contribue, pour ainsi dire, à une polyphonie harmonieuse de la foi. » et plus loin «  « “Croire” est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. “Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère” [saint Cyprien] » (n. 181). La foi naît donc dans l’Église, conduit à elle, et vit en elle. Il est important de le rappeler. »

 

Au cœur de notre foi, ce que l’on peut appeler le kérygme, c’est la foi en Jésus- Christ, le Verbe qui prend chair, qui est mort sur la croix et qui est ressuscité. Une personne qui ne croirait pas en la Résurrection, dans le fait que Jésus est le Fils de Dieu n’est pas en quelque sorte « chrétienne ».  On le voit bien dans les Actes des Apôtres, la foi des Apôtres et des premiers chrétiens consistent essentiellement à professer que Jésus est le Christ ( c’est-à-dire le Messie) et Dieu.

L’Eglise prend forme essentiellement à la Pentecôte ( 50 jours après Pâques) avec le don de l’Esprit.  Je précise car vous savez sans doute qu’il existe une « pentecôte juive » ( Chavouôth), 50 jours après la Pessah (pâque juive- libération d’Egypte) qui est la commémoration du don de la loi sur le mont Sinaï. Au baptême, nous entrons dans l’Eglise et nous recevons personnellement l’Esprit Saint…

« C’est ainsi que commence le chemin de l’Église, communauté qui porte cette annonce dans le temps et dans l’espace, communauté qui est le Peuple de Dieu fondé sur la nouvelle alliance grâce au sang du Christ et dont les membres n’appartiennent pas à un groupe social ou ethnique particulier, mais qui sont des hommes et des femmes provenant de toute nation et culture. C’est un peuple « catholique » qui parle des langues nouvelles, universellement ouvert pour accueillir chacun, au-delà de toute frontière, en abattant toutes les barrières. »

L’Eglise est « catholique ». Ce mot signifie en grec « universelle », c’est-à-dire que le Christ est venu sur terre pour tous les hommes, que tous peuvent recevoir l’Esprit Saint dans une démarche libre et personnelle. Il s’agit d’accueillir Dieu.

 

« Dès le début, l’Église est donc le lieu de la foi, le lieu de la transmission de la foi, et lieu où, par le baptême, on est plongé dans le Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, qui nous libère de la prison du péché, nous donne la liberté des fils et nous introduit dans la communion du Dieu trinitaire. Dans le même temps, nous sommes plongés dans la communion avec les autres frères et sœurs dans la foi, avec tout le Corps du Christ, tirés hors de notre isolement. » 

Nous croyons en Eglise, nous faisons l’expérience de la communion qui est communion fraternelle au sens où par le baptême nous devenons « fils et filles adoptifs de Dieu ». Nous sommes donc « frères » en Christ. C’est l’Eglise qui nous « plonge » en effet dans le mystère christique et donc de la Trinité. Nous célébrons ensemble Dieu dans les sacrements et la liturgie qui elle aussi ne nous appartient pas. Notre foi personnelle est aussi foi de l’Eglise d’où la formule au cours du baptême : « Voilà notre foi, voilà la foi de l’Église et nous nous glorifions de la professer dans le Christ Jésus notre Seigneur ».

 

Si nous avons reçu la foi c’est aussi parce que celle-ci s’est transmise depuis les apôtres, parce que des chrétiens l’ont gardée, approfondie, transmise, faite vivre : « Il y a une chaîne ininterrompue de la vie de l’Église, de l’annonce de la Parole de Dieu, de la célébration des sacrements, qui arrive jusqu’à nous et que nous appelons la Tradition. Elle nous donne la garantie que ce en quoi nous croyons est le message original du Christ, prêché par les Apôtres. » Cette « garantie » est importante, elle nous permet d’éviter le risque du subjectivisme voire de l’hérésie… Il est parfois plus facile de vouloir s’arranger directement avec Dieu et de faire sa petite cuisine dans son coin avec bien entendu le danger d’édulcorer la vérité. Vivre la foi en Eglise, c’est éviter les pièges de l’orgueil…

« De cette façon, si l’Écriture Sainte contient la Parole de Dieu, la Tradition de l’Église la conserve et la transmet fidèlement, afin que les hommes de chaque époque puissent accéder à ses immenses ressources et s’enrichir de ses trésors de grâce. Ainsi, l’Église « perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » » La Bible est Parole de Dieu. En ce sens, Dieu nous parle individuellement dans le secret de nos cœurs, cependant, cette parole n’est pas libre interprétation des Ecritures selon notre bon vouloir.

 

« Enfin, je voudrais souligner que c’est dans la communauté ecclésiale que la foi personnelle croît et mûrit. » « . Et cela vaut aussi pour nous : un chrétien qui se laisse guider et modeler peu à peu par la foi de l’Église, en dépit de ses faiblesses, de ses limites, et de ses difficultés, devient comme une fenêtre ouverte à la lumière du Dieu vivant, qui reçoit cette lumière et la transmet au monde. » Bref, nous avons besoin des autres, besoin de l’Eglise pour grandir dans la foi. Un chrétien qui ne serait jamais en contact avec l’Eglise, qui ne participe jamais à la liturgie prend le risque de laisser s’endormir sa foi….

 

En guise de conclusion, contentons-nous encore une fois des paroles du saint Père :

« La tendance, aujourd’hui répandue, à reléguer la foi dans le domaine du privé contredit donc sa nature même. Nous avons besoin de l’Église pour avoir la confirmation de notre foi et pour faire l’expérience des dons de Dieu : sa Parole, les sacrements, le soutien de la grâce, et le témoignage de l’amour. Ainsi, dans le « nous » de l’Église, notre « je » pourra se percevoir à la fois comme le destinataire et le protagoniste d’un événement qui le dépasse : l’expérience de la communion avec Dieu, qui fonde la communion entre les hommes. Dans un monde où l’individualisme semble régir les rapports entre les personnes, en les rendant toujours plus fragiles, la foi nous appelle à être Peuple de Dieu, à être Église, porteurs de l’amour et de la communion de Dieu pour tout le genre humain (cf. Const. past. Gaudium et spes, n. 1). »

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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