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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 16:16

C.png’est une très belle catéchèse qui nous est proposée aujourd’hui… Elle nous parle du « désir de Dieu »,  thème si cher aux pères de l’Eglise, aux grands mystiques qui nous touche aussi alors que nous venons de fêter les saints ( le 1er novembre) et les fidèles défunts (le 2 novembre).  Ce désir de Dieu est une idée central de notre anthropologie chrétienne. L’homme créé par Dieu à sa source et sa fin en Dieu. En l’homme, un désir profond l’habite celui de Dieu que d’autres pourraient traduire par la quête du bonheur ou de l’absolu… Ce désir est traité tout au début du Catéchisme de l’Eglise Catholique comme le remarque Benoît XVI dans son introduction :  « Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher » (n. 27). »

 

Une première remarque, le difficulté dans notre « culture occidentale sécularisée » de reconnaître de désir réel et mystérieux. : « Un grand nombre de nos contemporains pourraient en effet objecter qu’ils ne ressentent en aucune façon un tel désir de Dieu. Pour de larges couches de la société, Il n’est plus l’attendu, le désiré, mais plutôt une réalité qui laisse indifférent, face à laquelle on ne doit pas même faire l’effort de se prononcer. »

Pour comprendre plus facilement ce désir de Dieu, le pape nous rappelle que l’homme est fondamentalement un être de désirs et que ce désir de Dieu se retrouve déjà à travers d’autres formes : « Le désir humain tend toujours vers des biens concrets déterminés, souvent tout autres que spirituels, et toutefois, on se trouve face à l’interrogation sur ce qu’est véritablement « le » bien, et donc, à se confronter avec quelque chose qui est différent de soi, que l’homme ne peut construire, mais qu’il est appelé à reconnaître. Qu’est-ce qui peut véritablement satisfaire le désir de l’homme ? »

Le pape parvient ainsi à une question fondamentale pour l’homme que  nous avons déjà traité en éthique. Qu’est ce qui peut faire le bonheur de l’homme ? C’est la question du jeune homme riche que développe Jean Paul II dans Veritatis Splendor «  que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Qu’est ce qui peut me combler pleinement ? Le désir humain est un véritable dynamisme en l’homme, il n’est pas mauvais, il permet à l’homme de se projeter vers l’avenir, de s’ouvrir à l’autre, de se dépasser… Ecoutons  le pape :

« Dans ma première encyclique, Deus caritas est, j’ai tenté d’analyser la façon dont ce dynamisme se réalise dans l’expérience de l’amour humain, expérience qui, à notre époque, est plus facilement perçue comme un moment d’extase, où l’on sort de soi, comme un lieu dans lequel l’homme sent qu’il est traversé par un désir qui le dépasse. À travers l’amour, l’homme et la femme expérimentent de façon nouvelle, l’un grâce à l’autre, la grandeur et la beauté de la vie et du réel. Si ce dont je fais l’expérience n’est pas une simple illusion, si vraiment je veux le bien de l’autre comme voie également pour mon bien, alors je dois être prêt à ne plus être au centre, à me mettre à son service, jusqu’à renoncer à moi-même. La réponse à la question sur le sens de l’expérience de l’amour passe donc à travers la purification et la guérison de la volonté, exigée par le bien même que l’on veut à l’autre. Il faut s’exercer, s’entraîner, également corriger, afin que ce bien puisse véritablement être désiré. »

Comprendre le désir à travers l’amour et en particulier l’amour humain est en effet fort éclairant. On voit alors que le désir n’est pas simple recherche égoïste, égocentrique de son plaisir. Il exige dépassement, don de soi… le pape parle même de renoncement  et un peu plus loin de « pèlerinage » ou encore d’ « exode »

« À travers ce chemin, l’homme pourra progressivement approfondir la connaissance de l’amour dont il avait fait l’expérience à l’origine. Et le mystère qu’il représente prendra aussi toujours plus forme : en effet, pas même la personne aimée est en mesure de satisfaire le désir qui habite le cœur humain, au contraire, plus l’amour pour l’autre est authentique, plus il laisse entrevoir l’interrogation sur son origine et sur son destin, sur la possibilité qu’il a de durer pour toujours. C’est pourquoi l’expérience humaine de l’amour porte en soi un dynamisme qui renvoie au-delà de soi-même, c’est l’expérience d’un bien qui conduit à sortir de soi et à se retrouver face au mystère qui entoure l’existence tout entière. »

La question de la satisfaction du désir est interrogation sur le sens de l’existence, sur le sens de sa vie. C’est une expérience d’ouverture vers quelque chose d’infiniment plus grand que soi, vers l’Autre. Le saint père cite alors d’autres expériences que l’amour qui peut conduire à cela : l’amitié, le beau, l’amour pour la connaissance… Nous parvenons quoiqu’il arrive au « mystère qui entoure l’homme lui-même »… Nous faisons expérience d’un désir profond qui habite tout homme.

« Sans aucun doute, à partir de ce désir profond, qui cache également quelque chose d’énigmatique, on ne peut arriver directement à la foi. En définitive, l’homme connaît bien ce qui ne le satisfait pas, mais ne peut imaginer ou définir ce qui lui ferait expérimenter ce bonheur dont il conserve la nostalgie dans le cœur. On ne peut connaître Dieu à partir uniquement du désir de l’homme. De ce point de vue, le mystère demeure : l’homme recherche l’Absolu, il le cherche à tâtons et de façon incertaine. Et toutefois, l’expérience du désir, du « cœur inquiet » comme l’appelait saint Augustin, est déjà très significative. Elle nous montre que l’homme, au plus profond de lui, est un être religieux (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 28), un « mendiant de Dieu ».

 C’est de cette recherche, de cette quête de l’homme que l’on peut parvenir à la foi au sens où l’homme n’est pas seulement « animal politique » mais « animal religieux ». La foi n’est pas de l’ordre de l’absurde ou de la superstition. Elle trouve ses fondements dans la nature même de l’homme qui est être de désirs, être en recherche. Le désir sous entend un chemin tout comme la foi.

Benoït XVI imagine et propose alors une pédagogie du désir. Pédagogie où l’homme est éduqué aux joies véritables et non à la recherche de désirs vains qui conduisent en fin de compte à l’insatisfaction et au désabusement…  Je suis particulièrement frappée par le désenchantement qui habite la jeunesse. Ils n’ont pas 17 ans et sont déjà désabusés, ont déjà tous vus.

« Il serait d’une grande utilité, à cette fin, de promouvoir une sorte de pédagogie du désir, tant pour le chemin de celui qui ne croit pas encore, que pour celui qui a déjà reçu le don de la foi. Une pédagogie qui comprend au moins deux aspects. En premier lieu, apprendre ou réapprendre le goût des joies authentiques de la vie. Toutes les satisfactions ne produisent pas en nous le même effet : certaines laissent une trace positive, sont capables de pacifier l’esprit, nous rendent plus actifs et généreux. D’autres en revanche, après la lumière initiale, semblent décevoir les attentes qu’elles avaient suscitées et laissent parfois derrière elles l’amertume, l’insatisfaction ou un sentiment de vide. Éduquer dès l’âge tendre à goûter des joies véritables, dans tous les domaines de l’existence — la famille, l’amitié, la solidarité avec celui qui souffre, le renoncement à son propre moi pour servir l’autre, l’amour pour la connaissance, pour l’art, pour les beautés de la nature —, tout cela signifie exercer le goût intérieur et produire des anticorps efficaces contre la banalisation et l’aplatissement aujourd’hui répandus »

Je  ne résiste pas à vous donner la fin du texte : «  Nous devons donc penser qu’il est possible, même à notre époque, apparemment si réfractaire à la dimension transcendante, d’ouvrir un chemin vers l’authentique sens religieux de la vie, qui montre que le don de la foi n’est pas absurde, n’est pas irrationnel.. Les adultes aussi ont besoin de redécouvrir ces joies, de désirer des réalités authentiques, en se purifiant de la médiocrité dans laquelle ils peuvent se trouver englués. Il deviendra alors plus facile d’abandonner ou de repousser tout ce qui, malgré des dehors attirants, se révèle en revanche insipide, source d’accoutumance et non de liberté. Et cela fera émerger ce désir de Dieu dont nous parlons. 

Un deuxième aspect, qui va de pair avec le précédent, est de ne jamais se contenter de que l’on a atteint. » Une invitation encore une fois à viser la perfection, le progrès constant pour ne  pas « s’engluer dans la médiocrité » de l’existence ? Si nous appliquions cela à tous les domaines de la vie : famille, enseignement, catéchèse, beauté de la liturgie, travail…

C’est une question d’exigence et je pense que nous avons de fait un peut perdu cette dimension : « Ce sont justement les joies les plus vraies qui sont capables de libérer en nous cette saine inquiétude qui conduit à être plus exigeants — vouloir un bien plus haut, plus profond — et en même temps à percevoir avec une clarté toujours plus grande que rien de fini ne peut combler notre cœur. Nous apprendrons ainsi à tendre, désarmés, vers ce bien que nous ne pouvons pas construire ou nous procurer par nos propres forces; à ne pas nous laisser décourager par la difficulté ou les obstacles qui viennent de notre péché. »

Notez que ce chemin de perfection n’est pas vanité et orgueil mais chemin d’humilité car il se fait en Dieu. Voir ce qui vient de Dieu et de notre propres forces. Ne nous laissons pas séduire  par une fausse modestie ou humilité qui n’est que tiédeur (Dieu vomit les tièdes) et médiocrité. L’humilité consiste en un regard vrai (voir ses qualités et ses défauts, se comprendre comme dépendant de son Créateur… nous sommes « à peine moins grand qu’un Dieu » et pourtant nous somme misérables… C’est le paradoxe de notre condition humaine).

 

Le saint père profondément optimiste nous rappelle alors la miséricorde de Dieu et la rédemption.  Nous pouvons tomber, chuter, régresser, nous tromper, nous perdre et pourtant Dieu reste fidèle, pourtant le pire des criminels ne perd pas « cette étincelle divine » qui habite le cœur de chaque homme : « Même dans l’abîme du péché ne s’éteint pas en l’homme cette étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le goûter, et d’engager ainsi un parcours d’élévation, auquel Dieu, avec le don de sa grâce, ne fait jamais manquer son aide. »

 

Concluons : « «Il ne s’agit donc pas d’étouffer le désir qui est dans le cœur de l’homme, mais de le libérer, afin qu’il puisse atteindre sa vraie hauteur. Lorsque, dans le désir, s’ouvre la fenêtre vers Dieu, cela est déjà le signe de la présence de la foi dans l’esprit, une foi qui est une grâce de Dieu. Saint Augustin affirme encore : « Avec l’attente, Dieu élargit notre désir, avec le désir il élargit notre esprit et en le dilatant, il augmente sa capacité » (Commentaire à la Première lettre de Jean, 4, 6 : PL 35, 2009). »

 

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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