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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 14:24

N.pngous entrons aujourd’hui, mercredi des cendres, en Carême pour 40 jours. C’est un temps privilégié pour faire le point dans notre vie, en particulier spirituelle. C’est un temps d’ascèse ou encore de combat spirituel. Les textes du Nouveau Testament et ceux des pères aimaient recourir à l’image des athlètes, du stade. Le combat nécessite  préparation et exercices. Si nous luttons avec le Christ contre les forces du mal, il s’agit pour nous essentiellement de ce qu’on appelle une psychomachie c’est-à-dire du combat contre les vices par les vertus.

Je vous propose donc aujourd’hui, une petite lecture plus spirituelle. Il s’agir de la 5ème conférence de Jean Cassien. Ce texte est disponible aux éditions du Cerf, collection Sources Chrétiennes ou plus simplement sur le site des Vrai Chrétiens Orthodoxes, vous y trouverez une mine de textes des pères de l’Eglise ( St Jean Cassien, St Jean Climaque…).

            Qui est Jean Cassien ?  C’est un moine du IV et Vème siècle. On le situe entre 360 et 435. C’était un homme très cultivé, de bonne éducation qui maîtrisait totalement le grec et le latin, en particulier Virgile. Il apprend la vie monastique d’abord en Palestine à Bethléem puis se rend dans les monastères égyptiens. On sait qu’il s’est rendu à Rome pour voir le pape Innocent, qu’il rencontre le futur pape saint Léon puis prend la route pour Marseille où il fonde deux monastères. Il cherche à organiser le monachisme en occident  déjà établit à Lérins. C’est sur les conseils de l’évêque d’Apt, Castor, qu’il rédige ses Institutions et ses Conférences. Il inspirera fortement St Benoît. Dans ces textes, il traite particulièrement de la question des vices et du moyen pour le moine de les combattre.

            Quels sont ces vices ?  Les vices sont au nombre de 8 pour les pères. Ils ont été classés et analysés au départ par Evagre le Pontique et Cassien. Aujourd’hui, on les nommerait les  7 péchés capitaux. Voilà ce que nous en dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) au n° 1866 : « Les vices peuvent être rangés selon les vertus qu’ils contrarient, ou encore rattachés aux péchés capitaux que l’expérience chrétienne  a distingué à la suite de S. Jean Cassien et de S. Grégoire le Grand (in  moralia). Ils sont appelés capitaux parce qu’ils sont générateurs d’autres péchés, d’autres vices. Ce sont l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, l’impureté, la gourmandise, la paresse ou acédie. »

Il est donc bien nécessaire de comprendre les « péchés capitaux » non comme des péchés au sens stricto sensu mais comme des vices, des habitus mauvais ou si vous préférez comme des pensées mauvaises ou mêmes des mauvais esprits. Si ce sont les pères qui établissent les premières distinctions et classifications, les catalogues des vices sont déjà présents dans la tradition néo-testamentaire en particulier chez saint Paul. Hermas dont nous avons déjà parlé avaient déjà établit une première liste des vices en décrivant de manière très pertinente comment ils s’engendrent. Les vices sont de sortes de failles en nous qu’il nous faut connaître et guérir au risque de les voir s’élargir et de sombrer dans le péché. Les tentations, épreuve type de la vie spirituelle, se situent en général au niveau de ces failles. Malgré la grandeur et la dignité de l’homme, la nature humaine est blessée et la croissance spirituelle nécessite lutte et action de la grâce. Le but cependant n’est pas simple équilibre intérieur, développement personnel ou perfectionnement humain. Le but est bien de nous départir de cette pesanteur du mal qui nous englue pour parvenir à Dieu. Le but est l’union à Dieu.  Toute vie spirituelle  prend sa source dans la foi. C’est un progrès permanent, incessant… Voilà pourquoi le Carême revient aussi chaque année ! St Augustin écrivait même que celui qui ne progresse pas, tombe pour ne pas dire régresse. Le Carême est donc bien ce temps privilégié pour nous « réveiller » et nous remettre en route… Il s’agit de gravir la montagne des béatitudes (vertus) pour parvenir à Dieu, à la vision de Dieu : « Heureux ! Ils verront Dieu ! »

            Pourquoi 8 vices ? Pourquoi 7 péchés capitaux ?  Les pères ont plutôt opté pour le nombre 8. En fait, cela correspond aussi à toute une symbolique. Le 7 nous fait penser aux 7 sacrements, aux 7 dons de l’Esprit, aux 7 demandes du Pater, aux 7 béatitudes selon saint Augustin qui justement sont contrariés par 7 vices. Cassien explique le  choix du chiffre 8 à partir de la Bible. C’est au numéro 16 de sa 5eme Conférence : «  Ces vices sont figurés par les sept peuples dont Dieu promit de donner les terres aux enfants d’Israël, lorsqu’ils sortirent d’Egypte. » et au numéro 18 : «  Tout le monde s’accorde à dire qu’il à huit vices principaux qui attaquent les moines. Si l’Ecriture ne nomme pas toutes les nations qui les figuraient, c’est que Moïse, ou plutôt Dieu par Moïse, parle dans le Deutéronome, aux Israélites, qui étaient déjà délivrés d’une nation puissante, c’est-à-dire des égyptiens. ». 8 vices donc  (et même au n° 22, Cassien dit que l’on pourrait ajouter deux vices, l’idolâtrie et le blasphème, en prenant alors comme référence les 10 peuples dont il est question avec Abraham) qui sont a chassé de notre cœur : «  Chaque vice a dans notre cœur une place particulière et pour mieux s’établir à l’intérieur de notre âme, il en chasse Israël, c’est-à-dire les contemplations des choses saintes, et il ne cesse pas de lui faire la guerre. Les vertus ne peuvent s’accorder avec les vertus. »  (n°23)

Ces vices en réalité engendrent une multitude d’autres vices.  Mais ici, il s’agit des  8 vices principaux   qui sont à la cause de tous les autres.  Cassien montre au n°16 comment ces « péchés capitaux » engendrent les autres, comment ils sont à la racine des tous les autres maux qui nous assaillent et nous habitent : « De la gourmandise naissent les excès de la table et de l’ivrognerie ; de l’impureté, les paroles déshonnêtes, les bouffonneries, les railleries et les impertinences ;  de l’avarice, le mensonge, la fraude, le vol, le parjure, le désir des profits honteux, les faux témoignages, la violence, l’inhumanité et les rapines ; de la colère, l’homicide, les cris de l’indignation ;  de la tristesse, la rancune, la faiblesse, le chagrin, le désespoir ;  de la paresse, l’oisiveté, la somnolence, l’ennui, l’inquiétude, le vagabondage, l’instabilité du corps et de l’esprit, le bavardage et la curiosité ; de la vaine gloire, les disputes, les hérésies, la jactance, l’amour des nouveautés ;  de l’orgueil, les mépris, l’envie, les désobéissances, les blasphèmes, les murmures et les médisances. »

            Il s’agit avant tout de connaître les vices, de comprendre leurs mécanismes pour mieux les combattre.  Au début de tout chemin spirituel, il y a la vertu d’humilité, sans doute parce que nous avons chutés par orgueil.  C’est la première des béatitudes, la pauvreté de cœur. L’humilité est lucidité ( le démon n’est-il pas le mère du mensonge ?), clairvoyance… C’est un regard vrai poser sur soi-même. Nous ne sommes pas en effet affectés par tous les vices de la terre. Il nous faut déjà apprendre à nous connaître mais uniquement à la manière de Socrate. C’est se regarder en vérité devant Dieu, devant le Christ qui est lumière et vérité. C’est parvenir à répondre à la question que Dieu pose à Adam après la chute : « Où es-tu ? ». En effet, où en sommes –nous ? Où voulons-nous aller ?  Souvent, nous avons l’impression qu’il est inutile d’aller nous confesser car nous « confessons » toujours les mêmes fautes…. Et bien, n’est pas révélateur de la « faille » qui nous habite ? Quel vice se cache derrière ce continuel péché ? Le déceler c’est parvenir à le combattre. Voilà ce qu’écrit Cassien au n°13 et 14 : « Tous les vices tourmentent les hommes, mais non pas de la même manière. Dans les uns, c’est l’impureté qui tient le premier rang ; dans les autres, c’est la colère qui domine. La vaine gloire tyrannise ceux-ci, tandis que ceux-là sont esclaves de l’orgueil ; tous sont exposés aux attaques de toutes les passions, mais chacun à sa maladie particulière.

Dans les combats que nous avons à livrer à ces vices, il faut examiner celui qui nous est le plus redoutable, et diriger contre lui toute notre attention, tous nos efforts. C’est vers cet ennemi qu’il faut lancer, comme des traits, nos jeûnes de chaque jour, nos soupirs, nos gémissements, nos vertus, nos méditations, adressant à Dieu nos prières et nos larmes, afin d’en obtenir la paix et la victoire (….) Lorsqu’on est délivré d’une passion, il faut chercher de nouveau dans les secrets de son cœur celle qui nous tourmente davantage, et diriger contre elle toutes les armes de notre âme, c’est en surmontant toujours les plus fortes, que nous triompherons plus facilement des autres, car l’âme se fortifie par cette suite de victoires, et les vices plus faibles cèdent au moindre combat. »

En ce début de Carême, il s’agit donc de se rendre dans notre chambre ( notre cœur, notre âme) et sous le regard de Dieu d’oser se regarder en vérité. Nous y découvrirons nos principaux vices mais aussi nos « talents » sur lesquels nous pourrons nous appuyer pour vaincre. Une fois connu, il sera plus facile de choisir nos efforts de Carême : jeûne, aumône et prière en fonction du vice à combattre. En s’attaquant au vice, nous cherchons à nous attaquer à la racine pour être certain de vaincre le péché qui en découle. Cassien utilise deux images pour expliquer cela, au n° 10 : « Le plus facile moyen de faire mourir et sécher un grand arbre dont l’ombrage est nuisible, c’est d’en découvrir et d’en découper les racines qui le supportent ; et pour arrêter l’eau qui désole une campagne, il faut en boucher la source et les ruisseaux. »

« Ainsi, pour vaincre la paresse, il faut surmonter le tristesse ; pour bannir la tristesse, il faut chasser la colère ; pour bannir la colère, il faut étouffer l’avarice ; pour arracher l’avarice, il faut comprimer l’impureté ; pour détruire l’impureté, il faut chasser l’intempérance. »

Cassien décrit aussi avec beaucoup de psychologie et de pertinence les différents vices en montrant par exemple qu’il existe trois sortes de gourmandise, celle qui consiste à se hâter et à manger avant l’heure fixée, la seconde à manger avec excès et à se plaire dans la quantité de plats et enfin à désirer et rechercher mets et plats délicats. Je vous conseille de lire ces §, ils sont très instructifs.

Retenons surtout que pour combattre les vices, il nous faut déjà les connaître, les débusquer. Que ce combat nécessite nos efforts mais surtout l’aide et la grâce de Dieu. Nous pouvons les vaincre par la prière, le jeûne, la méditation de la Parole de Dieu, le chant des psaumes… En sachant surtout que le principe de base doit rester la charité.  Nous devons aussi faire croître en nous les vertus qui elles aussi progressent. Terminons sur cet extrait du n°23 : « Mais lorsque Israël, c’est-à-dire les vertus, ont triomphé des vices qui leur sont contraires, elles occupent les terres. La chasteté remplace dans notre cœur l’impureté ; la patience dissipe la colère ; une joie salutaire et parfaite chasse la tristesse qui causai t la mort, et l’humilité relève ce qu’avait abattu l’orgueil. Ces vertus méritent  bien d’être appelées les enfants d’Israël, c’est-à-dire nos âmes qui voient Dieu. »

 

BON CAREME !

 

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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