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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 11:28

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  oursuivons notre lecture de ce riche enseignement. Nous avons vu hier que raison et foi sont toutes deux des instruments de la connaissance mais elles : « font appel à des processus de connaissance différents. La raison accueille une vérité en vertu de son évidence intrinsèque, médiate ou immédiate; la foi, en revanche, accepte une vérité sur la base de l'autorité de la Parole de Dieu qui est révélée. Saint Thomas écrit au début de sa Summa Theologiae: «L'ordre des sciences est double; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents; d'autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c'est-à-dire la science de Dieu et des saints» (I, q. 1, a. 2). »

Cette distinction est très importante car elle permet l'indépendance des « disciplines ». C'est ce qui nous permettra de distinguer vérités scientifiques et vérité de la foi. Cela dit, elles ne peuvent jamais s'opposer en raison même comme on le soulignait hier de leur source unique: Dieu. Cette distinction précise le saint père: « implique plutôt une collaboration réciproque et bénéfique. »

Qu'apporte la foi à la raison? « La foi, en effet, protège la raison de toute tentation de manquer de confiance envers ses propres capacités, elle l'encourage à s'ouvrir à des horizons toujours plus vastes, elle garde vivante en elle la recherche des fondements et, quand la raison elle-même s'applique à la sphère surnaturelle du rapport entre Dieu et l'homme, elle enrichit son travail »

Quel est ensuite l'apport de la raison pour la foi? Saint Thomas relève un triple service de la raison dans son commentaire du De trinitate de Boèce: « Démontrer les fondements de la foi; expliquer à travers des similitudes les vérités de la foi; repousser les objections qui sont soulevées contre la foi» (q. 2, a. 2). »

Qu'est-ce que l'histoire de la théologie? Et bien la possible intelligibilité de notre foi qui n'est pas superstition, magie, peur fantasmagorique. Le langage théologique est un langage analogique. Pourquoi un langage analogique? Parce que « La distance entre Dieu, le Créateur, et l'être de ses créatures est infinie; la dissimilitude est toujours plus grande que la similitude (cf. DS 806). Malgré tout, dans toute la différence entre le Créateur et la créature, il existe une analogie entre l'être créé et l'être du Créateur, qui nous permet de parler avec des paroles humaines sur Dieu. »

Nous prenions l'autre jour l' exemple du mot « Père » pour désigner Dieu. On se rend bien compte ici qu'il s'agit d'une analogie et que Dieu n'est pas père seulement comme nous l'entendons dans la vie quotidienne. La paternité et la filiation divine ne peut pas se comprendre uniquement à travers nos schémas humains de la paternité et de la filiation.

Mais nous devons parler de Dieu. Cela signifie que nous parlons d'un Dieu infini, unique et pourtant trois personnes, à travers nos mots, notre langage ( avec toutes les difficultés propres au langage. Nous définissons par exemple Dieu comme celui qui « est » alors que dans certains dialectes orientaux le mot « être » n'existe même pas...), et notre pensée finie. Cela n'est pas sans difficulté et pourtant: « Dieu lui-même nous a parlé et nous a donc autorisés à parler de Lui. Je considère qu'il est important de rappeler cette doctrine »

Pourquoi le saint père insiste t'il aujourd'hui sur la valeur du langage analogique? Tout simplement parce que l'une des critiques de l'athéisme moderne et contemporain est justement l'affirmation que le langage religieux n'a pas de valeur objective car certains courants philosophiques pensent que: « l'homme ne connaît pas l'être, mais uniquement les fonctions qui peuvent être expérimentées par la réalité. Avec saint Thomas et avec la grande tradition philosophique, nous sommes convaincus qu'en réalité, l'homme ne connaît pas seulement les fonctions, objet des sciences naturelles, mais connaît quelque chose de l'être lui-même, par exemple, il connaît la personne, le Toi de l'autre, et non seulement l'aspect physique et biologique de son être »

Ce paragraphe est d'une rare importance car il nous montre que la foi, le langage religieux peut toucher la réalité même, qu'il a du sens!

 

Benoît XVI parvient alors sur un autre principe très important qui reflète aussi le lien entre raison et foi. Il aborde la question de la grâce en citant une des grandes formules classiques: la grâce n'abolit pas la nature mais la suppose et la perfectionne. Il rappelle aussi avec justesse que la nature n'est pas corrompue et bonne à jeter à cause du péché mais seulement « affaiblie et blessée ». Pessimistes et détracteurs de la nature humaine devraient méditer sur ces textes. Qu'est-ce que la grâce? Un don... c'est-à-dire quelque chose de gratuit, donné par Dieu, qui ne dépend pas de nous et qui nous est bénéfique: «  La grâce, diffusée par Dieu et communiquée à travers le Mystère du Verbe incarné, est un don absolument gratuit avec lequel la nature est guérie, renforcée et aidée à poursuivre le désir inné dans le cœur de chaque homme et de chaque femme: le bonheur. Toutes les facultés de l'être humain sont purifiées, transformées et élevées dans la Grâce divine. »

Le pape fait alors le lien avec la théologie morale et articule grâce, don du Saint Esprit et raison, loi naturelle et conscience morale: « Au centre de son enseignement dans ce domaine, il place la loi nouvelle, qui est la loi de l'Esprit Saint. Avec un regard profondément évangélique, il insiste sur le fait que cette loi est la Grâce de l'Esprit Saint donnée à tous ceux qui croient dans le Christ. A cette Grâce s'unit l'enseignement écrit et oral des vérités doctrinales et morales, transmises par l'Eglise. Saint Thomas, en soulignant le rôle fondamental, dans la vie morale, de l'action de l'Esprit Saint, de la Grâce, dont jaillissent les vertus théologales et morales, fait comprendre que chaque chrétien peut atteindre les autres perspectives du «Sermon sur la montagne» s’il vit un rapport authentique de foi dans le Christ, s'il s'ouvre à l'action de son Saint Esprit. Mais — ajoute saint Thomas d'Aquin — «même si la grâce est plus efficace que la nature, la nature est plus essentielle pour l'homme» (Summa Theologiae, Ia, q.29. a. 3), c'est pourquoi, dans la perspective morale chrétienne, il existe une place pour la raison, qui est capable de discerner la loi morale naturelle. La raison peut la reconnaître en considérant ce qu'il est bon de faire et ce qu'il est bon d'éviter pour atteindre le bonheur qui tient au cœur de chacun, et qui impose également une responsabilité envers les autres, et donc, la recherche du bien commun. En d'autres termes, les vertus de l'homme, théologales et morales, sont enracinées dans la nature humaine. La Grâce divine accompagne, soutient et pousse l'engagement éthique, mais, en soi, selon saint Thomas, tous les hommes, croyants et non croyants, sont appelés à reconnaître les exigences de la nature humaine exprimées dans la loi naturelle et à s'inspirer d'elle dans la formulation des lois positives, c'est-à-dire de celles émanant des autorités civiles et politiques pour réglementer la coexistence humaine. »

Nous reviendrons dans une prochaine note sur la loi naturelle mais méditons déjà ces paroles de Benoît XVI déjà très éclairantes: « Lorsque la loi naturelle et la responsabilité qu'elle implique sont niées, on ouvre de façon dramatique la voie au relativisme éthique sur le plan individuel et au totalitarisme de l'Etat sur le plan politique. La défense des droits universels de l'homme et l'affirmation de la valeur absolue de la dignité de la personne présupposent un fondement. Ce fondement n'est-il pas la loi naturelle, avec les valeurs non négociables qu'elle indique? »

 

Benoît XVI termine sa catéchèse par ces mots: « Thomas nous propose un concept de la raison humaine ample et confiant: ample, car il ne se limite pas aux espaces de la soi-disant raison empirique-scientifique, mais il est ouvert à tout l'être et donc également aux questions fondamentales et auxquelles on ne peut renoncer de la vie humaine; et confiant, car la raison humaine, surtout si elle accueille les inspirations de la foi chrétienne, est promotrice d'une civilisation qui reconnaît la dignité de la personne, le caractère intangible de ses droits et le caractère coercitif de ses devoirs. Il n'est pas surprenant que la doctrine sur la dignité de la personne, fondamentale pour la reconnaissance du caractère inviolable de l'homme, se soit développée dans des domaines de pensée qui ont recueilli l'héritage de saint Thomas d'Aquin, qui avait une conception très élevée de la créature humaine. Il la définit, à travers son langage rigoureusement philosophique, comme «ce qui se trouve de plus parfait dans toute la nature, c'est-à-dire un sujet subsistant dans une nature rationnelle» (Summa Theologiae, Ia, q. 29, a. 3). »

 

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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commentaires

Clovis Simard 20/07/2012 12:56

Blog(fermaton.over-blog.com),No-3.- MAISON.- La Foi ! c'est mathématiques.