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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 12:34

R.pngien de tel qu'un peu de silence pour se "rebooster".

Je reviens donc de Venasque où se trouve l'Institut Notre-Dame de vie avec son studium, son lieu de pélerinage... Celui-ci fut fondé par le père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus actuellement en voie de béatification. L'Institut comporte une branche sacerdotale (prêtres), une branche de consacrés ainsi que des foyers attachés à la spiritualité. Tous, quelque soit leur état de vie pratique, dans l'esprit carmélitain, l'oraison.

Je vous conseille d'y aller à l'occasion. Venasque est un beau petit village où vous pourrez visiter entre autre un magnifique baptisère construit sur des vestiges romains et les tours 'sarrazines". La région est magnifique et ne manque pas de ballades: Avignon, Carpentras, Le Barroux, Vaison la Romaine, Sénanque, le Mont Ventoux...

Entre visites, ballades et offices, rien de tel que de s'asseoir avec un petit bouquin sous les cerisiers en fleurs. Ce que je n'ai pas manqué de faire, abandonnant cependant le dernier Zafon- qui ne collait pas trop avec l'ambiance- pour un livre autobiographique trouvé sur place, La Nuit privée d'étoiles de Thomas Merton.

 

"Je naquis le 31 janvier 1915, à l'ombre des Pyrénées, libre à l'image de Dieu et prisonnier de ma nature violente et égoïste, à l'image du monde. C'était l'époque où , à quelques centaines de kilomètres de la maison, au fond des tranchées boueuses, des hommes pourrissaient parmi les cheveaux et les canons brisés"

L'auteur  raconte ainsi son itinéraire, son enfance mouvementée de la France aux Etats-Unis en passant par l'Angleterre. La mort de ses parents, sa jeunesse débridé, tournée essentiellement vers les bars et les amusements multiples et variés. Son attirance pour le communisme, ses essais pour les divers cultes protestants, ses premiers romans. Tout y passe. Enfin, sa conversion, son baptême dans l'Eglise catholique et très vite son désir d'être prêtre et même moine. Il fait une demande pour entrer chez les franciscains qui sera refusé. Devenu professeur il fait la rencontre de la "baronne", une femme russe chassée de la Russie par la révolution de 1917, avec qui il découvre Harlem. Il rend alors service dans ce quartier misérable au sein de la "Maison de l'Amitié".... Toujours avec au fond de lui, ce désir d'être prêtre, d'être moine qu'il rejette puisqu'il n'a pas la vocation. Une conscience très aigue de ce qu'est le véritable péché: " le refus formel, délibéré, de l'amour désintéressé, simplement parce que nous ne voulons pas, parce qu'il ne nous convient pas d'être aimé". Thomas Merton a conscience de sa responsabilité personnelle dans la violence, la guerre qui monte dans le monde. Mais face à l'universalité du péché, tel saint Paul, il prend aussi conscience que la charité surabonde. Conscience que les actes qu'il commet à son niveau peut changer quelque chose: " on n'a pas idée de ce que peut faire un seul saint car la sainteté est plus forte que tout l'enfer réuni". Petit à petit, en solitaire, notre futur moine, se forme, approfondi Saint Thomas d'Aquin avec la Somme Théologique puis Saint Augustin avec Les Confessions... Ne pouvant entré chez les franciscains, il décide de vivre cependant une forte vie de prière et s'achète rapidement un bréviaire et découvre ainsi les bienfaits de la prière quotidienne: dans le train, en pleine nature, au fond d'une petite église. Il grandit dans son amour du Christ par la pratique régulière des sacrements.

Puis tout se bousculera, la Providence lui lance des clins d'oeil à travers des amis, des personnes insolites. Il est séduit alors par les chartreux mais l'ordre n'existe pas en Amérique et l'Europe est tombée sous la domination nazie. Il "échoue" alors pour sa plus grande joie à la Trappe ( les cisterciens de stricte observance) et vit alors sous la belle devise "Dieu seul". Une vie entièrement tournée vers Dieu par le travail et la prière. L'ouvrage se termine par la mort de son jeune frère Jean Paul, aviateur qui meurt lors d'un raid en Europe...

 

On a parfois parlé de cet ouvrage comme les "confessions" des temps modernes. Cette descente aux enfers puis la joie et la paix trouvées au fond d'un monastère du Kentucky. Cet ouvrage est remarquable de part  son humanisme , sa poésie et sa spiritualité profonde. On est frappé par la sincérité de l'auteur, par son idéal, sa recherche éperdue de bonheur qui le conduira à Dieu. Les étapes de ce chemin sont étonnantes, des lectures, des poèmes. Il évoquera à plusieurs endroits Joyces, Blake et Hopkins et puis la rencontre avec Saint Thomas à travers le livre d'Etienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiévale. C'est à partir de là qu'il saisit que la religion et en particulier la foi chrétienne n'est pas simple superstition: " Il y avait là une notion de Dieu à la fois profonde, précise, simple et juste."  Ce n'est qu'une étape sur ce chemin de salut et Merton nous les décrit toutes: des rencontres, des amitiés, des lectures comme l'Imitation de Jésus Christ ou les Confessions. C'est un parcours long et laborieux mais où l'on découvre l'action de Dieu dans la vie ordinaire, où l'on découvre le rôle de la communion des saints et comme il l'écrit si justement: "Notre salut se fait par des choses naturelles, ordinaires et moyennes. Il en fut ainsi pour moi: livres, idées, poèmes, récits, tableaux, musique, architecture, villes, paysages, systèmes philosophiques devaient servir de matériaux à la grâce."

 

Le livre s'achève sur une réflexion sur la vie intérieure et la contemplation. On comprend très bien que vie monastique ne signifie pas fuite hors du monde. De la solitude naît une solidarité profonde et mystérieuse. Tout ceux qui auront déjà vécu une retraite dans une abbaye cistercienne se souviendront combien le monde est présent lors des Vigiles, premier des offices pour ces moines qui se lèvent pour prier et faire oraison à 4h00 alors que les autres dorment.

 

Un livre à lire!

"Comment aurais-je pu aimer Dieu, tant que toutes mes actions étaient pour moi, non pour Lui, tant que je ne me fais pas à Son aide, mais m'appuyais sur mes propres lumières et sur mes talents?"

 

SaintThomasdAquin.png

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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