Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:31

I.pngnterrompons aujourd’hui notre lecture d’Evangelium Vitae pour lire le discours du pape François, le 15 juin dernier aux parlementaires français. Il s’agissait d’une délégation du groupe amitié France-Saint Siège. Vous pouvez bien entendu retrouver le discours sur le site du saint Siège, dans la rubrique « François »- « discours ».

Dès le premier paragraphe après les formules de salutation d’usage, le saint Père aborde la notion de « principe de laïcité » si chère aux français. Il rappelle que laïcité ne signifie pas laïcisme c’est-à-dire « hostilité à la réalité religieuse ou une exclusion des religions du champ social et des débats qui l’animent. » Les médias ont parlé de « discours ambigu » du saint Père mais lorsque l’on songe à l’actualité de ces derniers mois et au peu d’écoute du gouvernement face aux interpellations des grandes religions cela semble pourtant extrêmement clair ! Et le saint Père continue : « On peut se féliciter que la société française redécouvre des propositions faites par l’Église, entre autres, qui offrent une certaine vision de la personne et de sa dignité en vue du bien commun. L’Église désire ainsi apporter sa contribution spécifique sur des questions profondes qui engagent une vision plus complète de la personne et de son destin, de la société et de son destin. Cette contribution ne se situe pas uniquement dans le domaine anthropologique ou sociétal, mais aussi dans les domaines politique,  économique et culturel. »

 

François nous rappelle ici que les chrétiens ne peuvent s’exclure de la vie politique et économique et que la neutralité laïque de l’Etat ne peut se faire sans l’écoute et la participation active de l’Eglise. Paragraphe d’une grande force où il nous est rappelé que nous devons saisir l’homme dans sa vocation intégrale et selon sa dignité,  que certaines décisions et lois tendent à déstructurer non seulement l’homme mais aussi toute la société et son avenir. Il se félicite que la « société française redécouvre des propositions faites par l’Eglise », ne s’agirait-il pas des grandes manifestations et débats qui ont eu lieu au cours de l’année autour de la question du « mariage pour tous » et où beaucoup de français croyants ou non ont pris la peine d’interroger leur conscience, de s’informer réellement et de prendre position pour une question non d’intérêt personnel (salaire, retraite, conditions de travail…)  mais de bien commun ? L’Eglise a alors un grand rôle à jouer. Elle peut et doit apporter des réponses à ces questions de société délicates. L’Eglise cela signifie bien évidemment le magistère, le clergé mais tous les baptisés qui ont le devoir de se former (intellectuellement et dans la prière) et d’éclairer leurs consciences. Ils doivent le faire pour eux mais aussi pour tous les autres qu’ils sont appelés à rencontrer dans leur quotidien. 

Vient ensuite le fameux paragraphe polémique où le souverain pontife parle d’ « amender ou d’abroger » certaines loi : « En tant qu’élus d’une Nation vers laquelle les yeux du monde se tournent souvent, il est de votre devoir, je crois, de contribuer de manière efficace et continue à l’amélioration de la vie de vos concitoyens que vous connaissez particulièrement à travers les innombrables contacts locaux que vous cultivez et qui vous rendent sensibles à leurs vraies nécessités. Votre tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger. Il vous est aussi nécessaire de leur insuffler un supplément, un esprit, une âme dirais-je, qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l’indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine. »

Ne pas suivre les modes et les lobbies du moment mais songer aux conséquences et à la construction de l’être humain. Il s’agit de faire grandir l’homme, de «  l’anoblir ». Quels comportements et quelles lois favorisent cette « élévation » de l’être humain ? Voici une véritable question non seulement pour tous les élus mais pour tous les citoyens.

Puisque nous sommes ces jours-ci dans la lecture d’Evangelium Vitae, nous pouvons faire un lien avec le n°73 de cette dernière, je vous cite le § en son entier :

« L'avortement et l'euthanasie sont donc des crimes qu'aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience. Dès les origines de l'Eglise, la prédication apostolique a enseigné aux chrétiens le devoir d'obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués (cf. Rm 13, 1-7; 1 P 2, 13-14), mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu'« il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29). Dans l'Ancien Testament déjà, précisément au sujet des menaces contre la vie, nous trouvons un exemple significatif de résistance à un ordre injuste de l'autorité. Les sages-femmes des Hébreux s'opposèrent au pharaon, qui avait ordonné de faire mourir tout nouveau-né de sexe masculin: « Elles ne firent pas ce que leur avait dit le roi d'Egypte et laissèrent vivre les garçons » (Ex 1, 17). Mais il faut bien voir le motif profond de leur comportement: « Les sages-femmes craignirent Dieu » (ibid.). Il n'y a que l'obéissance à Dieu — auquel seul est due la crainte qui constitue la reconnaissance de son absolue souveraineté — pour faire naître la force et le courage de résister aux lois injustes des hommes. Ce sont la force et le courage de ceux qui sont prêts même à aller en prison ou à être tués par l'épée, dans la certitude que cela « fonde l'endurance et la confiance des saints » (Ap 13, 10).

Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l'avortement ou l'euthanasie, il n'est donc jamais licite de s'y conformer, « ni ... participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi, ni ... donner à celle-ci son suffrage ».

Un problème de conscience particulier pourrait se poser dans les cas où un vote parlementaire se révélerait déterminant pour favoriser une loi plus restrictive, c'est-à-dire destinée à restreindre le nombre des avortements autorisés, pour remplacer une loi plus permissive déjà en vigueur ou mise aux voix. De tels cas ne sont pas rares. En effet, on observe le fait que, tandis que dans certaines régions du monde les campagnes se poursuivent pour introduire des lois favorables à l'avortement, soutenues bien souvent par de puissantes organisations internationales, dans d'autres pays au contraire — notamment dans ceux qui ont déjà fait l'expérience amère de telles législations permissives — se manifestent les signes d'une nouvelle réflexion. Dans le cas ici supposé, il est évident que, lorsqu'il ne serait pas possible d'éviter ou d'abroger complètement une loi permettant l'avortement, un parlementaire, dont l'opposition personnelle absolue à l'avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d'une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Agissant ainsi, en effet, on n'apporte pas une collaboration illicite à une loi inique; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d'en limiter les aspects injustes. »

 

 

            Ce discours nous rappelle que ce n’est pas parce qu’une loi a été votée qu’elle est acquise pour toujours. On peut revenir dessus… La loi interdisant aux femmes de se promener dans la rue et dans un lieu public en pantalon n’a-t-elle pas été abrogée récemment ? Il nous rappelle aussi que le « légal » n’est pas le « légitime » et le « moral ». Nous pouvons nous opposer en conscience à certaines lois.  Cette conscience qui est comme l’écrivait le cardinal Newman, « le premier de tous les vicaires du Christ »,   notre grillon si vous voulez… allons-nous faire comme Pinocchio et la jeter contre le mur où elle tombera « raide morte » ?

SaintThomasdAquin.png 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Lectures
commenter cet article

commentaires