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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 14:57

 

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ous avons pu constater hier que la liberté n'était pas une notion univoque et le Concile lui-même tout en rappelant la grandeur de la liberté, nous mettait en garde sur une certaine conception de la liberté. Je vous rappelle ses propos: " (...) souvent ils la chérissent d'une manière qui n'est pas droite, comme la licence de faire n'importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal."

Faites le test, comme j'ai pu le faire, dans une classe de 2ndes... A la question, "que veut dire "être libre" pour vous?", ils vous répondront invariablement (environ 32 élèves sur 35): "faire ce que je veux, ce qui me plait lorsque j'en ai envie"...  Viennent ensuite des variantes autour de l'indépendance par rapport aux parents, au monde scolaire... Le Concile poursuit en parlant de "vraie liberté" comme "signe privilégié de l'image divine." Mais nous n'en sommes pas encore là dans notre réflexion.

D'une manière générale, la liberté est cette capacité en tout homme à devenir lui-même et à atteindre sa plénitude.

 

De fait, on distingue deux grandes conceptions de la liberté qui ont marqué l'histoire du concept que ce soit en théologie ou en philosophie. L'Eglise  n'a pris parti pour aucune des deux voies, en revanche, comme on va pouvoir le constater, certaines positions absolutisées sont sans doute à condamner. Quoiqu'il arrive, il y a souvent confusion car notre société contemporaine renvoie en général à la liberté d'indifférence alors que lorsque le Concile, Jean Paul II et même Benoît XVI parlent de liberté, ils pensent en fait liberté d'excellence.

 

Je vais essayer d'être synthétique et claire... hummm.... La liberté d'excellence est la conception classique de la liberté que l'on trouve chez les pères puis plutôt au sein de l'école dominicaine illustrée par St Thomas d'Aquin. La liberté d'indifférence, amorcée par Saint Bonaventure mais surtout systématisée et structurée par Guillaume d'Ockham est donc plutôt présente au sein de l'école franciscaine. Mais nous ne nous situons pas dans une simple querelle entre intellectualistes ( dominicains) et volontaristes ( franciscains).

 

Pour bien comprendre, il nous faut d'abord introduire une autre notion; celle du libre-arbitre. Qu'est ce que le libre arbitre? C'est le pouvoir qu'à l'homme de choisir, de se donner une orientation. C'est fondamentalement une liberté de choix. Le libre-arbitre est donc auto-détermination. Le libre arbitre est le propre de l'homme, en d'autres termes, c'est une propriété de l'espèce humaine. Elle est inaliénable malgré la présence de pathologies. C'est une expression de la dignité humaine.

Le libre arbitre fait intervenir l'intelligence et la volonté. L'intelligence qui montre les biens à atteindre. Il faut une comparaison entre les biens pour pouvoir choisir mais c'est aussi comparer un bien particulier par rapport au Bien ou au moins à un bien plus grand. La volonté est ce qui veut le bien. On pourrait ainsi conclure que le libre arbitre procède de l'intelligence et de la volonté.  Ou si vous voulez, la raison connaît le bien et la volonté cherche à le posséder.

Le libre-arbitre peut revêtir deux formes: liberté d'exercice ( liberté ou non d'agir, de vouloir ou de ne pas vouloir) et liberté de spécification ( je choisis entre plusieurs termes et je spécifie ainsi l'objet de mon choix).

Dans le choix, je perds mon indetermination. Le libre arbitre se caractérise donc  par une volonté en acte. C'est ce que nous avons vu hier sur les personnes qui refusent de choisir et donc d'exercer leur liberté.  La liberté comprise ainsi n'est pas un absolu mais une capacité humaine qui prend toute sa consistance dans la décision.

 

Nous pouvons à présent essayer de comprendre la différence entre liberté d'excellence ou de qualité et liberté d'indifférence.

Dans la liberté de qualité la liberté émane de la raison et de la volonté. Pour paraphraser saint Thomas, le libre-arbitre est le fruit de nos connaissances (raison) et amours (volonté).  Il faut comprendre que l'intelligence est naturellement tournée vers le Vrai et que la volonté est naturellement tournée vers le Bien. La liberté n'est donc pas identifiée à la liberté de l'homme qui agit à travers son intelligence et sa volonté, elles-mêmes perfectionnées par les vertus. La liberté dépend donc de cette inclination naturelle vers le Vrai et le Bien.. Elle sa source dans la nature humaine donnée par Dieu.  La liberté est donc un acquis, un accomplissement. On ne nait pas libre quelque part... Enfin, nos actes sont en quelque sorte interactifs. Nos actes antécédents influencent nos actes actuels. Dans ce contexte, la morale est organique et chaque acte augmente ou diminue notre liberté. Les vertus nous aident à poser des actes de qualité. Vous êtes libres de souffler dans ce saxophone, maix croyez moi, les sons qui vont en sortir seront rarement harmonieux. En revanche, je peux m'exercer, apprendre le solfège, les "lois" qui régissent la musique. Après cet apprentissage, je serai en fait davantage libre et je pourrai jouer de manière toujours plus "belle" et tendre vers l'excellence. Voilà un peu comment s'organise la morale dans cette conception: les vertus nous aident à grandir dans le bien et la liberté, la loi est le cadre qui nous aide à devenir libre.

 

Passons à la liberté d'indifférence qui nait donc dans un contexte volontariste pour ne pas dire nominaliste. Guillaume d'Ockham élabore une nouvelle conception de la liberté et par conséquent de la morale. Pour lui, la liberté de Dieu est première et absolue et le bien n'est qu'expression de Sa volonté et non plus de sa nature même de communion d'Amour entre les 3 personnes de la Trinité. La volonté de Dieu pourrait dire aujourd'hui: "tuer est un bien".  Ensuite, Ockham affirme que la liberté précède la volonté et l'intelligence.  Vous être libre de connaître ou non, de vouloir ou non... Il n'y a plus d'inclination naturelle au Vrai et au Bien. Apparaît alors une nouvelle conception du libre-arbitre qui est liberté d'indifférence. Nous sommes libres d'aspirer ou non au bonheur et ainsi de suite, c'est indifférent. C'est une affaire de choix personnel. Quelles sont les conséquences de cette nouvelle conception?  Tout d'abord volonté et liberté vont s'identifier puis la liberté va devenir une sorte d'absolu. Ensuite, les autres volontés (Dieu, les autres hommes)  sont perçues commes des entraves, des obstacles à ma propre volonté et donc à ma liberté. Il y a conflit de volontés.  La loi n'est plus un cadre qui me guide vers le Bien et le vrai mais une obligation qui elle aussi fait entrave à ma liberté mais à laquelle je choisis de me soumettre puisqu'elle est expression de la volonté de Dieu. Les actes sont complètement indépendants les uns des autres ( il y a destruction du système des vertus) et l'acte dit l'homme. On aura donc une tendance très poussée à identifier l'acte à son auteur. Le jugement objectif porté sur l'acte devient acte subjectif porté sur l'ensemble de la personne. 

De cette pensée d'Ockham naît une morale de l'obligation et de la conscience.  Elle a mis l'accent sur le rôle de la conscience, ce qui était nécessaire et capital mais petit à petit la conscience est devenu sa propre norme. Le bien et le vrai objectifs n'existent plus mais c'est la conscience subjective qui dit ce qui est bon ou vrai... D'où un réel souci dans l'éthique contemporaine.

 

Après ces petites précisions nous pourrons nous plonger plus facilement dans les textes conciliaires ou dans Veritatis Splendor de Jean Paul II.

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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commentaires

Henty 20/01/2013 12:13

La pensée d'Ockham me laisse toujours un goût amer... Je ne pense pas qu'on puisse la considérer comme catholique.
Vous en aviez vraiment besoin pour présenter Veritatis Splendor ?
Bien Cordialement

Jacquotte 24/01/2013 10:22



Oui, parce que justement, les notions de vérité et de liberté présentées dans VS ne sont pas dans cette lignée là à mon avis. Il fallait bien les distinguer.