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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 13:03

V.pngoilà un homme dont je n'avais jamais entendu parlé il y a une semaine et depuis ce n'est que "Matteo Ricci" par là et "Matteo Ricci" par ci.

Mercredi dernier, je pars courageusement- affrontant les grèves de la SNCF- vers Nancy et je tombe sur un article fort intéressant sur ce grand missionnaire dans le mensuel Il est vivant et voilà qu'en arrivant à destination, un cadeau de mon parrain m'attendait: Lettres à Matteo Ricci par An Huot aux éditions Bayard.

 

Le livre conte l'histoire d'une rencontre entre l'auteur qui signe ici de son nom chinois et le jésuite Mattéo Ricci. Un dialogue s'installe entre les deux. On parcourt ainsi les grandes étapes de la vie du missionnaire: naissance en Italie, formation par les plus grands de son temps, étape au Portugal, voyage vers l'Orient, ordination en Inde et enfin "débarquement en Chine". En parallèle, le chemin d'An Huo: sa découverte du Dictionnaire Ricci des caractères chinois, ses voyages en Chine, son apprentissage de la langue et son approfondissement de la pensée chinoise...

 

C'est un Matteo Ricci humaniste et scientifique qui nous est présenté dans cet ouvrage. L'homme de science qui petit à petit grapille du terrain en Chine pour parvenir à son but: l'empereur. Pas de conversion massive mais le précurseur de l'inculturation dans l'évangélisation. Il n'avance pas directement ses thèses mais vit de sa foi dans la secret de sa vie privée tout en apprenant en parallèle cette civilisation si différente de la notre: langue, rites... Il choisira par exemple d'abandonner le costume "jésuite" pour celui de "lettré chinois" pour accéder ainsi à la sphère élitiste. Il se dit aussi que si les chinois le prenne au sérieux et le croit sur les questions de science: mathématiques, astronomie... Ils le croiront ensuite sur les questions de foi. D'emblée, il ne rejette pas le confuciannisme comme une simple erreur ou superstition mais apprend à connaître cette sagesse.  Il découvre ainsi dans le confuciannisme l'expression " Seigneur du ciel" comme le note l'auteur et l'assimile si je puis dire au nom du Dieu biblique.

 

Son travail est immense, traduction en chinois des Eléments d'Euclide, un Traité sur l'Amitié, travaux sur des cartes... Il réalise entre autres une magnifique mappemonde dont un exemplaire sera offert à l'empereur. Pour ne choquer là encore une fois il décide de placer la Chine au centre de son planisphère et ensuite de dessiner tous les autres pays et continents à partir de ce "centre".

 

Les grandes questions et difficultés de l'inculturation sont évoquées rapidement dans l'ouvrage. Parmi elles, la question du culte des ancêtres. Doit-on le condamner comme culte idôlatre où n'est-ce qu'une manifestation culturelle du commandement "tu honoreras ton père et ta mère."?Il en va de même pour les rites liés à l'empereur. Est-ce que ce sont des rites civiques qui peuvent être acccomplis par les chrétiens ou est-ce des rites religieux???? La question de la polygamie et des concubines...

La question vestimentaire n'est pas réellement traitée mais sous-entendue. Elle a toute son importance encore aujourd'hui. Qu'est-ce qui est du domaine de la foi, du dogme et qui ne peut être modifier selon les coutumes, les époques et les cutlures et qu'est ce qui est justement propre au "rite" culturel? Les jésuites autour de Matteo Ricci avaient par exemple demander l'autorisation de célébrer la messe tête couverte car une tête nue est scandaleuse pour le peuple chinois et marque un profond "irrespect".. L'inverse de nos coutumes occidentales. Peut-on célébrer avec de l'alcool de riz l'eucharistie car on ne peut trouver de vin en Chine ou très difficilement?...

Toutes ces questions soulevées par cette première mission agiteront beaucoup l'Eglise... Je pense encore à la question des rites funéraires, long débat avec l'Eglise romaine. Il faudra attendre Pie XII en 1938 pour reconnaître le caractère "non religieux" des rites funéraires chinois et donc les "autoriser".

 

Un ouvrage plaisant à lire que je vous conseille. Vous ne passerez pas beaucoup de temps à parcourir ces quelques centaines de pages. Un poète, un homme de science, de vérité, rempli d'humanisme, un sage, un ami. Voilà ce que l'on découvre de ce grand pionnier de l'évangélisation. En revanche, l'homme de foi est peu présent et parfois des questionnements anachroniques ( celle de la place de la femme chinoise par exemple) viennent alourdir le contenu. On frise parfois, à mon avis, le syncrétisme alors que l'homme de Dieu voulait apprendre la philosophie chinoise pour montrer qu'il pouvait apporter "un plus". Ce plus étant la Révélation et le Christ lui-même. On est donc un peu déçu de cet humanisme " humain trop humain" qui surgit à plusieurs endroits mais ce livre reste une bonne introduction générale à Mattéo Ricci dont on fête cette année le 400ème anniversaire de sa mort.

 

Je laisse pour finir la parole à Matteo Ricci cité par An Huo à la page 97: " Quant à ce que vous me faites savoir de Rome qu'on voudrait y apprendre quelque grande conversion en Chine, sachez que moi, et tous les pères qui y résident, nous ne songeons qu'à cela de jour et de nuit; et c'est dans cette intention que nous sommes ici, ayant quitté notre patrie et nos amis très chers, habillés et chaussés à la chinoise, ne parlant, ne buvant, ne logeant qu'à la chinoise, mais Dieu ne veut pas que l'on voie encore d'aussi grands fruits de nos travaux. Et pourtant, je crois que le résultat de nos oeuvres supporte la comparaison avec celui d'autres missions qui apparemment, opèrent des merveilles, et même il peur leur être préféré: car, en ce moment, nous ne sommes pas en Chine pour récolter ni même pour semer, mais seulement pour défricher les épaisses forêts et nous battre avec les serpents venimeux qui y logent. Avec la grâce de Dieu, d'autres viendront qui pourront écrire sur les conversions et la ferveur des chinois, mais que votre Révérence sache bien qu'il fallait d'abord agir comme nous le faisons et qu'on devra nous attribuer la plus grande part de mérite, si toutefois nous accomplissions notre tâche avec la charité convenable."

 

 

 

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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