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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 19:55

J.pnge me suis replongée dans les Instituions Cénobitiques de Jean Cassien publiées dans la collection Sources Chrétiennes, n° 109.
Qui est Jean Cassien? Un écrivain chrétien du Veme siècle. Dans la première partie de sa vie, il a fait l'expérience de la vie monastique en Palestine et surtout en Egypte. Puis, il se rendra à Constantinople où il rencontra Saint Jean Chrysostome qui l'ordonnera. Ce n'est qu'au début du Vème siècle qu'il parvient à Marseille pour organiser la vie monastique des Gaules.

On peut découper cet ouvrage en deux grandes parties. La première traite des institutions monastiques puis à partir du livre V, Jean Cassien va étudier  " le combat contre les huit vices principaux. Ce sont: 1° La gastrimargie- qui signifie concupiscence du manger-, 2° la fornication, 3° la philargyrie- qui signifie avarice, ou, pour parler plus exactement, amour de l'argent-, 4° la colère, 5°la tristesse, 6° l'acédie- c'est l'anxiété ou le dégoût du coeur-, 7° la cénodoxie- qui signifie la vaine gloire-, 8° l'orgueil. "
Pour quelle raison? " pour pouvoir rechercher comme il convient la nature si subtile, cachée et difficile à discerner de ces vices, exposer ensuite leurs causes de façon satisfaisante, et enfin apporter des remèdes efficaces pour s'en guérir. "
Nous n'avons plus l'habitude de parler des vices. Les vices correspondent à ce que nous appelons les "péchés capitaux" mais ne sont pas stricto sensu des péchés. Les vives s'opposent aux vertus ( en particulier aux trois vertus théologales et aux vertus cardinales) et sont par conséquent des habitus opératifs mauvais.
Il est capital d'étudier les vertus et les vices car ils sont davantage révélateur de la personne. En effet, un péché, une action bonne peut être un cas isolé... Il est bon de connaître nos failles et de les combattre par les vertus.
A la suite d'Evagre le Pontique, ce sont Grégoire le Grand et notre ami Cassien qui établissent la liste des vices et des vertus bien qu'il faille attendre Saint Thomas d'Aquin pour développer à proprement parler une doctrine des vertus.

En ce temps de Carême, nous allons nous intéresser au premier des vices traités par Cassien, un des vices charnels, qui est la "gastrimargie" soit "la gourmandise."
La vertu opposée qui nous permet de surmonter ce vice est la vertu de jeûne....
Le jeûne est un des points forts du Carême cependant il n'est pas rare qu'en comparaison avec le jeûne du ramadan, on considère les chrétiens comme des "jeûneurs" de pacotille... Qu'en est-il réellement?

Premier des points importants relevés par Cassien à la suite des pères du désert, on ne peut fixer une règle uniforme de jeûne car celui-ci ne relève pas seulement de l'esprit mais aussi de la capacité physique. Or, nous n'avons pas la même resistance physique. Nous avons tous l'obligation de pratiquer cette vertu mais nous n'avons pas tous à la pratiquer de la même manière... 
"la mesure des jeûnes et de la continence consiste seulement dans la privation qu'on impose sur la quantité de la nourriture; et la perfection de cette vertu, à laquelle il faut tendre, est la même pour tous: arrêter de manger ce que nous sommes contraints à prendre pour soutenir notre corps en restant encore sur notre faim. (...)La continence ne se recherche pas dans l'espacement des repas ou de la quantité mais 'd'abord dans le témoignage de la conscience. Chacun doit en effet s'imposer à lui-même une frugalité proportionnée aux exigences du combat qu'il doit mener contre son corps."
Il note aussi que cela a un peu d'intérêt de jeûner de façon excessive sur une durée donnée si c'est pour ensuite se jeter sur la nourriture tel Gargentua et donner libre cours à la gourmandise. Il vaut mieux prendre " chaque jour un repas raisonnable et mesuré qu'un jeûne austère prolongé plusieurs jours. Non seulement une faim excessive peut faire fléchir la constance de l'esprit, mais par la lassitude du corps qu'elle entraîne, elle retire aussi sa force et sa vigueur à notre prière."

Bref, il faut ne pas manger à satiété en connaissant ses limites... En sachant qu'une trop grande fatigue du corps ne peut nous aider à servir les autres, prier ou encore accomplir le devoir inhérent à notre état de vie.
La vertu de jeûne comme toute vertu ne s'exerce pas seule. Il nous faut la pratiquer en même temps que l'humilité, la force, la constance... Elle est cependant très importante car si on ne réussit pas dans la lutte contre les petits vices ou les vices charnels, il y a peu de chance de réussir dans les combats  les plus difficiles.
Pratiquer le jeûne, c'est aussi une sorte d'entraînement pour des combats spirituels plus importants. Du reste, Cassien à l'exemple de l'apôtre Paul utilise le vocabulaire du combat, il parle d'"athlète du Christ". Il nous faut sans cesse nous rappeler notre but, et tel le lanceur de javelot avoir une "concentration du regard". Concentration qui ici s'apparente à la contemplation divine bien entendu.

Autre point important surlequel insiste notre auteur, le jeûne de l'âme. A quoi bon le jeûne de nourriture si nous ne jeûnons pas des mauvaises nourritures pour  notre âme comme la jalousie, la médisance, la colère, la vaine gloire ou encore le dénigrement. Cassien écrira par exemple au sujet de la jalousie: " la jalousie est une nourriture de l'esprit qui le décompose par ses sucs corrosifs et ne cesse de le crucifier, le malheureux, à la vue de la prospérité et de la réussite des autres."
Une bonne idée pour notre Carême, jeûnons-nous de paroles méchantes, d'excès de colère ou de crise de jalousie? N'oubions pas que cela reste l'essentiel: " En effet, ce n'est pas tant la chair corruptible que le coeur pur qui devient demeure pour Dieu et temple de l'Esprit Saint. Il faut donc, tandis que jeûne l'homme extérieur, que l'homme intérieur s'abstienne aussi des nourritures mauvaises, lui qui doit se présenter pur à Dieu pour mériter de recevoir en lui le Christ comme un hôte"


Concrètement, Cassien affirme que la nature de la gourmandise est triple:  "la première pousse à devancer l'heure fixée pour le repas; la deuxième se réjouit de la seule goinfrerie, quels que soient les aliments dont on se rassasie; la troisième se plaît aux mets fort recherchés et succulents..."
Cela demeure très intéressant pour nous... Fixons-nous une petite hygiène de vie autour de la nourriture.
Une première piste indiquée par Cassien, ne pas manger entre les repas et manger seulement aux heures fixées ( ne pas avancer l'heure des repas...).
Deuxième piste: réduire au quotidien notre quantité de nourriture.
Troisième piste: se contenter d'aliments communs... Cela a peu de sens tout le monde sera d'accord de manger de la lotte ou du saumon qui sont chers simplement parce qu'il faut manger du poisson le vendredi... 

Notons que l'on peut appliquer ces règles de jeûne à d'autres activités: musique, ordinateur, télévision... Cassien donne l'exemple d'un moine qui se refuse à lire des lettres pour éviter de détourner son esprit de l'essentiel!
On peut donc jeûner de certaines émissions ou séries qui vont ensuite tout au long de la journée nous alourdir l'esprit au même titre que certaines nourritures alourdissent notre corps.

Doit-on jeûner en toutes circonstances? Cassien donne là encore un exemple significatif. Lors d'une visite d'un moine celui-ci rompt ou tout du moins allège de façon très significative son jeûne... Voilà ce qu'il répond à l'interrogation des visiteurs: "Et le jeûne, quoique utile et nécessaire, est pourtant l'offrande d'un présent volontaire, tandis que l'accomplissement de l'oeuvre de charité est l'exigence absolue du précepte. Aussi, accueillant en vous le Christ, je dois le restaurer, et , après vous avoir donné congé, je pourrai compensé en moi par un jeûne plus strict l'humanité que je vous ai manifesté par égard pour le Christ."

Le moine voit dans son prochain le visage du Christ et ne peut par conséquent jeûner quand l'"époux" est auprès de lui.

En guise de conclusion, suivons l'avertissement de Jean Cassien: " Chacun doit se juger lui-même seulement et toujours se surveiller avec une grande précaution, mais ne pas discuter le régime et la vie des autres (...)"

Et cela parce qu'on ignore toujours les raisons et les nécessités qui ont contraints l'autre à agir de la sorte...
Celui-ci termine le livre V traitant de la gourmandise en citant Saint Macaire: " (...)que le moine se conduise toujours avec une égale austérité, sans se donner l'occasion, à cause de la fatigue corporelle, de se laisser entraîner des sentiers escarpés dans des précipices fort dangereux; et (…) être capable non seulement de mépriser tout ce qui semble prospère dans ce monde présent, mais aussi de ne pas être abattu par les tristesses et les adversités et les mépriser comme petites et sans importance, ayant constamment l'attention de son esprit fixé là où chaque jour, à chaque instant, on croit qu'on sera appelé."



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Published by Jacquotte - dans Lectures
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