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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 15:52

H.pngeureux ceux qu ont faim et soif de justice, parce qu'ils seront rassasiés"

 

 Nous progressons sur notre chemin des vertus. Cette béatitude nous renvoie à la vertu cardinale de "justice". Depuis l'Antiquité, on a classé et identifié les différentes vertus morales. Quatre ont été mises en part. Ce sont les vertu cardinales: la justice, la tempérance, la force et la prudence. 

La prudence ayant une place bien à part, entre autres chez Aristote puis chez Saint Thomas d'Aquin, car elle est à la fois vertu morale et vertu intellectuelle. C'est un peu "la reine des vertus".

Que signifie "cardinale"? Le mot vient du latin "cardo" qui signifie "gond". En effet, toutes les autres vertus morales pourraient "tourner" ou encore "s'organiser" autour de ces quatre vertus. La justice renvoie à tous les actes qui concernent nos relations avec l'extérieur (le monde, autrui)... et la tempérance et la force ( parfois le courage) sont les vertus par lesquelles l'homme gouverne et régule son affectivité.

Pour le chrétien, les vertus morales et cardinales par conséquent sont à saisir dans l'ensemble de tout l'organisme vertueux. Les cardinales sont en tant que vertus morales acquises et placées sous le primat de la charité (une des trois vertus théologales avec la foi, l'espérance et la charité). Elles sont donc nourries de l'intérieur par la grâce.  Elles ont une fonction régulatrice par rapport aux autres vertus intellectuelles et morales...

 

 

Mais revenons au texte biblique. De quelle "faim" s'agit-il? Voici ce que nous en dit Saint Léon le Grand dans ses Sermons:  "Cette faim ne désire rien de corporel, ni cette soif rien de terrestre, mais elles aspirent l'une et l'autre à être rassasiées du bien qu'est la justice et souhaitent être comblées du Seigneur lui- même en étant introduites dans le secret de tous les mystères. Heureuse est l'âme qui convoite cette nourriture et brûle du désir d'un tel breuvage; certes, elle n'y aspirait pas si elle n'avait déjà goûté quelque chose de sa douceur. Mais, en entendant l'esprit prophétique lui dire: «  Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux. » ( Ps 33,9), elle a reçu comme une parcelle de la divine suavité et s'est enflammée d'amour pour cette très chaste volupté; aussi, méprisant tous les biens temporels, son coeur a brûlé de toute son ardeur du désir de manger et de boire la justice et il a saisi la vérité du premier commandement: «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. » Aimer Dieu, en effet, n'est pas autre chose qu'aimer la justice. Enfin, de même que, tout à l'heure, à l'amour de Dieu s'ajoutait la souci du prochain, de même à présent au désir de la justice est unie la vertu de miséricorde (...)"

Cette faim, c'est avant tout celle de Dieu: il faut avoir faim et soif de l'Amour de Dieu. On retrouve ici, l'homme comme être de désir qui doit "désirer" son Dieu. Ce n'est qu'après avoir goûté Dieu que l'on pourra aimer réellement aimer son prochain. Amour de Dieu et amour du prochain sont intimement liés. L'homme qui a fait l'expérience de la justice divine en goûtant à l'amour de Dieu peut à son tour exercer la justice envers autrui.

 

Pour Chromace, on remarque l'articulation entre les béatitudes et les vertus. L'homme pleurt sur ses péchés et c'est ainsi débarrassé des ténèbres qui l'encombraient. Il peut alors orienter son unique désir, son  unique faim vers Dieu. Cette faim et soif de la justice le conduiront très naturellement à percevoir la miséricorde de Dieu: " Vraiment, après le repentir, après les larmes versées sur les péchés, peut-il naître d'autre faim et soif que de la justice? Car, de même que celui qui a parcouru l'obscurité de la nuit se réjouit de l'approche de la lumière, et que celui qui a rejeté la bile désire manger et boire, ainsi l'esprit du chrétien, après avoir rejeté ses péchés par le deuil et les larmes, n'a plus désormais faim et soif de la seule justice de Dieu, et à bon droit se réjouira d'être rassasié de ce qu'il désire."

  

Pour Saint Augustin, on s'oriente vraiment à partir de cette quatrième béatitude vers le seul bien véritable: Dieu... Il faut aimer la justice mais comme  il le fait justement remarqué, il y a différents degrés de justice. Il nous faut d'abord aimer la justice plus que tout autre chose. Ayons bien à l'esprit que fondamentalement, c'est Dieu qui est juste. Il faut rechercher ensuite la justice invisible en toutes choses car la justice est "belle, chaste, sainte, pleine d'harmonie, de douceur." et ce n'est pas "la crainte qu doit nous amener à la justice". C'est un point très important. Pour le chrétien, Dieu est amour, juste et miséricordieux. Le désir, la faim et la soif de Dieu, le recherche de Dieu ne peuvent être commandé par la crainte du châtiment ou par un simple pari tel Pascal mais bel et bien par amour. 

Et pour paraphraser assez librement Augustin "il faut aimer le bien, voilà le plus grand des mérites. Il faut entrer à l'intérieur de soi et s'examiner: est-ce que je ne fais pas le mal seulement pas crainte du châtiment? Si on ne fait pas le mal seulement par crainte de l'enfer alors on est loin de la perfection, on n'a pas faim et soif de justice... on a la foi mais pas la faim et la soif de la justice."

Si vous voulez approfondir cette question avec ce grand maître qu'est l'évêque d'Hippone, je vous renvoie aux sermons 159 et 178.

 

 

Et je terminerai avec notre ami saint Jean Chrisostome a une approche plus "classique" et oppose la vertu de justice au vice de l'avarice: " (...)comme c’est le propre de l’avarice d’être ardente à amasser du bien, et qu’on a d’ordinaire moins de passion pour le boire et pour le manger, que les avares n’en ont pour augmenter leurs richesses; Jésus-Christ veut que nous transportions cette ardeur à la pratique de la vertu opposée à l’avarice. Il nous propose encore ici une récompense sensible, « parce qu’ils seront rassasiés. »

Parce qu’on croit d’ordinaire que l’avarice enrichit les hommes, il montre au contraire que c’est la justice qui procure ce bienfait. Ne craignez donc plus la pauvreté ni la faim; lorsque vous pratiquerez la justice. Ce sont principalement ceux qui ravissent le bien des autres, qui perdent eux-mêmes ce qu’ils ont, comme au contraire celui qui aime la justice possède son bien en toute sûreté. Que si ceux qui ne prennent point le bien d’autrui, doivent jouir un jour d’une si grande abondance, quel sera le bonheur de ceux qui renoncent à tout ce qu’ils possédaient sur la terre ?"

  

 

  

 

 

SaintPierre.png

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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