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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 13:13

H.pngeureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux.

"Quel beau début, mes Frères, pour l'enseignement céleste! Le Seigneur ne commence pas par la mention de la peur, mais du bonheur; il ne suscite pas la peur, mais bien plutôt le désir. Comme un arbitre ou un organisateur de combat de gladiateurs, il propose un prix important aux lutteurs de ce stade spirituel , pour qu'ils ne redoutent pas la peine et ne s'effraient pas des dangers, puisqu'ils en voient la récompense" (Chromace d'Aquilée)


Comme l'écrivait si justement Saint Grégoire de Nysse, la première étape de toute vie morale et spirituelle est la même. S'asseoir, se mettre telle la foule à l'écoute de la Parole de Dieu, lever notre regard vers les cîmes et contempler le Christ qui nous enseigne. Nous voici  par conséquent au debut de cette ascension morale et spirituelle... Notre but? Dieu et le bonheur... Nous n'y arriverons que par degrés, par étapes. C'est pour cette raison que naturellement Grégoire et d'autres pères utiliseront la métaphore de l'échelle pour expliciter les béatitudes. Echelle de la perfection et de la joie!  
Aujourd'hui quel est notre premier échelon? Que nous faut-il faire en premier lieu? Ce qui est mis en exergue est la "pauvreté" mais attention pas n'importe quelle pauvreté. Il ne s'agit pas nécessairement d'une pauvreté matérielle mais d'une "pauvreté de l'âme" qui nous renvoie en réalité à l'une des vertus les plus fondamentales qui est la vertu d'humilité. En effet, ce qui nous détourne de Dieu c'est l'orgueil, il est donc logique dans notre marche vers Dieu de cultiver avant tout la vertu d'humilité. Tous les maux de la terre viennent de l'orgueil donc il est normal que le chemin des vertus, le chemin de la perfection commence par l'humilité!

Mettons-nous une fois de plus à l'écoute des pères pour bien saisir cette première béatitude.
Saint Léon tout comme nous s'interroge sur la nature de la pauvreté développée par Matthieu
: "On aurait pu se demander de quels pauvres la Vérité avait voulu parler, si, en disant: «  Heureux les pauvres », elle n'avait rien ajouté sur le genre de pauvres qu'il fallait entendre; il aurait alors semblé que, pour mériter le Royaume des cieux, il suffisait du seul dénuement dont beaucoup pâtissent par l'effet d'une pénible et dure nécessité. Mais, en disant «  Heureux les pauvres en esprit », le Seigneur montre que le Royaume des cieux doit être donné à ceux que recommande l'humilité de l'âme plutôt que la pénurie des ressources"
Il note qu'il est sûrement plus aisé pour un pauvre matériellement d'être humble mais que cela n'est pas une nécessité et qu'il existe beaucoup de personnes dans l'opulence pleines de générosité et peu "gonflées" d'orgueil. Saint Augustin prendra l'exemple d'un riche qui n'est absolument pas attaché aux richesses et l'exemple d'un pauvre qui murmure contre Dieu pour illustrer cette même idée. La vrai pauvreté dépasse la simple question des biens matériels.
En réalité, que nous soyons moine, prêtre, enfant ou encore en charge de famille nous avons tous selon notre état de vie à vivre cette vertu de "pauvreté" et d"humilité" et là encore de manière différente. L'important est que chacun d'entre nous progresse sur le chemin des vertus, progresse dans sa montée vers Dieu.

De même, Saint Jean Chrysostome écarte des "pauvres de coeur" ceux qui sont humiliés... Humiliation et humilité sont deux domaines différents. Le "pauvre de coeur" est celui qui engage sa propre volonté. C'est un mouvement intérieur et  volontaire et non contraint et extérieur: "  Car par le mot d’esprit, il entend le coeur et la volonté. Comme il y en a beaucoup qui sont humiliés non par leur volonté, mais seulement par la nécessité de leur état, il ne les comprend point dans cette béatitude, puisque l’involontaire ne saurait être méritoire, et il ne l’étend que sur ceux qui s’abaissent volontairement."
N'oublions pas que dans notre démarche morale, nous devons imiter le Christ. Or celui-ci s'abaisse volontairement dans son Incarnation, il s'abaisse jusqu'à mourir sur une croix ( ce qu'on appelle la kénose du Christ) et il s'abaisse encore à être "pain de vie" dans l'hostie. Nous devons à sa suite, nous abaisser. L'humilité rend "pauvre", le Christ s'est fait pauvre. On voit bien que c'est le Verbe fait chair qui nous guide dans notre route. On ne peut compter sur nos simples forces, comme l'écrivait Grégoire de Nysse, Dieu est comme un rocher abrupt mais si nous désirons de tout notre coeur y parvenir, si nous nous mettons à l'écoute de la Parole, si nous nous laissons guider par le Christ alors nous y parviendrons.


Si la nature de la pauvreté s'apparente à l'humilité... qui est alors cet humble, ce pauvre de coeur?
C'est l'attitude même du croyant, être humble c'est se regarder en vérité! Cela signifie à la fois regarder la merveille que l'on est ( et Dieu vit que cela était bon) et notre faiblesse, notre état de créature ( Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir...): nous ne sommes rien sans Dieu, sans notre Créateur.
La fausse modestie est un grand vice, beaucoup de personnes actuellement sont dans l'incapacité de reconnaître leurs talents. Or nos compétences, nos qualités nous sont données par Dieu pour que nous les fassions fructifier. Ne pas reconnaître ses dons, ce n'est pas de l'humilité, c'est une insulte à Dieu.
Ce mouvement doit bien entendu s'accompagner d'une louange, d'une action de grâces vers Dieu. C'est lui la source et la fin de toutes choses. Il nous faut nous reconnaître comme créature. C'est un des grands fondements de notre anthropologie chrétienne. L'humble "craint Dieu", reconnaît les talents qui lui viennent de Dieu, reconnaît et confesse ses fautes... En gros, l'humble loue Dieu lorsqu'il fait quelquechose de bien et reconnaît devant Dieu ses fautes lorsqu'il a fait quelque chose de mal... Il se place "en vérité" devant Dieu.

Ambroise qui traite davantage des béatitudes chez saint Luc aime à dire que les vertus des béatitudes peuvent se retrouver dans les vertus cardinales. La pauvreté est alors assimilé par lui à la vertu de "tempérance". Celle qui nous permet de canaliser nos passions lorsqu'elles deviennent trop fortes, mauvaises ( je vous rappelle que la passion pour la morale chrétienne n'est pas une chose mauvaise en soi, l'ataraxie des philosophes grecs n'est pas une bonne chose...). La pauvreté est alors "pureté de coeur".

Avec l'humilité nous débutons ce que les pères appeleront la "chaîne d'or" car les vertus s'appellent mutuellement et s'enchaînent. En effet,  l'humilité nous fait pleurer nos péchés, celui qui pleure est doux, modeste, secourable... La justice accompagne la miséricorde, et la pureté de coeur.etc.


"L'humilité donne au coeur une direction qui monte. L'exaltation de soi fait descendre le coeur. Il semble contradictoire que l'orgueil se dirige vers le bas et l'humilité vers le haut. Pourtant la sainte humilité enseigne la soumission à celui qui est plus haut. Or nul n'est plus haut que Dieu. Voilà pourquoi l'humilité qui soumet à Dieu, élève" Saint Augustin


SaintPierre.png

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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