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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 16:42

P.pngoursuivons notre lecture de l’encyclique Evangelium Vitae. Le pape Jean Paul II après avoir présenté le texte du meurtre fratricide d’Abel et essayé de comprendre les racines mêmes de la violence va, dans ce second paragraphe du chapitre 1, traiter de « l’éclipse de la valeur de la vie. ». Il s’agit des numéros 10 à 17.Il s’appuie pour cela de la question du Seigneur à Caïn : «  Qu’as-tu fais ? ». C’est une question éthique importante. Il s’agit d’effectuer une relecture de notre agir moral et d’essayer d’en peser toutes les conséquences et peut être de modifier cet agir : réparation, demande de pardon, ajustement… Cette question pourrait être liée à ce qu’on appelle la conscience conséquente.  St Paul déjà distinguait la conscience antécédente et la conscience conséquente.  La première nous éclaire avant l’action, la seconde nous aide à prendre conscience de ce que nous avons faits. Cette conscience conséquente existait déjà dans l’Antiquité grecque où l’on peut voir nos héros homériens et surtout tragiques éprouvant le remords  ou la culpabilité.  C’est aussi le cas d’Adam et Eve qui tout de suite après avoir croqué du fruit défendu éprouvent de la honteCette question a toute son actualité comme l’écrit Jean Paul II au numéro 10 : « La question du Seigneur «  Qu’as-tu fait ? », à laquelle Caïn ne peut se dérober, est aussi adressée à l’homme contemporain, pour qu’il prenne conscience de l’étendue et de la gravité des attentats contre la vie dont l’histoire de l’humanité continue à être marquée ; elle lui est adressé afin qu’il recherche les multiples causes qui provoquent ces attentats et qui les alimentent, et qu’il réfléchisse très sérieusement aux conséquences qui en découlent pour l’existence des personnes et des peuples. » Cet appel à la réflexion est on le voit plus que nécessaire. Si traditionnellement la bonté et la malice d’un acte se mesure à son intention (fin), à son objet et à ses circonstances ; il ne faut pas en réalité en oublier les conséquences. Celles-ci sont extrêmement difficiles à saisir, à anticiper parce qu’infinies quelque part et il est vrai que les écoles de moralité se sont bien arrachées les cheveux sur ces questions… Cela ne doit pas nous empêcher pour autant de prendre conscience que nos actes non seulement politiques (posés en société) mais aussi individuels ont tout une série de conséquences qui ne nous concernent pas exclusivement. Nous avons cette impression pour ne pas dire conviction que nos actes et nos choix de vie ne concernent que nous et parfois nos proches alors qu’ils ont une répercussion sur la société, les peuples, l’homme en général. En cela aussi nous sommes responsables de l’homme. Pour reprendre une grande idée de la morale, est ce que mon agir individuel peut être érigé en norme universelle et cela pour le bien de l’homme ? Est-ce que mon agir fait grandir non seulement mon être mais l’être humain ?

Nous sommes bien dans la confrontation des trois normes de la morale : singulière, particulière et universelle. Je peux comprendre à titre singulier, dans certaines circonstances pourquoi une jeune fille victime d’un viol se fasse avorter mais en réalité qu’est-ce que je dis de la vie, de l’embryon et donc de l’être humain ? Est-ce que je peux éliminer, sacrifier une vie humaine pour le « bien-être » ou l’ « amélioration » d’une autre ?  Quels sont alors les critères qui me permettent alors de justifier ou non, dans tel ou tel cas un avortement ? La difficulté est bien d’ajuster le singulier, le particulier et l’universel. L’agir moral renvoie toujours à ces trois dimensions et souvent nous oublions les deux autres dimensions ce qui nous conduit soit au relativisme (seul le singulier compte), au légalisme (seul le particulier compte) soit à une sorte d’utopie toute puissante et naïve (seul l’universel compte). Vous pouvez lire à ce sujet le chapitre que consacre Xavier Thévenot à ces trois dimensions dans le livre  Moral Fondamentale, Ed. Don Bosco. C’est d’une grande clarté.

 

Notez que si la vie de la mère est en danger, la question ne se pose pas en ces termes puisqu’il s’agit de choisir entre deux vies. Le choix est alors laissé à la mère en lien avec le père s’il est connu et vivant. L’avortement dans ce cas n’est pas puni comme les autres types d’avortement car en réalité c’est plus le traitement ou l’intervention chirurgicale pour sauver la mère qui provoque la perte de l’enfant.

  Jean Paul II part donc à la recherche des causes de ces attaques et types de violences contre la vie.  Il en relève de plusieurs types : menaces qui viennent de la nature mais qui peuvent et sont souvent aggravées par le comportement et la négligence de l’homme, menaces qui sont « le fait de situations de violence, de haine ou bien d’intérêts divergents, qui poussent des hommes à agresser d’autres homes. ». Il s’agit ici des meurtres, guerres, massacres et homicides. Il relève ensuite toutes les violences liées à la famine, malnutrition, misère, mauvaise distribution des richessesen particulier à l’égard des enfants. Puis d’une manière plus générale d’autres comportements qui propagent « les germes de mort » : trafic d’armes, de drogues, commerce sexuel et comportements sexuels destructeurs et déviants, dégradation de l’équilibre écologique… etc. Le pape insiste alors sur d’autres types d’attentats contre la viequi concentrent en réalité toute son attention dans cette encyclique : ce sont les attentats qui se situent au début et à la fin de la vie humaine : euthanasie, avortement. Pourquoi cet intérêt particulier ?   Car ils « présentent des caractéristiques nouvelles par rapport au passé et qui soulèvent des problèmes d’une particulière gravité : par le fait qu’ils tendent à perdre, dans la conscience collective, leur caractère de « crime » et à prendre paradoxalement celui de « droit », au point que l’on prétend à une véritable et réelle reconnaissance légale de la part de l’Etat et, par suite, à leur mise en œuvre grâce à  l’intervention gratuite des personnels de santé eux-mêmes. » Cet engourdissement de la conscience est très intéressant. En effet si l’avortement par exemple posait encore question il y a une vingtaine d’années, qu’en est-il aujourd’hui ? et cela même chez les catholiques pratiquants convaincus ? Qu’en sera-t-il alors de l’euthanasie dont les lois en faveur sont en train de passer tout doucement ? N’oublions pas que même si le droit français l’autorise cela reste un « crime » pour l’Eglise.

Quelles sont les raisons de cette évolution ?  Le saint Père évoque bien entendu la crise de la culture qui a abouti au scepticisme et au relativisme des valeurs, du savoir et donc de l’éthique. Comment dans ce contexte avoir « une perception claire du sens de l’homme, de ses droits et devoirs ? ». Vient ensuite les « difficultés existentielles et relationnelles les plus diverses (…) » où « les couples et les familles restent souvent seuls face à leurs problèmes. » Cela est par exemple très flagrant lors d’un dépistage d’une maladie génétique in utéro ou d’un handicap grave. On proposera systématiquement à la mère une IMG (intervention médicale de grossesse) avec en arrière fond la question du « bien-être » de l’enfant et de la qualité de vie. Si le couple décide de garder l’enfant, il devra souvent faire face seul à des nombreux problèmes (matériel, médical, d’éducation…etc.) et faire preuve d’ « héroïsme » pour continuer à vivre et supporter le regard des autres et de la société. Heureusement, de nombreuses associations se créent pour aider ces familles mais par définition cela ne relève donc pas d’une démarche de la société ou de l’Etat pour qui une IMG est moins coûteuse… Bref, la vie est éclipsée et tend à perdre son caractère sacrée et intangible(n°11).


Au n°12, Jean Paul II utilise une expression bien particulière pour évoquer cette « culture de mort ». Il parle de  « structure du péché ».  C’est une expression qui nous vient de la théologie de la libération qui a pris naissance dans les années soixante en Amérique latine. Théologie qui a pu être contestée sur tel ou tel autre point. Elle envisage un « péché social » compris comme l’accumulation et la concentration des péchés personnels. Ici, le pape détourne cette expression de son contexte socio-économique pour l’appliquer à la « culture de mort ». C’est en réalité un appel à interroger notre conscience : comment je participe par mon péché personnel au développement de la « culture de mort » ?  On pourrait par exemple dans le débat sur le mariage pour tous réfléchir à titre individuel sur notre façon de vivre le sacrement du mariage, la sexualité, la paternité et maternité responsables ? Je défends le mariage mais je suis incapable de m’engager dans une relation durable et de vivre le sacrement proposé par l’Eglise ?j’ai des relations sexuelles (hétérosexuelles ou homosexuelles) hors mariage ? je pratique l’adultère ?...etc. bref, il ne s’agit pas seulement d’accuser et de juger les autres mais de regarder notre agir et notre péché en conscience et si nous sommes croyants face au Seigneur. Dans cette « structure du péché », le bienheureux Jean Paul II note des courants politiques, culturels et économiques peu porteurs qui contribuent à développer, l’expression est forte « une conspiration contre a vie » qui « ne concernent pas uniquement les personnes dans  leurs rapport individuels, familiaux ou de groupe, mais elle va bien au-delà, jusqu’à ébranler et déformer, au niveau mondial, les relations entre les peuples et les Etats. »

  Dans les numéros 13 à 15, le pape expose clairement les questions autour de la vie naissante ( avortement, contraception, reproduction médicalement assistée, diagnostic prénatal et euthanasie.). Il sera bon dans ce contexte de lire en parallèle au moins les articles du CEC qui sont consacrées à ces questions. Il s’agit des numéros 2270 à 2283. Nous reviendrons plus en détails plus tard sur ces points précis mais l’encyclique réaffirme la dignité et le respect dû à la vie humaine. Elle rappelle que nous devons accueillir la vie quoiqu’il arrive et que qu’on ne peut la refuser sous prétexte d’handicap. En évoquant la question de l’euthanasie (n°15), le pape aborde la très délicate question de la souffrance. Il rappelle que si la souffrance est un non-sens qu’il faut combattre à tout prix, il faut faire attention à la tentation de vouloir supprimer la vie pour supprimer la souffrance. La foi nous aide à percer le mystère de la souffrance.  Le pape écarte bien entendu les arguments utilitaristes et économiques qui tendent à légitimer l’euthanasie… Comment peut-on « estimer » matériellement et économiquement une vie humaine, unique ?  Enfin au numéro 16, il met en garde contre certaines politiques démographiques favorisant la contraception, la stérilisation et l’avortement au lieu d’ « affronter et de résoudre ces graves problèmes dans le respect de la dignité des personnes et des familles, ainsi que du droit inviolable de tout homme à la vie. »

Ce paragraphe ce termine (au numéro 17) contre une mise en garde des médias qui ont souvent « été complices de cette conjuration, en répandant dans l’opinion publique un état d’esprit qui présente le recours à la contraception, à la stérilisation, à l’avortement et même à l’euthanasie comme un signe de progrès et une conquête de la liberté, tandis qu’il dépeint comme des ennemis de la liberté et du progrès les positions inconditionnelles en faveur de la vie. »

 Nous pourrons terminer notre lecture de ce premier chapitre au cours de notre prochaine note.

SaintPierre.png

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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