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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 22:41

 

 

I.pngl est vrai que le concept de "conscience morale" (puisque c'est elle qui nous intéressera et non pas la conscience psychologique) a beaucoup évolué au cours de l’histoire. On trouve en effets différents termes pour la désigner  selon les langues utilisées mais de plus le sens utilisé diffère du notre. La conscience moderne n'est pas la conscience antique.

D’une manière générale, on retiendra que c’est la capacité grâce à laquelle des êtres doués de raison perçoivent ou connaissent le bien et le mal, ce qu’ils leur permet d’évaluer, de diriger leurs conduites et de se juger eux-mêmes.

Aujourd'hui, quelques jalons- bien peu exhaustifs- antiques.

 

 

Avec les socratiques, les épicuriens ou les stoïciens, on assiste à la naissance d’une sagesse et d’une éthique. Le discours philosophique grec n’est pas seulement spéculatif, il vise à la maîtrise et à la pratique de la vie. Les philosophes par leur questionnement conduisent l’interlocuteur à la sagesse mais aussi à un savoir vivre.

Il nous faut cesser de penser la philosophie comme discipline inutile. On connaît toute cette histoire où le philospha Thalès manqua de peu de tomber dans un puits parce qu'il marchait la tête en l'air  pour mieux observer les étoiles. Une servante lui aurait ri au nez: tant d'ardeur pour comprendre l'univers, la marche du monde et incapable de voir devant soi! La philosophie grecque est tout sauf simple et vaine spéculation!

Il s’agit  donc d’accéder à la connaissance claire et vraie du bien qui conduit à la vertu et donc au bonheur. Le mal étant souvent l’ignorance.

 

Chez les grecs, l’importance est donnée à la Cité (bien commun, à la politique…). Avec Aristote, l’éthique est inséparable de la politique car c'est la Cité qui permet à l’homme d’être vraiment lui-même et d’accéder aux plus hautes vertus. L’homme est un animal politique. Le sage est dévoué à la cité, son but étant la contemplation. On comprend que la conscience en tant que telle ne se développe pas.

 

Le terme le plus ancien connu est le mot « suneidésis » en grec utilisé par Démocrite (V ème) : « il y a des hommes qui ont conscience de la vie perverse qu’ils mènent, ils se rongent d’alarme et de frayeur. ».  

C’est ce mot grec « syneidésis » que l’on traduira en latin par «conscientia ». on peut traduire ce terme de syneidésis par « savoir avec »... Il y a  alors deux sens possibles alors « savoir avec quelqu'un... » La conscience est alors comprise comme sujet, témoin ou encore complice d'une action commune) Pour le chrétien, ce sera savoir avec Dieu (participation à la connaissance morale).

C'est aussi « savoir avec science ». Cela nous renvoie davantage aux notions  de compétence, d'une assurance de/dans  la démarche.

Chez Démocrite, il s’agit de la perception que nous avons des actions mauvaises commises. Cette perception engendre la crainte d’un châtiment dans l’au-delà. Elle conduit au sentiment du REMORDS. C’est ce dans ce sens du sentiment du remords que le terme de suneidésis sera utilisée dans l’Antiquité greco-latine même si au cours des siècles, il y aura un élargissement sémantique.

En effet, si la conscience perçoit le mal et le juge, c’est qu’elle peut aussi percevoir le bien. Le sage lui en éprouvera de la JOIE. Ce type de conscience est ce que les médiévistes nommeront la conscience conséquente c'est-à-dire a conscience qui évalue les actes, une fois qu’ils ont été posés.

On la distingue de la conscience antécédente qui est la conscience qui préside à la conduite des actions futures. Les grecs ( Démocrite ou Aristote) utilisent le terme de « sunesis », c'est une « intelligence pratique. » (en vue de l'agir)

 

L’activité de la conscience est inconnue de la culture grecque primitive. Les héros homériens n’ont pas de sentiments moraux réflexifs. Ce n’est en aucun cas l’intention qui fait la bonté de l’acte mais les conséquences produites par cet acte. Les conséquences se traduisant le plus souvent en termes d’honneur ou de déshonneur, de gloire ou de honte. C ‘est une question de réputation aux yeux de l’ordre social établi. L’identité morale ne dépend pas de la conscience personnelle mais de l’approbation ou non du groupe auquel notre héros appartient. Approbation qui découle du respect ou non des conventions liées aux rôles sociaux traditionnels. On assiste à une évolution avec les héros tragiques ( Eschyle, Euripide, Sophocle..)

Pensons par exemple à Oreste qui sera tourmenté par sa culpabilité, par sa faute. Qu'a fait notre héros? Il veut venger la mort de son père Agamémnon assassiné par sa mère Clytemnestre et son amant. Mais notre pauvre Oreste sera jugé matricide par les dieux. Les Furies vont poursuivre le criminel... La conscience ne serait-elle pas une intériorisation des Furies... On ne peut échapper à la voix de notre conscience, à ce remords qui nous ronge...Cela dit,  on est loin encore de la conscience car le héros tragique souffre davantage d'une souillure infligée par le destin.

 

Dans son Phèdre, Platon parle du « démon » (daimon) de Socrate qui l’empêche de mal agir, comme une « voix de la conscience ». Mais cela semble plutôt de nature divinatoire.  Est-ce que Pullmann dans son ouvrage a voulu faire référence au daimon grec en attachant à ses personnages un animal qui semble être une "âme extérieure"...? 

 

Les stoïciens, utilisent le terme et le mot prend un nouvel essor et cela sous l’influence des échanges culturels entre différentes civilisations et d’un certain syncrétisme religieux. Les stoïciens (en particulier Sénèque et Cicéron) font appel à la conscience individuelle de chacun. La conscience prend alors du "poids" . Avec eux, c’est l’éclatement de la raison universelle pour une raison individuelle.

Ils vont influencer les Pères de l’Eglise, la conscience devient un témoin à la manière d’un procureur de justice.Ce qu’il y a de plus haut pour les stoïciens, ce sera cette présence dans l’individu de la Loi naturelle. Elle est capable d’orienter moralement la conduite et est connue comme telle par la raison.

Sénèque écrira que la conscience est comme « un esprit caché en nous, qui observe et contrôle nos bonnes et nos mauvaises actions. » (Lettres 41, 2).

Relevons pour terminer la formule d'Ovide et de Sénèque pour désigner la conscience: «  deus in nobis »: dieu présent en nous, au coeur de l'homme. Dieu habite le coeur de l'homme ainsi l'homme pour le christianisme deviendra « un sanctuaire... »

 

SaintPierre.png

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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