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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 21:04
a quête du bonheur est une interrogation et surtout un désir

Ce désir s'inscrit au plus profond de son être, au plus profond de son affectivité. Comme un trou à combler en son être.

De nombreux textes bibliques se réfèrent à ce désir fondamental chez l'homme. On peut penser au Cantique des Cantiques, aux psaumes «  Comme une biche altérée sans eau, mon âme à soif de Toi... » ou encore dans l'Apocalypse 22, 17 (un des derniers versets): «  L'Esprit et l'Epouse disent: «  Viens ». Que celui qui entend dise: «  Viens: » Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement. »

L'homme est un être de besoins et de désirs.  C'est une définition qui nous vient des philosophes, de la biologie... etc. L'homme est habité par le manque et il agit pour satisfaire, combler ce manque.

Mais, il y a des différences de qualité entre les besoins. Epicure par exemple distinguait les besoins nécessaires et les besoins vains. Dans les besoins nécessaires ceux nécessaires au corps, à la Vie...

L'homme a besoin en effet de boire, manger, dormir. Puis à un autre stade, de se reproduire pour la continuité déjà de l'espèce, de survivre ( défense...). Puis, il a besoin de culture, de nourriture intellectuelle et de nourriture spirituelle... La technique, l'art, les sciences, la religion sont autant de réponses à des besoins divers qui s'entremêlent. Ces derniers sont activités qui répondent des besoins qui n'ont plus rien à voire avec les besoins nécessaire naturels et que l'on ne retrouve du reste pas chez les mammifères proches des hommes.


L'homme est un être de besoins et de désirs jamais satisfaits.
Le désir comblé ne satisfait pas l'homme en général mais appelle un autre désir. L'homme est insatiable à la différence des autres mammifères. Si l'on prend la boisson ou la nourriture par exemple, un animal ne prendra pas d'aliment ou ne boira pas s'il n'a plus soif. L'homme au contraire, pourra goûter un bon verre de vin si on lui en propose un même s'il n'a pas soif. Idem pour un plat gastronomique...

Il s'agit donc chez l'homme d'un type de désir bien particulier: manque, rebondissement ou escalade du besoin... Une sorte d'état d'insatisfaction continuel. La psychologie moderne et contemporaine l'ont bien montré.

La théologie affirme qu'il s'agit plus que d'un sentiment ou d'une donnée psychologique purement humaine mais que c'est une « trace » de la création de l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu. Dieu à la création a inscrit ce désir, le désir de Dieu au plus profond de l'être humain. Ce désir est une marque du Créateur. C'est un appel à l'infini dans notre être fini (désir de l'infini qui sera pour certains philosophes le moyen de prouver l'existence de Dieu: comment le fini pourrait-il porter en lui l'idée, la trace de l'infini si l'infini n'existait pas? Le fini ne peut inventer l'infini...). L'homme porte en lui le désir de l'infini et il ne peut combler ce manque, cet appel avec des éléments finis aussi nombreux soient-ils.


C'est pourquoi ce désir de l'homme est nommé dans les théologies comme le désir de Dieu.

L'homme dans sa nature est fait ainsi: il ne peut que rechercher plus loin, plus haut, plus profondément. Il aspire à l'infini, à la plénitude. Cet état où il sera COMBLE dans ses désirs, sans en rechercher d'autres, l'homme l'appelle le bonheur. Je n'attends plus rien d'autre.

(Il faut bien définir ce bonheur aussi concrètement.... sinon dans l'existence, grosse remise en question, angoisses. Si mon bonheur c'est une vie professionnelle. J'atteins ma vie professionnelle, j'atteins mon but: que me reste-t-il? Je ne comprends pas pourquoi je ne suis pas satisfait, pourquoi ne suis-je pas heureux? J'ai tout ce que je désirais? Métier, vie familiale, enfant. La même question peut se poser à propos du mariage qui n'est pas une fin en soi. Il faut donc établir une échelle de "valeurs"...

Or dans notre foi chrétienne, nous le disions, il y a un déplacement, on ne recherche pas le bonheur en soi mais on recherche Dieu, le bonheur n'est donné qu'en surplus, en grâce. De même, nous ne vivons pas pour un ensemble de valeurs mais nous vivons, nous croyons en une personne: le Christ de qui découlent un certains nombres de valeurs. On ne choisit pas des valeurs, on choisit de suivre le Christ!


Ce désir peu s'inscrire dans une « nostalgie »: nostalgie d'un bonheur perdu à retrouver, pour les chrétiens, c'est le jardin d'Eden perdu, pour les mythologies anciennes, ce sont les temps de l'âge d'or, pour les platoniciens, c'est le temps où l'âme n'était pas encore prisonnière de ce corps et connaissait la vérité... etc. Je suis nostalgique d'une période passée de ma vie (enfance, jeunesse...)

Mais le désir et le bonheur, c'est aussi une espérance et une promesse pour nous croyants. Ce n'est pas surtout quelque chose qui se situait au départ, au commencement et que l'on aurait perdu (sans pouvoir le retrouver ou que l'on recherche à tout prix) mais quelque chose qui se situe à la fin. La visée et donc ce qui donnera sens à notre existence.

Comme ce bonheur semble inaccessible, certains n'y voient qu'un mensonge, un rêve, une chimère ou encore, pour citer Marx « l'opium » qui endort le peuple... on lui fait miroiter un bonheur dans l'éternité pour qu'il n'agisse pas ici-bas, pour qu'il n'essaie pas d'être heureux ici et maintenant!

« Elle est l'opium du peuple. L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c'est l'exigence de son bonheur véritable. Exiger de renoncer aux illusions relatives à son état, c'est exiger de renoncer à une situation qui a besoin de l'illusion. La critique de la religion est donc dans son germe la critique de la vallée des larmes, dont l'auréole est la religion. »

Idée que l'on retrouvait déjà dans la littérature, écouton Flaubert: «  Le bonheur est un mensonge dont la recherche cause toutes les calamités de la vie. ». Les exemples pourraient se multiplier à l'infini...


La critique faite à certains totalitarisme est de proposer justement un bonheur artificiel, tout « fabriqué » qui endort les consciences. Cf. Tocqueville:

«  Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre ; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. »

Ici, quel définition du bonheur? On voit et on y reviendra que la question du bonheur est liée intimement à celle de la liberté.


Ce désir engendre de la souffrance
. De part déjà de la tension qui résulte entre bonheur perdu et bonheur atteindre et d'autre part parce que la plénitude semble impossible à atteindre par ses simples forces. Or Dieu se sert de cette aspiration de l'homme pour entrer en relation avec lui, l'homme trouve Dieu dès qu'il se met en recherche...


Nous verrons dans une prochaine note la réponse des philosophes et de quelques grands théologiens. Pour approfondir cette question: lisez Jean-Louis Bruguès, Précis de théologie morale, tome 2, "Anthropologie morale: Bonheur, liberté, conscience" aux Editions Parole et Silence dont je me suis largement inspirée pour le plan et le contenu de cette note.

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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commentaires

jean jacques ganghofer 26/05/2011 02:31


Quand vous citez le psaume 41 ( Comme une biche altérée cherche l'eau vive, mon äme a soif de Toi , Seigneur....) il s'agit de la quête du bonheur permanent , celui qui permet " de ne plus avoir
soif". C'est un état que recherchent ( et trouvent) tous ceux qui sont en quête d'un bonheur stable , qui exige un certain détachement, et parfois un retrait du monde ( et de ses tracasseries).
Par contre, aujourd'hui , ils semblerait que soyons en quête de bien-être , et non de bonheur. Se sentir bien est compatible avec une société de consommation.
Par contre, le bonheur exige une vie simple ( enfin, il me semble ) ...... Mais, de toute évidence, il nous faudra sortir du consumérisme pour des raisons économiques et écologiques, et là , le
bonheur prévaudra sur le bien-être.


Jacquotte 01/06/2011 19:56



Pour certains (selon leur conception du monde, de l'existence, de la vie après la mort) le bonheur consiste uniquement dans le bien-être... Encore faudrait-il réfléchir à ce que signifie
réellement cette expression?



delphine 06/12/2009 12:03


Je serais curieuse de savoir ce que vous entendez par le « par nature » quand vous parlez des comportements animalier... Ce qui est inscrit en eux ? Ce qui est dicté par leurs gènes ?

Par ailleurs s’ils ont une âme, les animaux ont-ils pour autant un libre arbitre ?

Vous me faites me poser beaucoup de questions Jacquotte ! Merci =) !


Jacquotte 06/12/2009 13:01


Le libre-arbitre est le propre de l'homme. Cette notion philosophique est liée à celle de volonté et de conscience.
Notez aussi que la définition d'"âme" chez l'animal ne va pas de soi. Si vous entendez "âme" au sens courant, les animaux n'en ont pas. Ils ne possèdent pas non plus d'"âme intellective" pour
reprendre l'expression aristotélicienne propre là encore de l'homme, seul être rationnel. Je vous renvoie à son traité sur l'Ame.

L'âme végétative est celle qui permet à tout être vivant de se nourrir et de se reproduire. L'âme sensitive pour aller très vite  renvoie à la possibilité de sentir et de percevoir (dans un
premier temps)qu'on peut attribuer aux animaux.


beux 04/12/2009 08:51


Huuum je dirais quelque chose comme deux ans. J'en suis toujours au tome 1


Jacquotte 04/12/2009 19:49


c'est ce qui me semblait...


beux 03/12/2009 21:24


j'y penserais quand j'aurais fini de lire Braudel...


Jacquotte 03/12/2009 22:32


ha!ha! Je t'ai mis un joli commentaire.... Braudel, tu l'as commencé quand????


beux 02/12/2009 19:55


De toute façon tout le monde sait que les animaux ont une âme...


Jacquotte 03/12/2009 20:59


Et bien quelque part ce n'est pas faux... Mais, ils n'ont pas d'âme intellective... Ils ont une âme sensitive (avec des différences de degrés). Il est temps pour vous, chère beux de vous replonger
dans Aristote et St Thomas.