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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 16:27

 

 

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l est grand temps de réfléchir à la notion de liberté, incontournable en morale. Je ne vais pas dire que c'est une notion piégée mais presque car extrêmement complexe qui a connu des revers de fortune en philosophie comme en théologie. Le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes, rappelle la "grandeur de cette liberté" au n°17 : "Mais c'est toujours librement que l'homme se tourne vers le bien. Cette liberté nos contemporains l'estiment grandement et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison. Souvent cependant ils la chérissent d'une manière qui n'est pas droire, comme la licence de faire n'importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal."

 

Pourquoi parler de liberté en morale alors qu'on pense spontanément aux "obligations", aux "interdits"? La morale si vous  vous souvenez bien est en fait le lieu de détermination de soi, de réalisation de soi... C'est le "deviens ce que tu es", "ce que tu dois être". C'est donc bien le lieu de la liberté: quel homme est-ce que je veux être? Quels actes je choisis de poser pour parvenir à ma fin dernière et qui vont eux-mêmes me déterminer?

 

La liberté c'est aussi la possibilité de choisir le bien ou le mal. Pour le chrétien, ce sera fondamentalement, le choix  ou le refus de Dieu. Cependant, ce n'est encore une fois pas si simple, pour paraphraser saint Paul, voilà que je fais le mal que je ne veux pas...

 

Un acte moral c'est-à-dire  un acte humain engage la liberté, il doit être volontaire et éclairé. Eclairé cela suppose bien évidement l'action de la raison et de la conscience. Volonté, conscience, liberté, raison voilà les acteurs principaux de la morale auxquels il faudra rajouter la loi. La question de la liberté c'est en quelque sorte la question de la responsabilité:  si je pose un acte librement, je suis responsable et tout ce que cela implique selon que j'ai posé un acte bon ou mauvais. De fait, comme nous le rappelle le Concile: " chacun devra rendre compte de sa propre vie devant le tribunal de Dieu, selon le bien ou le mal accompli."

 

Qu'est ce que la liberté? une action libre? Même un cours de 50 heures ne parviendrait pas un faire le tour de la question... cependant, voici quelques pistes.

 

On peut dire qu'au sens courant une action libre est ce qui s'oppose à une action contrainte, forcée.  Elle se caractérise par un certain nombre de traits: intentionalité, motivation, but ou projet, engagement plus ou moins important du sujet... La liberté c'est ce pouvoir qu'à l'homme de se déterminer par ses actions.  On ne peut vivre qu'en utilisant sa liberté. Certaines personnes refusent de choisir. Choisir serait pour elles renoncer aux autres possibilités. Elles aiment se situer toujours avant le choix, avec devant elles la multitude des possibles... Ne pas s'engager car choisir serait restreindre les possibles ( et cela va de l'engagement à un opérateur téléphonique à l'engagement amoureux pour ne pas dire matrimonial). Grave confusion pour ne pas dire erreur. On ne perd pas sa liberté en l'exerçant, au contraire!  On est davantage libre dans et après  le choix.

 

Sans s'attarder sur ce point, notez qu'il existe plusieurs types de liberté. Un prisonnier est sans doute moins libre qu'un quidam se promenant à l'air libre... Il y a les libertés de mouvements, de pensées, de conscience... cependant, dès l'Antiquité, Epictète disait que les formes d'esclavages les plus importantes étaient: l'opinion d'autrui, la course aux honneurs, l'exercice du pouvoir, la tyrannie des passions...  L'homme libre est celui qui est maître de ses opinions sur les choses et c'est encore aujourd'hui une liberté bien difficile à acquérir!

 

Pour le chrétien, la principale forme d'esclavage, est l'esclavage du péché. Le Christ est le libérateur, celui qui par sa naissance et sa mort-résurrection libère l'humanité de la mort et du péché. On voit bien qu'il ne s'agit pas d'une indépendance politique, civile ou sociale.

 

La question et la reconnaissance de la liberté humaine posent des questions d'ordre théologique:

- Si l'homme est libre... Il choisit sa vie, le destin n'existe pas... ( d'où l'inutilité de la voyance) mais alors comment concilier cela avec l'omniscience de Dieu?

- Comment concilier la liberté humaine et celle de Dieu? Comment concilier la volonté de Dieu ("que ta volonté soit faite" disons-nous dans la prière du Notre-Père) et la notre, surtout si les décrets divins ne nous conviennent pas tout à fait?

- Si nous pouvons dire "non" à Dieu, aller contre le dessein divin en exerçant notre liberté, comment sauver la toute puissance de Dieu?

- Enfin comment concilier la liberté humaine et l'action de la grâce et de l'Esprit Saint en nos vies? Par extension, se pose la question de la prédéstination divine...

 

Si vous voulez lire des théologiens sur ce sujet, Saint Augustin est incontournable entre avec ses deux traités Du libre arbitre  et  De la Grâce et de la liberté. Saint Bernard avec là aussi un  Traité de la grâce et du libre arbitre. Et puis St Anselme, St Thomas d'Aquin, Erasme, Bossuet, Luther...

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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commentaires

Kaiser 06/02/2013 17:20

Très clair. Si le reste (que je compte bien lire !) du blog est de cet acabit, j'en serais ravi. A bientôt...

Baribolr 15/01/2013 21:21

Et le mariage pour tous dans tout ça ?

Jacquotte 18/01/2013 12:17



que voulez vous dire? nous y arrivons, nous y arrivons...