Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 17:19

I.pngl est toujours délicat de traiter cette question  car lorsqu’on veut aider une personne qui souffre, on ne peut arriver avec des réponses toutes faites, des projections de sa propre souffrance.. Il faut prendre en compte les propres représentations de la souffrance de l'autre car quelque par la souffrance n'existe pas en soi, c'est l'expérience de la souffrance qui existe.  La souffrance est un problème, c’est surtout et avant tout comme disait Varillon un scandale. Question d'autant plus redoutable que nous affirmons que Dieu est infiniment Bon. Il ne s'agit pas comme dans les pensées dualistes de concevoir un principe du mal qui combatterait ad vitam eternam un principe du bien façon "Guerre des Etoiles".

Du reste l’existence de la souffrance  a été et demeure un argument  pour affirmer que Dieu n’existe pas. Il faut aussi faire attention au fait que le mal n’a pas de sens ( punitions, équilibre du monde…), le mal n’a pas à être justifié, expliqué, compris. Il faut le combattre. Le mal et la souffrance sont des non-sens. Nous sommes quelque part dans le domaine de l'absurde. Or,  l’éthique c’est encore et toujours ce qui doit humaniser, ce qui doit permettre à l’individu de se réaliser, de s’accomplir et cela dans toutes les dimensions de son être et de donner sens à sa vie. Comment donner et offrir du sens lorsqu'on fait expérience de la souffrance? La souffrance met aussi en péril notre compréhension de la finalité et de l'origine: le pourquoi des choses.. Pourquoi suis-je touché par la maladie, le handicap? Pourquoi avoir perdu mon enfant? ... La maladie affectant notre corps atteint aussi à notre "moi". 

Mais, si l’Eglise se montre soucieuse de l’homme et de son accomplissement en tentant d’alléger ses peines comment comprendre, malgré tout, cette souffrance. Le Christ, par sa vie, œuvre d’abord pour ceux qui souffrent : Il est celui qui guérit, Il est le consolateur. Il s’agit de saisir la souffrance dans son amour miséricordieux et surtout dans la puissance salvifique de sa venue. A travers la figure de Job nous essaierons d’éclairer la question essentielle de la souffrance humaine.

Job, homme bon et respecté, est la figure même du juste ou de l’innocent souffrant. Ainsi la souffrance apparaît d’autant plus ici comme un non-sens. C’est véritablement l’expérience personnelle de l’homme souffrant face à Dieu qui est en jeu dans ce livre plus encore que le problème de la rétribution qui lui s’articulerait autour de l’axe piété-bonheur. Satan propose à Dieu de mettre à l’épreuve la piété de Job en lui infligeant toutes sortes de maux. Et, si Job résiste au départ et ne veut pas maudire Dieu : « (…) Maudis Dieu et meurs ! Mais il lui dit : « Tu parles comme une femme insensée. Nous recevons de Dieu le bien, et nous n’en recevrions pas le mal ! ». Resté seul, il finira par exprimer sa douleur. Ses plaintes qui se révèleront être un véritable procès à l’adresse de Yahvé. Seul, face à Dieu avec sa souffrance, Job à la suite d’un long cheminement spirituel et de l’intervention divine- la théophanie- parviendra tout de même à entrer dans le mystère de Dieu et du dessein divin. L’homme souffrant dépasse le stade d’un homme écrasé pour devenir un homme capable avec Dieu de rentrer dans la justice divine. Loin d’être abandonné au non-sens de la souffrance, Job est vivifié par le présence de Dieu et accepte sa situation d’homme avec humilité.
 

Avant de parvenir à la vision libératrice de Dieu, Job passe par un certain nombre d’épreuves qui rendent compte avec justesse du pouvoir destructeur de la souffrance. La rencontre avec ses trois amis reste donc un point central dans l’histoire de Job. C’est la souffrance qui va l’isoler du reste de l’humanité à tel point que même ses proches, ceux qui se disent « ses amis » vont l’exclure. Que ce soit Sophar, Eliphaz ou Bildad, tout accusent Job d’avoir péché d’une façon quelconque pour souffrir ainsi. Le mal et la cause de la souffrance lui sont attribués. Ils ne pensent pas à réconforter Job ou à s’engager avec lui dans sa souffrance. La peur les en empêche. La souffrance pourrait alors les atteindre aussi et mettre ainsi leur propre bonheur : mieux vaut rendre responsable Job de sa souffrance et l’éloigner d’eux. Le deuxième élément de leurs différents discours est qu’ils s’érigent en juges. Ils prennent la place de Dieu et mènent un véritable procès sur la vie de Job. Sa famille, ses actes, sa foi tout est analysé pour en dernier lieu condamner Job : il est pécheur. Enfin, il faut situer la souffrance de Job dans la durée. Si, au départ, Job résiste avec force et espérance, c’est le temps et la répétition de la souffrance qui sont ses véritables ennemis. Sa vie entière paraît remplie de désolation: « (…) ainsi ai-je hérité de mois de déception, et des nuits de peine me sont échues. Si je me couche, je dis : A quand le jour ? Si je me lève : A quand le soir ? (…) Mes jours sont plus rapides que la navette et se consument sans espoir. Souviens-toi que ma vie n’est que vent, mes yeux ne verront plus le bonheur »

Désespoir et non-sens sont les éléments constitutifs de la souffrance de Job. Or, les interrogations de Job peuvent renvoyer à celle de la personne handicapée, d’une personne malade gravement. Les souffrances du handicap seront celles le plus souvent de toute une vie. Comment dès lors envisager la vie quotidienne avec espérance si la souffrance est constamment présente ? Quel peut être le sens de telles douleurs ? L’amertume et le désespoir rongent littéralement Job. Il en arrive alors à maudire le jour de sa naissance. Pourquoi avoir vu le jour si c’est pour vivre dans de telles conditions ? Question qui fait cruellement écho au problème de la qualité de vie: «  Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit son jour (…) Périsse le jour où je fus enfanté (…) Que ne suis-je mort au sortir du sein ? Au sortir des entrailles que n’ai-je expiré ? Pourquoi deux genoux pour me recevoir (…) Maintenant je serais couché, tranquille, je dormirais et je reposerais(…) Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que du tourment ! "Les souffrances sont telles que l’homme est complètement anéanti, accablé et a perdu toute perspective d’avenir ou d’espérance. La souffrance le réduit à un perpétuel non-sens et cela en solitaire car nul ne semble pouvoir partager ou même alléger ses douleurs. C’est un homme seul, renvoyé aux limites extrêmes de son être. Face à cette situation, Job adresse une ultime plainte vers Dieu.

Le malheur arrête le temps normal pour Job et le jette dans un temps à la fois éternel et inerte. La césure s’opère par la venue de la souffrance où les jours d’avant semblent avoir été très court. Cette souffrance atteint non seulement son être physique et moral mais son « moi » profond. Elle brise radicalement son « moi » et le jette dans ce que Nemo décrit comme une « angoisse » : «  Il y a dans le Livre de Job une phénoménologie de l’angoisse, une méticuleuse description de l’angoisse telle qu’elle apparaît elle-même et transforme l’apparence de tout le reste» (cf.  P.NEMO, Job et l’excès du mal)

Plus que la question de la justice divine, c’est celle de l’aliénation de l’homme par le mal et la question finale du bonheur qui sont sous-jacentes aux interrogations et plaintes de Job. C’est aussi l’impuissance de l’homme face à certaines afflictions qui rend aussi poignant le désespoir de Job. Désespoir d’autant plus grand que la réponse de l’autre –ici les amis de Job- s'avère être non des solutions mais bel et bien des condamnations. Job face à lui-même, plongé dans l’abîme est dans une impasse qui semble totale.

C’est donc un homme écrasé au plus profond de son être qui adresse ses plaintes à Dieu, qui lui lance un véritable défi. Un homme ravagé dans sa vie et qui fait l’expérience personnelle et bien réelle du malheur. Job cherche à tout prix un sens à ce qu’il lui arrive. Or, Dieu ne lui fournira jamais la réponse à cette question. L’origine de la souffrance ou le pourquoi de celle-ci restera sans réponse à la fin du livre de Job. Mais qu’est ce qui permet alors à celui-ci de retrouver l’espérance ? C’est au plus profond de la crise que Dieu renoue le dialogue avec son fidèle serviteur qui malgré tout ce qui l’accable ne renonce pas totalement à se défendre : « Qu’il me tue, je suis sans espoir, je veux seulement plaider ma cause devant lui ; et ceci m’est déjà un signe de salut (…) »

Désespoir et signe d’espérance se mêlent tout de même. Dieu, vers qui il se tourne en dernier lieu, est le seul qui puisse lui apporter si ce n’est le réconfort au moins une explication. Dieu semble l’auteur de son malheur et pourtant Job ne désire s’adresser qu’à lui. Le malheur est ainsi associé au silence de Dieu qui se refuse jusqu’alors à parler à Job, à lui fournir une explication. Job invite Dieu au dialogue et ne peut se contenter de son absence, il éprouve un véritable désir de Dieu. L’absence de Dieu exprime ce vide absolu causé par la souffrance.

Enfin, Dieu répond à Job. Quel est alors l’enjeu véritable et la réponse de ce discours entre Job et Dieu ? Le discours de Dieu tourne essentiellement autour de la création et de la place que l’homme occupe au sein de celle-ci. En quoi répond t-il au questionnement de Job ? Dieu remet Job à sa place dans la création, il retrouve sa place humaine Job doit s’ouvrir à son statut d’humain et cela en relation avec le monde et Dieu. Il doit comprendre l’écart entre sa faiblesse et la puissance de Dieu tout en renouvelant sa confiance en Dieu. Dieu n’explique pas la souffrance mais c’est sa présence qui apporte le réconfort à Job et qui chasse le malheur. La puissance de Dieu assure la sûreté de Job. La vie humaine peut être soumise à toute sorte de malheurs qui peut conduire l’homme aux limites de son être à tel point qu’il puisse estimer la mort comme un bien. Le livre de Job propose une réponse à la souffrance à travers deux axes : celui de l’acceptation de la condition humaine – qui se traduit par la finitude et la faiblesse, et par celui de la présence de Dieu comme réconfort et soutien dans la souffrance.


Un début de réflexion... Dans une prochaine note, nous verrons l'action du Christ.
Bon troisième WE de l'Avent à tous: n'oubliez pas c'est le dimanche de la JOIE (ne vous étonnez pas si vous voyez des ornements liturgiques roses... c'est la version "light" de l'Avent!)

SaintPierre.png

Partager cet article

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article

commentaires

gabriel SAMA (Fdp) 25/10/2010 00:46


je vous remercie pour cette parfaite intervention et cette belle afgumentation sur l'image de Job. mais une question de plus en plus généralisée reste posée! "comment affirmer Dieu dans
l'expérience de l'excès du mal" pour moi la question rete posée d'un point de vue philosophique. qu'en dites vous?


Jacquotte 31/03/2011 23:22



Bien entendu... Où serait-ce plutôt les attributs de Dieu qui  nous posent question? l'existence du mal ne remet-elle pas en cause la "bonté" de Dieu ou la "toute-puissance" de Dieu plutôt
que son existence même.


Je vous conseille de lire "le concept de Dieu après Auschwitz" de Hans Jonas et pour un éclairage plus théologique la lettre apostolique du pape Jean II sur la souffrane: "Salvifici Doloris"
écrite en 1984 qui même si elle n'aborde pas directement la question de l"excès du mal" ouvre de nouvelles perspectives en éclaircissant le concept de la souffrance pour le chrétien.