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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 21:45

JOIE POUR LES COEURS QUI CHERCHENT DIEU



 

a quête du bonheur, le désir du bonheur se traduit donc par un désir de Dieu chez les théologiens et dans notre foi. L'homme est « capax dei » (capable de Dieu): capable de l'aimer et donc désireux de l'aimer. Les Pères insisteront beaucoup sur ce désir et cette recherche de Dieu. L'homme depuis la chute est séparé de Dieu par le péché. Il n'a donc qu'un seul but: être réuni à Lui.

Il cherche désespérément dans les créatures ou les choses matérielles ( biens, gloire humaine...) la satisfaction de ce désir essentiel (trop essentiel pour être jamais comblé par des éléments matériels). L'homme n'atteint que des satisfactions toujours partielles. Pour Augustin, tout particulièrement, s'impose une certitude : le désir est le point de départ de cette recherche qui finalement mène forcément l'homme à Dieu.

Les Pères pour traduire ce désir s'inspireront beaucoup du beau livre du Cantique des Cantiques. Nombreux sont ceux qui en ont fait un commentaire ou une homélie sur l'un ou l'autre des chapitres. Livre qui a aussi beaucoup d'importance dans la pensée mystique en particulier dans la spiritualité carmélitaine.

 

Grégoire de Nysse- l'homme peut être comblé mais jamais rassasié. Le désir de Dieu demeure dans la béatitude et la plénitude.

"Lui seul en vérité est délicieux, désirable et aimable. Et la jouissance que nous avons de lui est toujours le point de départ d'un plus grand désir, car elle fait croître le désir par la participation même de biens." (Hom. sur Cant. des Cant., Hom. 1).
 

Désir de Dieu et joie sont associés. Cette quête est ininterrompue, incessante et elle grandit. On verra que Grégoire établit un parallèle entre les 8 béatitudes, c'est-à-dire le perfectionnement dans la vie spirituelle et morale et l'échelle de Jacob. Si on trouvera la joie et la béatitude, le désir quelque part perdure car il n'y a pas de lassitude. Finalement, peut-on se rassasier de Dieu? Je vous renvoie encore au Psaume 41. Grégoire prend alors l'exemple de Paul qui est à la fois comblé et « affamé » de Dieu: « C'est ainsi me semble-t-il, que l'apôtre Paul, quand il eut goûté les fruits mystérieux du paradis, en était à la fois comblé mais toujours affamé. Il reconnaît que son désir avait été comblé : "Le Christ vit en moi" (Ga 2, 20) et pourtant comme un homme affamé, il éprouve les mêmes aspirations qu'auparavant et dit : "Ce n'est pas que j'ai déjà atteint le but ou que je sois déjà parfait, mais je poursuis ma course pour y parvenir." (Ph 3, 13).
 

Le cappadocien pense que l'on peut être rassasié du mal mais jamais du bien. C'est la joie de celui qui va "de commencements en commencements, vers des commencements qui n'ont pas de fin" (Homélies sur le Cantique des cantiques, 8e homélie). Et il poursuit : "Jamais le désir de celui qui progresse ne s'en tient au bien déjà connu : un autre désir, plus intense, puis un autre, encore plus profond, par la suite, poussent l'âme qui s'élève sans cesse sur la route de l'infini, par des biens toujours supérieurs
On comprend ainsi pourquoi, dans la perspective de Grégoire de Nysse, le désir ne cesse jamais - même dans l'éternité. C'est un point important car une des grandes peurs est de s'ennuyer dans l'éternité: l'éternité, c'est long surtout sur la fin... Donc pas de panique, en fin de compte le désir ne cesse jamais, il grandit sans cesse...
 L'homme cherche toujours, qu'il désire depuis que le péché l'a séparé de Celui à l'image de qui il a été fait. Il cherche désespérément à redevenir ce qu'il était, à grandir dans cette ressemblance. Le désir de Dieu, c'est le désir de VOIR DIEU mais aussi de POSSEDER DIEU... On pourra lire et méditer le paragraphe sur la béatitude dans le CEC ( Catéchisme de l'Eglise Catholique).

 

St Augustin,

L'intérêt de St Augustin par rapport à ses prédécesseurs qui nous parlent du désir de Dieu, est que l'évêque d'Hippone affirme que toute recherche de plaisir prend en réalité sa source dans le désir du bonheur, le désir du Bien donc le désir de Dieu. Lorsqu'on lit les Confessions, c'est un assoiffé de la vérité, un amoureux de l'amour que l'on découvre. Une sorte d'enragé de la quête du bonheur.

Comme on l'a vue dans notre bref parcours philosophique, de nombreux courants comme les stoïciens ou les épicuriens vantaient l'indifférence ou l'exctinction du désir (un peu comme dans le Bouddhisme du reste). Ce qu'ils nommaient l'apathie. Or chez les Pères et cela de façon très nette chez St Augustin, on a au contraire l'affirmation de la valeur du désir. Avant, il s'agissait de ne pas être troublé, courant qui a séduit par ailleurs certains mouvements monastiques ( Cf. Les pères du désert). Chez St Augustin, on a une opposition. Ce n'est pas une bonne chose que de ne pas éprouver de sentiments. Il prend l'exemple concret du Christ: joie de retrouver ses amis, pleurs à la mort de Lazarre, Il « se mit à aimer » le jeune homme riche... Le Christ n'est pas indifférent. Comment faire abstraction des passions pour aller vers Dieu alors que le Christ s'est incarné, a vécu la Passion pour nous sauver et ayant désirer nous sauver? En revanche, l'erreur pour Augustin serait d'endormir le désir de Dieu sous d'autres désirs multipliés et vains. La multiplication des plaisirs pourrait « tuer » le véritable désir.

 

Pour Augustin, le désir est un élan. Il fait partie des quatre passions: désir, joie, tristesse et crainte.C'est une dynamique mais en même temps une distance et parfois une absence... On désire ce qui est loin ou pas encore en notre possession.

Il existe plusieurs types de désir. Deux principaux: le désir désordonné ( la convoitise) et le désir ordonné ( la charité- agapé cad amour de Dieu cad l'essence même de Dieu. Le désir par excellence c'est l'AMOUR. L'amour, c'est LE ( et non un) don de Dieu. Capable de Dieu, c'est-à-dire capable d'aimer. Le passage à réaliser, c'est de quitter le désir desordonné pour le désir ordonné. Passer de la convoitise à l'amour voilà la véritable libération de l'homme. Le désir, c'est donc la VOIE ROYALE pour aller à Dieu et donc pour aller au bonheur. Sachant qu'on ne va à Dieu seul mais avec les autres comme nous sommes membres de l'Eglise, membres du corps du Christ( articulation aussi des deux commandements: amour de Dieu et amour du prochain).

 La prière est ce qui nourrit notre désir de Dieu et comme chez Grégoire de Nysse, le désir de Dieu ne finit jamais même auprès de Dieu.

 

Saint Bernard, en particulier les homélies sur le Cantique des Cantiques, sermons 84 à 86.

Là encore pensons au personnage, c'est comme St Augustin un chercheur de Dieu passionné. Tous ces saints, sont des hommes du désir et de la quête de Dieu.

St Bernard là aussi s'appuie sur son expérience, sur l'expérience humaine. L'homme qui éprouve un grand désir de Dieu dans son cœur est à même de saisir que c'est Dieu lui-même qui est habité d'un désir infini pour sa créature. DIEU DESIRE L'HOMME, DIEU A SOIF DE L'HOMME.

Je laisse à votre méditation quelques extraits de ces fameux sermons:

 

Homélie 84:

«Cherchez toujours son visage (Ps 105,4),» dit le Prophète, je crois que lors même qu'on l'aura trouvé, on ne cessera point de le chercher. Dieu ne se cherche pas par le mouvement des pieds, mais par les désirs. Et quand on a été assez heureux pour le trouver, bien loin que cela diminue le désir qu'on a de lui, cela ne fait au contraire que le redoubler. La consommation de la joie est-elle l'extinction du désir? c'est plutôt comme de l'huile qu'on jette sur le feu, car le désir même est un feu. Il en est ainsi. La joie sera comblée, mais on ne cessera point de désirer, non plus que de chercher. Or pensez, si vous le pouvez, une recherche sans indigence, et un désir sans peine d'esprit. La présence sans doute bannit l'un, et l'entière possession exclut l'autre. »


 L'âme qui cherche Dieu est en réalité toujours devancée par Dieu. La recherche de Dieu n'est pas une initiative humaine. La recherche de Dieu est une réponse de l'homme à l'initiative divine
 

« Mon âme cherche le Verbe, mais il l'a cherchée auparavant. Autrement, une fois sortie ou chassée de la présence du Verbe, elle ne retournera plus pour jouir des biens qu'elle a perdus, si le Verbe ne la cherche. (…) Je ne voudrais pas dire que cette âme qui désire de retourner à Dieu, et d'être cherchée de lui, soit entièrement exposée et abandonnée. Car d'où lui vient cette volonté? C'est sans doute de ce que le Verbe l'a déjà visitée et cherchée, et cette recherche n'a pas été inutile, puisqu'elle a opéré la volonté, sans laquelle le retour était impossible. Mais il ne suffit pas d'être cherché une fois, tant la langueur de l'âme est grande, et tant elle a de peine à revenir »

«J'ai cherché, dit l'Épouse, celui qu'aime mon âme.» C'est à quoi vous provoque la bonté de celui qui vous a prévenue, en vous cherchant et en vous aimant le premier. Vous ne le chercheriez et vous ne l'aimeriez point, ô âme, si vous n'en aviez été cherchée et aimée auparavant. Vous n'avez pas été prévenue d'une seule bénédiction, mais de deux, de l'amour et de la recherche. L'amour est la cause de sa recherche, et sa recherche est le fruit et le gage assuré de son amour. Vous avez été aimée afin que vous ne craigniez point qu'on vous cherchât pour vous punir. Vous avez été cherchée, afin que vous ne vous plaignissiez point d'avoir été aimée inutilement. »

 

Et pour compléter, les articles du CEC comme promis:

I. Le désir de Dieu

27 Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher:

L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).

28 De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme un être religieux :

Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul ; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).

29 Mais ce " rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu " (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21) : la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).

30 " Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu " (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, " un cœur droit ", et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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