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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 09:48

L.pnges textes du jour ainsi que les oraisons posent encore aujourd'hui la question du choix moral.On peut lire par exemple dans le psaume 36: " Evite le mal, fais ce qui es bien, et tu auras une habitation pour toujours. Les justes possèderont la terre et toujours l'habiteront." La prière d'ouverture évoque quant à elle un nécessaire discernement dans le Christ: "Donne à chacun la claire vision de ce qu'il doit faire et la force de l'accomplir". Enfin la lettre de saint Paul à Tite ( 2,1-8.11-14) énumère un certain nombre de préceptes moraux en vue du bien commun: " sois un modèle dans ta façon de bien agir".  Le but de ces actions bonnes étant plus fondamentalement la recherche du bonheur: " Pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur." En sachant, que pour vaincre le mal, la grâce est nécessaire, nous ne pouvons y parvenir par nos simples forces; le salut vient de Dieu: " La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. C'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables (...)"

 

Ces textes liturgiques sont très riches et ont inspiré de nombreux pères de l'Eglise. Ils font penser au thème classique des deux voies. Présent dans la Bible, nous avons en mémoire le texte de l'ecclésiastique ( 14, 20 - 15, 20) : " Si tu le veux, tu garderas les commandements pour rester fidèle à son bon plaisir. Devant toi, il a mis le feu et l'eau, selon ton désir étends la main. Devant les hommes sont la vie et la mort, à leur gré l'une ou l'autre leur est donnée.",  ce thème a été repris en particulier dans le texte de la Didaché  ou encore dans le Pasteur d'Hermas.

Nous retrouvons ainsi deux questions fondamentales de la théologie morale: le discernement et la liberté.

Dieu ne sauve pas l'homme malgré lui. L'homme laissé à son "libre conseil" peut choisir ou non de suivre Dieu.  La difficulté ensuite sera de saisir quelle est la volonté de Dieu et quel est le bien. La vie étant rarement faite de choix  où le bien et le mal s'offrent à nous dans une claire vision : est-ce un bien ou un mal? choisir entre deux biens? puis-je choisir un mal si les conséquences sont bonnes? est-ce que je peux tout accepter et justifier selon le principe de l'amour? puis je commettre un acte mauvais selon les circonstances? est-ce que ce bien (pour moi) l'est aussi pour l'ensemble de l'humanité?

Il faut sans cesse opérer un travail d'analyse, de discernement. Suivre Dieu est paradoxalement un choix d'obscurité car c'est un chemin de foi et de confiance. On ne connaît pas les modalités concrètes de ce cheminement. Abraham lorsqu'il décide de répondre à l'appel de Dieu ( il a choisi Dieu, il a discerné que c'était bien la voix de Dieu) ne sait pas ce qu'il attend, il le découvre au fur et à mesure de son voyage, au fur et à mesure de sa vie. Il lui faut sans cesse poser des actes de foi (on peut dire que la naissance d'Isaac s'est faite attendre) , de la patience... On peut être totalement découragé par ce manque de signes clairs et précis. Et pourtant, Dieu pour guider nos actions, pour nous aider dans nos décisions, nous a donné des balises: les commandements, la loi naturelle et la raison, la conscience qu'il nous faut éduquer, sa Parole et son Fils. Avec la raison et la conscience, tout le monde a accès à la Loi Naturelle et peut donc s'il a le souci de rechercher la vérité trouver le bien. La béatitude n'est donc pas simplement réservée aux croyants. En revanche, il est vrai que seule la Révélation permet d'accéder à la Vérité toute entière.

Cela nous rappelle aussi qu'il existe bien UNE VERITE ainsi qu'UN BIEN qui ne dépendant pas de la culture, de la civilisation, de l'époque et que tout homme peut y accéder par la raison et par la foi.   Il s'agit bien d'ordonner nos biens et fins particulières au bien général. Pour nous chrétiens, nous pouvons le nommer Dieu. La liberté doit être obligatoirement liée comme le rappelle Jean Paul II dans son encyclique Veritatis Splendor à la question de la vérité. Sans cela,discernement et agir moral ne sont pas viables.

 

Avant d'approfondir dans d'autres notes toutes ces questions cruciales et redoutables, je vous laisse réfléchir sur ce premier extrait de Veritatis Splendor de Jean Paul II:

"32. Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d'en faire un absolu, qui serait la source des valeurs. C'est dans cette direction que vont les doctrines qui perdent le sens de la transcendance ou celles qui sont explicitement athées. On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d'instance suprême du jugement moral, qui détermine d'une manière catégorique et infaillible le bien et le mal. A l'affirmation du devoir de suivre sa conscience, on a indûment ajouté que le jugement moral est vrai par le fait même qu'il vient de la conscience. Mais, de cette façon, la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité, d'« accord avec soi-même », au point que l'on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral.

 Comme on peut le saisir d'emblée, la crise au sujet de la vérité n'est pas étrangère à cette évolution. Une fois perdue l'idée d'une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine, la conception de la conscience est, elle aussi, inévitablement modifiée : la conscience n'est plus considérée dans sa réalité originelle, c'est-à-dire comme un acte de l'intelligence de la personne, qui a pour rôle d'appliquer la connaissance universelle du bien dans une situation déterminée et d'exprimer ainsi un jugement sur la juste conduite à choisir ici et maintenant ; on a tendance à attribuer à la conscience individuelle le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière autonome, et d'agir en conséquence. Cette vision ne fait qu'un avec une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres. Poussé dans ses conséquences extrêmes, l'individualisme débouche sur la négation de l'idée même de nature humaine.

Ces différentes conceptions sont à l'origine des mouvements de pensée qui soutiennent l'antagonisme entre loi morale et conscience, entre nature et liberté."

SaintPierre.png

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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