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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 09:07

N.pngous avons découvert hier que le Catéchisme de l’Eglise Catholique précisait au n°1735 qu’il existait une série d’éléments qui pouvaient diminuer voire supprimer le caractère volontaire de l’acte et par là même réduire la responsabilité de l’agent. Nous avons déjà parlé des craintes, de la violence, de l’ignorance et de l’inadvertance.

 

Poursuivons notre réflexion… Mais avant de parler des habitudes, je voudrai faire un détour par ce qu’on appelle le caractère. Peut-être avez-vous déjà procédé aux tests qui déterminent si vous êtes sanguin, flegmatique, colérique… Subissons-nous notre caractère au sens où il pourrait déterminer nos actions. Or s’il y a déterminisme, il y a un caractère involontaire. Le caractère, c’est ce qu’on appelle la « première nature », Xavier Thévenot écrivait : « mon caractère est ma façon de choisir que je ne choisis pas. ». Et en effet, celui-ci marque mes décisions dans la mesure où il influence ma façon de désirer, de voir les choses… Le caractère regroupe plusieurs données : dispositions innées, personnalité mais plutôt que d’y voir un déterminisme, il faudrait le concevoir comme la base de la liberté humaine. C’est sur cette base que ma liberté s’actualise. Bref, vous ne pouvez en aucun cas légitimer une action mauvaise ou excuser un acte mauvais sous couvert de personnalité.  De fait, je ne choisis pas ce caractère mais je suis libre d’en faire ce que je veux : je peux le maîtriser, le faire évoluer grâce aux efforts, aux vertus. Je serais en quelque sorte nerveusement lâche ou nerveusement courageux mais c’est bien moi qui ai choisi la lâcheté ou le courage. Le caractère n’est donc pas déterminisme car mon tempérament me laisse encore la possibilité de choisir.

Il ne faut pas nier cette personnalité mais la prendre en compte et développer sa liberté à l’intérieur de celle-ci. C’est encore une fois une question de connaissance de soi qui est humilité c’est-à-dire vérité sur soi-même. Cette connaissance de soi conduit à une réalisation de soi au sein de cette connaissance qui est prise de conscience de sa finalité personnelle authentique. Personne n’est exclu de la vie morale en raison de son caractère, pensons par exemple à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour qui ce n’était pas gagné ! Il est inutile de se révolter contre son caractère…. Voyons-nous notre personnalité comme une limite ou comme la marque de notre caractère unique ?

 

Nous parvenons ainsi aux habitudes que l’on appelle parfois la « seconde nature ». C’est la répétition d’actes qui peut devenir une manière d’être. C’est de l’ordre de l’irréfléchi et non de l’inconscient. L’habitude peut être mentale, intellectuelle, motrice, vertueuse… L’habitude est donc marquée par l’involontaire mais est volontaire au sens où elle résulté d’un exercice répété. Elle a côté très positif, c’est la base de notre éducation au sens large car l’habitude facilité l’effort, pensons aux sportifs ou un jeune qui a pris l’habitude de travailler… L’habitude procure de la spontanéité à l’acte. En moral, cela peut être très bénéfique. Cependant, on peut prendre l’habitude d’une action mauvaise : mentir par exemple…

L’habitude possède un côté très ambivalent. Elle est négative lorsqu’elle vide l’acte de sa consistance, lorsqu’elle devient automatisme asservissant… Routine pesante qui empêche tout changement, toute création. Il y a donc de « bonnes » et de « mauvaises habitudes ». Car comme l’écrivait un jour Mgr Léonard, l’habitude est à la foi « secours » et « menace ».  Il nous faut encore une fois trouver l’équilibre.

 

Reste enfin ce que l’on pourrait appeler les passions : émotions, affects, sentiments… Nous sommes dans le registre de l’affect et du sensible. Le mot passion renvoie à une notion de « passivité » qui nous conduit à concevoir souvent la passion comme un obstacle à notre liberté, à  notre volonté. Les mouvements de la passion seraient involontaires et totalement subis par le sujet. En réalité, la passion n’est pas négative. Elle est énergie bien nécessaire justement à activer notre volonté. La passion n’est pas contraire à la raison et ne nous entraîne pas systématiquement au mal… C’est encore une fois l’usage et la maîtrise de celle-ci qui compte. Est-ce que je laisse la passion aveugler ma raison et obscurcir  ma saisie du réelle ou est ce une force que j’utilise dans ma prise de décision ? Il faut faire attention aux deux excès : asservissement et apathie. Notez que de fait le CEC parle d’ « affections immodérées » : il s’agit donc non d’une condamnation des passions, des sentiments mais de leur excès. L’absence totale de passions est en quelque sorte inhumaine.

 

Dans notre réflexion sur les empêchements au volontaire, nous aurions pu parler de l’inconscient mais par définition il échappe au conscient et donc à la volonté, au déterminisme social (pensons à Bourdieu…), aux maladies mentales, psychotiques, névrotiques qui peuvent affecter raison/conscience et donc la volonté et enfin la question plus délicate des tendances sexuelles (homosexualité) ou des difficultés-déviances sexuelles (phantasmes envahissants, pédophilie…). De quelle manière les personnes sont responsables des actes qui découlent de ces tendances ou difficultés ? Quelles en sont les causes ? causes éducatives, géntiques, régressions psycho-affectives, fragilités psychologiques, fragilités morales, dérèglement ou spécificité physiologique et hormonale…etc ? Pour l’instant, la recherche au sens large n’a pas été très convaincante ? Nous sommes encore  un peu dans le flou… Ce qui est certain, c’est que le sujet n’est pas responsable de la tendance qui le marque en revanche il est responsable comme chaque être humain de l’usage qu’il en fait. Dire qu’il n’a aucun choix c’est annihiler sa liberté, c’est supprimer sa dignité humaine et c’est donc extrêmement dangereux.

La tendance sexuelle tout comme le caractère n’est pas imputable à la personne, ce qui est peccamineux ( de l’ordre du péché, de la faute) ou imputable c’est ce qui découle du volontaire.

 

 SaintPierre.png

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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commentaires

jean jacques ganghofer 17/03/2013 04:38

Splendide exposé fortement imprégné de connaisses humaines !!!!!!!!
J'ai même appris des choses sur moi !!!!
Merci Jacquotte .....