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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 14:09

O.pngn sait que la notion d' "image de Dieu"  est née dans la Tradition sacerdotale au VI siècle avant JC; notion par ailleurs peu extraordinaire puisqu’elle existait déjà. On en retrouve des traces dans différents textes comme des poèmes babyloniens et égyptiens. Les auteurs bibliques ont pu leur emprunter l’expression « image de Dieu".  Aujourd'hui, je ne vous donnerai que quelques repères historico-théologiques....

La première réflexion véritable sur le thème de l’image de Dieu se trouve chez Clément de Rome. On est dans une ligne stoïcienne. L’image est y considérée dans une dimension spirituelle. On retrouve un peu la même anthropologie que dans l’Epître de Barnabé.  Chez Clément, c’est en effet une anthropologie christologique où la chair, élément corruptible, a été assumée par le Christ Incarné puis conduite à l'éternité par la Rédemption. Il reprend aussi l'idée paulienne du corps compris comme "temple de l'Esprit". La chair devient et est par conséquent une réalité sacrée. N'oublions pas en effet que dans notre Credo  nous proclamons et espérons la résurrection de la chair. Ce qui n'est pas une mince affaire... Il est déjà peu évident à présent d'affirmer l'immortalité de l'âme alors affirmer la résurrection des corps?.... C'est une réflexion cependant capitale à mener dans notre société qui oscille entre la "sacralisation-omniprésence" et la "négation-rejet" du corps.
Pour la période suivante, soit la patristique, on peut avec le Dictionnaire de Spiritualité,  distinguer les Pères qui ont subi une influence stoïcienne comme Tertullien et Lactance, ceux qui ont subi une influence platonicienne comme Ambroise ou Augustin et ceux qui ont systématisé les Ecritures comme Hilaire de Poitiers, Jérôme, Grégoire le Grand. Les grecs, presque tous ont vu dans le Fils, une « image visible » du Père et l’âme humaine comme une image seconde de cette image parfaite. Ils insistent sur l’ascèse, l’effort volontaire pour tendre vers une assimilation de plus en plus parfaite au Logos. L’homme s’accomplit à travers le progrès spirituel. Les latins, eux, vont insister sur le rôle de la raison et de la volonté dans le chemin de la perfection. Mais en général, le Christ est image de Dieu et l’homme est créé à l’image du Fils...
Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller dans la période patristique, notre cher cappadocien, Grégoire de Nysse. Il a beaucoup travaillé sur ces notions d'"image" et de "ressemblance". Consultez la vie de Moïse et la Création de l'homme ( que vous trouverez là encore dans la collection Sources Chrétiennes n°6 si mes souvenirs sont bons...) Retenons qu'il donne un sens très fort à l'expression "image de Dieu" car elle ne peut s'appliquer qu'à l'homme.  Le mot indique une perfection, une plénitude: «  La ressemblance que nous avons avec Dieu consiste dans la Plénitude de tous biens » ( 184b). Ou encore: " Parmi tout ce qui est né de la terre, rien ne ressemble davantage à Dieu que l’homme."  La question est de savoir comment l’homme enfermé dans un corps peut être à l’image de Dieu puisque le matériel, le visible, le corporel, le fini  ne peut représenter l’immatériel, l’invisible, l'incorporel et l'infini! Quels sont les biens pour l'homme obtenus par cette "image" de Dieu en lui? Liberté? Domination sur la création? Possible vision de Dieu? C'est alors que Grégoire va relier tout cela à la vie vertueuse. Pour obtenir la vie éternelle... l'immortalité...? Ce ne peut être que par une vie vertueuse. En effet, le péché a abimé notre ressemblance avec Dieu, il a entaché la pureté. Or ce sont les "purs" qui verrront Dieu. Comment retrouver cette pureté, comment progresser dans la ressemblance de Dieu: mener une vie vertueuse.

Laissons un moment Grégoire et passons à Augustin, celui que l'on a surnommé le "docteur de l'image". Vous pouvez étudier pour cette question son De Trinitate.  L’image désigne l’homme intérieur, la partie spirituelle de l’homme. Elle devient le principe où la Trinité pénètre l’âme. L’homme créé ainsi est alors capax dei c'est-à-dire capable de Dieu...

Augustin distingue « image » et « ressemblance ». Il affirme que si l’Ecriture utilise deux termes c’est bien pour parler de deux réalités. L’image désigne pour lui la partie la plus spirituelle de l’homme. Tout le reste est de l’ordre de la ressemblance. L'homme quoiqu'il arrive ne demeure qu'une image imparfaite, seul le Christ est image parfaite. Autre donnée importante que l'on approfondira, l'homme est image de Dieu c'est-à-dire qu 'il est image de la Trinité. L’homme pas seulement à l’image du Fils mais bien à l’image de la Trinité. Etre image de la Trinité cela signifie deux choses fondamentales. D'une part nous pouvons trouver le Dieu un et Trine en nous... C'est une voie de connaissance et de contemplation de Dieu si je puis dire et d'autre part cela fonde notre valeur ou si vous préférez notre dignité d'homme. Tous ou plutôt chacun de nous est "image de Dieu"... et cela quelque soit nos actions bonnes ou mauvaises. Il existe une valeur intrinsèque de chaque individu du fait même qu'il est image de Dieu.

Dans son Commentaire de la Genèse, St Augustin pense que l’image de Dieu a été perdue par le péché mais qu’elle est restituée dans la grâce si le vieil homme en nous cède la place au nouvel homme. Plus tard il reviendra sur cette idée et il dit que le péché a seulement souillé, abîmé cette image. L’image quoiqu’il arrive peut être restaurée et existe toujours. On ne peut effacer l'image de Dieu en nous. En revanche, elle peut devenir de plus en plus parfaite.

Nous ne nous étendrons pas sur le Moyen Age où la notion est de l'ordre du lieu commun. Chez Saint Thomas d'Aquin elle est développée à la charnière de la   Prima Pars ( qui traite de l'œuvre de Dieu) et la Secunda Pars ( qui traite de l'agir humain.). Elle se situe par conséquent à une place stratégique:  «  Puisque, (...) l’homme a été créé à l’image de Dieu, ce qui signifie qu’il est doué d’intelligence, de libre-arbitre et d’une capacité d’auto-détermination (…)il faut maintenant considérer cette image, cad l’homme, car il est principe de ses actes propres, parce qu’il possède le libre arbitre et la maîtrise de ses actes. »
Si St Thomas distingue aussi "image " et "ressemblance", il rappelle que l'homme est image de Dieu par nature. C'est qui lui permet de connaître et d'aimer Dieu. On revient sur l'idée de l'homme capax dei

En résumé : l’hébreu et la sémantique ne font pas de distinction entre les deux termes "image" et "ressemblance". Les nuances entre les deux nous vient en particulier de la patristique. Les Pères (environ depuis saint Irénée de Lyon) rapportent l’image à ce qui pourrait définir la nature humaine (intelligence, liberté) et la ressemblance qui d’ordre historique voire eschatologique. L’homme est en quelque sorte imparfait ( tel un petit enfant pour St Irénée) et doit tendre vers la perfection. C’est un processus dynamique qui pousse l’homme vers le Christ donc vers Dieu. La ressemblance par exemple pour Maxime le Confesseur nécessite la participation de l’homme pour être réalisée, l’homme doit faire intervenir donc sa liberté et sa volonté. En conclusion, la ressemblance à la différence de l'image se gagne par la vie morale et spirituelle, toutes deux intimement liées. Il est idiot en effet dans la pensée chrétienne de séparer vie de foi, vie morale et vie spirituelle.

Le péché  est ce qui a blessé la ressemblance divine.

«  Créons l’homme à notre image et ressemblance. Nous possèdons l’une par la création, nous acquérons l’autre par la volonté. Dans la première structure, il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu ; par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. Ce qui relève de la volonté, notre nature possède en puissance, mais c’est par l’action que nous nous le procurons. En nous donnant la puissance de ressembler à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. » (Basile de Césarée, Sur l’Origine de l’Homme, Homélie I,16 )

SaintPierre.png

 

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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commentaires

beux 19/12/2009 20:50


preum's

Je suis choquée que tu oses parler d'éthique alors que tu n'es même pas capable d'évangilser des soeurs avides de savoir, par peur de rester bloquée par la neige...


Jacquotte 19/12/2009 20:52


Ce ne sont pas des soeurs déjà. Leur statut du point de vue canonique est différent... De plus ce sont elles qui sont coincées dansvla neige... moi pas encore!
Veux-tu tes cadeaux et tes petites verrines pour Noël!