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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 12:44

N.pngous avons essayé dans les précédents articles de réfléchir sur la notion de liberté en particulier dans le texte Veritatis Splendor. Aujourd’hui, nous nous pencherons sur la question de la volonté et plus particulièrement des empêchements au volontaire.

La volonté oriente la liberté et surtout engage la responsabilité, c’est donc une donnée fondamentale en morale. En effet, sommes-nous responsables d’une action involontaire ? La volonté se comprend donc en lien avec l’intention. Pour que l’acte soit volontaire, il faut aussi prendre en compte sa relation avec la raison ; il faut en effet que l’agent/le sujet connaisse la fin de l’acte. On comprend alors pourquoi la volonté suppose la liberté. On peut distinguer à la suite de saint Thomas d’Aquin  plusieurs phases au sens même de l’acte volontaire : intention, élection (je choisis), exécution.

 

La volonté cependant n’est pas une donnée brute et peut être aveuglée par des passions et influencée par certaines formes de déterminisme (social ?). On trouve des actions « non volontaires » et des actions « involontaires ». Les premières ne nous intéresseront pas car en réalité ce ne sont pas des actes humains à proprement dit. Le sujet ne raisonne plus dans ce cas. L’acte involontaire va en quelque sorte contre la volonté de l’agent. Pensons à saint Paul qui affirme : «  vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que hais. (…) je ne fais pas le bien que je veux et je commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action mais le péché qui habite en moi. » (Rm 7, 15-20)

C’est pour cette raison que le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) envisage les éléments qui peuvent diminuer voire supprimer la responsabilité. Si vous voulez l’acte demeure mauvais mais l’agent n’est pas « responsable ». Avant de clarifier ces empêchements au volontaire, notez que le « ne pas vouloir » ou le « vouloir ne pas » ne sont pas des actions involontaires mais une action volontaire qui consiste à ne pas vouloir, à ne pas agir. En d’autres termes, une « non-action » est une action volontaire. Nous pouvons donc être « responsables » des actions que nous n’avons pas posées et que nous aurions pu poser. Nous avions déjà évoqué ce cas lorsque nous avions parlé du péché d’omission.

 

Quels sont ces empêchements ? Que dit le CEC ?

« 1734 La liberté rend l’homme responsable de ses actes dans la mesure où ils sont volontaires. Le progrès dans la vertu, la connaissance du bien et l’ascèse accroissent la maîtrise de la volonté sur ses actes.

1735 L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux.

1736 Tout acte directement voulu est imputable à son auteur : (…) Une action peut être indirectement volontaire quant elle résulte d’une négligence à l’égard de ce qu’on aurait dû connaître ou faire, par exemple un accident provenant d’une ignorance du code de la route. »

Voici donc trois articles fondamentaux. Le dernier évoque le volontaire indirect que nous ne pourrons traiter aujourd’hui ; quant à l’article 1735, il énumère ces fameux empêchements au volontaire : ignorance, inadvertance, violence, crainte, habitudes, affections immodérées, facteurs pyscho-sociaux.

 

            Le catéchisme distingue donc l’ignorance et l’inadvertance qui tous deux jouent sur la clarté de l’intelligence (raison) et de la conscience.

 

 L’inadvertance, c’est un défaut de l’attention ; c’est une « étourderie » plus ou moins grave. Est-ce un oubli ? une inattention ? A quoi sont dus ces faits ? maladie ? préoccupation ? L’inadvertance touche une connaissance que l’on a habituellement.

 

L’ignorance c’est au contraire la privation de la connaissance. En morale, cette privation est très importante car normalement le sujet en a besoin pour agir bien, selon des règles éthiques. On peut distinguer l’ignorance de fait et l’ignorance du droit ( droit divin, droit naturel ou droit positif…). St Thomas dans son De Malo donne  l’exemple d’un homme qui ignore que l’adultère est un péché. Il ignore le précepte. L’ignorance peut aussi porter sur la gravité de l’acte ou sur la peine/sanction possible. Par exemple, beaucoup de personnes ignorent que procurer un avortement conduit selon le Code de Droit Canon à ce qu’on appelle une excommunication latae sententiae (can 1398).

 Pour l’ignorance du fait, St Thomas poursuit son exemple de l’adultère et pense à un homme qui sait que l’adultère est un péché mais qui le commet sans savoir qu’il le commet. Un peu confus ? En gros, l’homme pense s’unir à sa femme (mais il doit fait très sombre dans la chambre) et il s’unit à une autre… L’homme doit être de bonne foi.

Vous me direz alors, mieux ne vaut pas savoir et en restant dans l’ignorance, on n’est peu ou jamais responsable ? Outre  le fait que ce serait un peu facile, le but tout de même de l’homme est de s’humaniser davantage et cela ne peut passer que par l’usage de la liberté et de la volonté qui grandissent au fur et à mesure que  notre ignorance du bien recule.

Notez aussi que l’on va distinguer l’ignorance vincible et l’ignorance invincible, celle qui peut être vaincue et celle qui ne peut l’être…. Si l’ignorance est vincible et que nous en sommes responsables (nous n’avons rien fait pour sortir de notre ignorance) alors nous sommes coupables. C’est une ignorance de mauvaise foi. Cela peut être modulé en fonction de l’aspect direct ou indirect… En revanche, l’ignorance invincible est non coupable car la personne a tout mis en œuvre pour s’informer, connaître mais il ne peut pour X raisons sortir de son ignorance. Ainsi, on pourrait établir des degrés dans l’ignorance :

-           L’ignorance affectée : elle est délibérée, c’est la plus grave.

-          L’ignorance crasse du latin « crassa val supina », c’est la « couche épaisse ». C’est un négligence coupable car on ne veut prendre aucun moyen pour en sortir.

-          L’ignorance vincible simpliciter ; elle résiste à de réelles efforts mais souvent insuffisants. On est plus ou moins responsable selon notre négligence.

-          L’ignorance invincible.

Enfin, une dernière distinction est nécessaire pour bien comprendre l’ignorance. Celle qui sépare l’ignorance antécédente, l’ignorance concomitante et l’ignorance conséquente

Dans le premier cas, le sujet n’aurait pas agit s’il avait su. St Thomas prend l’exemple du chasseur qui n’aurait pas tiré s’il avait su avant qu’un homme se trouvait dans les fourrés…

La deuxième est assez particulière. Le sujet est dans la disposition d’agir ainsi même s’il ignorait ce qui est arrivé. En gros, le chasseur ignore que quelqu’un est dans les fourrés mais il se trouve que ce quelqu’un est son pire ennemi qu’il avait bien envie de tuer...La dernière se confond avec l’ignorance vincible car c’est une ignorance à la suite d’une négligence à connaître.

Ces différents types d’ignorance sont importants car ils permettent d’évaluer la liberté en jeu et donc la responsabilité plus ou moins grande de la personne. L’ignorance si elle affecte la volonté n’excuse pas tout pour autant. Elle diminue le volontaire et donc la faute mais ne rend pas « bon » un acte « mauvais ». Peut-on ignorer la loi est une autre question ? Nul n’est sensé ignorer la loi comme dit l’adage. Cela dit d’un point de vue juridique, nous pouvons être coupables mais ne pas être imputables au niveau de la conscience (niveau moral), cela ne signifie pas qu’on ne doit pas subir la peine. Le droit ne se confond pas avec la morale.

 

Vient ensuite la violence. Cela signifie qu’il existe un principe extérieur qui force la personne à agir contre sa volonté. La personne n’est donc pas responsable sauf si nous sommes dans le cas de « douces violences » où il y a une forme d’acquiescement de la part de la personne. Reste une question de définition de la violence et de savoir où jusqu’où peut-elle aller ? ( violences physiques mais aussi morales…).

 

Le CEC évoque alors la crainte. La crainte peut revêtir là encore différents degrés : trac, inquiétude, anxiété, peur paralysante, angoisse…. S’agit-il d’un danger réel ou imaginaire ? Est-ce une peur rationnelle, irrationnelle, d’ordre existentielle (peur de mourir, peur de la souffrance…) ? Toutes n’affectent pas la volonté de la même façon. La peur qui fait perdre la raison est involontaire et donc enlève la responsabilité. L’exemple classique est une femme surprise dans un incendie qui jette par la fenêtre dans un mouvement de peu panique son enfant pour le sauver… Elle ne voulait pas lui faire du mal.

La peur diminue mais ne supprime en général pas la responsabilité car il s’agit plutôt d’un obscurcissement de la raison. Existe-t-il des peurs positives comme le souligne le philosophe Hans Jonas dans son Heuristique de la peur ? En effet, si elle conduit à certains moments à la paralysie ne peut-elle être un dynamisme d’action parfois ? Si la peur s’articule avec la violence, nous ne sommes pas alors tout à fait dans le même cas non plus puisque la violence peut supprimer tout consentement.

 

Voilà pour aujourd’hui, demain les habitudes, le caractère et les passions…

 

 

SaintPierre.png

 

 

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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