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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 23:28

L.pnga question morale est la question du sens de notre agir. Elle nous aide à déterminer les actes qui tendent à nous humaniser, à nous responsabiliser (nous avons en tant qu'homme à rendre compte de nos actes devant nous-même, devant notre prochain, devant la société, devant Dieu...). La conscience morale va être, pour parler d'une manière très générale, « ce lieu » où se rencontrent et s'affrontent notre liberté ( volonté) et la loi ( les normes et valeurs extérieures). Voici donc quelques pistes ou grandes lignes qui guideront notre prochaine réflexion sur la conscience.

 

Quelques distinctions.

Avant toutes choses, il nous faut distinguer la conscience psychologique ou réflexive de la conscience morale.

On pourrait dire « j'ai conscience de moi » pour la conscience psychologique  et « j'agis en conscience. » pour expliciter la conscience morale.

Le premier type de conscience est une forme de la connaissance. C'est la connaissance de soi, le mouvement de la pensée par lequel je prends conscience que je suis; je prends conscience de mon « moi ». C'est un peu  le cogito cartésien. Cette conscience est à la source de la construction de soi, de la construction du sujet comme sujet autonome. C'est une présence de soi à soi-même. C'est le centre intime du sujet.

La conscience morale (agir en conscience) quant à elle est cette conscience qui juge, blâme, approuve, oblige, guide… En réalité, les deux sont intiement liées, on pourait dire "imbriquées" même si elles demeurent bien distinctes. Il ne peut avoir en effet de conscience morale sans une conscience de soi. L'animal qui n'a pas conscience d'être, qui ne peut effectuer par la pensée un retour sur soi n'a pas de conscience morale. Ces actes n'ont pas à être jugé moralement. Un lion qui dévore une gazelle ne commet pas d'acte mauvais, de meurtre et encore moins de péché.

Dans notre réflexion éthique, c'est bien évidemment la conscience morale qui va nous intéresser mais il faut avoir bien conscience (c'est le cas de le dire) de la diversité, de la complexité de ce concept qui semble banal. Le langage courant à travers toutes ces expressions usuelles rend compte de cela. Par exemple, on parle d'"inconscient", d"inconscience", de "subconscient", d'examen de conscience, d'objection de conscience,  de cas de conscience, de trouble de la conscience, de bonne ou mauvaise conscience, de voix de la conscience, d'un travail consciencieux ou encore  on utilise des expressions du type "agir en conscience", "avoir quelque chose sur la conscience", "prendre conscience", "liberté de conscience"... On le constate, le champ sémantique autour du terme « conscience » est vaste.

 

 

Le mot "conscience" vient du latin cum et scientia qui signifie connaître avec. Ce serait par conséquent, une sorte de témoin qui partage quelque chose de l’événement, d’un témoin qui constate,  qui juge... on parle du  reste de "tribunal de la conscience".

Traditionnellement on distingue de 2 types  de conscience : conscience habituelle et syndérèse (du mot habitus compris comme une disposition intérieure). Tout être humain a un sens moral quasi inné qui consiste à faire le bien et éviter le mal. La syndérèse est un principe de l’âme, elle revêt  un aspect infaillible. Mais nous en parlerons dans une prochaine note. Ici, on voit que la conscience est  liée à la notion de  "loi naturelle".

La conscience actuelle, elle, c’est un dictamen pratique de la raison. Alphonse de Ligori disait qu’il s’agissait d’un « jugement ou verdict par lequel nous jugeons ce qu’il faut faire ici et maintenant, agir bien et faire la mal ». Il s‘agit d’un acte pratique, d’un jugement qui est articulé avec la région des premiers principes.

 

 

Quelques caractéristiques de la conscience.

 

C’est une instance décisive intérieure (nous sommes seuls face à notre conscience). C’est à la fois un don (don de Dieu car l’homme est créé à sa ressemblance et à son image) mais en même temps elle naît, croît, se développe durant la vie humaine.

.Elle a trois fonctions : témoigner, obliger et juger.

C'est le signe de la subjectivité, de l'intériorité. C'est un lieu de liberté de part le fait même que personne ne peut y acccéder, un lieu de conscience de soi, de créativité, d'ouverture à Dieu... Un des fondements de notre dignité humain.

C'est un guide. Le théologie Bruguè utilisait alors l'image de l'étoile qui a guidé les mages et les bergers jusqu'au Christ. Une étoile qui nous guide jusqu'à la vérité. On verra que la quête de la vérité est un point essentiel dans notre compréhension de la conscience.D'autres théologiens ont utilisé l'expression d'"étincelle divine" pour la qualifier. Une étincelle à l'intérieur même de l'âme qui guide l'homme, qui l'éclaire. C'est aussi une voix, un sanctuaire intérieur pour reprendre les images les plus courantes. C'est ce qui permet à l'homme de distinguer le bien et le mal.


C'est aussi un « tribunal » qui nous juge et on ne peut l'éviter. Pensons à Dorian Gray dans le roman d'Oscar Wilde qui même s'il conserve son apparente innocence, candeur et bonté pour les hommes ne peut s'empêcher d'aller contempler son portrait qui reflète l'état véritable de son âme. Il ne pourra lui échapper et il se donnera lui-même la mort en transperçant le tableau. Peut-on fuir sa conscience, l'étouffer totalement tel notre ami Pinocchio qui tuera le grillon du foyer...

 

Si la conscience est une "étincelle divine", elle n'est pas pour autant infaillible... Elle peut se tromper. Si elle naît et croît, cela signifie qu'elle doit être formée, éduquée, éclairée... Quels sont ces moyens pour former sa conscience?

La conscience peut être le signe d'une certaine maturité morale  ( voirles expressions comme Liberté de conscience, prendre conscience...) Du reste on fixe dans l'Eglise, un âge de raison qui est aussi appelé l'âge de discrétion. Les sens plus anciens de ce mot sont intéressants car « être discret », ce n'est pas être « timide, réservé... » mais avoir l'art de la discretio qui signifie: "division, séparation" et "action de discerner, raison, prudence".  C'est ainsi que l'âge de raison, qui n'est autre que l'âge de discretion (c'est-à-dire l'âge où l'enfant peut discerner si un acte est bon ou mauvais) est fixé aux alentours de 7 ans.


Enfin, la conscience, c'est le lieu ultime de la liberté. En tant que sanctuaire, on ne peut le violer sans commettre une très grande faute...

 

SaintPierre.png

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Published by Jacquotte - dans Ethique
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