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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:53

H.pngeureux les doux, parce qu'ils hériteront de la terre.

Benoît XVI lors de son audience de ce matin a poursuivi sa catéchèse sur Saint Bonaventure confronté à la division au sein de la famille franciscaine. Notre docteur de l'Eglise insista donc sur le fait que les frères devaient "se rapprocher le plus possible de la réalisation du Sermon sur la Montagne, qui fut pour Saint François, la règle par excellence, tout en tenant compte des limites de l'homme marqué par le péché originel."
On constate encore une fois combien ce texte a marqué toutes les familles spirituelles de la chrétienté. L'appel des béatitudes est réellement un appel universel.

Intéressons-nous aujourd'hui à la vertu de douceur. Les béatitudes je vous le rappelle s'enchaînent et on ne peut atteindre la seconde marche de l'escalier si l'on a déjà mis en pratique la première des vertus: l'humilité. C'est ce que nous rappelle Chromace d'Aquilée: "Mais, de même qu'il est impossible, sans respecter l'ordre (des marches), de se tenir sur le second degré, si l'on n'a pas gravi le premier, on ne peut être doux si l'on n'est pas d'abord devenu pauvre en esprit. Comment un esprit, parmi les richesses, les préoccupations et les soucis des biens terrestres qui ne cessent d'engendrer tracas, procès, appels, colères et emportement, comment, dis-je, au milieu de tout cela, un esprit pourrait-il être doux et calme, s'il n'a d'abord coupé court et renoncé à tout ce qui provoque colère et disputes? La mer ne s'apaise que si le vent tombe, le feu ne s'éteint que si l'on retire ce qui peut brûles, les broussailles desséchées; de même, un esprit ne peut être doux et tranquille s'il n'a renoncé à ce qui excite et enflamme. Le second degré vient dont très justement après le premier: ceux qui ont une âme de pauvres sont déjà sur la route de la douceur."

Cela dit pour expliciter cette vertu, je ne vous renverrai pas aux pères de l'Eglise mais au grand Saint Vincent de Paul, fondateur entre autres des lazaristes et des filles de la charité... La douceur est en effet une des cinq vertus fondamentales de sa spiritualité qui sont l'humilité, la douceur, la simplicité, la mortification (vous pouvez aujourd'hui trouver à la place le mot d'"ascèse") et le zèle.

"C'est la douceur, qui regarde l'intérieur et l'extérieur, le dedans et le dehors de la maison; douceur à notre égard, douceur dans le support du prochain."

Tout d'abord, il nous faut- à la suite de monsieur Vincent-distinguer la vertu chrétienne de douceur et la "douceur" comme qualité d'une personne. La douceur comme vice s'oppose surtout à "la colère et aux passions de l'appétit irascible" (Entretiens Spirituels aux missionnaires, Ed. du Seuil, 1960) et conduit la personne à une grande constance. Il compare ainsi les personnes douces aux rivières qui ne tarissent pas à l'inverse des torrents impétueux.
Homme de terrain et du concret, il aborde la vertu de douceur lors des controverses entre deux personnes et constate que l'on parvient à ses fins non par la force et la colère mais bien par la douceur: " Quand on dispute contre quelqu'un, la contestation dont l'on use à son endroit lui fait bien voir qu'on veut emporter le dessus; c'est pourquoi il se prépare à la résistance plutôt qu'à la reconnaissance de la vérité, de sorte que, par ce débat, au lieu de faire quelque ouverture à son esprit, on ferme ordinairement la porte de son coeur; comme au contraire, la douceur et l'affabilité la lui ouvrent."

Le douceur a donc pour acte de "réprimander les mouvements de la colère, les saillies de ce feu qui montent au visage, lesquels troubent l'âme et font qu'on n'est plus ce qu'on était". En revanche, on peut en certaines circonstances crier, réprimander, être sévère et pourtant ne pas être en colère. C'est l'exemple de Jésus qui chasse les vendeurs du Temple. Or, comme le remarque Saint Vincent, Jésus avait la douceur au suprême degré qui réglait tous ces mouvements. S'agit-il ce que certains auteurs ont nommé "une sainte colère"??? Il ne peut s'agir en effet du vice de la colère. Ces actes sévères en apparence sont là pour chasser le péché et ôter le scandale; c'était pour édifier les âmes et pour notre instruction.  Il s'agit donc paradoxalement d'actes de douceur! La douceur n'exclu en aucun cas une certaine fermeté surtout pour l'éducateur. Mais l'acte est commandé par la raison et non par des accès de colère c'est-à-dire des sautes d'humeur. Ce qui le rend compréhensible (et justifié) d'une certaine manière pour autrui.

En troisième lieu, Vincent associe "justice du Royaume" et douceur... Que de douceur dans le Christ, Agneau de Dieu, qui subit les affronts, l'injustice! Etre doux avec autrui comme Jésus a été doux envers les hommes.
"La douceur ne nous fait pas seulement excuser les affronts et les injustices que nous recevons, mais elle veut même qu'on traite doucement ceux qui nous les font, par des paroles aimables, et, s'ils venaient à l'outrage jusqu'à donner un soufflet (une grosse baffe en langage contemporain), qu'on le souffre pour Dieu; et  c'est cette vertu qui fait cet effet-là." Bref, la vertu de douceur est cette vertu qui nous aide à tendre la joue droite non pour tout accepter mais pour pardonner autant de fois que nécessaire, pour sortir du cercle de la violence et de la vengeance.
Pour empêcher l'escalade de la violence, la loi du talion" oeil pour oeil, dent pour dent" avait été nécessaire. Jésus avec la vertu de douceur franchit un cap supplémentaire qui nous rend semblabes à Dieu. Il ouvre la voie du pardon.
Est-ce que le Père adresse des reproches au fils prodique ou fait des comptes avant de pardonner? Est ce que Jésus demande à la femme pécheresse de se justifier devant ses accusateurs? Il se tait et renvoie chacun de nous à "sa" vérité: les juifs qui  voulaient la  lapider, la foule qui les accompagnait sans doute et la femme adultère. Chacun doit en toute humilité se regarder, et ne pas se juger plus durement (c'est aussi un des intérêts de la vertu de douceur) que ne le ferait Dieu et accueillir le pardon du Christ. 
La douceur c'est la vertu qui nous aide à supporter les erreurs, les faiblesses, les défauts de l'autre. C'est une vertu profondément altruiste.C'est ce qui nécessaire au service du prochain et à toute forme d'évangélisation.

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 18:26

J.pnge vous rassure, pas de grands débats autour des théories de l'évolution et du créationnisme... Mais je vous conseille un petit bouquin lu pendant les dernières vacances ( déjà lointaines...) présenté par le cardinal Schönborn intitulé " Création et évolution. Une journée de réflexion avec Benoît XVI" paru chez Parole et Silence.
Il s'agit des conférences données à Castel Gandolfo en 2006 à l'initiative du saint père. Vous trouverez des contributions variées comme " Evolution et design. Essai d'inventaire de la théorie de l'évolution.", "Descendance et intelligent design", "Du problème de la création et de l'évolution", " Fides, ratio, Scientia- Débats sur l'évolutionnisme". Comme souvent dans les actes des colloques les articles sont précis, pertinents et offrent l'avantage de pouvoir travailler indépendamment telle ou telle contribution.
Je ne peux rentrer dans les détails de cet ouvrage que je trouve très riche mais voici quelques notes prises à partir de la Préface réalisée par Schönborn qui cite de nombreuses fois Benoît XVI.

Le ton est donné par une citation du pape mise en exergue: "Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l'évolution. Chacun de nous est le fruit d'une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé et chacun est nécessaire."
N'oubions pas ce fondamental de notre foi, de notre anthropologie et philosophie chrétienne. Nous croyons en un seul Dieu qui est Créateur et qui crée chaque individu, chaque personne. Chaque homme quelqu'il soit est voulu, aimé par Dieu: Ton nom est inscrit dans le coeur de Dieu. Aucune découverte scientifique ne pourra ( et ne doit) remettre en cause ce fondement!  Mais d'emblée, insistons sur le fait que l'affirmation d'un Dieu créateur, de l'existence d'un plan divin ne revient pas à condamner les découvertes scientifiques et LES  théories de l'évolution...

Première constation au sein de ce débat foi et évolution: la seule biologie n'est pas suffisante pour dire l'être humain dans sa complexité.
De plus, si science et foi s'expriment dans des domaines différents- on peut comme je vous l'avais déjà signalé dire que la science répond à la question du "comment"  et la foi ou la philo répondent à la question du "pourquoi"- cela reste insuffisant. Tout simplement parce que comme l'écrivait déjà Jean Paul II dans Fides et Ratio les deux s'affaiblissent mutuellement mais aussi parce qu'il est rare que les théories de l'évolution ne débordent pas sur des "philosophies de l'évolution" qui rentrent par conséquent en dialogue avec les sciences humaines.
Ainsi, " Le véritable niveau de discussion est celui de la pensée philosophique: lorsque la science devient philosophie, c'est à la philosophie de s'expliquer avec elle. C'est seulement ainsi que les fronts de discussion sont justes et que le sujet du débat reste clair: il s'agit d'une dispute philosophique rationnelle qui cible l'objectivité d'une connaissance rationnelle, non d'une oppostion entre la foi  et la raison..." ( Benoît XVI cité par Schonborn)

Il note ensuite que la notion d'évolution, de progrès ou encore de "chemin de la vie " est incontestable. Mais en revanche la question du sens, de la finalité de cette évolution reste une question fondamentale et d'actualité pour les hommes du XXIème siècle que nous sommes. Or, cette question ne peut être résolue dans l'unique sphère des sciences.... La question est déplacée, le pape la pose en ces termes: "Nous sommes donc à présent en mesure de dire avec précision ce que signifie la foi en la création quant à une compréhension évolutionniste du monde".
Il me faudrait à mon tour cité longuement Benoît XVI, ce qui est impossible, mais voici un ou deux élements de réponse qui me semblent intéressants:
" La foi en la création ne répond pas au Quoi du sens du monde, elle nous répond au Que: tous ces hauts et ces bas de l'existence en devenir sont l'accomplissement libre et soumis au risque de la liberté de la pensée originelle de laquelle tiennent leur existence."
" La création n'est pas à penser d'après le modèle de l'artisan, qui fabrique toutes sortes d'objets, mais d'après la manière qu'a la pensée d'être créatrice."
"Croire en la création, c'est comprendre dans la foi le monde en devenir et en progrès grâce à la science comme un monde qui a un sens et qui provient de l'esprit créateur."
Ici, on peut constater que les pensées fondamentalistes créationnistes sont critiquées mais que l'existence d'un Dieu créateur avec un acte créateur originel est maintenu. La création est évolution.... Je pense à mon ami Bergson et vous invite à relire l'évolution créatrice ou encore les deux sources de la morale et de la religion.
Autre question: est-ce que le monde, la réalité est issue du hasard, de la probabilité c'est-à-dire de l'irrationnel ou au contraire de la Raison, d'un Logos, du Verbe divin??? La réponse de la foi et de la philosophie chrétienne reste inchangée: In principio erat Verbum. En d'autres termes, au commencement de toutes choses est la force créatrice de la raison.


Est abordé ensuite la question cruciale de la création de l'être humain. Là encore, il nous rappelle que l'important est que chaque personne dans son individualité soit renvoyé au Dieu créateur. Chacun de nous est en rapport direct avec Dieu, son créateur! Ce qui veut dire que chacun de nous dans son unicité, dans son rapport direct avec Dieu revêt une importance inégalable. Chacun de nous créé à l'image et à la ressemblance de Dieu est tout aussi important qu'Adam... Le mystère de la création de l'être humain est là, visible en chacun de nous. L'apparition de l'homme? Quand l'homme peut par son esprit être en contact direct avec Dieu. Lorsqu'un dialogue entre la créature et le Créateur est possible...

On revient alors sur la question du sens de la réalité et de l'affirmation d'un monde gouverné par la Raison. Mais pour le croyant cette affirmation du Logos au commencement nous conduit encore plus loin... Primauté de la Raison est associée à la primauté de l'Amour... Au commencement était le Verbe et le Verbe s'est fait chair.
" Le Logos n'apparut pas seulement comme raison mathématique à la base de toutes choses, mais comme amour créateur jusqu'au point de devenir "souffrant-avec" avec la créature. C'est le grand mystère de l'Incarnation-Passion-Rédemption approfondi chaque année au rythme de notre année liturgique.
En contre-partie que nous offre la philosophie évolutionniste ( je ne parle pas de la science- des théories de l'évolution mais de certaines interprétations philosophiques de ces dernières)? Sélection, loi du plus fort ( ou du plus intelligent)? Réussite par l'adaptation? On connaît malheureusement les dérives eugéniques de telles interprétations!
Je préfère l'éthique chrétienne qui vise dans ses fondements l'amour de Dieu et de son prochain...

En conclusion, un livre à acheter, à travailler. En sachant que certains articles ne sont pas forcément évidents pour ceux qui ne maîtrisent pas très bien les théories scientifiques de l'évolution et les bases en génétique moderne.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 13:13

H.pngeureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux.

"Quel beau début, mes Frères, pour l'enseignement céleste! Le Seigneur ne commence pas par la mention de la peur, mais du bonheur; il ne suscite pas la peur, mais bien plutôt le désir. Comme un arbitre ou un organisateur de combat de gladiateurs, il propose un prix important aux lutteurs de ce stade spirituel , pour qu'ils ne redoutent pas la peine et ne s'effraient pas des dangers, puisqu'ils en voient la récompense" (Chromace d'Aquilée)


Comme l'écrivait si justement Saint Grégoire de Nysse, la première étape de toute vie morale et spirituelle est la même. S'asseoir, se mettre telle la foule à l'écoute de la Parole de Dieu, lever notre regard vers les cîmes et contempler le Christ qui nous enseigne. Nous voici  par conséquent au debut de cette ascension morale et spirituelle... Notre but? Dieu et le bonheur... Nous n'y arriverons que par degrés, par étapes. C'est pour cette raison que naturellement Grégoire et d'autres pères utiliseront la métaphore de l'échelle pour expliciter les béatitudes. Echelle de la perfection et de la joie!  
Aujourd'hui quel est notre premier échelon? Que nous faut-il faire en premier lieu? Ce qui est mis en exergue est la "pauvreté" mais attention pas n'importe quelle pauvreté. Il ne s'agit pas nécessairement d'une pauvreté matérielle mais d'une "pauvreté de l'âme" qui nous renvoie en réalité à l'une des vertus les plus fondamentales qui est la vertu d'humilité. En effet, ce qui nous détourne de Dieu c'est l'orgueil, il est donc logique dans notre marche vers Dieu de cultiver avant tout la vertu d'humilité. Tous les maux de la terre viennent de l'orgueil donc il est normal que le chemin des vertus, le chemin de la perfection commence par l'humilité!

Mettons-nous une fois de plus à l'écoute des pères pour bien saisir cette première béatitude.
Saint Léon tout comme nous s'interroge sur la nature de la pauvreté développée par Matthieu
: "On aurait pu se demander de quels pauvres la Vérité avait voulu parler, si, en disant: «  Heureux les pauvres », elle n'avait rien ajouté sur le genre de pauvres qu'il fallait entendre; il aurait alors semblé que, pour mériter le Royaume des cieux, il suffisait du seul dénuement dont beaucoup pâtissent par l'effet d'une pénible et dure nécessité. Mais, en disant «  Heureux les pauvres en esprit », le Seigneur montre que le Royaume des cieux doit être donné à ceux que recommande l'humilité de l'âme plutôt que la pénurie des ressources"
Il note qu'il est sûrement plus aisé pour un pauvre matériellement d'être humble mais que cela n'est pas une nécessité et qu'il existe beaucoup de personnes dans l'opulence pleines de générosité et peu "gonflées" d'orgueil. Saint Augustin prendra l'exemple d'un riche qui n'est absolument pas attaché aux richesses et l'exemple d'un pauvre qui murmure contre Dieu pour illustrer cette même idée. La vrai pauvreté dépasse la simple question des biens matériels.
En réalité, que nous soyons moine, prêtre, enfant ou encore en charge de famille nous avons tous selon notre état de vie à vivre cette vertu de "pauvreté" et d"humilité" et là encore de manière différente. L'important est que chacun d'entre nous progresse sur le chemin des vertus, progresse dans sa montée vers Dieu.

De même, Saint Jean Chrysostome écarte des "pauvres de coeur" ceux qui sont humiliés... Humiliation et humilité sont deux domaines différents. Le "pauvre de coeur" est celui qui engage sa propre volonté. C'est un mouvement intérieur et  volontaire et non contraint et extérieur: "  Car par le mot d’esprit, il entend le coeur et la volonté. Comme il y en a beaucoup qui sont humiliés non par leur volonté, mais seulement par la nécessité de leur état, il ne les comprend point dans cette béatitude, puisque l’involontaire ne saurait être méritoire, et il ne l’étend que sur ceux qui s’abaissent volontairement."
N'oublions pas que dans notre démarche morale, nous devons imiter le Christ. Or celui-ci s'abaisse volontairement dans son Incarnation, il s'abaisse jusqu'à mourir sur une croix ( ce qu'on appelle la kénose du Christ) et il s'abaisse encore à être "pain de vie" dans l'hostie. Nous devons à sa suite, nous abaisser. L'humilité rend "pauvre", le Christ s'est fait pauvre. On voit bien que c'est le Verbe fait chair qui nous guide dans notre route. On ne peut compter sur nos simples forces, comme l'écrivait Grégoire de Nysse, Dieu est comme un rocher abrupt mais si nous désirons de tout notre coeur y parvenir, si nous nous mettons à l'écoute de la Parole, si nous nous laissons guider par le Christ alors nous y parviendrons.


Si la nature de la pauvreté s'apparente à l'humilité... qui est alors cet humble, ce pauvre de coeur?
C'est l'attitude même du croyant, être humble c'est se regarder en vérité! Cela signifie à la fois regarder la merveille que l'on est ( et Dieu vit que cela était bon) et notre faiblesse, notre état de créature ( Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir...): nous ne sommes rien sans Dieu, sans notre Créateur.
La fausse modestie est un grand vice, beaucoup de personnes actuellement sont dans l'incapacité de reconnaître leurs talents. Or nos compétences, nos qualités nous sont données par Dieu pour que nous les fassions fructifier. Ne pas reconnaître ses dons, ce n'est pas de l'humilité, c'est une insulte à Dieu.
Ce mouvement doit bien entendu s'accompagner d'une louange, d'une action de grâces vers Dieu. C'est lui la source et la fin de toutes choses. Il nous faut nous reconnaître comme créature. C'est un des grands fondements de notre anthropologie chrétienne. L'humble "craint Dieu", reconnaît les talents qui lui viennent de Dieu, reconnaît et confesse ses fautes... En gros, l'humble loue Dieu lorsqu'il fait quelquechose de bien et reconnaît devant Dieu ses fautes lorsqu'il a fait quelque chose de mal... Il se place "en vérité" devant Dieu.

Ambroise qui traite davantage des béatitudes chez saint Luc aime à dire que les vertus des béatitudes peuvent se retrouver dans les vertus cardinales. La pauvreté est alors assimilé par lui à la vertu de "tempérance". Celle qui nous permet de canaliser nos passions lorsqu'elles deviennent trop fortes, mauvaises ( je vous rappelle que la passion pour la morale chrétienne n'est pas une chose mauvaise en soi, l'ataraxie des philosophes grecs n'est pas une bonne chose...). La pauvreté est alors "pureté de coeur".

Avec l'humilité nous débutons ce que les pères appeleront la "chaîne d'or" car les vertus s'appellent mutuellement et s'enchaînent. En effet,  l'humilité nous fait pleurer nos péchés, celui qui pleure est doux, modeste, secourable... La justice accompagne la miséricorde, et la pureté de coeur.etc.


"L'humilité donne au coeur une direction qui monte. L'exaltation de soi fait descendre le coeur. Il semble contradictoire que l'orgueil se dirige vers le bas et l'humilité vers le haut. Pourtant la sainte humilité enseigne la soumission à celui qui est plus haut. Or nul n'est plus haut que Dieu. Voilà pourquoi l'humilité qui soumet à Dieu, élève" Saint Augustin


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 19:55

J.pnge me suis replongée dans les Instituions Cénobitiques de Jean Cassien publiées dans la collection Sources Chrétiennes, n° 109.
Qui est Jean Cassien? Un écrivain chrétien du Veme siècle. Dans la première partie de sa vie, il a fait l'expérience de la vie monastique en Palestine et surtout en Egypte. Puis, il se rendra à Constantinople où il rencontra Saint Jean Chrysostome qui l'ordonnera. Ce n'est qu'au début du Vème siècle qu'il parvient à Marseille pour organiser la vie monastique des Gaules.

On peut découper cet ouvrage en deux grandes parties. La première traite des institutions monastiques puis à partir du livre V, Jean Cassien va étudier  " le combat contre les huit vices principaux. Ce sont: 1° La gastrimargie- qui signifie concupiscence du manger-, 2° la fornication, 3° la philargyrie- qui signifie avarice, ou, pour parler plus exactement, amour de l'argent-, 4° la colère, 5°la tristesse, 6° l'acédie- c'est l'anxiété ou le dégoût du coeur-, 7° la cénodoxie- qui signifie la vaine gloire-, 8° l'orgueil. "
Pour quelle raison? " pour pouvoir rechercher comme il convient la nature si subtile, cachée et difficile à discerner de ces vices, exposer ensuite leurs causes de façon satisfaisante, et enfin apporter des remèdes efficaces pour s'en guérir. "
Nous n'avons plus l'habitude de parler des vices. Les vices correspondent à ce que nous appelons les "péchés capitaux" mais ne sont pas stricto sensu des péchés. Les vives s'opposent aux vertus ( en particulier aux trois vertus théologales et aux vertus cardinales) et sont par conséquent des habitus opératifs mauvais.
Il est capital d'étudier les vertus et les vices car ils sont davantage révélateur de la personne. En effet, un péché, une action bonne peut être un cas isolé... Il est bon de connaître nos failles et de les combattre par les vertus.
A la suite d'Evagre le Pontique, ce sont Grégoire le Grand et notre ami Cassien qui établissent la liste des vices et des vertus bien qu'il faille attendre Saint Thomas d'Aquin pour développer à proprement parler une doctrine des vertus.

En ce temps de Carême, nous allons nous intéresser au premier des vices traités par Cassien, un des vices charnels, qui est la "gastrimargie" soit "la gourmandise."
La vertu opposée qui nous permet de surmonter ce vice est la vertu de jeûne....
Le jeûne est un des points forts du Carême cependant il n'est pas rare qu'en comparaison avec le jeûne du ramadan, on considère les chrétiens comme des "jeûneurs" de pacotille... Qu'en est-il réellement?

Premier des points importants relevés par Cassien à la suite des pères du désert, on ne peut fixer une règle uniforme de jeûne car celui-ci ne relève pas seulement de l'esprit mais aussi de la capacité physique. Or, nous n'avons pas la même resistance physique. Nous avons tous l'obligation de pratiquer cette vertu mais nous n'avons pas tous à la pratiquer de la même manière... 
"la mesure des jeûnes et de la continence consiste seulement dans la privation qu'on impose sur la quantité de la nourriture; et la perfection de cette vertu, à laquelle il faut tendre, est la même pour tous: arrêter de manger ce que nous sommes contraints à prendre pour soutenir notre corps en restant encore sur notre faim. (...)La continence ne se recherche pas dans l'espacement des repas ou de la quantité mais 'd'abord dans le témoignage de la conscience. Chacun doit en effet s'imposer à lui-même une frugalité proportionnée aux exigences du combat qu'il doit mener contre son corps."
Il note aussi que cela a un peu d'intérêt de jeûner de façon excessive sur une durée donnée si c'est pour ensuite se jeter sur la nourriture tel Gargentua et donner libre cours à la gourmandise. Il vaut mieux prendre " chaque jour un repas raisonnable et mesuré qu'un jeûne austère prolongé plusieurs jours. Non seulement une faim excessive peut faire fléchir la constance de l'esprit, mais par la lassitude du corps qu'elle entraîne, elle retire aussi sa force et sa vigueur à notre prière."

Bref, il faut ne pas manger à satiété en connaissant ses limites... En sachant qu'une trop grande fatigue du corps ne peut nous aider à servir les autres, prier ou encore accomplir le devoir inhérent à notre état de vie.
La vertu de jeûne comme toute vertu ne s'exerce pas seule. Il nous faut la pratiquer en même temps que l'humilité, la force, la constance... Elle est cependant très importante car si on ne réussit pas dans la lutte contre les petits vices ou les vices charnels, il y a peu de chance de réussir dans les combats  les plus difficiles.
Pratiquer le jeûne, c'est aussi une sorte d'entraînement pour des combats spirituels plus importants. Du reste, Cassien à l'exemple de l'apôtre Paul utilise le vocabulaire du combat, il parle d'"athlète du Christ". Il nous faut sans cesse nous rappeler notre but, et tel le lanceur de javelot avoir une "concentration du regard". Concentration qui ici s'apparente à la contemplation divine bien entendu.

Autre point important surlequel insiste notre auteur, le jeûne de l'âme. A quoi bon le jeûne de nourriture si nous ne jeûnons pas des mauvaises nourritures pour  notre âme comme la jalousie, la médisance, la colère, la vaine gloire ou encore le dénigrement. Cassien écrira par exemple au sujet de la jalousie: " la jalousie est une nourriture de l'esprit qui le décompose par ses sucs corrosifs et ne cesse de le crucifier, le malheureux, à la vue de la prospérité et de la réussite des autres."
Une bonne idée pour notre Carême, jeûnons-nous de paroles méchantes, d'excès de colère ou de crise de jalousie? N'oubions pas que cela reste l'essentiel: " En effet, ce n'est pas tant la chair corruptible que le coeur pur qui devient demeure pour Dieu et temple de l'Esprit Saint. Il faut donc, tandis que jeûne l'homme extérieur, que l'homme intérieur s'abstienne aussi des nourritures mauvaises, lui qui doit se présenter pur à Dieu pour mériter de recevoir en lui le Christ comme un hôte"


Concrètement, Cassien affirme que la nature de la gourmandise est triple:  "la première pousse à devancer l'heure fixée pour le repas; la deuxième se réjouit de la seule goinfrerie, quels que soient les aliments dont on se rassasie; la troisième se plaît aux mets fort recherchés et succulents..."
Cela demeure très intéressant pour nous... Fixons-nous une petite hygiène de vie autour de la nourriture.
Une première piste indiquée par Cassien, ne pas manger entre les repas et manger seulement aux heures fixées ( ne pas avancer l'heure des repas...).
Deuxième piste: réduire au quotidien notre quantité de nourriture.
Troisième piste: se contenter d'aliments communs... Cela a peu de sens tout le monde sera d'accord de manger de la lotte ou du saumon qui sont chers simplement parce qu'il faut manger du poisson le vendredi... 

Notons que l'on peut appliquer ces règles de jeûne à d'autres activités: musique, ordinateur, télévision... Cassien donne l'exemple d'un moine qui se refuse à lire des lettres pour éviter de détourner son esprit de l'essentiel!
On peut donc jeûner de certaines émissions ou séries qui vont ensuite tout au long de la journée nous alourdir l'esprit au même titre que certaines nourritures alourdissent notre corps.

Doit-on jeûner en toutes circonstances? Cassien donne là encore un exemple significatif. Lors d'une visite d'un moine celui-ci rompt ou tout du moins allège de façon très significative son jeûne... Voilà ce qu'il répond à l'interrogation des visiteurs: "Et le jeûne, quoique utile et nécessaire, est pourtant l'offrande d'un présent volontaire, tandis que l'accomplissement de l'oeuvre de charité est l'exigence absolue du précepte. Aussi, accueillant en vous le Christ, je dois le restaurer, et , après vous avoir donné congé, je pourrai compensé en moi par un jeûne plus strict l'humanité que je vous ai manifesté par égard pour le Christ."

Le moine voit dans son prochain le visage du Christ et ne peut par conséquent jeûner quand l'"époux" est auprès de lui.

En guise de conclusion, suivons l'avertissement de Jean Cassien: " Chacun doit se juger lui-même seulement et toujours se surveiller avec une grande précaution, mais ne pas discuter le régime et la vie des autres (...)"

Et cela parce qu'on ignore toujours les raisons et les nécessités qui ont contraints l'autre à agir de la sorte...
Celui-ci termine le livre V traitant de la gourmandise en citant Saint Macaire: " (...)que le moine se conduise toujours avec une égale austérité, sans se donner l'occasion, à cause de la fatigue corporelle, de se laisser entraîner des sentiers escarpés dans des précipices fort dangereux; et (…) être capable non seulement de mépriser tout ce qui semble prospère dans ce monde présent, mais aussi de ne pas être abattu par les tristesses et les adversités et les mépriser comme petites et sans importance, ayant constamment l'attention de son esprit fixé là où chaque jour, à chaque instant, on croit qu'on sera appelé."



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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:50

V.pngoyant les foules, il monta dans la montagne, et quand il se fut assis, ses disciples s'avancèrent vers lui. Et, ouvrant la bouche, il les enseignait en disant...

Jésus nous l'avons vu hier gravit la montagne comme Moïse sur le Mont Sinaï. Les béatitudes font face au décalogue. C'est sur la montagne que Jésus va nous révéler le coeur de la loi nouvelle qui accomplit la première. D'une montagne à l'autre écriront certains...

Les pères notent que Jésus comme beaucoup de fois, se place à l'écart, recherche une sorte de solitude, il s'élève au-dessus de notre tumulte quotidienne non pour la nier mais pour mieux la comprendre, la saisir. C'est le recul nécessaire à avoir face à notre agir! Ce n'est pas une fuite mais "la pause" dans le discernement. Monter, c'est aussi implicitement dire que l'on va traiter des choses divines: volonté divine, justice divine...

Lorsque les foules viennent à Lui, le Christ se retire avec elles dans les plaines, les montagnes, le désert. Il prêche rarement pour ne pas dire jamais sur les places publiques. La contemplation de la vérité et des choses saintes et éternelles, pour paraphraser St Jean Chrysostome,  ne se fait pas dans le bruit du monde mais dans le silence. Prenons-nous réellement le temps de nous "retirer" au moins dix minutes par jour? Et dans ce cas, est-ce que les téléphones sont débranchés? La musique et la télévision éteintes?

 

 

Ecoutons à présent Saint Léon le Grand dans un des ses Sermons ( Sources Chrétiennes, n°200):

 "(...)le Seigneur s'écarta des foules qui l'entouraient et gagna la retraite d'une montagne voisine, y appelant ses Apôtres afin de les instruire de plus sublimes leçons du haut de ce siège mystique; par le caractère même du lieu et de l'action, il signifiait qu'il était celui-là qui, autrefois, avait daigné favoriser Moïse de ses entretiens; alors, il est vrai, c'était dans l'appareil d'une terrible justice, à présent c'était sous l'apparence d'une mansuétude plus sacrée afin que s'accomplit ce qui avait été promis par la bouche du prophète Jérémie: «  Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je statuerai pour la maison d'Israël... Après ces jours-là, dit le Seigneur, je mettrai mes lois dans leur pensée et je les écrirai dans leur coeur. » ( Jr 31, 31.33). Celui donc qui avait parlé à Moïse parla aussi aux Apôtres et, dans le coeur des disciples, le Verbe écrivait d'une main rapide ( Ps 44, 2) les commandements de la nouvelle Alliance; non plus comme autrefois au milieu d'épaisses nuées ni dans la frayeur du tonnerre et des éclairs qui écartaient de tout accès à la montagne un peuple terrifié, mais dans une conversation paisible et publique qu'entendaient tous ceux qui l'entouraient; ainsi la douceur de la grâce supprimait la dureté de la loi et l'esprit d'adoption abolissait la crainte propre à l'esclave. " 

 

Chromace d'Aquilée verra aussi dans cette montagne une figure de l'Eglise. Eglise du Christ dont la vie se trouve dans les hauteurs. Son sommet est la foi...et cette montagne ne peut se gravir seulement avec nos forces mais "par la foi de l'âme intérieure. Demeurons donc toujours sur cette montagne par l'élévation de notre foi, par une conduite selon l'esprit, pour mériter de recevoir du Seigneur les bénédictions de l'évangile, dans lesquelles il est dit: «  Bienheureux, vous les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à vous"


Voilà que Jésus s'est installé, il va parler, il ouvre la bouche... Saint Jean Chrysostome estime que si l'évangéliste nous précise ce détail c'est pour signifier que Jésus peut nous enseigner autrement. Et, en effet, parfois il enseigne uniquement par ses actions et parfois par son simple silence. Là encore, si nous voulons imiter le Christ cela signifie que selon les circonstances nous ne devons pas témoigner de la même manière. Parfois, il serait plus sage de se taire... le plus souvent, il nous faut seulement agir, poser des actions bonnes, adopter une certaine attitude plus efficace qu'un enseignement doctrinal par ailleurs nécessaire. Le simple exemple de notre vie dans les petites choses du quotidien? Encore une question, encore une piste pour notre Carême mais aussi pour toute notre existence.

L'ascension sera celle des vertus, elle n'est pas aisée... impossible par nos simples efforts mais nos efforts et l'accueil en nous de la grâce feront que nous pourrons gagner les sommets. Evitons le pélagianisme ou le quiétisme, ce n'est pas pour rien que ce sont des hérésies! 

 

"Si donc, toi aussi, tu veux recevoir du Seigneur les bénédictions célestes, gravis la montagne, c'est-à-dire marche vers la vie d'en haut, et tu recevras en toute justice et raison la bénédiction que tu désires" (Chromace d'Aquilée)

 




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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 22:07

A.pngvant toutes choses, une petite explication pour ce long silence... Déplacements, retraite de première communion, grand rassemblement diocésain, conseils de classes et autres multiples activités m'ont malheureusement empêchée d'ouvrir mon blog depuis le mercredi des cendres! Le Carême n'en sera que plus court... merci Jacquotte?

Pour commencer notre petite méditation pour le Carême, je vous propose de vous replonger dans le très beau texte de St Matthieu, le sermon sur la Montagne  que vous pouvez  trouver aux chapitres 5, 6 et 7. Lisez peut-être d'une seule traite ces trois chapitres (avec les notes de votre Bible) pour en saisir l'unité, la cohérence et la profondeur.
Quelle richesse en trois chapitres: le texte des béatitudes, la prière du Notre-Père, une explication sur la Loi, des développements sur la prière, le jeûne et l'aumône. Que de pistes pour nous guider pendant notre montée vers Pâques.

Ce texte justement débute par une "ascension"... Il n'est pas rare dans la Bible de "monter" pour se rapprocher de Dieu. La montagne reste le lieu de la présence de Dieu. Moïse reçoit les 10 commandements sur le Sinaï, le Temple est construit sur une Montagne. Pensons aussi au Mont Carmel... Voilà donc une voie de prédilection pour approfondir le mystère pascal.
Jésus nous précède, il nous entraîne vers Dieu. L'ascension n'est pas facile, les foules ont du mal à suivre. Comment atteindre Dieu? Jésus prend le temps de s'arrêter. Il s'assoit, tel le maître qui enseigne. Son discours ne sera pas seulement réserver à une élite, ses disciples assis à proximité, mais bien pour toute la foule qui l'entoure: nous!
Pendant de nombreux siècles en effet le texte des béatitudes qui va suivre a été considéré comme un idéal bien trop difficile à atteindre, réservé par conséquent aux seuls moines. La douceur, l'humilité, la pauvreté semblent être des vertus inacessibles pour les hommes du monde que nous sommes et  pourtant, elles nous concernent tous.
Elles sont le chemin, l'échelle qui mènent à Dieu.
Saint Augustin écrira que le Sermon sur la Montagne est une véritable "charte" de la vie chrétienne, " une règle parfaite de la vie chrétienne ", comparable à un homme qui a bâtit sa maison sur le roc. Tous les préceptes de la perfection propres à diriger notre conduite se trouvent dans ce passage. Le Sermon sur la Montagne éclaire toute la morale chrétienne.
C'est déjà un chemin de bonheur, on le retrouve par ce genre littéraire bien connu de la Bible qui utilise ce qu'on appelle des "macarismes": " Heureux...", "Bienheureux..." Dieu s'adrese à tous les hommes qui désirent le bonheur et qui veulent mettre en pratique l'enseignement du Christ.  N'oublions pas que le bonheur selon Dieu ne s'éclaire que réellement dans la figure du Christ. C'est un des grands rappels du Concile Vatican II:  Le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ( dans Gaudium et Spes).
Avec le Christ, le Bon Pasteur qui nous guide, nous accédons à l'intimité de la vie trinitaire. Ce chemin vers Dieu-Trinité se concrétise dans le Sermon sur la Montagne en particulier dans le discours des Béatitudes: Dieu dit comment parvenir à Lui...

Ce sermon est une véritable introduction à la vie morale. Il est dit comment conformé notre agir à la volonté de Dieu et ainsi entrer en sa relation d'Amour c'est-à-dire en son sein même! Les Béatitudes c'est tout à la fois la promesse d'un bonheur, du bonheur et la description du chemin (un chemin de perfection) pour y parvenir. C'est donc un texte incontournable car il nous redit que Dieu a créé l'homme pour être heureux, qu'Il désire que l'homme soit heureux et lui indique comment y parvenir.
C'est un chemin à la fois moral et spirituel. Le Carême, c'est approfondir notre vie spirituelle,  peut-être en revenant à l'essentiel par le jeûne et l'aumône, pour que notre agir quotidien en soit réellement transformé.
Ce bonheur promis par Dieu dans les béatitudes est  un bonheur à venir bien entendu mais qui pourtant commence dès à présent dans la mesure où nous avons à accueilir le don de Dieu plus que de nous énerver sur le résultat de nos efforts... La vie morale c'est déjà et surement avant tout une réponse à une grâce, à un don. On ne peut compter sur ses simples forces... Notre volonté personnelle doit s'articuler avec la grâce de Dieu en sachant que jamais nos simples efforts qui sont indispensables ne pourront égaler la miséricorde et la grâce du Père. Ce texte du Sermon sur la Montagne au coeur de l'Evangile de Jésus-Christ selon St Matthieu est le sommet de la vie spirituelle. 

Matthieu a écrit ce texte non pas pour les exégètes, les théologiens mais pour tous les hommes appelés à se convertir, pour tous les fidèles.  Il enseigne les voies qui conduisent au Royaume, à la béatitude promise par Dieu. Tout cela ne s'éclairera pleinement que dans la Passion et la Résurrrection du Christ... mais avant d'y parvenir suivons le Christ sur le chemin du sermon sur la Montagne.

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 22:43

U.pngn des grands saints, théologien, incontournable du Moyen-Age reste saint Bonaventure... Benoît XVI nous offre encore une fois une très belle catéchèse sur ce docteur parfois oublié.... Vous pouvez retrouver la vidéo de cette audience sur le site du Vatican.
Si Saint Thomas est la figure du dominicain, représentant de l'école plus "intellectualiste"; Saint Bonaventure est quant à lui la figure du franciscain, représentant de l'école "volontariste". Or, notre théologie, notre tradition se nourrit et puise à ses deux grandes écoles. Il est donc important de bien les connaître.
Le pape insiste sur la dimension profondément christologique des oeuvres de Bonaventure en montrant que le chrétien comme Saint François d'Assise doit être le passionné de Dieu, celui qui le recherche avec passion et qui cherche à conformer toute sa vie au Fils de Dieu.
Tout un programme comme le souligne le saint père pour notre troisième millénaire!

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 19:41

D.pngimanche de la Transfiguration... Tout un programme!

Encore une montagne, le Mont Thabor... La Montagne où le Christ apparaît à trois disciples, ses intimes, dans sa gloire avec deux figures de l'Ancien Testament: Moïse qui représente la Loi et Elie qui représente les prophètes.
Saint Jérome nous fera remarquer que c'est parce que le Christ accomplit la Loi et les prophètes qu'il apparaît ainsi à leurs côtés.

Pourquoi la montagne, c'est le lieu de la proximité avec Dieu écrira Benoît XVI, le lieu " élevé, par rapport à la vie de tous les jours, où l'on peut respirer l'air pur de la création. C'est le lieu de la prière, où l'on peut être en présence du Seigneur, comme Moïse et comme Elie qui apparaissent aux côtés de Jésus transfiguré et parlent avec Lui de l' "exode" qui l'attend à Jérusalem, c'est-à-dire de sa Pâque. La Transfiguration est un événement de prière:  en priant, Jésus se plonge en Dieu, s'unit intimement à Lui, adhère avec sa volonté humaine à la volonté d'amour du Père, et ainsi la lumière l'envahit et la vérité de son être devient visible:  Il est Dieu, Lumière née de la Lumière. Les vêtements de Jésus aussi deviennent blancs et éclatants. Cela fait penser au Baptême, à la robe blanche que revêtent les néophytes. Celui qui renaît dans le Baptême est revêtu de lumière, anticipant la vie au ciel, que l'Apocalypse représente par le symbole des robes blanches (cf. Ap 7, 9.13). Ici se trouve le point crucial:  la transfiguration est une anticipation de la résurrection, mais celle-ci suppose la mort. Jésus manifeste sa gloire aux Apôtres, afin qu'ils aient la force de faire face au scandale de la croix, et comprennent qu'il faut passer à travers de nombreuses tribulations pour atteindre le Royaume de Dieu. La voix du Père, qui retentit du ciel, proclame Jésus comme son Fils bien-aimé, comme lors de son baptême dans le Jourdain, en ajoutant:  "Ecoutez-le" (Mt 17, 5). Pour entrer dans la vie éternelle il faut écouter Jésus, le suivre sur le chemin de la croix, en portant dans son cœur, comme Lui, l'espérance de la résurrection. "Spe salvi", sauvés dans l'espérance. Aujourd'hui nous pouvons dire:  "Transfigurés dans l'espérance ". "

Pour cette semaine qui débute, qu'envisagez? La prière peut-être, lieu d'union avec Dieu? Elèvons-nous vers Dieu et recherchons la solitude. Pour nous élever vers Dieu, nous devons passer par le Christ. Et le Christ passe par la croix, la mort et enfin la Résurrection. Puisons donc à la source, à notre baptême. Le plus beau jour de notre vie comme disait Jean Paul II car ce jour-là nous sommes morts à nos péchés avec le Christ.
Nous ne pouvons regarder directement Dieu le Père. Il est comparable au soleil écrivait saint Jean Damascène. En revanche, le Christ transfiguré  est éclairé par les reflets de la  lumière divine. La lumière du soleil se répand sur la terre par le Christ. Et cette lumière répandue sur la terre, elle peut être contemplée.
Dans notre prière, contemplons le Christ que ce soit au tabernacle, au saint sacrement, sur la Croix, dans les mystères de sa vie... Qu'importe mais contemplons le Christ, Lui seul peut nous guider vers le Père.

Quelques remarques par ailleurs. Notons que ce n'est pas une contemplation qui nous éloigne des choses terrestres, de la réalité. C'est le risque qu'a frôlé notre ami Pierre... La gourmandise spirituelle?!!! Non, la contemplation du Christ dans sa gloire n'est là que pour ensuite nous éclairer dans la vie. Il ne peut s'agir d'une fuite.

Ensuite, j'ai trouvé cela chez Saint Jérôme au sujet des trois tentes... Pourquoi pas trois tentes? déjà parce que les serviteurs ne peuvent être séparés du Christ qui accomplit l'Ancien Testament. Il récapitule la loi et les prophètes comme je le notais en introduction. Trois tentes pour les trois personnes de la Trinité(   le Père, le Fils et le Saint Esprit) alors?.Non plus, car si elles sont trois personnes, elles sont un seul et même Dieu. Que faut-il faire alors pour Saint Jérôme?
Et bien, il nous faut dresser une seule tente et cela en notre coeur.
Pourquoi comme St Augustin chercher Dieu partout. Il est en nous... Le Mont Thabor où nous pouvons contempler Dieu dans sa gloire est en nous.... Oublions nos "patos" et hop dans le silence, plongeons en nous-même et après les premières angoisses provoquées par le silence, après une apparente solitude, après les séries de questions existentielles, après les distractions... après tout cela, au plus profond de nous même, nous trouverons le Christ dans ses vêtements de lumière. Et pas d'inquiétude, si la peur comme les apôtres nous obligent à nous prosterner, Jésus s'avancera et nous "touchant, il dit: relevez-vous et n'ayez pas peur!"

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 20:01

P.pngoussière, nous retournerons à la poussière.

La liturgie de ce jour lors de la bénédiction des cendres nous le dit en ces termes: " bénis les cendres dont nous serons marqués, nous qui venons de la terre et devons retourner à la terre. En nous appliquant à observer le Carême, puissions-nous obtenir le pardon de nos péchés et vivre de la vie nouvelle à l'image de ton fils ressuscité."

Quelles sont ces cendres? Ce sont les cendres des rameaux que nous avons bénis l'année précédente et qui ornent pendant l'année nos croix ou encore les tombes de nos proches. Ils sont rassemblés et brûlés pour former les cendres dont nous sommes marqués au front ( parfois dans les mains) aujourd'hui.
Quel est le sens de cette imposition?

"Le geste de l’imposition des cendres nous rappelle nos fragilités, y compris la plus grande de toutes, la mort. Mais si nous ne sommes que poussière, notre poussière est précieuse aux yeux de Dieu qui fait de notre mort, qu’a partagée Jésus Christ, le chemin de la résurrection glorieuse. Nous sommes donc invités à plonger notre vie plus profondément dans le mystère pascal à travers la participation à l’Eucharistie et à la vie de charité, qui naît de l’Eucharistie et qui trouve en elle sa plénitude." (Benoît XVI, audience générale du 17 février).
Ces cendres ne sont pas un geste morbide mais plutôt une invitation à "mourir à nous même" en ce temps de Carême pour redécouvrir et réapprofondir comme le dit justement le saint Père, le mystère pascal. Le Christ par son incarnation a connu, a endossé totalement notre condition humaine... Il a connu aussi la mort mais il l'a vaincue à Pâques nous sauvant non seulement du péché mais aussi de la mort. Par sa mort et résurrection, nous sommes invités à devenir par le Christ lui-même des fils adoptifs de Dieu et par conséquent comme le Fils à ressusciter dans notre chair. Quelle promesse!

Se rappeler notre mort, c'est aussi se souvenir que nous ne connaissons " ni le jour ni l'heure" et que ce jour peut être le dernier... Prendre conscience de cela ce n'est ni nous plonger dans une recherche effrénée des plaisirs sensibles, un carpe diem à la façon libertine, ni nous plonger dans une angoisse mortifère mais de vivre chaque jour, chaque minute comme " favorables au salut"... Qu'est-ce que cela signifie? Vivre chaque chose de notre quotidien ordinaire mais, pour paraphraser la petite Thérèse, en les rendant extraordinaires. Guy de Lariguaudie ne dira pas autre chose lorsqu'il affirmera qu'il est aussi grand et aussi saint d'" éplucher des pommes de terre pour l'amour de Dieu que de bâtir des cathédrales."
Ce temps de Carême est un temps où nous sommes invités à réajuster notre quotidien, à réajuster notre vie vers notre seul but: Dieu car l'homme est invité à devenir fils et à participer à la vie divine. Là est sa seule fin, là est son bonheur et ce n'est pas rien.
Des pistes nous sont données ou plutôt des axes dans les lectures du jour. Ce sont la prière, l'aumône (le partage) et le jeûne.
Mais l'important est avant tout, la conversion du coeur, " déchirez vos coeurs et non vos vêtementss, et REVENEZ AU SEIGNEUR VOTRE DIEU, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment" comme l'écrit Joël au chapitre 2.
Se convertir, voilà le grand thème du Carême, et nous avons tous besoin de nous convertir. Ce qui fait dire à Benoit XVI:
"La conversion à laquelle nous sommes appelés ne doit pas être comprise comme un simple ajustement de notre vie, mais comme un véritable retournement. Se convertir signifie proprement «aller à contre-courant», ce courant qui n’est autre qu’un style de vie superficiel et incohérent qui souvent nous entraîne, nous domine et nous rend prisonniers du mal et de la médiocrité. Bien plus qu’une décision morale, la conversion relève pour le croyant d’un choix de foi qui introduit dans une communion plus profonde avec la personne du Christ. Ainsi, se convertir et croire à l’Évangile ne sont-ils pas deux choses distinctes."

40 jours pour vivre tout cela...40 jours pour nous replonger aux sources de notre baptême, 40 jours pour approfondir le mystère pascal.
Halte à la tiédeur et à la médiocrité et surtout BON CARÊME A TOUS!

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 19:13

N.pngous digérons à peine nos crèpes de la chandeleur que nous voici au mardi gras pour en engloutir une autre quantité impressionnante...

Mardi gras? Quelle est l'origine de cette fête? Pourquoi cette appellation?
La date de la  fête du mardi gras varie chaque année car la fête de Pâques est une fête mobile que l'on fixe en fonction de la lune ( en gros, le dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps... En sachant que les églises occidentales-catholiques utilisent le calendrier grégorien et que les orientaux utilisent le calendrier julien...) et que Pâques est précédé d'un temps de préparation ( marqué liturgiquement par la couleur "violette") de 40 jours, le Carême. Très vite dans l'Eglise, on a décidé que la veille du mercredi des cendres, le mardi, était jour de fête mais attention, il ne s'agit pas d'une fête liturgique...
Le carême implique pour le chrétien, nous y renviendrons dans les jours qui viennent, prière, aumône et jeûne. Le jeûne s'est longtemps caractérisé par l'absence d'aliments "carnés" et "graisseux". On finissait donc la veille du Carême les aliments dits "gras" en particulier la viande.
"Gras" marque donc l'opposition au "maigre", au "jeûne", à l'"abstinence" du Carême et tout particulièrement du mercredi des cendres. Le mardi gras devient jour de fête, de joie, d'abondance... les excès sont permis... Ils se traduisent par  l'abondance et la richesse (en gras...) des plats et aussi dans la tradition populaire par les fameux carnavals ( étymologiquement  "carne" "levare" soit "enlever la chair, retirer la viande...) où caché derrière un masque, déguisé, on ose ce que l'on ne fait pas d'habitude... Notez que normalement les carnavals cessent au mardi gras (ils peuvent débuter une semaine avant le mardi gras)  alors que souvent de nos jours, détachés de leur origine, ils se poursuivent lors du Carême, ce qui a peu de sens je ne vous le cache pas!

En ce jour gras, il est donc de tradition de manger des pâtisseries "grasses" c'est-à-dire des crèpes ou autres bonnes choses trempées dans la friture. Nous avons déjà vu la recette des crèpes, je vous propose donc aujourd'hui une petite recette de beignets... Les beignets ayant en revanche l'inconvénient non négligeable d'embaumer tout votre appartement d'une douce odeur d'huile... ô joie!
J'aime particulièrement les beignets aux fruits et surtout ceux aux pommes. Il vous faut donc pour cette recette des fruits que vous couperez en tranches ( pommes, ananas, poires...) puis que vous tremperez dans votre pâte à beignets.
Pour la pâte à beignets, il vous faut environ 200g de farine, 50g de beurre, 3 oeufs ( 2 oeufs entiers et 1 blanc d'oeuf) , 25 cl de lait ( mettre plutôt 15cl de lait et 10cl d'eau), 1 à 3 c.s de sucre selon vos goûts. Un peu d'alcool pour parfumer le tout soit 2 c.s de rhum ( je réserve le rhum pour les ananas mais pour les pommes, je préfère le calavados...), du sel.

Comment procéder?
Mélangez  la pincée de sel, la farine, le beurre fondu. Puis, ajoutez le lait/eau en remuant sans cesse. Ajoutez les deux oeufs entiers. La pâte doit être lisse. Laissez reposer votre préparation au moins une heure et faites macérer en même temps vos fruits dans le sucre et l'alcool.
Montez votre blanc en neige ( avec une pincée de sel ou 1 c.s de sucre). J'ai vu une recette où les trois oeufs étaient montés en neige... A votre convenance donc. Ajoutez les blancs à la préparation. Mélangez, trempez vos fruits dans la pâte à l'aide d'une écumoire et faites les frire dans de l'huile frémissante.
Bon appétit....

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