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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 17:00

J.png'aime la Galette, savez-vous comment? Quand elle est bien faite avec du beurre dedans!"

C'est le petit refrain de la semaine! En effet,  nous célèbrons la belle fête de l'Epiphanie: dimanche dernier pour nous français puisque le jour n'est pas chômé et aujourd'hui pour bien d'autres pays. Les chrétiens d'Orient recevront en cette occasion leurs cadeaux.

La fête de l'Epiphanie, c'est la fête de la manifestation de Dieu. Des mages venus d'Orient viennent adorer le Christ, roi, prêtre et Sauveur de l'humanité. Avec ces sages, c'est l'humanité toute entière qui se prosterne devant Jésus. La tradition dira qu'il y en a trois (Melchior, Gaspard et Balthazar) parfois même quatre (notre ami Taor) et plus tard ils représenteront les trois grands peuples du monde (pour faire un parallèle avec les trois fils de Noé)... Ce sont les premiers païens à adorer Jésus. A la crèche sont posées les prémices du salut offert à tous: juifs et païens, pauvres et sages... Ils sont la figure de l'homme qui cherche, qui s'interroge. Bref, ce sont des hommes de foi qui se mettent en marche. Leur quête ne sera pas vaine! Leur rencontre avec le Christ leur apportera "une grande joie" et leur permettra de partir par "un autre chemin":

Ils offrent trois cadeaux: l'or, la myrrhe et l'encens. Ces trois cadeaux sont là encore porteurs d'un grand symbolisme. L'or c'est le roi, l'encens ( comme la prière qui monte vers Dieu) c'est le prêtre et la myrrhe, c'est le prophète. Ce que nous sommes nous-mêmes chrétiens par notre baptême: prêtre, roi et prophète!
Les mages brûlent de l'encens devant ce petit enfant qu'ils honorent par conséquent comme un Dieu. La myrrhe, elle annonce la croix, le sacrifice de Celui qui allait mourir pour nous tous. Il  n'est pas rare en effet dans l'iconographie chrétienne, de voir l'enfant Jésus sur les genoux de Marie de jouer avec un petit oiseau dont Il écarte les ailes lui donnant ainsi la forme d'une croix.


L'épiphanie est aussi l'occasion pour nous de déguster une galette...
Il vous faut déjà deux ronds de pâte feuilletée. Vous pouvez l'acheter toute faite ou la préparer par vous-même sachant que c'est assez long et parfois un peu délicat.
J'utilise alors 500g de farine, 400g de beurre, 1 pincée de sel et 25cl d'eau. Mélangez la farine, l'eau, le sel et 50g de beurre et faites lever la pâte en forme de boule pendant 20 min. Ajoutez ensuite le restant de beurre après avoir abaissé la pâte . Formez un gros carré et laissez reposer 20 min. Abaissez la pâte en rectangle, pliez en trois, laissez reposer 20 min. Prenez la pâte, tournez la, étalez-là à nouveau, pliez à nouveau pour un deuxième tour! Recommencez cette opération deux fois en pliant à chaque fois dans un sens différent. A la fin, laissez reposer encore une heure et étalez une dernière fois la pâte... Enfin, votre pâte feuilletée est prête!

Je préfère réaliser des galettes à la frangipane mais vous pouvez les fourrer à la pomme ( c'est très bon!) ou encore au chocolat ( les enfants préfèrent mais je trouve cela un peu lourd...)
Pour votre frangipane: entre 120g et 150g d'amandes en poudre, 1 cuillère à soupe de rhum, 2 oeufs, 120g de sucre, 100g ( si vous aimez le beurre vous pouvez aller jusqu'à 150g sans souci) de beurre ramolli.
Mélanger le beurre coupé en petits carrés avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse. A joutez les oeufs, les amandes. Mélangez. Selon la consistance, vous pouvez ajouter un peu de farine ou de maïzena. Enfin, ajoutez le rhum.
Mélangez en ajoutant bien entendu une fève.

Enfin, dernière étape, il faut "monter" la galette. Déposez le premier cercle de pâte, étalez votre pâte aux amandes, puis déposez le deuxième disque. Fermez les deux cercles avec un peu d'eau. Vous pouvez décorer le dessus à l'aide d'un couteau puis dorer au jaune d'oeuf.
Votre four aura été préchauffé à 180°C.-200°c. La galette sera prête en 20 minutes environ.

N'oubliez pas de confectionner par ailleurs une couronne... Il est de tradition que le plus jeune de la famille se glisse sous la table et nomme un des convives à la fameuse question " Pour qui cette part?"

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 17:47

S.png i on se réfère au texte de la Genèse, celui-ci emploi un pluriel « Faisons l’homme à notre image ». De nombreux commentateurs y ont vu une révélation du Dieu Un et Trine.
L’amour trinitaire à la source de la création. Dieu est Vie, Dieu est Joie, Dieu est Amour! Et tout cela, Il l'est en plénitude. Si Dieu est créateur c'est parce qu'Il se communique.  La création est une communication de l’Amour. Toute la Révélation peut se résumer dans le mystère de l’Incarnation, le Verbe fait chair où l’humanité est pleinement introduire dans le dessein de l’Amour de Dieu, de le dessein de l’Amour Trinitaire. (Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, 1. ).  L’amour trinitaire engendre la joie créatrice qui désire se répandre généreusement. Notre bon saint Thomas reprendra cette idée dans la fameuse formule:  «  bonum est diffussivum sui. ». C'est-à-dire qu'il est dans la nature même du Bien de se répandre... 
A la source de la création, le conseil trinitaire.On peut penser à la très belle icône de Roublev. Ce conseil c’est l’instant anhistorique de la décision  des trois personnes de la Trinité  ( le Père, le Fils et l'Esprit Saint) où ils décident de créer l’univers qui sera couronné par l’homme créé à l’image et à la ressemblance divine. Dieu a voulu la création et son accomplissement futur. Dès la création, Dieu a voulu la divinisation, c'est-à-dire la participation à la vie trinitaire de l’homme. Une vie donc de bonheur éternel!

Nous avons vu que nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Or, Dieu est  un Dieu un et Trine par conséquent nous sommes créés à l'image de la Trinité.  Saint Thomas d’Aquin montrait que l’homme a pour modèle la Sainte Trinité ou tout du moins ses modes de vie qui peuvent s’expliquer comme des modes relationnelles (Somme Théologique, Ia, q. 39, a. 1, réponse). Les relations sont des parties intégrantes de l’essence divine dans la mesure où les différentes personnes de la Trinité se définissent par ces dernières. Et, s’il nous fallait décrire les relations intra-trinitaires, on ne pourrait le faire qu’en termes de don et de relation d’amour :

"Ô trinité ! Eternelle Trinité ! Ô feu, ô abîme d’amour! Flamme d’amour ! Flamme d’amour ! ne suffisait-il pas de nous créer à ton image et ressemblance, de nous faire renaître à la grâce dans le sang de ton Fils ? Fallait-il encore nous donner toute la Trinité en nourriture ! C’est ton amour qu’il l’a voulu. Ô Trinité éternelle ! Non seulement tu as donné ton Verbe dans la rédemption et dans l’Eucharistie, mais tu t’es donnée tout entière par amour pour ta créature. Oui, l’âme te possède parce que tu es la Bonté suprême" (  CYRILLE D’ALEXANDRIE, Commentaire de l’Evangile de Saint Jean, XI, 10).
L’image de l’homme devient ainsi fondamentalement une relation et ceci à l’image de la Trinité : relation avec Dieu, relation avec soi et relation avec autrui. Cette relation d’amour présent dans la Trinité ne se consume pas en son sein mais se répand sans cesse. L’homme peut se définir par une relation.  Cette relation avec Dieu dépasse largement cette existence terrestre puisqu’il s’agit de parvenir à sa perfection en parvenant à l’accomplissement de soi, à la plénitude de son être en Dieu. Mais, cette relation avec Dieu n’est pas exclusive. L’homme est en relation avec d’autres hommes : "il n’est pas bon que l’homme soit seul" nous dit le texte de la Genèse. On retrouve l’homme comme « animal politique » d’Aristote. L’homme est fondamentalement un être ouvert sur le monde et les autres. C’est cette relation même avec autrui qui le définit et qui est en partie constitutif de sa personne. Relation d’autant plus importante que Dieu est présent en l’autre. L’homme découvre Dieu dans son prochain et découvre celui-ci comme "image de Dieu". 
Le « je » pour exister a besoin de cette relation avec un tiers sinon il s’enferme sur lui-même. La Trinité comme relation d’amour fondamentalement don et grâce exprime cette réalité essentielle de l’homme. L’image de Dieu ne devient entière que dans ce jeu de relation. Dieu a créé par amour et l’homme a été créé pour aimer. C’est la vocation de tout homme que d’aimer. L’homme ne peut se dire sans ce don de soi.

"Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : en l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour.

Dieu est amour et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d’amour. En créant l’humanité de l’homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l’être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité. L’amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humai. Puisque l’homme est un esprit incarné (…) L’amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l’amour spirituel."(JEAN-PAUL II, Familiaris Consortio, §11.)

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 13:00

B.pngelle et sainte année à tous!


Voici ce que nous proposera l'Eglise en première lecture pour le premier janvier:

"Le Seigneur dit à Moïse : « Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d'Israël : 'Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix !' C'est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d'Israël, et moi, je les bénirai. » "

Vous pouvez retrouver ce passage au livre des Nombres 6, 22-27.


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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 14:44

D.png ieu dit : "Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux, sur toutes les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit (…) Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon. Il eut un soir, il y eut un matin : sixième jour."

 Dieu par un acte gratuit et rempli d’amour crée l’univers puis l’homme avec lequel Il ne cesse de faire alliance. Cet acte créateur donne déjà en lui-même une définition de l’homme : cette dernière se situant d’emblée dans un ordre ontologique. L’homme se définit donc comme « image et ressemblance de Dieu ». Avant toutes choses, avant d’être distingué en tant qu’homme ou femme, avant d’être nommé personnellement, avant de réaliser quoique ce soit, avant même d’envisager son existence : il est homme à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est le fait d’être qui dans le récit de la création confère à l’homme sa dignité. Voulu par Dieu, l’homme est tiré du néant et placé dans la création. Bien entendu, il ne s’agit pas de penser l’homme en tant qu’être absolument supérieur et dépendant. Il reste malgré tout une créature attachée au reste de la création et surtout à Dieu. Dès la Genèse, l’homme est envisagé dans cette relation d’Alliance avec Dieu, dans cette relation d’amour.

 C’est cette relation homme-Dieu qui dans un double mouvement révèle comment l’homme acquiert sa dignité en tant qu’image de Dieu et comment celui-ci progresse dans son humanité en se tournant vers Dieu. Est-ce que l’ « humanité » d’un homme ne se mesurerait-elle pas plus par cette relation d’amour que l’individu entretiendrait avec Dieu et par conséquent avec son prochain ? La perfection humaine- ou plutôt le perfectionnement humain- doit être envisagée comme ce retour vers Dieu et non pas uniquement comme une perfection physique et intellectuelle. La théologie mystique développe cette idée lorsque reprenant la figure de Jacob, elle parle d’échelle spirituelle. L’homme est en marche vers Dieu et toute sa vie est orientée vers ce but ultime qu’est Dieu, son créateur, il ne se révèlera être pleinement homme que lorsqu’il parviendra à cette union mystique avec Dieu. L’homme se tourne vers Dieu car Il est pour lui sa véritable fin. L’homme a besoin de Dieu comme il a besoin de boire ou de manger:« Créé par Dieu, portant en lui-même une marque divine indélébile, l’homme tend naturellement vers Dieu. Quand il écoute l’aspiration profonde de son cœur, l’homme ne peut manquer de faire sienne la parole de vérité prononcée par saint Augustin: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » ( Cf.  JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 35.)


 Cependant l’anthropologie chrétienne ne peut être véritablement comprise qu’à travers la figure du Christ qui est définie comme l’image parfaite de Dieu et comme l’homme nouveau. Le mystère de l’homme s’éclaire par le mystère de l’Incarnation :«  En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de Celui qui devait venir, le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. Il n’est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en Lui leur source et atteignent en Lui leur point culminant"  ( CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, I, 1, §22).

 Dans le Nouveau Testament, le Christ est présenté comme « icône » parfaite ( c’est donc ce qu’on avait déjà a propos de la Sagesse en Sg 7,26.). Et en Proverbe 8, 23 : «  Yavhé m’a créée, prémices de ses voies, avant ses œuvres, depuis toujours. Dès l’éternité je fus formée, dès le début, avant les origines de la terre. » La sagesse est conçue dès le commencement, la sagesse est l’image que Dieu avait en vue quand Il a créé l’homme.
C’est St Paul qui reprendra cette image en Ph 2,6 : «  Lui qui, subsistant en forme de Dieu… » St Paul reconnaît ainsi que le Christ est image de Dieu et que l’âme se divinise par la contemplation de la gloire du Christ : « Et nous tous qui, le visage dévoilé, réfléchissons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire, comme de par le Seigneur qui est Esprit. » ( 2Co 3,18) et en 2 Co 4,4 : «  pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé les pensées, afin qu’ils ne voient pas resplendir la lumière de l’Evangile de la Gloire du Christ, qui est l’image de Dieu. ». En Rm 8,29, c’est en vertu de son titre filial que Jésus est image de Dieu ( voir aussi 1 Co 15,49).

Paul annonce l’évangile de la gloire du «  Christ qui est l’image de Dieu «  ( 2 Co 4,4). L’homme créé à l’image de Dieu, est donc créé à l’image du Christ. Nous trouvons donc notre accomplissement dans la contemplation du Christ et sous la mouvance de l’Esprit Saint.

En Colossiens, le Christ va présider à la création de l’homme nouveau, Adam, image de Dieu mais imparfaite car terrestre et mortelle et le Christ sera image parfaite, incorruptible. Ici nous avons une reprise du thème des deux créations de chez Philon d’Alexandrie où comme le Christ par son Incarnation a revêtu l’image de l’homme terrestre, nous pouvons et devons revêtir l’image de l’homme céleste. St Jean, lui aussi, insistera beaucoup sur le Christ, image parfaite, unique médiateur, révélateur du Dieu invisible ( en Jn 1,18), JC, fils intimement lié au Père, qui est le reflet de la gloire du Père ( He).

Ainsi, comme dirait Bruguès : «  Dans l’imitation du Fils Eternel, image parfaite du Père invisible, il devient à son tour, sous la motion de l’Esprit, fils adoptif de ce même Père. »

C’est pourquoi l’Eglise a tellement insisté sur l’imitation de JC dans le cheminement moral et spirituel de l’homme. L’imitation du Christ reste la  voie de conduite de prédilection pour le chrétien. Il faut devenir le disciple de Jésus Christ, le suivre selon son humanité pour partager la vie du Père comme le Fils partage éternellement avec son Père. 


Adam, premier homme est la figure de l’homme. Cependant, le Christ, lui, par son Incarnation et sa Résurrection, devient le Nouvel Adam, la figure parfaite de l’homme et l’image parfaite de Dieu.  Clément d’Alexandrie avait déjà montré comment la médiation du Christ, qui est pour lui l’archétype, est nécessaire à l’homme. L’homme doit se mettre à la suite du Christ et tenter par un effort constant de suivre ce modèle : « O vous touts qui êtes des images, mais non pas toutes ressemblances, je peux corriger d’après l’archétype, afin que vous deveniez semblables aussi à moi !" ( CLEMENT D’ALEXANDRIE, Protreptique, 12 ; 122, 4.). 
Si, l’image, ici encore apparaît comme étant au cœur de l’homme, la ressemblance à Dieu, elle, n’est pas inhérente à l’homme : il doit avancer pour y parvenir. Or, seul le Christ peut permettre à l’homme d’atteindre cette ressemblance. Il est « le Chemin, la Vie, la Vérité". Le Verbe incarné réalise donc l’image et la ressemblance parfaite de Dieu. Pour l’homme, c’est donc le véritable modèle, archétype, auquel il doit tendre.

Le pape Jean Paul II dans ses deux encycliques, Veritatis splendor et Evangelium vitae, insiste sur la figure du Christ comme modèle à suivre et surtout comme personne qui nous permet de connaître en vérité ce qu’est l’homme : l’anthropologie ne s’éclaire que par une christologie :« C’est donc à partir de la parole, de l’action, de la personne même de Jésus que la possibilité est donnée à l’homme de « connaître » la vérité toute entière sur la valeur de la vie humaine ; c’est de cette « source » qu’il reçoit notamment la capacité de « faire » parfaitement la vérité, ou d’assumer et d’exercer pleinement la responsabilité d’aimer et de servir la vie humaine, de la défendre et de la promouvoir.» (JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 29.)

L’homme ne peut être réellement compris en dehors du Christ dans la mesure où c’est lui qui révèle les Ecritures et le sens de l’histoire. L’humanité prend tout son sens dans la révélation christologique. Le Christ assume totalement la nature humaine et révèle ainsi sa dignité profonde. L’homme par le Christ découvre la valeur et la signification de son être même :« En Jésus, « Verbe de vie », est donc annoncée et communiquée la vie divine et éternelle. Grâce à cette annonce et à ce don, la vie physique et spirituelle de l’homme, même dans sa phase terrestre, acquiert sa plénitude de valeur et de signification : la vie divine et éternelle, en effet, est la fin vers laquelle l’homme qui vit dans ce monde est orienté et appelé. L’Evangile de la vie contient ainsi ce que l’expérience même et la raison humaine disent de la valeur de la vie ; il accueille, l’élève et la porte à son accomplissement » (JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 29.)


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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 11:56

L.pnga crèche...
Dans nos salons, au pied du sapin... en cette période de fêtes, c'est quasi devenue une figure d'Epinal. Impossible d'imaginer Noël sans elle et pourtant il n'en a pas toujours été ainsi.

Toute la théologie des premiers siècles de l'Eglise et l'année liturgique s'articulent essentiellement autour du mystère de la Rédemption et par conséquent de la fête de Pâques. De plus, fêter les naissances est le propre du paganisme et non du judaïsme antique. On réfléchit, on discute. On s'oriente vers le 25 mars (aujourd'hui fête de l'Annonciation 9 mois avant la naissance de Jésus...), vers le 6 janvier (l'épiphanie)...
En parallèle, les romains découvrent le culte de Mithra et fixent une fête au moment du solstice d'hiver pour célébrer le soleil invaincu. Cela dit, dans de nombreuses cultures on retrouve des fêtes au moment du solstice d'hiver, les saturnales romaines n'ont rien d'exceptionnelles!
Il nous faut alors attendre  la proclamation de la liberté religieuse et l'édit de Milan avec l'empereur Constantin. Le christianisme prend de l'ampleur. L'empereur fixe Noël au 25 décembre ( des représentations iconographiques voient le jour...) puis en 354, le pape Libère instaure la fête de Noël comme début de l'année liturgique. Je vois se profiler une critique de peu de poids sur la facilité du christianisme à récupérer fêtes et sanctuaires païens à son compte...
Choisir le sostice a bien évidemment une grande valeur symbolique, le Christ est le "soleil de justice". Son Incarnation apporte la lumière, chasse les ténèbres de notre monde... Il nous faudra attendre Pâques et la lumière éclatante de la Résurrection pour saisir totalement cette vérité. Ce n'est pas pour rien que nos églises sont orientées vers l'est là où se lève le soleil pour nous rappeler que dans l'autel, dans le tabernacle résident notre vraie lumière. Le jour de la Résurrection le 8eme jour, prendra rapidement le surnom de "jour du soleil" (pensez à l'anglais "sunday" ou à l'allemand...)
"Une lumière s'est levée dans les ténèbres"... cela nous sera rappelé à la chandeleur (chandelier....), le deux février où le bon saint Syméon déclarera " Tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples: lumière qui se révèle aux nations." Jour où la crèche est rangée.
On se rend compte que du premier dimanche de l'Avent à la fête de Pâques, symboles, fêtes, textes nous sont offerts de manière très pédagogique pour nous faire entrer dans le Mystère de Dieu.

Bref, revenons à notre crèche... Il nous faut attendre St François, le pauvre d'Assise qui est saisi par le mystère de l'Incarnation et la beauté de la fête de la Nativité. Comment faire comprendre aux hommes l'importance de Noël... C'est ainsi qu'à Noël 1223 François met en place une crèche vivante à Greccio.. Les personnages mis en scène sont sortis tout droit de l'Evangile ( avec des rajouts symboliques comme le boeuf qui peut symboliser le sacrifice, l'humilité...).
Voilà ce qu'écrit Julien Green dans son Frère François: " Avant de quitter Rome, François obtint du pape, en guise de compensation, le droit de fêter Noël avec un éclat particulier et selon ses idées personnelles. Il choisit Greccio. (...)Sur un aplomb de la muraille de pierre, François avait fondé un petit ermitage, utilisant comme d'habitude une des grottes que lui offrait la nature. Elle fut transformée en chapelle. Sur sa demande, on y installa une mangoire généreusement pourvue de paille. Suivirent un boeuf et un âne, témoins exigés par la tradition. Au coeur de la nuit, les flambeaux s'allumèrent et la population d 'alentour montait de de tous côtés à travers les arbres, torche au poing, si bien que les sentiers de la montagne palpitaient comme des ruisseaux de lumière. Un prêtre était venu pour dire la messe qui fut célébrée sur la mangeoire devenue crèche, le "presepio" cher aux italierns, et ce fut François revêtu de la dalmatique de diacre qui lut l'Evangile de la Nativité. La foule émerveillée par cette redécouverte du grand mystère suivait avec attention les moindres détails de la célébration et beaucoup crurent voir François tenir dans ses bras l'Enfant baigné de rayons. La foi du Moyen Agen plus près de l'enfance que la nôtre, traduisait d'instinct par des visions les vérités à croire qui parlaient mieux au coeur."

Comme à Greccio laissons nous saisir par ce grand mystère.... Pauvreté insaissisable ( et non misérabilisme dont on entoure parfois la fête de Noël) de Dieu tout-puissant qui se fait homme. La nuit de Noël,  nous sommes témoins de ce que les pères nomment l' " admirable échange".... Là dans la crèche, Dieu se fait petit enfant, Dieu se fait homme pour que nous devenions Dieu... Dieu vient à nous pour nous conduire à Lui.

JOYEUX ET SAINT NOEL A TOUS!

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 14:09

O.pngn sait que la notion d' "image de Dieu"  est née dans la Tradition sacerdotale au VI siècle avant JC; notion par ailleurs peu extraordinaire puisqu’elle existait déjà. On en retrouve des traces dans différents textes comme des poèmes babyloniens et égyptiens. Les auteurs bibliques ont pu leur emprunter l’expression « image de Dieu".  Aujourd'hui, je ne vous donnerai que quelques repères historico-théologiques....

La première réflexion véritable sur le thème de l’image de Dieu se trouve chez Clément de Rome. On est dans une ligne stoïcienne. L’image est y considérée dans une dimension spirituelle. On retrouve un peu la même anthropologie que dans l’Epître de Barnabé.  Chez Clément, c’est en effet une anthropologie christologique où la chair, élément corruptible, a été assumée par le Christ Incarné puis conduite à l'éternité par la Rédemption. Il reprend aussi l'idée paulienne du corps compris comme "temple de l'Esprit". La chair devient et est par conséquent une réalité sacrée. N'oublions pas en effet que dans notre Credo  nous proclamons et espérons la résurrection de la chair. Ce qui n'est pas une mince affaire... Il est déjà peu évident à présent d'affirmer l'immortalité de l'âme alors affirmer la résurrection des corps?.... C'est une réflexion cependant capitale à mener dans notre société qui oscille entre la "sacralisation-omniprésence" et la "négation-rejet" du corps.
Pour la période suivante, soit la patristique, on peut avec le Dictionnaire de Spiritualité,  distinguer les Pères qui ont subi une influence stoïcienne comme Tertullien et Lactance, ceux qui ont subi une influence platonicienne comme Ambroise ou Augustin et ceux qui ont systématisé les Ecritures comme Hilaire de Poitiers, Jérôme, Grégoire le Grand. Les grecs, presque tous ont vu dans le Fils, une « image visible » du Père et l’âme humaine comme une image seconde de cette image parfaite. Ils insistent sur l’ascèse, l’effort volontaire pour tendre vers une assimilation de plus en plus parfaite au Logos. L’homme s’accomplit à travers le progrès spirituel. Les latins, eux, vont insister sur le rôle de la raison et de la volonté dans le chemin de la perfection. Mais en général, le Christ est image de Dieu et l’homme est créé à l’image du Fils...
Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller dans la période patristique, notre cher cappadocien, Grégoire de Nysse. Il a beaucoup travaillé sur ces notions d'"image" et de "ressemblance". Consultez la vie de Moïse et la Création de l'homme ( que vous trouverez là encore dans la collection Sources Chrétiennes n°6 si mes souvenirs sont bons...) Retenons qu'il donne un sens très fort à l'expression "image de Dieu" car elle ne peut s'appliquer qu'à l'homme.  Le mot indique une perfection, une plénitude: «  La ressemblance que nous avons avec Dieu consiste dans la Plénitude de tous biens » ( 184b). Ou encore: " Parmi tout ce qui est né de la terre, rien ne ressemble davantage à Dieu que l’homme."  La question est de savoir comment l’homme enfermé dans un corps peut être à l’image de Dieu puisque le matériel, le visible, le corporel, le fini  ne peut représenter l’immatériel, l’invisible, l'incorporel et l'infini! Quels sont les biens pour l'homme obtenus par cette "image" de Dieu en lui? Liberté? Domination sur la création? Possible vision de Dieu? C'est alors que Grégoire va relier tout cela à la vie vertueuse. Pour obtenir la vie éternelle... l'immortalité...? Ce ne peut être que par une vie vertueuse. En effet, le péché a abimé notre ressemblance avec Dieu, il a entaché la pureté. Or ce sont les "purs" qui verrront Dieu. Comment retrouver cette pureté, comment progresser dans la ressemblance de Dieu: mener une vie vertueuse.

Laissons un moment Grégoire et passons à Augustin, celui que l'on a surnommé le "docteur de l'image". Vous pouvez étudier pour cette question son De Trinitate.  L’image désigne l’homme intérieur, la partie spirituelle de l’homme. Elle devient le principe où la Trinité pénètre l’âme. L’homme créé ainsi est alors capax dei c'est-à-dire capable de Dieu...

Augustin distingue « image » et « ressemblance ». Il affirme que si l’Ecriture utilise deux termes c’est bien pour parler de deux réalités. L’image désigne pour lui la partie la plus spirituelle de l’homme. Tout le reste est de l’ordre de la ressemblance. L'homme quoiqu'il arrive ne demeure qu'une image imparfaite, seul le Christ est image parfaite. Autre donnée importante que l'on approfondira, l'homme est image de Dieu c'est-à-dire qu 'il est image de la Trinité. L’homme pas seulement à l’image du Fils mais bien à l’image de la Trinité. Etre image de la Trinité cela signifie deux choses fondamentales. D'une part nous pouvons trouver le Dieu un et Trine en nous... C'est une voie de connaissance et de contemplation de Dieu si je puis dire et d'autre part cela fonde notre valeur ou si vous préférez notre dignité d'homme. Tous ou plutôt chacun de nous est "image de Dieu"... et cela quelque soit nos actions bonnes ou mauvaises. Il existe une valeur intrinsèque de chaque individu du fait même qu'il est image de Dieu.

Dans son Commentaire de la Genèse, St Augustin pense que l’image de Dieu a été perdue par le péché mais qu’elle est restituée dans la grâce si le vieil homme en nous cède la place au nouvel homme. Plus tard il reviendra sur cette idée et il dit que le péché a seulement souillé, abîmé cette image. L’image quoiqu’il arrive peut être restaurée et existe toujours. On ne peut effacer l'image de Dieu en nous. En revanche, elle peut devenir de plus en plus parfaite.

Nous ne nous étendrons pas sur le Moyen Age où la notion est de l'ordre du lieu commun. Chez Saint Thomas d'Aquin elle est développée à la charnière de la   Prima Pars ( qui traite de l'œuvre de Dieu) et la Secunda Pars ( qui traite de l'agir humain.). Elle se situe par conséquent à une place stratégique:  «  Puisque, (...) l’homme a été créé à l’image de Dieu, ce qui signifie qu’il est doué d’intelligence, de libre-arbitre et d’une capacité d’auto-détermination (…)il faut maintenant considérer cette image, cad l’homme, car il est principe de ses actes propres, parce qu’il possède le libre arbitre et la maîtrise de ses actes. »
Si St Thomas distingue aussi "image " et "ressemblance", il rappelle que l'homme est image de Dieu par nature. C'est qui lui permet de connaître et d'aimer Dieu. On revient sur l'idée de l'homme capax dei

En résumé : l’hébreu et la sémantique ne font pas de distinction entre les deux termes "image" et "ressemblance". Les nuances entre les deux nous vient en particulier de la patristique. Les Pères (environ depuis saint Irénée de Lyon) rapportent l’image à ce qui pourrait définir la nature humaine (intelligence, liberté) et la ressemblance qui d’ordre historique voire eschatologique. L’homme est en quelque sorte imparfait ( tel un petit enfant pour St Irénée) et doit tendre vers la perfection. C’est un processus dynamique qui pousse l’homme vers le Christ donc vers Dieu. La ressemblance par exemple pour Maxime le Confesseur nécessite la participation de l’homme pour être réalisée, l’homme doit faire intervenir donc sa liberté et sa volonté. En conclusion, la ressemblance à la différence de l'image se gagne par la vie morale et spirituelle, toutes deux intimement liées. Il est idiot en effet dans la pensée chrétienne de séparer vie de foi, vie morale et vie spirituelle.

Le péché  est ce qui a blessé la ressemblance divine.

«  Créons l’homme à notre image et ressemblance. Nous possèdons l’une par la création, nous acquérons l’autre par la volonté. Dans la première structure, il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu ; par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. Ce qui relève de la volonté, notre nature possède en puissance, mais c’est par l’action que nous nous le procurons. En nous donnant la puissance de ressembler à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. » (Basile de Césarée, Sur l’Origine de l’Homme, Homélie I,16 )

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 14:54

A.pngujourd'hui, une courte catéchèse de notre saint père enseignée lors de la traditionnelle audience du mercredi. Il s'agit de Jean de Salisbury. Vous pouvez retrouver la vidéo sur le site du saint siège.

Très courte, je vous la retranscris dans sa totalité:
"Jean de Salisbury appartenait à l’école philosophique et théologique de la cathédrale de Chartres, l’une des plus importantes du Moyen-Âge. Né à Salisbury, en Angleterre, au début du douzième siècle, il fréquenta les écoles les plus renommées de l’époque, notamment à Paris et à Chartres. Membre du clergé de Cantorbéry, il en a servi fidèlement les Archevêques et il accompagna Thomas Becket dans son exil en France. Élu évêque de Chartres, il y demeura de 1176 jusqu’à sa mort en 1180.

Pour Jean, la raison humaine parvient à des connaissances qui ne sont pas incontestables, mais probables et discutables. Mais la connaissance humaine grandit et se perfectionne grâce à l’expérience et à l’élaboration de raisonnements corrects et cohérents. En Dieu seul il y a une science parfaite, qui est communiquée à l’homme, au moins partiellement, par la Révélation accueillie dans la foi, par laquelle la science de la foi, la théologie, déploie les potentialités de la raison et fait progresser avec humilité dans la connaissance des mystères de Dieu. Pour Jean il y a une vérité objective et immuable, dont l’origine est en Dieu, qui est accessible à la raison humaine et qui concerne l’agir pratique et social. Il s’agit d’un droit naturel, qui doit inspirer les lois humaines ainsi que les autorités politiques et religieuses, afin de promouvoir le bien commun. Cette loi naturelle est caractérisée notamment par l’attribution à chaque personne de ses droits. C’est un enseignement qui demeure encore très actuel"

Dans la grande ligne de la pensée chrétienne, on a ici la réaffirmation du rôle conjoint de la FOI et de la RAISON. Jean Paul II dans son encyclique Fides et ration nous rappelait que les mystères de Dieu ne sont pénétrables que par la foi. La raison qui recherche "l'intelligence du mystère" est aidée par la Révélation.
Quel est alors le rôle de la Raison?
"L'enseignement des deux Conciles du Vatican ouvre également une véritable perspective de nouveautés pour le savoir philosophique. La Révélation introduit dans l'histoire un point de repère que l'homme ne peut ignorer s'il veut arriver à comprendre le mystère de son existence; mais, d'autre part, cette connaissance renvoie constamment au mystère de Dieu que l'esprit ne peut explorer à fond mais seulement recevoir et accueillir dans la foi. À l'intérieur de ces deux moments, la raison dispose d'un espace particulier qui lui permet de chercher et de comprendre, sans être limitée par rien d'autre que par sa finitude face au mystère infini de Dieu.

La Révélation fait donc entrer dans notre histoire une vérité universelle et ultime, qui incite l'esprit de l'homme à ne jamais s'arrêter; et même elle le pousse à élargir continuellement les champs de son savoir tant qu'il n'a pas conscience d'avoir accompli tout ce qui était en son pouvoir, sans rien négliger. Pour cette réflexion, nous sommes aidés par l'une des intelligences les plus fécondes et les plus significatives de l'histoire de l'humanité, à laquelle la philosophie aussi bien que la théologie se font un devoir de se référer: saint Anselme. Dans son Proslogion, l'archevêque de Cantorbéry s'exprime ainsi: « Comme souvent, avec ardeur, je tournais ma pensée sur ce point, ce que je cherchais parfois me semblait pouvoir être déjà saisi, et parfois fuyait tout à fait le regard de mon esprit; désespérant à la fin, je voulus cesser comme s'il s'agissait de rechercher chose impossible à trouver. Mais, alors que je voulais absolument exclure de moi cette pensée, de peur qu'en occupant vainement mon esprit elle n'empêchât d'autres occupations où je pusse progresser, voilà qu'elle commença, d'une importunité certaine, à s'imposer de plus en plus à moi, malgré mon refus et ma défense. [...] Mais hélas, malheureux, un des autres malheureux fils d'Ève éloignés de Dieu que je suis, qu'ai-je entrepris, qu'ai-je achevé? Où tendais-je, où en suis-je venu? A quoi aspirais-je, en quoi soupiré-je? [...] Par suite, Seigneur, tu n'es pas seulement tel que plus grand ne peut être pensé, (non solum es quo maius cogitari nequit), mais tu es quelque chose de plus grand qu'il ne se puisse penser (quiddam maius quam cogitari possit). [...]. Si tu n'es pas cela même, il est possible de penser quelque chose de plus grand que toi, ce qui ne peut se faire »."

A méditer...

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 18:49

L.pnges deux textes fondamentaux pour aborder ce thème se trouvent dans le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse:  Gn 1, 26-27 et Gn 2,7. D'une manière générale, on note dans ces textes que l'homme apparaît dans toute "sa grandeur", que toute la création antérieure semble préparer à l'avènement de l'homme, le sixième jour. L'homme est placé comme "maître" de la terre et invité à utiliser les services de la terre. La création lui est confiée directement par Dieu pour qu'il en prenne soin, qu'il l'exploite. L'homme est invité à devenir en quelque sorte "co-créateur" dans la mesure où Dieu lui confie d'achever son oeuvre créatrice: magnifique et grande responsabilité! Notez déjà que le second récit de la création est plus rudimentaire, plus anthropomorphique et qu'il dépend davantage des anciennes mythologies et cosmogonies.
Ce texte de la création est surtout un texte incontournable et fondamental pour comprendre l'anthropologie chrétienne. Les Pères de l'Eglise l'exploiteront à maintes reprises. Il est donc intéressant pour nous de nous y replonger un peu. Nous nous pencherons davantage sur le verset où il est dit que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. De nombreuses études exégétiques fort instructives ont bien étudié l'origine des termes et leurs utilisations et ont souvent abouti que les deux termes " image" et "ressemblance", en hébreu " tselem » et « démut », sont quasi synonymes.  Est-ce que la ressemblance introduirait une atténuation ou un dépassement de la notion d’image ? On ne peut pas le dire...
Dégageons quatre axes assez classiques ou quatre lignes d'interrogation:
 

  • Où se situe cette ressemblance ( on va voir deux réponses possibles déjà ans le NT) : la perfection possible de l’homme, la liberté, l’immortalité (voir le livre de la Sagesse)

  • Est-ce qu’il existe une ressemblance physique ? Si le mot « tsélem » signifie « statue », c’est qu’il y a une proximité avec le modèle. Est-ce une ressemblance physique ( avec le risque d’anthropomorphisme) ou une ressemblance "intellectuelle".

  • La ressemblance est une ressemblance par la place, la fonction que l’homme occupe. Comme Dieu règne sur la création, l’homme règne à l’image de Dieu sur les autres animaux. Aussi dans le fait que l’homme, à défaut de créer peut procréer des êtres eux mêmes à l’image de Dieu ( notion de descendance qui conserve en eux, l’image de Dieu).

  • La ressemblance met en évidence une relation spéciale entre l’homme et Dieu : un dialogue est possible. La Trinité est comprise comme une relation interpersonnelle, à l’image de Dieu, l’homme peut dialoguer avec son Créateur. Par extension, le thème de la Seigneurie de l’homme. Je vous renvoie au psaume 8 par exemple.

 

Certains théologiens, entre autres protestants ( K.Barth, Brunner…) et exégètes vont refuser plus ou moins cette doctrine de l’image de Dieu sur les bases que les deux termes « image »/ »ressemblance » sont quasi synonymes, qu’ils sont peu présents dans la Bible. Ce thème serait étranger à la Révélation et ne proviendrait que de l’apport hellénique, entre autre platonicien et stoïcien : traduction de la LXX et les développements en Sg 2,23 et 7,26.

 

Je ne suivrai donc pas ces théologiens qui refusent la place privilégiée qu’à cette notion d’image de Dieu. Je suivrai, le théologien orthodoxe Lossky qui montre justement que les expressions hébraïques « tselem » et « demut » étaient inoppérentes pour rendre compte de la relation particulière à Dieu. Elles se précisent dans la traduction grecque de la Septante où les termes « eikon » et « homoiosis » se chargent petit à petit d’une théologie, la traduction n’est pas un rajout, une perversion du texte original ou de la Révélation mais plutôt le signe du progrès de la Tradition, la préparation à la Révélation évangélique. Intéressant, en effet que les savants hébreux ont senti la nécessité de traduire en grec. Le Christ manifestera pleinement cette théologie de l’image de Dieu


Retrouve t'on ce thème de l'image dans le Nouveau Testament? Oui, les termes utilisés sont alors les termes grecs "eikon" "homoiosis" ou plus tard latin "imago"... Le Nouveau Testament  applique plusieurs fois à l’homme l’expression  "icône de Dieu". On la retrouve en 1Co 11,7 ou Jc 3,9 mais il développe aussi ce thème à travers plusieurs idées comme :

  • l’image = l’imitation de la perfection.

  • L’image implique le respect d’autrui. L’amour du Dieu transcendant et invisible ne peut passer qu’à travers celui de son image visible.

  • Il existe une distance infinie entre la nature incrée et la nature crée. Ainsi l’homme va être compris comme une image imparfaite et le rôle du Christ qui est Image Parfaite de Dieu est de conduire l’homme à Dieu. On avait déjà cette idée esquissée dans le livre de la Sagesse. «  Christ, image de Dieu », se retrouve essentiellement chez St Paul et chez St Jean.  Voir Sg 7,26  où la sagesse est « un miroir sans tâche de l’activité de Dieu, une image de l’excellence de Dieu. »


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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 19:11

L.png e Christ s’identifie aux « petits » de ce monde qu’il soit étranger, nu, affamé ou emprisonné. Il est venu en priorité pour sauver les plus démunis. Il apporte une réponse à la souffrance déjà exprimée chez Job. La réponse du Christ est tout simplement la victoire ultime sur celle-ci à travers sa Passion- c’est-à-dire sa propre souffrance et son propre anéantissement- et le mystère de la résurrection. Par sa vie mais également par sa mort, le Christ prône la vie dans toutes ses dimensions. En effet, Jésus est celui qui guérit les malades, les affligés mais aussi les pécheurs. Il sauve l’homme sur tous les plans de l’existence : physique, moral et spirituel. D’une façon ultime, Il est aussi celui qui libère l’humanité de la mort. Le retour à la vie de Lazare en est une illustration.

Le Christ qualifié par Jean-Paul II, à la suite des Evangiles, dans son encyclique Evangelium vitae de « Verbe de Vie » ou d’ « auteur de la Vie » devient la réponse même à la souffrance. Et cela non seulement parce qu’il parvient à la vaincre mais aussi parce qu’il l’assume et l’accepte : « Jésus opte ainsi pour une double attitude conjointe qu’il propose également à ses disciples : celle de la lutte contre toutes les formes d’asservissement et d’oppression au nom de la dignité filiale offerte à tout être humain, et celle du ressourcement constant auprès de la Source divine de dignité (…)» (Cf.M.J.THIEL, « La jurisprudence Perruche ou la vie handicapée comme préjudice », Revue des Sciences Religieuses, p.233. )

L’Eglise et tous ses membres à l’exemple du Christ sont conviés au service de l’autre pour que sans cesse la dignité humaine soit mise en lumière.

«  Au nom du Christ, l’Eglise s’efforce toujours davantage de devenir pour vous une « maison accueillante ». Nous savons que la personne handicapée- une personne absolument unique en son égale et inviolable dignité- a besoin non seulement de soins mais avant tout d’amour, un amour qui se fasse reconnaissance, respect et intégration : de la naissance à l’adolescence, jusqu’à l’âge adulte et au moment délicat, vécu avec inquiétude par tant de parents, du départ de leurs enfants, le moment du « après nous ».» ( Cf.JEAN-PAUL II, Homélie pour le jubilé des personnes handicapées, Documentation catholique 2001, n°2239, p. 14

L’exemple du Christ, celui qui a voulu servir ses disciples et les  hommes, et la dignité de l’homme sont là pour inciter l’homme à s’investir dans le monde socio-politique pour que les droits des personnes, et en particulier des personnes handicapées ou exclues, soient respecter. Le sermon sur la montagne et la kénose du Christ sont des invitations pour les hommes à entrer dans la voie de l’humilité et de la pauvreté. Le Christ par sa vie offerte aux hommes rappelle comme le disait saint Vincent de Paul que « les pauvres sont nos maîtres ».

Si Jésus nous aide dans la souffrance c'est que notre foi en Lui nous permet d'affirmer que son Evangile est un "Evangile de la VIE"! Relisons plus attentivement un extrait de l'Evangile de la Vie écrite par Jean Paul II en 1995: "Face aux menaces innombrables et graves qui pèsent sur la vie dans le monde d'aujourd'hui, on pourrait demeurer comme accablé par le sentiment d'une impuissance insurmontable: le bien ne sera jamais assez fort pour vaincre le mal! C'est alors que le peuple de Dieu, et en lui tout croyant, est appelé à professer, avec humilité et courage, sa foi en Jésus Christ, « le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). L'Evangile de la vie n'est pas une simple réflexion, même originale et profonde, sur la vie humaine; ce n'est pas non plus seulement un commandement destiné à alerter la conscience et à susciter d'importants changements dans la société; c'est encore moins la promesse illusoire d'un avenir meilleur. L'Evangile de la vie est une réalité concrète et personnelle, car il consiste à annoncer lapersonne même de Jésus. A l'Apôtre Thomas et, en lui, à tout homme, Jésus se présente par ces paroles: « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). C'est la même identité qu'il affirme devant Marthe, sœur de Lazare: « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26). Jésus est le Fils qui, de toute éternité, reçoit la vie du Père (cf. Jn 5, 26) et qui est venu parmi les hommes pour les faire participer à ce don: « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10, 10).

C'est donc à partir de la parole, de l'action, de la personne même de Jésus que la possibilité est donnée à l'homme de « connaître » la vérité tout entière sur la valeur de la vie humaine; c'est de cette « source » qu'il reçoit notamment la capacité de « faire » parfaitement la vérité (cf. Jn 3, 21), ou d'assumer et d'exercer pleinement la responsabilité d'aimer et de servir la vie humaine, de la défendre et de la promouvoir.

(...) C'est donc le regard fixé sur le Seigneur Jésus que nous voulons l'écouter nous redire « les paroles de Dieu » (Jn 3, 34) et méditer à nouveau l'Evangile de la vie. La signification la plus profonde et la plus originale de cette méditation du message révélé sur la vie humaine a été saisie par l'Apôtre Jean, qui écrit au début de sa première lettre: « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie — car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue —, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1, 1-3).En Jésus, « Verbe de vie », est donc annoncée et communiquée la vie divine et éternelle. Grâce à cette annonce et à ce don, la vie physique et spirituelle de l'homme, même dans sa phase terrestre, acquiert sa plénitude de valeur et de signification: la vie divine et éternelle, en effet, est la fin vers laquelle l'homme qui vit dans ce monde est orienté et appelé. L'Evangile de la vie contient ainsi ce que l'expérience même et la raison humaine disent de la valeur de la vie; il l'accueille, l'élève et la porte à son accomplissement."


C'est dans l'expérience de la souffrance, dans l'expérience profonde de la pauvreté que Jésus porte à son accomplissement le sens de l'existence humaine. Si Jésus puis l'Eglise a une mission envers pauvres, malades, exclus et tous ceux qui souffrent "matériellement", " La parole et les gestes de Jésus et de son Église ne concernent pas seulement celui qui vit dans la maladie, la souffrance ou les différentes formes de marginalisation. Plus profondément, ils touchent le sens même de la vie de tout homme dans ses dimensions morales et spirituelles. Seul celui qui reconnaît que sa vie est marquée par la maladie du péché peut, dans la rencontre avec Jésus Sauveur, retrouver la vérité et l'authenticité de son existence, selon les paroles de Jésus: « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir » (Lc 5, 31-32)."
N'oublions pas en effet, en ce temps de l'Avent, que nous sommes tous des "malades" et que le Christ s'est incarné pour nous, personnellement... Le plus grand des maux reste le péché qui nous éloigne de notre origine et de notre fin: le Dieu un et trine. Le plus grand des maux reste le péché qui aliène notre ressemblance avec Dieu. Tous nous avons la responsabilité de faire coïncider notre vie, c'est-à-dire nos actes avec la foi que nous proclamons.


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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 17:19

I.pngl est toujours délicat de traiter cette question  car lorsqu’on veut aider une personne qui souffre, on ne peut arriver avec des réponses toutes faites, des projections de sa propre souffrance.. Il faut prendre en compte les propres représentations de la souffrance de l'autre car quelque par la souffrance n'existe pas en soi, c'est l'expérience de la souffrance qui existe.  La souffrance est un problème, c’est surtout et avant tout comme disait Varillon un scandale. Question d'autant plus redoutable que nous affirmons que Dieu est infiniment Bon. Il ne s'agit pas comme dans les pensées dualistes de concevoir un principe du mal qui combatterait ad vitam eternam un principe du bien façon "Guerre des Etoiles".

Du reste l’existence de la souffrance  a été et demeure un argument  pour affirmer que Dieu n’existe pas. Il faut aussi faire attention au fait que le mal n’a pas de sens ( punitions, équilibre du monde…), le mal n’a pas à être justifié, expliqué, compris. Il faut le combattre. Le mal et la souffrance sont des non-sens. Nous sommes quelque part dans le domaine de l'absurde. Or,  l’éthique c’est encore et toujours ce qui doit humaniser, ce qui doit permettre à l’individu de se réaliser, de s’accomplir et cela dans toutes les dimensions de son être et de donner sens à sa vie. Comment donner et offrir du sens lorsqu'on fait expérience de la souffrance? La souffrance met aussi en péril notre compréhension de la finalité et de l'origine: le pourquoi des choses.. Pourquoi suis-je touché par la maladie, le handicap? Pourquoi avoir perdu mon enfant? ... La maladie affectant notre corps atteint aussi à notre "moi". 

Mais, si l’Eglise se montre soucieuse de l’homme et de son accomplissement en tentant d’alléger ses peines comment comprendre, malgré tout, cette souffrance. Le Christ, par sa vie, œuvre d’abord pour ceux qui souffrent : Il est celui qui guérit, Il est le consolateur. Il s’agit de saisir la souffrance dans son amour miséricordieux et surtout dans la puissance salvifique de sa venue. A travers la figure de Job nous essaierons d’éclairer la question essentielle de la souffrance humaine.

Job, homme bon et respecté, est la figure même du juste ou de l’innocent souffrant. Ainsi la souffrance apparaît d’autant plus ici comme un non-sens. C’est véritablement l’expérience personnelle de l’homme souffrant face à Dieu qui est en jeu dans ce livre plus encore que le problème de la rétribution qui lui s’articulerait autour de l’axe piété-bonheur. Satan propose à Dieu de mettre à l’épreuve la piété de Job en lui infligeant toutes sortes de maux. Et, si Job résiste au départ et ne veut pas maudire Dieu : « (…) Maudis Dieu et meurs ! Mais il lui dit : « Tu parles comme une femme insensée. Nous recevons de Dieu le bien, et nous n’en recevrions pas le mal ! ». Resté seul, il finira par exprimer sa douleur. Ses plaintes qui se révèleront être un véritable procès à l’adresse de Yahvé. Seul, face à Dieu avec sa souffrance, Job à la suite d’un long cheminement spirituel et de l’intervention divine- la théophanie- parviendra tout de même à entrer dans le mystère de Dieu et du dessein divin. L’homme souffrant dépasse le stade d’un homme écrasé pour devenir un homme capable avec Dieu de rentrer dans la justice divine. Loin d’être abandonné au non-sens de la souffrance, Job est vivifié par le présence de Dieu et accepte sa situation d’homme avec humilité.
 

Avant de parvenir à la vision libératrice de Dieu, Job passe par un certain nombre d’épreuves qui rendent compte avec justesse du pouvoir destructeur de la souffrance. La rencontre avec ses trois amis reste donc un point central dans l’histoire de Job. C’est la souffrance qui va l’isoler du reste de l’humanité à tel point que même ses proches, ceux qui se disent « ses amis » vont l’exclure. Que ce soit Sophar, Eliphaz ou Bildad, tout accusent Job d’avoir péché d’une façon quelconque pour souffrir ainsi. Le mal et la cause de la souffrance lui sont attribués. Ils ne pensent pas à réconforter Job ou à s’engager avec lui dans sa souffrance. La peur les en empêche. La souffrance pourrait alors les atteindre aussi et mettre ainsi leur propre bonheur : mieux vaut rendre responsable Job de sa souffrance et l’éloigner d’eux. Le deuxième élément de leurs différents discours est qu’ils s’érigent en juges. Ils prennent la place de Dieu et mènent un véritable procès sur la vie de Job. Sa famille, ses actes, sa foi tout est analysé pour en dernier lieu condamner Job : il est pécheur. Enfin, il faut situer la souffrance de Job dans la durée. Si, au départ, Job résiste avec force et espérance, c’est le temps et la répétition de la souffrance qui sont ses véritables ennemis. Sa vie entière paraît remplie de désolation: « (…) ainsi ai-je hérité de mois de déception, et des nuits de peine me sont échues. Si je me couche, je dis : A quand le jour ? Si je me lève : A quand le soir ? (…) Mes jours sont plus rapides que la navette et se consument sans espoir. Souviens-toi que ma vie n’est que vent, mes yeux ne verront plus le bonheur »

Désespoir et non-sens sont les éléments constitutifs de la souffrance de Job. Or, les interrogations de Job peuvent renvoyer à celle de la personne handicapée, d’une personne malade gravement. Les souffrances du handicap seront celles le plus souvent de toute une vie. Comment dès lors envisager la vie quotidienne avec espérance si la souffrance est constamment présente ? Quel peut être le sens de telles douleurs ? L’amertume et le désespoir rongent littéralement Job. Il en arrive alors à maudire le jour de sa naissance. Pourquoi avoir vu le jour si c’est pour vivre dans de telles conditions ? Question qui fait cruellement écho au problème de la qualité de vie: «  Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit son jour (…) Périsse le jour où je fus enfanté (…) Que ne suis-je mort au sortir du sein ? Au sortir des entrailles que n’ai-je expiré ? Pourquoi deux genoux pour me recevoir (…) Maintenant je serais couché, tranquille, je dormirais et je reposerais(…) Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que du tourment ! "Les souffrances sont telles que l’homme est complètement anéanti, accablé et a perdu toute perspective d’avenir ou d’espérance. La souffrance le réduit à un perpétuel non-sens et cela en solitaire car nul ne semble pouvoir partager ou même alléger ses douleurs. C’est un homme seul, renvoyé aux limites extrêmes de son être. Face à cette situation, Job adresse une ultime plainte vers Dieu.

Le malheur arrête le temps normal pour Job et le jette dans un temps à la fois éternel et inerte. La césure s’opère par la venue de la souffrance où les jours d’avant semblent avoir été très court. Cette souffrance atteint non seulement son être physique et moral mais son « moi » profond. Elle brise radicalement son « moi » et le jette dans ce que Nemo décrit comme une « angoisse » : «  Il y a dans le Livre de Job une phénoménologie de l’angoisse, une méticuleuse description de l’angoisse telle qu’elle apparaît elle-même et transforme l’apparence de tout le reste» (cf.  P.NEMO, Job et l’excès du mal)

Plus que la question de la justice divine, c’est celle de l’aliénation de l’homme par le mal et la question finale du bonheur qui sont sous-jacentes aux interrogations et plaintes de Job. C’est aussi l’impuissance de l’homme face à certaines afflictions qui rend aussi poignant le désespoir de Job. Désespoir d’autant plus grand que la réponse de l’autre –ici les amis de Job- s'avère être non des solutions mais bel et bien des condamnations. Job face à lui-même, plongé dans l’abîme est dans une impasse qui semble totale.

C’est donc un homme écrasé au plus profond de son être qui adresse ses plaintes à Dieu, qui lui lance un véritable défi. Un homme ravagé dans sa vie et qui fait l’expérience personnelle et bien réelle du malheur. Job cherche à tout prix un sens à ce qu’il lui arrive. Or, Dieu ne lui fournira jamais la réponse à cette question. L’origine de la souffrance ou le pourquoi de celle-ci restera sans réponse à la fin du livre de Job. Mais qu’est ce qui permet alors à celui-ci de retrouver l’espérance ? C’est au plus profond de la crise que Dieu renoue le dialogue avec son fidèle serviteur qui malgré tout ce qui l’accable ne renonce pas totalement à se défendre : « Qu’il me tue, je suis sans espoir, je veux seulement plaider ma cause devant lui ; et ceci m’est déjà un signe de salut (…) »

Désespoir et signe d’espérance se mêlent tout de même. Dieu, vers qui il se tourne en dernier lieu, est le seul qui puisse lui apporter si ce n’est le réconfort au moins une explication. Dieu semble l’auteur de son malheur et pourtant Job ne désire s’adresser qu’à lui. Le malheur est ainsi associé au silence de Dieu qui se refuse jusqu’alors à parler à Job, à lui fournir une explication. Job invite Dieu au dialogue et ne peut se contenter de son absence, il éprouve un véritable désir de Dieu. L’absence de Dieu exprime ce vide absolu causé par la souffrance.

Enfin, Dieu répond à Job. Quel est alors l’enjeu véritable et la réponse de ce discours entre Job et Dieu ? Le discours de Dieu tourne essentiellement autour de la création et de la place que l’homme occupe au sein de celle-ci. En quoi répond t-il au questionnement de Job ? Dieu remet Job à sa place dans la création, il retrouve sa place humaine Job doit s’ouvrir à son statut d’humain et cela en relation avec le monde et Dieu. Il doit comprendre l’écart entre sa faiblesse et la puissance de Dieu tout en renouvelant sa confiance en Dieu. Dieu n’explique pas la souffrance mais c’est sa présence qui apporte le réconfort à Job et qui chasse le malheur. La puissance de Dieu assure la sûreté de Job. La vie humaine peut être soumise à toute sorte de malheurs qui peut conduire l’homme aux limites de son être à tel point qu’il puisse estimer la mort comme un bien. Le livre de Job propose une réponse à la souffrance à travers deux axes : celui de l’acceptation de la condition humaine – qui se traduit par la finitude et la faiblesse, et par celui de la présence de Dieu comme réconfort et soutien dans la souffrance.


Un début de réflexion... Dans une prochaine note, nous verrons l'action du Christ.
Bon troisième WE de l'Avent à tous: n'oubliez pas c'est le dimanche de la JOIE (ne vous étonnez pas si vous voyez des ornements liturgiques roses... c'est la version "light" de l'Avent!)

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