Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 16:36

A.pngprès quelques mois de repos, il est temps pour nous de reprendre pour nous la lecture de notre encyclique, Evangelium vitae. Nous commençons donc le deuxième chapitre intitulé :

« JE SUIS VENU POUR QU’ILS AIENT LA VIE- Le message chrétien sur la vie. » (n°29 à 51).

 

Ce chapitre explicite l’expression « Evangile de la vie. » Image qui comptera beaucoup pour Jean Paul II au cours de son pontificat. Encore une fois, il s’appuie sur l’Ecriture et nous livre toute une catéchèse sur la vie, la vie comprise comme un don de Dieu. Les textes bibliques sont issus du Nouveau Testament et de l’Ancien Testament (en particulier le livre de l’Exode) mais ils s’attardent surtout sur la personne du Christ qui apporte la vie éternelle. C’est une invitation à porter notre regard sur le Christ et en particulier sur le don qu’Il fait de sa vie : il s’agit de contempler l’ « arbre de la croix. », arbre de la vie.

Jésus est le « Verbe de Vie », Il est Celui par qui nous parvenons à la vie nouvelle et qui nous explicite pleinement le sens de la vie.  Cette méditation sur le Christ permettra au pape de rappeler la responsabilité de tout homme à l’égard de la vie.

 

Mais revenons d’abord sur cette idée de «culture de vie » qui traverse toute l’encyclique. Cette idée est rappelée avec force dans l’encyclique. Elle nous rappelle que nous croyons en un Dieu qui est Amour, Vie, Joie. Et cela du Dieu créateur au mystère de l’Incarnation (un enfant nous est né) jusqu’au don de la vie du Christ sur la Croix qui nous ouvre à la résurrection et à la vie nouvelle et éternelle. Notre foi ne peut faire l’impasse sur ce grand mystère et cette notion de vie. Jean Paul II rappelle ainsi que « L’Evangile de la vie est  un grand don de Dieu et en même temps un devoir qui engage l’homme » (n°52).

 

Cet Evangile de la vie pousse le saint père à réfléchir sur le mystère de l’homme, de l’enfance, de la famille, de l’Incarnation et de la rédemption mais aussi ceux de la paternité et de la maternité. Thèmes chers à JP II qui ne sont pas seulement présents dans cette encyclique.

Il s’agit bel et bien de célébrer le mystère de la vie.  Cette encyclique est une hymne à la vie. Cela implique cependant lucidité, discernement. Pourquoi ? parce que la violence, la mort, les menaces contre la vie, la souffrance font partie aussi de cette vie… De quoi parlons-nous ? qu’est-ce qu’une vie bonne ? une vie heureuse ? est-ce une vie sans souffrance ? est-ce que nous servons la vie et la célébrons quand nous préférons supprimer la vie pour supprimer la souffrance ?

Cela nous conduit à réfléchir sur la vie humaine : à la fois grande, digne, pleine de valeur et à la fois finie, précaire… grand paradoxe. Dans l’encyclique, le pape prend deux exemples en particulier où la vie dans sa fragilité est menacée : l’avortement et l’euthanasie mais il aurait pu prendre d’autres exemples. Il ne faut pas voir et lire cette encyclique comme le seul rappel d’interdits moraux. Le but est bien de mettre en lumière la grandeur de la vie humaine. Vie humaine combien belle et digne parce que c’est Dieu qui la donne et que de plus Dieu, le Verbe est venu l’assumer pleinement. Vie humaine appelée par la suite à partager la vie divine, appelée à la vie éternelle. Cet évangile de la vie est donc étroitement lié aux vertus théologales en particulier celle de l’espérance.

Cette notion de « vie » est très large et complexe (comme souvent pour ces grandes notions fondamentales). Elle s’oppose fondamentalement à la mort et cette distinction nous place spirituellement et moralement dans une situation de discernement.  Nous avons à choisir entre la vie et la mort. C’est ce qu’on appelle en spiritualité le thème des deux voies (voir aussi Didaché, le Pasteur d’Hermas…)

Le pape l’aborde bien entendu dans une perspective chrétienne, sous le regard de la révélation. Xavier Lacroix dans son introduction à EV relève que la phrase clé pourrait être cette citation d’Irénée de Lyon : «  La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. » : la vie vient de Dieu, c’est un don, un bien pour l’homme mais c’est aussi la finalité, la vocation de l’homme. Au baptême nous plongeons dans la mort avec le Christ pour renaître d’en haut. Nous sommes alors des hommes debout, vivants ! (n°34, 37). Le Christ nous libère de la mort et du péché. Il nous ouvre à la vie.

Jean Paul II parle aussi de la vie en termes de « sacré ». Cela nous renvoie à la responsabilité de l’homme face à la vie et aussi au caractère unique de cette vie : vie humaine mais aussi vie du monde.  Cela conduit bien entendu au respect de la vie. C’est dans ce contexte, au chapitre III, que le pape parlera des interdits d’avortement, de suicide et d’euthanasie. Ce respect de la vie conduit bien entendu à une réflexion sur la souffrance, la dignité de la personne humaine, sur la compassion et la miséricorde ainsi qu’à un questionnement sur la loi (en particulier loi civile/loi morale).  JP II relève ainsi toutes les atteintes à la vie en nous rappelant combien elle est précieuse et combien l’homme peut y porter atteinte. C’est le drame de la vie humaine, le drame du péché. Nous sommes plongés dans la violence. Ainsi si nous sommes conscients de la valeur de la vie, nous devons pourtant être très vigilants à l’égard de la vie, il nous non seulement la respecter mais aussi l’accueillir, la développer… Accueillir cela signifie aussi l’accepter avec toutes ses failles, ses limites.  

 

L’Evangile de la vie est lié à la civilisation de l’Amour.  Là encore notion complexe. De quel amour parlons-nous ? Il s’agit d’amour authentique et vrai (et pas seulement sincère ou renvoyant au sentiment amoureux). Peut-on accepter l’avortement et l’euthanasie comme des « gestes d’amour et de compassion » envers les personnes qui souffrent, les personnes handicapées ? Là encore un discernement est nécessaire. Débat, réflexion fondamentaux car ce sont en général la vie des plus faibles, des « sans voix » et des innocents qui sont en jeu. 

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 14:48

T.pngerminons aujourd’hui notre lecture du premier chapitre de cette belle encyclique Evangelium Vitae écrite par Jean Paul II en 1995. Après la question « Qu’as-tu fait ? », le pape part d’une autre question posée cette fois-ci par Caïn : « Suis-je le gardien de mon frère ? ».  C’est l’occasion de réfléchir sur la notion de liberté et ses perversions actuelles  (n°18 à 20) comme une des causes de la « culture de mort. ». Il poursuivra sur une des causes plus fondamentales qui est celle de l’éclipse du sens de Dieu qui conduit à l’éclipse du sens de l’homme (n°21 à 24). Enfin le chapitre 1, quelque peu sombre, se termine sur une note d’espérance au cours de laquelle le saint Père relève tous les signes de culture de vie. Cette dernière partie s’intitule « signes d’espérance et appel à l’engagement. (n°25 à 28).

            Nous entrons donc dans une partie qui traite des causes de cette culture de mort dénoncée lors des paragraphes précédents. Elle rejoint bien entendu la question « Qu’as-tu fais ? » qui portait sur une recherche de l’intention (motivations) et des conséquences.

Le saint Père rappelle au préalable que les circonstances, la situation personnelle peut bien entendu diminuer la culpabilité et la responsabilité individuelle de certains actes mauvais ou crimes mais qu’en réalité ici : « le problème se pose aussi sur les plans culturel, social et politique, et c’est là qu’apparaît son aspect le plus subversif et le plus troublant, en raison de la tendance, toujours plus largement admise , à interpréter les crimes en question contre la vie comme des expressions légitimes de la liberté individuelle, que l’on devrait reconnaître et défendre comme de véritables droits. »

Nous arrivons au cœur de problème de la liberté. L’encyclique souligne le paradoxe, bien connu à présent, de nos sociétés. Nous sommes à une époque où les droits de l’homme, la liberté individuelle sont défendus bec et ongle et en même temps ils n’ont jamais autant servi de justification à attenter à cette vie même revendiquée par les droits de l’homme. Revendication des droits et liberté individuelle sont souvent confondues allégrement. Liberté individuelle - de plus souvent bien mal comprise- qui est identifiée à l’intérêt personnel immédiat. Intérêt qui oublie souvent la liberté des autres ou tout du moins qui la conçoit comme un obstacle à sa propre liberté, pour reprendre la formule de Sartre, « l’enfer c’est les autres » ! Cependant le droit est si vous voulez une « valeur universelle », il doit prendre en compte les normes, les valeurs les figures fondamentales de l’existence humaine. Ce paradoxe est un véritable scandale dans la mesure où : « cela se produit justement dans une société qui fait de l’affirmation et de la protection des droits humains son principal objectif et en même temps sa fierté. Comment accorder ces affirmations de principe répétées avec la multiplication continuelle et la légitimation fréquentes des attentats contre la vie humaine ? Comment concilier ces déclarations avec le rejet du plus faible, du plus démuni, du vieillard, de celui qui vient d’être conçu ? » Ces comportements sont une véritable menace contre la « culture des droits de l’homme ». Jean Paul II écrivait ce texte il y a une quinzaine d’années et l’on peut constater qu’à l’heure actuelle les droits de l’homme sont en effet plus que remis en question au niveau mondial ainsi que la notion qui les fondent : l’existence d’une loi naturelle est niée par beaucoup.  Le pape dénonce vertement cette idéologie ambiante où finalement les droits de l’homme ne sont qu’un prétexte et une « rhétorique » par laquelle la plupart des pays riches dissimulent leur égoïsme et cautionnent des interventions moralement et légitimement contestables dans des pays plus pauvres.

 

Le saint Père approfondi alors son analyse pour tenter de comprendre d’où vient cette conception faussée de la liberté et cette contradiction. Il évoque alors la subjectivité exacerbée et dénaturée.  On pourrait relire en parallèle les paragraphes de Veritatis Splendor consacrés à la liberté. Il parle aussi de la dignité personnelle souvent assimilée à l’unique raison et à la « capacité de communication verbale explicite. ». Notre société a redécouvert et approfondi en effet la notion de « relation ». L’homme est de fait un être relationnel qui communique, qui dialogue. La médecine, la psychologie nous ont bien montré aussi qu’un petit d’homme privé de relations verbales et affectives développera des retards affectifs, psycho-moteurs qui peuvent aller jusqu’à de véritables handicaps( sociaux, mentaux, psychologiques…). Mais cette logique en a conduit beaucoup à réduire la dignité humaine à cette capacité de relation. Qu’en est-il alors d’une personne dans le coma, en état végétatif, d’un fœtus non-voulu dont la mère refuse l’existence ? Ces personnes perdraient alors leur dignité… On voit le même cas pour les embryons congelés qui « existent » seulement lorsqu’un projet parental existe et qui sont alors des bébés en devenir mais qui ne deviennent qu’amas cellulaires s’il n’y a plus de projet parental suite à un changement de décision des parents, d’un divorce ou encore d’un décès. Surprenant ! Au même stade de l’évolution fœtale vous pouvez avoir un bébé (in utero) ou un fœtus qui n’est rien , ou tout du moins pas grand-chose, que l’on peut détruire selon le fameux droit de la femme à disposer de son corps… Droit qui est en réalité disposition de disposer de la vie d’autrui. 

Cette conception très individualiste et subjectiviste de la liberté ne favorise en réalité peu ou pas « la solidarité ou le service du prochain. » pourtant mis en avant dans notre société.

Le pape répond à la question de Caïn : « Oui, tout homme est le « gardien de son frère », parce que Dieu confie l’homme à l’homme. Et c’est parce qu’il veut confier ainsi l’homme à  l’homme que Dieu donne à tout homme la liberté, qui comporte une dimension relationnelle essentielle. C’est un grand don du Créateur, car la liberté est mise au service de la personne et de son accomplissement par le don d’elle-même et l’accueil de l’autre ; au contraire, lorsque sa dimension individualiste est absolutisée, elle est vidée de son sens premier, sa vocation et sa dignité sont démenties. » La liberté individuelle n’est donc pas revendications de droits individuels et d’intérêts personnels mais source de solidarité, de service et d’accueil de l’autre par le don de soi. La liberté est liée à la vérité.  Autre idée plus que refusée par nos sociétés contemporaines où règne le relativisme. Il existe donc  une vérité objective et universelle qui nous aide à prendre des décisions, à discerner le bien du mal et donc à exercer droitement notre liberté. Sinon nous sommes à la merci de l’égoïsme, de l’incertitude et des caprices humains.

Cette conception faussée de la liberté non seulement fausse nos relations aux autres mais altère la vie en société ( n°20). L’autre est un ennemi dont il faut se défendre  et ainsi : «  chacun veut s’affirmer indépendamment de l’autre, ou plutôt veut faire valoir ses propres intérêts. »  Ce n’est pas pour rien en effet que notre époque voit s’épanouir avec force les communautarismes. Chaque groupe ne se référant plus à un bien commun mais à ses intérêts propres où l’autre est perçu comme un ennemi à combattre, un obstacle à ses intérêts appelés « droits » : «  C’est le résultat néfaste d’un relativisme qui règne sans rencontrer d’opposition : le « droit » cesse d’en être un parce qu’il n’est plus fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu’on le fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie, en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme caractérisé. L’Etat n’est plus la « maison commune » où tous peuvent vivre selon les principes d’égalité fondamentale, mais il se transforme en Etat tyran qui prétend pouvoir disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense, depuis l’enfant non encore né jusqu’au vieillard, au nom de l’utilité publique qui n’est rien d’autre que l’intérêt de quelques-uns. » Vous pouvez à ce sujet, relire vos vieux livres d’histoire du lycée et reprendre les caractéristiques d’un état totalitaire. Voyez si vous pouvez l’appliquer à nos systèmes démocratiques ? C’est encore une fois bien surprenant…

Bref, comme le souligne Jean Paul II, nous avons l’apparence de l’égalité mais en fait ce n’est que trahison des fondements de la dignité humaine.

            Après son analyse de la liberté, le pape parvient à la question de l’éclipse du sens de Dieu et du sens de l’homme. Il s’appuie pour cela d’une formule du Concile Vatican II : « la créature sans son Créateur s’évanouit… Et même, la créature elle-même est entourée d’opacité, si Dieu est oublié. »

La première des conséquences est que l’homme perd son caractère « sacré » ou « de mystère ». Il n’est plus qu’un vivant parmi les vivants, un mammifère parmi les mammifères. Il parvient parfois avoir la place la plus élevée mais ce n’est pas systématique… Il est réduit à sa matérialité physique, à son immanence et il a perdu sa transcendance. Au sein de l’Eglise même, beaucoup ont oublié que la croix se constituait aussi d’une branche verticale et la charité et autres vertus chrétiennes ne sont réduites qu’à l’horizontalité. La vie n’est donc plus un don mais une « chose », une « propriété » qui m’appartient que je peux manipuler et dominer. (n° 22) : «  Ainsi, devant la vie qui naît et la vie qui meurt, il n’est plus capable de se laisser interroger sur le sens authentique de son existence ni d’en assumer dans une véritable liberté les moments cruciaux. Il ne se soucie que « du faire », et, recourant à toutes les techniques possibles, il fait de grands efforts pour programmer, contrôler et dominer la naissance et la mort. Ces réalités, expériences originaires qui demandent à être « vécues », deviennent des choses que l’on prétend simplement « posséder » ou « refuser ». ». Notre conception même de la nature est faussée puisqu’elle est soit réduire à l’état de « matériau » disponible à loisir soit diviniser. Quel sont donc alors le sens et le mystère du monde, de la vie et de l’homme ? que comprendre sans la dimension transcendante, sans le sens de Dieu ? C’est bien entendu l’avènement du matérialisme pratique si souvent combattu par Jean Paul II. De là découlent, l’utilitarisme, l’hédonisme et enfin l’individualisme (n°2 ») : « La seule fin qui compte est la recherche du bien-être matériel personnel. La prétendue « qualité de vie » se comprend essentiellement ou exclusivement comme l’efficacité économique, la consommation désordonnée, la beauté et la jouissance de la vie physique, en oubliant les dimensions  plus profondes de l’existence, d’ordre relationnel, spirituel et religieux. »

Dans ce contexte, le pape relève quelques implications concrètes de ces idéologies : une certaine négation de la souffrance combattue à n’importe quel prix même celui de la vie, le corps est réduit à sa matérialité, la sexualité est « dépersonnalisée et exploitée », la procréation est un « ennemi à éviter dans l’exercice de la sexualité »… bref, ce sont les « relations interpersonnelles » qui s’en « trouvent gravement appauvries. »

 

Cette perte du sens de Dieu est avant tout à rechercher non dans la culture ou la société mais au plus intime de chaque être humain. C’est la « conscience de chaque personne qui est en cause. » Encore  une fois le saint Père ne nous invite pas une révolte stupide contre un système mais à une véritable conversion personnelle.  Dans ma conscience, je suis face à Dieu, quelle place je lui laisse. Bien sûr, notre société et les médias ne nous facilitent pas le discernement entre autres entre le bien et le mal  mais c’est d’abord nous que nous devons interroger. Est-ce que je prends la peine de former et d’éduquer ma conscience dans un contexte peu porteur ? « Cependant, toutes les influences et les efforts pour imposer le silence n’arrivent pas à faire taire la voix du Seigneur qui retentit dans la conscience de tout homme ; car c’est toujours à partir de ce sanctuaire intime de la conscience que l’on peut reprendre un nouveau cheminement d’amour, d’accueil et de service de la vie humaine. »

Nous parvenons à la fin de ce premier chapitre et dans les trois derniers numéros le saint Père va nous donner de quoi espérer et il relève tous les signes en faveur de la culture de vie. Respirons un peu, reprenons confiance… Il part pour cela du sacrifice de Jésus sur la Croix. Le sang d’Abel,, l’innocent à crier vers le Père et à sa suite le sang de beaucoup d’innocents. Ce sang d’Abel n’est en fait qu’une figure prophétique du sang de Jésus répandu sur la Croix en particulier celui qui coulera de son côté transpercé ( Jn 19, 34). Dans ce sacrifice nous entrons dans une logique de « justice », de « rédemption » et de « miséricorde ». Ce sang est don de vie nouvelle, il « révèle la grandeur de l’amour du Père, manifeste que l’homme est précieux aux yeux de Dieu et que la valeur de sa vie est inestimable. » Quelle valeur a en effet ce corps humain pour que Dieu est pris chair ? Quelle valeur à cette vie humaine pour que le Verbe fait chair est accepté par amour de mourir sur une croix ? Dans ce mystère de la Croix, c’est le mystère de l’homme qui est révélé : grandeur de l’homme, de vocation… Cette grandeur passe par le don total de soi. Ce don du Christ sur la Croix et dans l’eucharistie est un appel pour l’homme à s’engager en faveur de la vie…. Ne devons-nous pas imiter le Christ ? Qu’a fait le Christ ? Il ‘est donné pour combattre la mort, le péché, le mal et la souffrance. Il s’est donné pour que tous les hommes aient la vie nouvelle et éternelle. Nous devons donc nous aussi combattre en faveur de la vie.

Ainsi, au n°26 et 27, Jean Paul II dénombre tous les signes annonciateurs de cette victoire sur la mort dans nos sociétés : le don des époux dans le mariage, les parents qui accueillent l’enfant comme un don, les familles qui vivent le service quotidien aux plus pauvres, aux handicapés…, les bénévoles qui s’engagent pour accueillir les enfants, dans le milieu éducatif… ; la médecine et toutes les professions médicales qui travaillent à l’accompagnement des personnes et à la diminution de la souffrance, des institutions ou organisations qui travaillent à la justice et à la solidarité, les mouvements en faveur de la vie et enfin toutes ces personnes qui pratiquent des « gestes quotidiens d’accueil, de sacrifice, de soins désintéressés.. ». C’est l’exemple de Jésus, le Bon Samaritain.  Puis, le pape relève les changements positifs dans l’opinion : les oppositions à la guerre et aux différentes formes de violence, le refus de la peine de mort, l’attention à la qualité de l’écologie, le développement de la bioéthique et de la réflexion sur l’éthique au sujet de la vie…

            Le saint Père conclue ce premier chapitre avec la phrase du Deutéronome : « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur (…) Choisis donc la vie pour que toi et ta prospérité vous viviez. »Finissons avec une parole du pape : « Ce panorama fait d’ombres et de lumières doit nous rendre tous pleinement conscients que nous nous trouvons en face d’un affrontement rude et dramatique entre le mal et le bien, entre la mort et la vie, entre la « culture de mort » et la « culture de vie ».Nous nous trouvons non seulement « en face », mais inévitablement « au milieu » de ce conflit : nous sommes tous activement impliqués, et nous ne pouvons éluder notre responsabilité de faire un choix inconditionnel en faveur de la vie. » (n°28)

 

 SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 16:42

P.pngoursuivons notre lecture de l’encyclique Evangelium Vitae. Le pape Jean Paul II après avoir présenté le texte du meurtre fratricide d’Abel et essayé de comprendre les racines mêmes de la violence va, dans ce second paragraphe du chapitre 1, traiter de « l’éclipse de la valeur de la vie. ». Il s’agit des numéros 10 à 17.Il s’appuie pour cela de la question du Seigneur à Caïn : «  Qu’as-tu fais ? ». C’est une question éthique importante. Il s’agit d’effectuer une relecture de notre agir moral et d’essayer d’en peser toutes les conséquences et peut être de modifier cet agir : réparation, demande de pardon, ajustement… Cette question pourrait être liée à ce qu’on appelle la conscience conséquente.  St Paul déjà distinguait la conscience antécédente et la conscience conséquente.  La première nous éclaire avant l’action, la seconde nous aide à prendre conscience de ce que nous avons faits. Cette conscience conséquente existait déjà dans l’Antiquité grecque où l’on peut voir nos héros homériens et surtout tragiques éprouvant le remords  ou la culpabilité.  C’est aussi le cas d’Adam et Eve qui tout de suite après avoir croqué du fruit défendu éprouvent de la honteCette question a toute son actualité comme l’écrit Jean Paul II au numéro 10 : « La question du Seigneur «  Qu’as-tu fait ? », à laquelle Caïn ne peut se dérober, est aussi adressée à l’homme contemporain, pour qu’il prenne conscience de l’étendue et de la gravité des attentats contre la vie dont l’histoire de l’humanité continue à être marquée ; elle lui est adressé afin qu’il recherche les multiples causes qui provoquent ces attentats et qui les alimentent, et qu’il réfléchisse très sérieusement aux conséquences qui en découlent pour l’existence des personnes et des peuples. » Cet appel à la réflexion est on le voit plus que nécessaire. Si traditionnellement la bonté et la malice d’un acte se mesure à son intention (fin), à son objet et à ses circonstances ; il ne faut pas en réalité en oublier les conséquences. Celles-ci sont extrêmement difficiles à saisir, à anticiper parce qu’infinies quelque part et il est vrai que les écoles de moralité se sont bien arrachées les cheveux sur ces questions… Cela ne doit pas nous empêcher pour autant de prendre conscience que nos actes non seulement politiques (posés en société) mais aussi individuels ont tout une série de conséquences qui ne nous concernent pas exclusivement. Nous avons cette impression pour ne pas dire conviction que nos actes et nos choix de vie ne concernent que nous et parfois nos proches alors qu’ils ont une répercussion sur la société, les peuples, l’homme en général. En cela aussi nous sommes responsables de l’homme. Pour reprendre une grande idée de la morale, est ce que mon agir individuel peut être érigé en norme universelle et cela pour le bien de l’homme ? Est-ce que mon agir fait grandir non seulement mon être mais l’être humain ?

Nous sommes bien dans la confrontation des trois normes de la morale : singulière, particulière et universelle. Je peux comprendre à titre singulier, dans certaines circonstances pourquoi une jeune fille victime d’un viol se fasse avorter mais en réalité qu’est-ce que je dis de la vie, de l’embryon et donc de l’être humain ? Est-ce que je peux éliminer, sacrifier une vie humaine pour le « bien-être » ou l’ « amélioration » d’une autre ?  Quels sont alors les critères qui me permettent alors de justifier ou non, dans tel ou tel cas un avortement ? La difficulté est bien d’ajuster le singulier, le particulier et l’universel. L’agir moral renvoie toujours à ces trois dimensions et souvent nous oublions les deux autres dimensions ce qui nous conduit soit au relativisme (seul le singulier compte), au légalisme (seul le particulier compte) soit à une sorte d’utopie toute puissante et naïve (seul l’universel compte). Vous pouvez lire à ce sujet le chapitre que consacre Xavier Thévenot à ces trois dimensions dans le livre  Moral Fondamentale, Ed. Don Bosco. C’est d’une grande clarté.

 

Notez que si la vie de la mère est en danger, la question ne se pose pas en ces termes puisqu’il s’agit de choisir entre deux vies. Le choix est alors laissé à la mère en lien avec le père s’il est connu et vivant. L’avortement dans ce cas n’est pas puni comme les autres types d’avortement car en réalité c’est plus le traitement ou l’intervention chirurgicale pour sauver la mère qui provoque la perte de l’enfant.

  Jean Paul II part donc à la recherche des causes de ces attaques et types de violences contre la vie.  Il en relève de plusieurs types : menaces qui viennent de la nature mais qui peuvent et sont souvent aggravées par le comportement et la négligence de l’homme, menaces qui sont « le fait de situations de violence, de haine ou bien d’intérêts divergents, qui poussent des hommes à agresser d’autres homes. ». Il s’agit ici des meurtres, guerres, massacres et homicides. Il relève ensuite toutes les violences liées à la famine, malnutrition, misère, mauvaise distribution des richessesen particulier à l’égard des enfants. Puis d’une manière plus générale d’autres comportements qui propagent « les germes de mort » : trafic d’armes, de drogues, commerce sexuel et comportements sexuels destructeurs et déviants, dégradation de l’équilibre écologique… etc. Le pape insiste alors sur d’autres types d’attentats contre la viequi concentrent en réalité toute son attention dans cette encyclique : ce sont les attentats qui se situent au début et à la fin de la vie humaine : euthanasie, avortement. Pourquoi cet intérêt particulier ?   Car ils « présentent des caractéristiques nouvelles par rapport au passé et qui soulèvent des problèmes d’une particulière gravité : par le fait qu’ils tendent à perdre, dans la conscience collective, leur caractère de « crime » et à prendre paradoxalement celui de « droit », au point que l’on prétend à une véritable et réelle reconnaissance légale de la part de l’Etat et, par suite, à leur mise en œuvre grâce à  l’intervention gratuite des personnels de santé eux-mêmes. » Cet engourdissement de la conscience est très intéressant. En effet si l’avortement par exemple posait encore question il y a une vingtaine d’années, qu’en est-il aujourd’hui ? et cela même chez les catholiques pratiquants convaincus ? Qu’en sera-t-il alors de l’euthanasie dont les lois en faveur sont en train de passer tout doucement ? N’oublions pas que même si le droit français l’autorise cela reste un « crime » pour l’Eglise.

Quelles sont les raisons de cette évolution ?  Le saint Père évoque bien entendu la crise de la culture qui a abouti au scepticisme et au relativisme des valeurs, du savoir et donc de l’éthique. Comment dans ce contexte avoir « une perception claire du sens de l’homme, de ses droits et devoirs ? ». Vient ensuite les « difficultés existentielles et relationnelles les plus diverses (…) » où « les couples et les familles restent souvent seuls face à leurs problèmes. » Cela est par exemple très flagrant lors d’un dépistage d’une maladie génétique in utéro ou d’un handicap grave. On proposera systématiquement à la mère une IMG (intervention médicale de grossesse) avec en arrière fond la question du « bien-être » de l’enfant et de la qualité de vie. Si le couple décide de garder l’enfant, il devra souvent faire face seul à des nombreux problèmes (matériel, médical, d’éducation…etc.) et faire preuve d’ « héroïsme » pour continuer à vivre et supporter le regard des autres et de la société. Heureusement, de nombreuses associations se créent pour aider ces familles mais par définition cela ne relève donc pas d’une démarche de la société ou de l’Etat pour qui une IMG est moins coûteuse… Bref, la vie est éclipsée et tend à perdre son caractère sacrée et intangible(n°11).


Au n°12, Jean Paul II utilise une expression bien particulière pour évoquer cette « culture de mort ». Il parle de  « structure du péché ».  C’est une expression qui nous vient de la théologie de la libération qui a pris naissance dans les années soixante en Amérique latine. Théologie qui a pu être contestée sur tel ou tel autre point. Elle envisage un « péché social » compris comme l’accumulation et la concentration des péchés personnels. Ici, le pape détourne cette expression de son contexte socio-économique pour l’appliquer à la « culture de mort ». C’est en réalité un appel à interroger notre conscience : comment je participe par mon péché personnel au développement de la « culture de mort » ?  On pourrait par exemple dans le débat sur le mariage pour tous réfléchir à titre individuel sur notre façon de vivre le sacrement du mariage, la sexualité, la paternité et maternité responsables ? Je défends le mariage mais je suis incapable de m’engager dans une relation durable et de vivre le sacrement proposé par l’Eglise ?j’ai des relations sexuelles (hétérosexuelles ou homosexuelles) hors mariage ? je pratique l’adultère ?...etc. bref, il ne s’agit pas seulement d’accuser et de juger les autres mais de regarder notre agir et notre péché en conscience et si nous sommes croyants face au Seigneur. Dans cette « structure du péché », le bienheureux Jean Paul II note des courants politiques, culturels et économiques peu porteurs qui contribuent à développer, l’expression est forte « une conspiration contre a vie » qui « ne concernent pas uniquement les personnes dans  leurs rapport individuels, familiaux ou de groupe, mais elle va bien au-delà, jusqu’à ébranler et déformer, au niveau mondial, les relations entre les peuples et les Etats. »

  Dans les numéros 13 à 15, le pape expose clairement les questions autour de la vie naissante ( avortement, contraception, reproduction médicalement assistée, diagnostic prénatal et euthanasie.). Il sera bon dans ce contexte de lire en parallèle au moins les articles du CEC qui sont consacrées à ces questions. Il s’agit des numéros 2270 à 2283. Nous reviendrons plus en détails plus tard sur ces points précis mais l’encyclique réaffirme la dignité et le respect dû à la vie humaine. Elle rappelle que nous devons accueillir la vie quoiqu’il arrive et que qu’on ne peut la refuser sous prétexte d’handicap. En évoquant la question de l’euthanasie (n°15), le pape aborde la très délicate question de la souffrance. Il rappelle que si la souffrance est un non-sens qu’il faut combattre à tout prix, il faut faire attention à la tentation de vouloir supprimer la vie pour supprimer la souffrance. La foi nous aide à percer le mystère de la souffrance.  Le pape écarte bien entendu les arguments utilitaristes et économiques qui tendent à légitimer l’euthanasie… Comment peut-on « estimer » matériellement et économiquement une vie humaine, unique ?  Enfin au numéro 16, il met en garde contre certaines politiques démographiques favorisant la contraception, la stérilisation et l’avortement au lieu d’ « affronter et de résoudre ces graves problèmes dans le respect de la dignité des personnes et des familles, ainsi que du droit inviolable de tout homme à la vie. »

Ce paragraphe ce termine (au numéro 17) contre une mise en garde des médias qui ont souvent « été complices de cette conjuration, en répandant dans l’opinion publique un état d’esprit qui présente le recours à la contraception, à la stérilisation, à l’avortement et même à l’euthanasie comme un signe de progrès et une conquête de la liberté, tandis qu’il dépeint comme des ennemis de la liberté et du progrès les positions inconditionnelles en faveur de la vie. »

 Nous pourrons terminer notre lecture de ce premier chapitre au cours de notre prochaine note.

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 16:20

N.pngous allons nous intéresser aujourd’hui au premier chapitre d’Evangelium Vitae qui présente les différentes menaces contre la vie humaine. Le tableau dressé semble assez noir, heureusement dans les derniers paragraphes, le pape Jean Paul II relève aussi tous les signes positifs en faveur de la « culture de la vie ». La question de fond de ce chapitre est bien le choix individuel et responsable que nous devons faire en faveur du bien, en faveur de la vie. Le pape constate puis analyse avec finesse les causes et les conséquences de cette « culture de mort ». Il ne s’agit pas d’une simple condamnation morale de certains comportements (contraception, avortement, euthanasie, AMP…) car Jean Paul II tend à nous placer avant tout face à notre conscience dans la liberté.  

Comme nous l’avons déjà souligné lors de notre précédente note, l’encyclique s’appuie sur la Parole de Dieu. Le texte de référence pour ce premier chapitre est le meurtre d’Abel par son frère Caïn en Gn 4, 2-16. Je vous invite en tout premier lieu à lire et méditer ce texte biblique.  Je vous en rappelle rapidement les grandes lignes : les deux frères offrent un sacrifice à Dieu. Pour une raison que l’on ignore, le Seigneur va préférer le sacrifice d’Abel. Caïn laisse grandir en lui jalousie et ressentiment et cela malgré l’avertissement de Dieu contre le péché et la tentation ( Caïn est libre, il doit choisir entre le bien et le mal). Caïn succombe à la tentation et tue avec violence son frère… Dieu pose alors deux questions à Caïn : «  Où est ton frère Abel ? » et « qu’as-tu fait ? » (qui est en fait une exclamation…) mais Caïn s’enferme dans son péché et dans le mensonge- « suis-je le gardien de mon frère ? ». Le meurtre ne peut rester impuni et Caïn sera chassé… Cependant, Dieu ne rompt jamais totalement le dialogue et Il met « un signe sur Caïn » pour le protéger, la loi du talion est interdite…

Ce texte et les interrogations qu’il soulève ponctuent donc notre premier chapitre qui va être ainsi divisé en  cinq paragraphes que je vous propose à présent de lire ensemble.

 

« Caïn se jeta contre son frère Abel et le tua » (Gn 4, 8) : à la racine de la violence contre la vie.(numéros 7 à 9)

Le saint Père débute en reformulant une des grandes vérités de la foi : Dieu n’a pas fait la mort mais la mort est entrée dans le monde. Bref, l’homme est créé pour la vie et même pour participer à la vie divine. Tout depuis les origines n’est qu’une proclamation de cet « Evangile de la vie » annoncé dans cette encyclique.

Dans un deuxième temps, Jean Paul II essaie d’analyser le choix de Caïn : l’homme dans sa liberté est placé devant un choix : le choix du bien ou du mal.  Ce passage est capital car il montre que Caïn et l’homme en général ne sont pas  « prédestinés » à faire le mal. En revanche, la tentation existe.  Dieu est là, présent, qui dans sa pédagogie et son amour avertit l’homme du danger mais cependant le laisse libre de choisir. L’homme est ainsi responsable de ses choix : «  Le Seigneur dit à Caïn : «  Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite ? Pourras-tu la dominer ? »

Caïn succombe à la tentation et tue son frère par « jalousie et convoitise, conséquences du péché originel. L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. » (cf. CECn° 2259). Il s’agit ici d’un fratricide mais ce texte nous rappelle que nous possédons tous une parenté spirituelle. Notre prochain est aussi notre « frère », « tous participant du même bien unique fondamental » (n°8).

Cette parenté est exprimé par exemple dans la prière du Pater noster, il s’agit bien de « notre Père » et non de « mon Père » comme pouvait l’appeler Jésus.

Ainsi à la source de toute violence, c’est toujours le fait de « céder à la logique du mauvais ». Le mal prolifère alors une vitesse surprenante. Adam et Eve se sont révoltés contre Dieu, ils connaissent alors la tentation de la domination réciproque, dans ce récit, on voit apparaître la convoitise, la jalousie, la colère puis extrême violence : le premier homicide. Nous sommes entrés dans la lutte de l’homme contre l’homme. De quelle manière nos choix et  nos comportements actuels participent à cette lutte ? sont-ils une violence contre l’homme ? participent-ils à la destruction de l’humain ? L’escalade du mal n’est cependant pas terminé puisque Caïn tente de « masquer son crime » et ment à Dieu :  « Il refuse d’assumer la responsabilité de l’homme vie à vis de l’autre. ». Fuite et peur de la responsabilité tellement courante de nos jours ! Ce manque de responsabilité vis-à-vis de l’autre est  particulièrement importante aujourd’hui à l’égard des plus faibles. Jean Paul II fait bien entendu ici référence implicite à l’être humain en devenir qu’est l’embryon ou encore le malade incurable ou le mourant.

Cette violence a pour conséquence de changer le cadre de vie de l’homme puisque le crime appelle une punition  et Caïn sera chassé, il deviendra un « errant. » Caïn en quelque sorte s’est exclu lui-même de la proximité de Dieu par son choix. Il n’a pas écouté l’avertissement divin et a cédé au  mal. Mal d’autant plus grave qu’il s’est attaqué à la vie même de l’autre. Le sang a coulé : dans l’Antiquité la tradition vétéro-testamentaire, le sang est le symbole de la vie. Or, la vie n’appartient qu’à Dieu. Ce crime crie donc justice. On le retrouve dans cette phrase : « Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! » qui a donné comme le souligne le pape l’expression : « péchés qui crient vengeance à la face de Dieu. ». Vous retrouvez cela dans le CEC au n°1867 et 2268.  Quels sont-ils ces péchés ? Je vous cite le CEC : «  le sang d’Abel, le péché des Sodomites,, la clameur du peuple opprimé en Egypte ; la plainte de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin ; l’injustice envers le salarié. » Dans l’homicide ( au n°2268) le CEC relève la particulière gravité de l’infanticide, du fratricide, du parricide et du crime contre le conjoint car ils « brisent des liens naturels. »

Cependant comme nous l’avons déjà souligné, Dieu même s’il punit Caïn ne referme pas toutes les portes et continue le dialogue avec Caïn. Même meurtrier, Caïn conserve sa dignité.  Si vous voulez la ressemblance est ici profondément blessée mais l’image est intacte. Il va connaître l’éloignement de Dieu qui conduit à la peur, l’incertitude ou encore l’instabilité mais Dieu le « marque » et le protège. La justice miséricordieuse de Dieu n’est pas celle des hommes.

 

 

Nous poursuivrons notre lecture demain… Mais vous pouvez déjà constater que le texte même concis renvoie à beaucoup de choses.

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 17:35

C.pnges derniers mois, la France mais en réalité l’Europe toute entière connaît de profonds bouleversements en matière d’éthique et de questions sociales. Les lois, entre autres, touchant les questions de bioéthiques évoluent très rapidement sans que l’on en prenne forcément conscience. C’est pourquoi il me semble intéressant pour ne pas dire très important de nous replonger dans un texte qui date un peu puisqu’il a été rédigé en 1995 par Jean Paul II mais qui pourtant n’a pas perdu de son actualité. Il s’agit bien entendu de l’encyclique Evangelium Vitae  (Encyclique sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine) qui veut nous mettre en garde contre « la culture de mort » en nous invitant à redécouvrir, approfondir et annoncer l’Evangile de la vie. Problématique fondamentale qui nous plonge au cœur de notre liberté humaine et du discernement moral et spirituel. Avons-nous encore une conscience claire de ce qui est bien et mal ? de ce qu’est l’homme ?  ou comme le souligne le pape Jean Paul II notre conscience est-elle à tel point obscurcie que certains « attentats » et « violences » contre la vie humaine ont perdu « dans la conscience collective, leur caractère de « crime » » et ont pris «  paradoxalement celui de « droit », au point que l’on prétend à une véritable et réelle reconnaissance légale de la part de l’Etat, et par suite, à leur mise en œuvre grâce à l’intervention gratuite des personnels de santé eux-mêmes. ». Ne confondons-nous pas légalité et moralité ? Sommes-nous prêt à former et éveiller notre conscience à la vérité pour si besoin, telle Antigone se dresser contre certaines pratiques et mêmes lois positives au nom de la loi naturelle ou révélée ?  L’homme doit choisir entre la vie et la mort… Dieu est Vie, en Lui tout est vie. Le Christ lui-même, par son Incarnation et le don de sa vie nous donne la « vie nouvelle » et la « vie éternelle ». Nous sommes tous appelés à participer à la vie divine. Que choisirons-nous ?  « Je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c'est là que se trouve la vie ». (Dt 30, 19-20)


Revenons à notre texte, il s’agit en premier lieu d’une lettre encyclique. Qu’est-ce qu’une encyclique ?  Comme je vous l’avais déjà écrit, tous les textes pontificaux ou magistériels n’ont pas tous la même valeur ou le même poids. L’encyclique est le texte qui revêt le plus d’autorité. Si l’encyclique n’énonce pas un nouveau dogme, en revanche, elle approfondie, actualise un enseignement fondamental ou dogme de l’Eglise. "Le mot "encyclique" vient du grec enkuklios, c'est-à-dire "circulaire". Il s’agissait au départ d’un document rédigé par le pape à l’adresse des évêques. Petit à petit, le champ des destinataires s’est élargi. Rédigée en latin, elle est ensuite traduite dans une multitude de langues.

Avec Evangelium Vitae, nous sommes au cœur du grand message de Jean Paul II, le combat pour la vie. Elle a été signée, le 25 Mars, jour de l’Annonciation, tout un symbole. Il s’agit d’un texte à caractère « moral » qui est en réalité davantage  un appel à la conversion. Ce n’est pas seulement un texte qui dénonce les dérives actuelles mais qui s’adresse à chacun de nous pour retrouver le chemin d’une conscience éclairée. Le pape s’il dénonce les différentes atteintes à la vie nous invite surtout à redécouvrir la vie comme un don. L’enfant à naître par exemple ne peut ni être compris comme nous appartenant et encore moins comme un droit. C’est un don, un « hôte à accueillir » (expression de Xavier Thévenot que j’aime tout particulièrement). Bref, ce texte est une proclamation de la valeur de la vie, qui n’appartient qu’à Dieu qui est Vie et auteur de toute vie, un refus des violences portant atteintes à la dignité humaine… Ce n’est qu’admiration pour le mystère de la vie.Tout le texte s’appuie sur l’Ecriture Sainte, c’est une véritable méditation spirituelle de Jean Paul II qui nous est livrée. Le document est construit en quatre chapitres :

-Les menaces contre la vie actuelle.

-Le message chrétien sur la vie

- La loi sainte de Dieu.

- Pour une nouvelle culture de la vie humaine.

 

Intéressons-nous aujourd’hui à l’Introduction (n° 1 à 6). Le saint Père commence par nous rappeler que l’Evangile de la Vie est au cœur du message évangélique. Cet évangile de la Vie est associé à la joie,  joie particulièrement manifeste à Noël, à la naissance du Sauveur. Cet évènement nous éclaire cependant sur le mystère de notre propre naissance : « à Noël, le sens plénier de toute naissance humaine se trouve également révélé, et la joie messianique apparaît ainsi comme le fondement et l’accomplissement de la joie qui accompagne la joie de tout enfant » La naissance d’un enfant en effet n’est-elle pas toujours une joie ? N’oublions-nous pas parfoisque c’est Dieu créateur qui donne la vie à chaque être ? Nous ne sommes que « pro-créateurs ». La valeur d’une vie d’un enfant à naître ne se mesure pas au sérieux du projet parental, à l’amour que ses parents pourront lui donner ou encore à ses capacités physiques et intellectuelles. Enfin, le mystère de la vie s’éclaire aussi dans le mystère de la Rédemption, c’est-à-dire dans le don que Jésus-Christ fait de sa vie. Par ce don, il nous ouvre les portes de la vie nouvelle et éternelle. Don qui n’est pas réservé à quelques élus mais à tous les hommes.

Jean Paul II poursuit son introduction en rappelant la valeur de toute vie humaine. Point important dans nos sociétés ou nous confondons souvent l’ « être »avec le « bien-être » où parfois aux yeux de nos contemporains, il vaut mieux ne pas « naître ». Le texte nous rappelle la vocation surnaturelle de l’homme, c’est-à-dire cet appel à vivre dans la communion  avec le Père. Cette vocation surnaturelle nous aide à comprendre la valeur de cette vie terrestre temporelle mais en même temps de la relativiser : « En effet, la vie dans le temps est une condition fondamentale, un moment initial et  une partie intégrante du développement entier et unitaire de l’existence humaine. Ce développement de la vie de manière inattendue et immérité, est éclairé par la promesse de la vie divine et renouvelé par le don de cette vie divine ; il atteindra son plein accomplissement dans l’éternité (1jn 3, 1-2). En même temps, cette vocation surnaturelle souligne le caractère relatif de la vie terrestre de l’homme et de la femme. ». C’est une réalité « avant-dernière », une réalité sacrée qui nous est confiée (…) »

 L’introduction se termine en énonçant les menaces et les nouvelles menaces contre la vie humaine. Appelalarmant car ces menaces tendent, malgré les avancées sociales, à s’aggraver et « défigurent le visage de la personne humaine. ». La gravité de la situation porte non seulement sur les atteintes à la vie mais surtout sur l’obscurcissement des consciences et sur la difficulté actuelle à percevoir le bien et le mal. 

     
  SaintPierre.png 
Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 14:19

A.pngprès avoir abordé la question de l’involontaire, il nous fait prendre en compte ce qu’on appelle le volontaire indirect. Prenons un exemple là encore très classique, je bois (action voulue), je prends ma voiture (action voulue quoique peut être peu réfléchie sous l’action de l’alcool), je provoque un accident ( action non voulue). Le volontaire indirect résulte d’une action volontaire.  Se posent donc la question de la responsabilité de la personne mais aussi celle de l’extension du volontaire et ses conséquences.  Cela nous conduira aussi plus tard à réfléchir sur les actes intrinsèquement mauvais.

Ceci est traité dans le CEC au n° 1737: « Un effet peut être toléré sans être voulu par l’agent, par exemple l’épuisement d’une mère au chevet de son enfant malade. L’effet mauvais n’est pas imputable s’il n’a été voulu ni comme fin ni comme moyen de l’action, ainsi la mort reçue en portant secours à une personne en danger. Pour que l’effet mauvais soit imputable, il faut qu’il soit prévisible et que celui qui agit ait la possibilité de l’éviter, par exemple dans le cas d’un homicide commis par un conducteur en état d’ivresse. »

La question est aussi de savoir si je dois renoncer à poser une action bonne ou indifférente si celle-ci a pour conséquence une action mauvaise. Ou au contraire puis-je poser une action « mauvaise » si les conséquences sont bonnes ? C’est donc une réflexion sur les moyens, les fins prochaines et la fin ultime basée sur la distinction fondamentale en morale scolastique et chez Jean Paul II dans Veritatis Splendor entre la « finsi operis » et la « finis operantis. ». Nous avions déjà parlé des grands principes de la moralité parmi lesquels on trouve celui du double effet. Ce principe prend en compte le fait qu’une action bonne peut produire une action mauvaise et en même temps une action bonne.  

Avant d’entrer dans les détails, rappelons qu’historiquement cette question un susciter de graves conflits au sein de l’Eglise depuis essentiellement le Concile de Trente ( 1545-1563). Comment peut-on supporter moralement un acte à double effet ? On élabore une série de conditions pour qu’il soit donc moralement acceptable :

-          L’acte doit être effectivement bon (ou au moins indifférent).

-          L’intention doit être droite. L’effet mauvais n’est ni voulu ni recherché.

-          L’effet mauvais ne peut venir après l’effet bon. Il doit être au moins concomitant.

-          Il faut un motif proportionnellement grave pour mettre en œuvre un acte qui a un effet moralement mauvais.

On voit bien qu’en aucun cas, la fin ne justifie les moyens et qu’on ne peut envisager de poser un acte mauvais même si l’effet est bon. Saint Paul évoque ce cas dans son épître aux Romains ( Rm 3,8) : «  Ou bien, comme certains nous accusent outrageusement de le dire, devrions-nous faire le mal pour qu’en sorte le bien ? Ceux-là méritent leur condamnation. »

C’est à ce titre par exemple que l’expérimentation humaine est interdite pour l’Eglise. On ne peut sacrifier une personne, une minorité même pour le bien d’un plus grand nombre. On voit bien que la logique chrétienne s’oppose à la logique utilitariste du plus grand bien possible pour le plus grand nombre. Il nous suffit de penser à la parabole de la brebis perdue. Le berger est près à abandonner ses 99 brebis pour en sauver une. Cela dépasse quelque peu nos intelligences pratiques d’occidentaux. On voit aussi bien que la difficulté est de saisir l’acte dans sa réalité complexe : non seulement selon son objet, son intention mais aussi dans l’immense champs des circonstances et des conséquences… Or un acte humain revêt une amplitude extraordinaire dont nous n’avons pas toujours conscience. Derrière tout cela, c’est la question du proportionnalisme et du conséquentialisme où le bon doit toujours être proportionnellement supérieur au mal qu’il engendre. Il nous faut sans cesse nous poser la question des conséquences et reprendre la question du philosophe Jonas : «  Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? »

            Pouvons-nous prendre en compte les conséquences pour juger moralement un acte ? L’effet ajoute  t’il à la malice ou la bonté de l’acte qui se définit classiquement par son objet, son intention et ses circonstances ? En fait, si l’effet est prévu, il entre dans le champ du vouloir et est donc analysable. Il peut être directement voulu ou indirectement voulu. S’il est inévitable, il fait alors partie intégrante de l’objet de l’acte et le quantifie. S’il est rare ou accidentel, il ne renvoie pas à l’objet de l’acte.

Un premier obstacle surgit…. Comment mesurer toutes les conséquences ? Peut-on prendre en compte toutes les conséquences. La morale classique affirmait qu’il existait  des conséquences imprévues pouvant résulter de plusieurs facteurs. N’est ce pas un rêve de toute puissance que de croire que l’on peut maîtriser toutes les conséquences ? Acceptons-nous dans nos vies quotidiennes et professionnelles les conséquences qui nous échappent ? Cela nous conduit-il encore une fois à refuser d’user de notre liberté et de notre volonté en suspendant nos décisions et nos engagements ? Pouvons-nous être responsables mais non coupables ? Savons-nous que nous pouvons être responsables d’un point de vue juridique mais non moralement car l’éthique et le droit ne se confondent pas contrairement à ce qu’on nous laisse croire ? Quand sommes-nous responsables moralement d’un point de vue des conséquences ? Et bien, il faut les effets mauvais et non voulus aient été prévus au moins confusément. Que le sujet ait eu effectivement la possibilité de prévoir les effets mauvais et d’intervenir et enfin que le sujet ne les ait pas empêché.

            Cela peut vous paraître encore une fois bien fastidieux mais de nombreuses choses sont en jeu derrière ces questions. Ce n’est pas pour rien que Jean Paul II y consacre plusieurs numéros de son encyclique Veritatis Splendor car c’est en parallèle la question des sources de la moralité  et celle de l’existence d’actes intrinsèquement mauvais. Nous verrons tout cela dans notre prochain article. En attendant, un aperçu avec Jean Paul II :

« 74. Mais de quoi la qualification morale de l'agir libre de l'homme dépend-elle ? Par quoi cette orientation des actes humains est-elle assurée ? Par l'intention du sujet qui agit, par les circonstances — et en particulier par les conséquences — de son agir, ou par l'objet même de son acte ?

C'est là ce qu'on appelle traditionnellement le problème des « sources de la moralité ». Précisément face à ce problème, ces dernières décennies, se sont manifestées, ou répétées, de nouvelles orientations culturelles et théologiques qui exigent un sérieux discernement de la part du Magistère de l'Eglise.

Certaines théories éthiques, appelées « téléologiques », se montrent attentives à la conformité des actes humains avec les fins poursuivies par l'agent et avec les valeurs qu'il admet. Les critères pour évaluer la pertinence morale d'une action sont obtenus par la pondération des biens moraux ou pré-moraux à atteindre et des valeurs correspondantes non morales ou pré-morales à respecter. Pour certains, le comportement concret serait juste, ou erroné, selon qu'il pourrait, ou ne pourrait pas, conduire à un état de fait meilleur pour toutes les personnes concernées : le comportement serait juste dans la mesure où il entraînerait le maximum de biens et le minimum de maux.

De nombreux moralistes catholiques qui suivent cette orientation entendent garder leurs distances avec l'utilitarisme et avec le pragmatisme, théories pour lesquelles la moralité des actes humains serait à juger sans faire référence à la véritable fin ultime de l'homme. A juste titre, ils se rendent compte de la nécessité de trouver des argumentations rationnelles toujours plus cohérentes pour justifier les exigences et fonder les normes de la vie morale. Cette recherche est légitime et nécessaire, du moment que l'ordre moral fixé par la loi naturelle est par définition accessible à la raison humaine. Au demeurant, c'est une recherche qui correspond aux exigences du dialogue et de la collaboration avec les non-catholiques et les noncroyants, particulièrement dans les sociétés pluralistes. »

 

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 09:07

N.pngous avons découvert hier que le Catéchisme de l’Eglise Catholique précisait au n°1735 qu’il existait une série d’éléments qui pouvaient diminuer voire supprimer le caractère volontaire de l’acte et par là même réduire la responsabilité de l’agent. Nous avons déjà parlé des craintes, de la violence, de l’ignorance et de l’inadvertance.

 

Poursuivons notre réflexion… Mais avant de parler des habitudes, je voudrai faire un détour par ce qu’on appelle le caractère. Peut-être avez-vous déjà procédé aux tests qui déterminent si vous êtes sanguin, flegmatique, colérique… Subissons-nous notre caractère au sens où il pourrait déterminer nos actions. Or s’il y a déterminisme, il y a un caractère involontaire. Le caractère, c’est ce qu’on appelle la « première nature », Xavier Thévenot écrivait : « mon caractère est ma façon de choisir que je ne choisis pas. ». Et en effet, celui-ci marque mes décisions dans la mesure où il influence ma façon de désirer, de voir les choses… Le caractère regroupe plusieurs données : dispositions innées, personnalité mais plutôt que d’y voir un déterminisme, il faudrait le concevoir comme la base de la liberté humaine. C’est sur cette base que ma liberté s’actualise. Bref, vous ne pouvez en aucun cas légitimer une action mauvaise ou excuser un acte mauvais sous couvert de personnalité.  De fait, je ne choisis pas ce caractère mais je suis libre d’en faire ce que je veux : je peux le maîtriser, le faire évoluer grâce aux efforts, aux vertus. Je serais en quelque sorte nerveusement lâche ou nerveusement courageux mais c’est bien moi qui ai choisi la lâcheté ou le courage. Le caractère n’est donc pas déterminisme car mon tempérament me laisse encore la possibilité de choisir.

Il ne faut pas nier cette personnalité mais la prendre en compte et développer sa liberté à l’intérieur de celle-ci. C’est encore une fois une question de connaissance de soi qui est humilité c’est-à-dire vérité sur soi-même. Cette connaissance de soi conduit à une réalisation de soi au sein de cette connaissance qui est prise de conscience de sa finalité personnelle authentique. Personne n’est exclu de la vie morale en raison de son caractère, pensons par exemple à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour qui ce n’était pas gagné ! Il est inutile de se révolter contre son caractère…. Voyons-nous notre personnalité comme une limite ou comme la marque de notre caractère unique ?

 

Nous parvenons ainsi aux habitudes que l’on appelle parfois la « seconde nature ». C’est la répétition d’actes qui peut devenir une manière d’être. C’est de l’ordre de l’irréfléchi et non de l’inconscient. L’habitude peut être mentale, intellectuelle, motrice, vertueuse… L’habitude est donc marquée par l’involontaire mais est volontaire au sens où elle résulté d’un exercice répété. Elle a côté très positif, c’est la base de notre éducation au sens large car l’habitude facilité l’effort, pensons aux sportifs ou un jeune qui a pris l’habitude de travailler… L’habitude procure de la spontanéité à l’acte. En moral, cela peut être très bénéfique. Cependant, on peut prendre l’habitude d’une action mauvaise : mentir par exemple…

L’habitude possède un côté très ambivalent. Elle est négative lorsqu’elle vide l’acte de sa consistance, lorsqu’elle devient automatisme asservissant… Routine pesante qui empêche tout changement, toute création. Il y a donc de « bonnes » et de « mauvaises habitudes ». Car comme l’écrivait un jour Mgr Léonard, l’habitude est à la foi « secours » et « menace ».  Il nous faut encore une fois trouver l’équilibre.

 

Reste enfin ce que l’on pourrait appeler les passions : émotions, affects, sentiments… Nous sommes dans le registre de l’affect et du sensible. Le mot passion renvoie à une notion de « passivité » qui nous conduit à concevoir souvent la passion comme un obstacle à notre liberté, à  notre volonté. Les mouvements de la passion seraient involontaires et totalement subis par le sujet. En réalité, la passion n’est pas négative. Elle est énergie bien nécessaire justement à activer notre volonté. La passion n’est pas contraire à la raison et ne nous entraîne pas systématiquement au mal… C’est encore une fois l’usage et la maîtrise de celle-ci qui compte. Est-ce que je laisse la passion aveugler ma raison et obscurcir  ma saisie du réelle ou est ce une force que j’utilise dans ma prise de décision ? Il faut faire attention aux deux excès : asservissement et apathie. Notez que de fait le CEC parle d’ « affections immodérées » : il s’agit donc non d’une condamnation des passions, des sentiments mais de leur excès. L’absence totale de passions est en quelque sorte inhumaine.

 

Dans notre réflexion sur les empêchements au volontaire, nous aurions pu parler de l’inconscient mais par définition il échappe au conscient et donc à la volonté, au déterminisme social (pensons à Bourdieu…), aux maladies mentales, psychotiques, névrotiques qui peuvent affecter raison/conscience et donc la volonté et enfin la question plus délicate des tendances sexuelles (homosexualité) ou des difficultés-déviances sexuelles (phantasmes envahissants, pédophilie…). De quelle manière les personnes sont responsables des actes qui découlent de ces tendances ou difficultés ? Quelles en sont les causes ? causes éducatives, géntiques, régressions psycho-affectives, fragilités psychologiques, fragilités morales, dérèglement ou spécificité physiologique et hormonale…etc ? Pour l’instant, la recherche au sens large n’a pas été très convaincante ? Nous sommes encore  un peu dans le flou… Ce qui est certain, c’est que le sujet n’est pas responsable de la tendance qui le marque en revanche il est responsable comme chaque être humain de l’usage qu’il en fait. Dire qu’il n’a aucun choix c’est annihiler sa liberté, c’est supprimer sa dignité humaine et c’est donc extrêmement dangereux.

La tendance sexuelle tout comme le caractère n’est pas imputable à la personne, ce qui est peccamineux ( de l’ordre du péché, de la faute) ou imputable c’est ce qui découle du volontaire.

 

 SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 12:44

N.pngous avons essayé dans les précédents articles de réfléchir sur la notion de liberté en particulier dans le texte Veritatis Splendor. Aujourd’hui, nous nous pencherons sur la question de la volonté et plus particulièrement des empêchements au volontaire.

La volonté oriente la liberté et surtout engage la responsabilité, c’est donc une donnée fondamentale en morale. En effet, sommes-nous responsables d’une action involontaire ? La volonté se comprend donc en lien avec l’intention. Pour que l’acte soit volontaire, il faut aussi prendre en compte sa relation avec la raison ; il faut en effet que l’agent/le sujet connaisse la fin de l’acte. On comprend alors pourquoi la volonté suppose la liberté. On peut distinguer à la suite de saint Thomas d’Aquin  plusieurs phases au sens même de l’acte volontaire : intention, élection (je choisis), exécution.

 

La volonté cependant n’est pas une donnée brute et peut être aveuglée par des passions et influencée par certaines formes de déterminisme (social ?). On trouve des actions « non volontaires » et des actions « involontaires ». Les premières ne nous intéresseront pas car en réalité ce ne sont pas des actes humains à proprement dit. Le sujet ne raisonne plus dans ce cas. L’acte involontaire va en quelque sorte contre la volonté de l’agent. Pensons à saint Paul qui affirme : «  vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que hais. (…) je ne fais pas le bien que je veux et je commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action mais le péché qui habite en moi. » (Rm 7, 15-20)

C’est pour cette raison que le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC) envisage les éléments qui peuvent diminuer voire supprimer la responsabilité. Si vous voulez l’acte demeure mauvais mais l’agent n’est pas « responsable ». Avant de clarifier ces empêchements au volontaire, notez que le « ne pas vouloir » ou le « vouloir ne pas » ne sont pas des actions involontaires mais une action volontaire qui consiste à ne pas vouloir, à ne pas agir. En d’autres termes, une « non-action » est une action volontaire. Nous pouvons donc être « responsables » des actions que nous n’avons pas posées et que nous aurions pu poser. Nous avions déjà évoqué ce cas lorsque nous avions parlé du péché d’omission.

 

Quels sont ces empêchements ? Que dit le CEC ?

« 1734 La liberté rend l’homme responsable de ses actes dans la mesure où ils sont volontaires. Le progrès dans la vertu, la connaissance du bien et l’ascèse accroissent la maîtrise de la volonté sur ses actes.

1735 L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux.

1736 Tout acte directement voulu est imputable à son auteur : (…) Une action peut être indirectement volontaire quant elle résulte d’une négligence à l’égard de ce qu’on aurait dû connaître ou faire, par exemple un accident provenant d’une ignorance du code de la route. »

Voici donc trois articles fondamentaux. Le dernier évoque le volontaire indirect que nous ne pourrons traiter aujourd’hui ; quant à l’article 1735, il énumère ces fameux empêchements au volontaire : ignorance, inadvertance, violence, crainte, habitudes, affections immodérées, facteurs pyscho-sociaux.

 

            Le catéchisme distingue donc l’ignorance et l’inadvertance qui tous deux jouent sur la clarté de l’intelligence (raison) et de la conscience.

 

 L’inadvertance, c’est un défaut de l’attention ; c’est une « étourderie » plus ou moins grave. Est-ce un oubli ? une inattention ? A quoi sont dus ces faits ? maladie ? préoccupation ? L’inadvertance touche une connaissance que l’on a habituellement.

 

L’ignorance c’est au contraire la privation de la connaissance. En morale, cette privation est très importante car normalement le sujet en a besoin pour agir bien, selon des règles éthiques. On peut distinguer l’ignorance de fait et l’ignorance du droit ( droit divin, droit naturel ou droit positif…). St Thomas dans son De Malo donne  l’exemple d’un homme qui ignore que l’adultère est un péché. Il ignore le précepte. L’ignorance peut aussi porter sur la gravité de l’acte ou sur la peine/sanction possible. Par exemple, beaucoup de personnes ignorent que procurer un avortement conduit selon le Code de Droit Canon à ce qu’on appelle une excommunication latae sententiae (can 1398).

 Pour l’ignorance du fait, St Thomas poursuit son exemple de l’adultère et pense à un homme qui sait que l’adultère est un péché mais qui le commet sans savoir qu’il le commet. Un peu confus ? En gros, l’homme pense s’unir à sa femme (mais il doit fait très sombre dans la chambre) et il s’unit à une autre… L’homme doit être de bonne foi.

Vous me direz alors, mieux ne vaut pas savoir et en restant dans l’ignorance, on n’est peu ou jamais responsable ? Outre  le fait que ce serait un peu facile, le but tout de même de l’homme est de s’humaniser davantage et cela ne peut passer que par l’usage de la liberté et de la volonté qui grandissent au fur et à mesure que  notre ignorance du bien recule.

Notez aussi que l’on va distinguer l’ignorance vincible et l’ignorance invincible, celle qui peut être vaincue et celle qui ne peut l’être…. Si l’ignorance est vincible et que nous en sommes responsables (nous n’avons rien fait pour sortir de notre ignorance) alors nous sommes coupables. C’est une ignorance de mauvaise foi. Cela peut être modulé en fonction de l’aspect direct ou indirect… En revanche, l’ignorance invincible est non coupable car la personne a tout mis en œuvre pour s’informer, connaître mais il ne peut pour X raisons sortir de son ignorance. Ainsi, on pourrait établir des degrés dans l’ignorance :

-           L’ignorance affectée : elle est délibérée, c’est la plus grave.

-          L’ignorance crasse du latin « crassa val supina », c’est la « couche épaisse ». C’est un négligence coupable car on ne veut prendre aucun moyen pour en sortir.

-          L’ignorance vincible simpliciter ; elle résiste à de réelles efforts mais souvent insuffisants. On est plus ou moins responsable selon notre négligence.

-          L’ignorance invincible.

Enfin, une dernière distinction est nécessaire pour bien comprendre l’ignorance. Celle qui sépare l’ignorance antécédente, l’ignorance concomitante et l’ignorance conséquente

Dans le premier cas, le sujet n’aurait pas agit s’il avait su. St Thomas prend l’exemple du chasseur qui n’aurait pas tiré s’il avait su avant qu’un homme se trouvait dans les fourrés…

La deuxième est assez particulière. Le sujet est dans la disposition d’agir ainsi même s’il ignorait ce qui est arrivé. En gros, le chasseur ignore que quelqu’un est dans les fourrés mais il se trouve que ce quelqu’un est son pire ennemi qu’il avait bien envie de tuer...La dernière se confond avec l’ignorance vincible car c’est une ignorance à la suite d’une négligence à connaître.

Ces différents types d’ignorance sont importants car ils permettent d’évaluer la liberté en jeu et donc la responsabilité plus ou moins grande de la personne. L’ignorance si elle affecte la volonté n’excuse pas tout pour autant. Elle diminue le volontaire et donc la faute mais ne rend pas « bon » un acte « mauvais ». Peut-on ignorer la loi est une autre question ? Nul n’est sensé ignorer la loi comme dit l’adage. Cela dit d’un point de vue juridique, nous pouvons être coupables mais ne pas être imputables au niveau de la conscience (niveau moral), cela ne signifie pas qu’on ne doit pas subir la peine. Le droit ne se confond pas avec la morale.

 

Vient ensuite la violence. Cela signifie qu’il existe un principe extérieur qui force la personne à agir contre sa volonté. La personne n’est donc pas responsable sauf si nous sommes dans le cas de « douces violences » où il y a une forme d’acquiescement de la part de la personne. Reste une question de définition de la violence et de savoir où jusqu’où peut-elle aller ? ( violences physiques mais aussi morales…).

 

Le CEC évoque alors la crainte. La crainte peut revêtir là encore différents degrés : trac, inquiétude, anxiété, peur paralysante, angoisse…. S’agit-il d’un danger réel ou imaginaire ? Est-ce une peur rationnelle, irrationnelle, d’ordre existentielle (peur de mourir, peur de la souffrance…) ? Toutes n’affectent pas la volonté de la même façon. La peur qui fait perdre la raison est involontaire et donc enlève la responsabilité. L’exemple classique est une femme surprise dans un incendie qui jette par la fenêtre dans un mouvement de peu panique son enfant pour le sauver… Elle ne voulait pas lui faire du mal.

La peur diminue mais ne supprime en général pas la responsabilité car il s’agit plutôt d’un obscurcissement de la raison. Existe-t-il des peurs positives comme le souligne le philosophe Hans Jonas dans son Heuristique de la peur ? En effet, si elle conduit à certains moments à la paralysie ne peut-elle être un dynamisme d’action parfois ? Si la peur s’articule avec la violence, nous ne sommes pas alors tout à fait dans le même cas non plus puisque la violence peut supprimer tout consentement.

 

Voilà pour aujourd’hui, demain les habitudes, le caractère et les passions…

 

 

SaintPierre.png

 

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 14:44

A.png

la veille de la fête de Notre-Dame de Lourdes où chaque année des millions de malades prient la Vierge Marie, l’Eglise nous propose un « dimanche de la santé ».

C’est l’occasion pour nous de réfléchir à des notions très importantes en morale : le bien et le mal… Qu’est-ce que le bien ? Qu’est ce que le mal ? Je vous renvoie aux articles « bien » et « mal » du théologien Bruguès dans son Dictionnaire de Morale Catholique que je suivrai ici dans les grandes lignes.

            Le Bien n’est pas une notion univoque. Dans la Bible, un seul est Bon : Dieu. La création participe à la bonté divine : «  Et Dieu vit que cela était bon ! » L’homme pour trouver Dieu, participer à sa vie divine et ainsi être heureux doit répondre à l’alliance de Dieu de manière libre, consciente et volontaire. Il existe donc une bonté morale. L’homme bon est l’homme juste qui marche dans les voies du Seigneur, qui lui est fidèle et qui suit les commandements. La quête du bien s’inscrit dans le cadre d’une lutte contre les forces du mal. Pour l’homme il s’agit de combattre avec le Christ car c’est avant tout le combat du Christ, victorieux de la mort et du péché par son Incarnation, Passion et Résurrection. L’homme reçoit ainsi l’Esprit Saint et s’il vit dans l’Esprit, il peut alors « porter des bons fruits »,  faire de « bonnes œuvres » et vaincre ainsi le mal par le bien.

D’un point de vue philosophique, on peut comprendre de deux grandes manières cette notion de bien. D’un point de vue « essentialiste » en partant de l’être ou au contraire en partant du « sujet ». Ces deux conceptions conduisent à des morales différentes. Dans le premier cas, le bien est en quelque sorte une propriété transcendantale de l’être. Le bien comme on l’a déjà vu se présente alors à l’intelligence comme vrai et à la volonté comme désirable, aimable. La possession du bien procure délectation et joie. Une chose est dite bonne aussi dans la mesure où elle permet un accomplissement de soi en tant qu’elle permet de devenir soi-même, ce qu’on doit être. Il est bon de noter que l’on distingue des biens relatifs et un bien dernier/ultime qui sera identique pour tous les hommes. Le bien en  général selon cette conception est comprise comme plénitude de l’être en accord (plein) avec sa nature. Nous comprendrons mieux ce point lorsqu’on parlera du mal. Le bien moral qui renvoie à l’agir humain est compris à travers ses « sources » : objet, circonstances, intention…

Selon l’autre conception, le bien se rapporte au sujet. En quelque sorte, le bien est relatif au sujet. L’acte, la situation sont perçues comme bonnes si le sujet les perçoit comme nécessaire, convenables, utiles, agréables. Les actes sont plutôt conçus comme « convenables » ou «  non recevables » que « bons » ou « mauvais ». Les théologiens qui suivent cette ligne de pensée introduisent alors la notion d’option fondamentale dont Jean Paul II parle aussi dans Veritatis Splendor.

            Le mal.  Question philosophique par excellence, le mal est un scandale pour notre raison. Pourquoi le mal ? St Augustin dans ses Confessions, au livre VII entre autres, réfléchit sur cette question : pourquoi le mal ? Comment le mal ? Dieu et le mal peuvent t’ils exister ensemble ? Si le mal existe, comment conserver la toute puissance de Dieu ? Nous ne répondrons pas à ces questions redoutables et profondes dans cet article mais il s’agit de bien saisir combien le mal déstructure, désoriente l’homme pour reprendre des expressions de M.J Thiel et X.Thévenot dans Pratiquer l’Analyse Ethique. C’est une dé-création, un profond dysfonctionnement.  Le mal est un non-être qui pourtant existe, nous faisons tous l’expérience du mal et de ses dérivés telle que la souffrance. Le mal existe et il est plutôt privation de l’être. Une absence de perfection qui devrait être là par la nature même de l’être. Il est à la fois irrationnel et injustifiable. Il blesse, corrompt, diminue l’être. Derrière l’expérience du mal pointe l’expérience de l’absurdité voire la possibilité du suicide compris comme suppression du mal et de la souffrance.  

Cependant le mal recouvre encore bien des réalités différentes, pensons à tous ces dérivés sémantiques : maladresse, malaise, maladie, mal-être, malchance, malheur…. Le mal se définit bien par son contraire, ce qu’il « enlève ».

Le mal, la souffrance poussent l’homme à s’enfermer en lui-même. Si l’amour, le bien ont pour caractéristiques d’ouvrir à l’Autre, de se répandre, de tendre vers le don ; la souffrance pousse à l’enfermement. Ce n’est pas pour rien si au XXeme, nous avons pensé l’enfer plutôt comme un « huis-clos » qu’une fournaise géante. Mais, comme le note encore une fois les moralistes Thévenot et Thiel, s’ouvre avec l’expérience de la souffrance, paradoxalement, un intense dialogue intérieur comme une recherche ultime et désespérée de l’autre, de l’Autre ?

La figure biblique de Job peut nous éclairer. Job, homme bon et fidèle va connaître sans raison toute une série d’ épreuves, de souffrances… Epreuves d’autant plus difficiles et compréhensible que Job est un « innocent »… Spontanément, nous nous révoltons. Après le temps des doutes, de la colère, des pleurs, de  prières, de cris… Dieu qui semblait absent surgit  à nouveau, Il entre en dialogue avec Job et là, Il ne donnera aucune explication sur le mal ( peut on expliquer, justifier le mal ???)  mais sera présent, accompagnera Job. C’est cette présence qui va permettre à Job de s’ouvrir à nouveau à la vie, de se reconstruire, d’avancer…

 

On distingue plusieurs types de mal :

-          Un mal physique : celui qui est subit par l’homme. Ce sont les douleurs, les souffrances d’ordre physique mais aussi psychiques…

-          Un mal moral : celui causé par l’homme. C’est un mal volontaire, issu de la liberté humaine. C’est le résultat d’une action humaine et l’homme en est donc responsable.  L’acte mauvais peut se distinguer de la faute (philosophie) ou du péché (théologie). L’acte se dit mauvais selon l’objet, les circonstances et l’intention.

-          Un mal « métaphysique » : C’est une sorte d’imperfection originelle de la créature humaine ( en tant que créature finie qui a des limites/faiblesses) qui la rend sujette à l’erreur, à la faute et au péché.

-          Un mal ontique :  certains parlent de mal pré-moral. Il s’agit d’une absence d’un bien dû à la nature.

 

Ces distinctions ont un intérêt. Voici quelques pistes de réflexions issues de ces dernières…

Souvent dans les questions d’ordre éthique, on confond le mal moral/la question morale avec le mal ontique. La maladie est un mal ontique. Ainsi le SIDA n’est pas une question morale, en tant que maladie, que mal, le virus est à combattre. En revanche, la prise en charge du patient, l’expérimentation possible de médicaments sur un individu … etc. peuvent soulever des problèmes moraux.

            La maladie en tant que mal ontique est à combattre car c’est une privation de l’être, de l’intégrité physique dû à la nature humaine mais il ne faut pas oublier cependant que la santé n’est pas le tout du salut comme l’écrit Xavier Thévenot. Le corps est une dimension fondamentale de la personne humaine mais elle n’est pas le tout de la personne. Si la personne se réduit à l’intégrité physique ou intellectuelle, de fait, les personnes en coma végétatif, les personnes handicapées mentales ne seraient plus des « personnes »…

Il ne faudrait pas confondre « être » et « bien-être ». La suppression de la souffrance, de la maladie ne peuvent pas conduire à la suppression de l’être…. L’être est plus important. Cela pourra nous aider pour nos réflexions sur l’euthanasie ou l’IMG (Interruption Médicale de Grossesse).

            On pourrait en prendre conscience à travers le principe de totalité qui est un des grands principes de la moralité pour nous aider à discerner. Il s’agit de la possibilité de sacrifier une « partie » pour le bien de la totalité. Par exemple, ablation d’un membre gangréné pour sauver la vie de la personne. En sachant bien évidement qu’une personne humaine n’est jamais une partie ( par exemple d’une société, d’un état…).

            Une autre question surgit, peut-on moralement autoriser la transplantation d’organes dans la mesure où on « enlève », on « prive » un corps sain de son rein par exemple ? Est-ce un acte bon ? Vous me direz « oui » spontanément car dans ses circonstances on prélève un organe pour « sauver une autre vie »… Oui mais la fin, aussi bonne soit-elle, ne justifie pas un moyen mauvais ? Le prélèvement d’organe est-il « mauvais » ou « bon » ?

Il nous faut donc bien réfléchir sur ces questions car des évidences finalement ne sont pas aussi « claires » que cela…

            N’oublions pas qu’il nous faut accueillir nos faiblesses, nos limites… Le péché de l’homme est fondamentalement péché d’orgueil, cette enflure de l’âme qui nous fait oublier notre dépendance à notre Créateur… Il est sans doute plus facile de « montrer » la différence pour l’éloigner de nous. Ces « monstres » (malades, handicapés) rendus tellement différents de nous sont ainsi plus facilement « éliminables ». Nous nous protégeons ainsi.

Ce qui fonde notre dignité humaine prend sa source dans le fait que nous avons été créés à l’ « image et à la ressemblance » de Dieu. Cette image est inaliénable quelque soit la vie que nous menons (et oui même Hitler est créé à l’image de Dieu et conserve cette image ) ou les blessures physiques et psychiques, intellectuelles qui nous « défigurent », nous « diminuent ». Si nous devons soigner toutes souffrances, toutes maladies n’oublions pas qu’il  nous faut essentiellement soigner « notre ressemblance » divine celle qui grandit ou qui décroit en fonction de notre agir libre et volontaire soit notre agir moral.  Profondément, ce qui blesse l’homme c’est le péché !

 

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 17:53

R.pngeprenons notre réflexion sur l’AMP (l’Assistance Médicale à la Procréation). Pour nous aider dans notre questionnement, il existe des textes magistériels qui peuvent nous éclairer : l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI qui ne traite pas des ces questions mais qui nous aide à comprendre la vision de la sexualité et de la procréation pour l’Eglise ainsi que celle Jean Paul II Evangelium vitae; Familiaris Consortio pour mieux comprendre le sens de la famille, du couple, de l’amour conjugal; l'instruction Donum vitae  qui a été remise à jour à travers le texte de 2008, Dignitas Personnae. Ce dernier document sera l’objet de notre propos.

 

Il s’agit d’une « instruction » publiée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Elle s’appuie sur le texte Donum Vitae mais prend en compte les nouvelles avancées scientifiques et techniques et les questions éthiques qui en découlent.

« 3. L'Eglise catholique, en proposant des principes et des jugements moraux sur la recherche biomédicale dans le domaine de la vie humaine, s'appuie tant sur la lumière de la raison que sur la foi, en contribuant à élaborer une vision intégrale de l'homme et de sa vocation. Ceci témoigne de sa capacité à accueillir tout ce qui émerge de bon dans les œuvres des hommes et dans les diverses traditions culturelles et religieuses, qui ont souvent un grand respect pour la vie.

Le Magistère tient à encourager et à exprimer sa confiance envers ceux qui considèrent la science comme un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de chaque être humain. C'est avec espoir que l'Eglise regarde donc la recherche scientifique, et souhaite que de nombreux chrétiens se dédient à la promotion de la biomédecine pour témoigner de leur foi. (…) Enfin, elle veut être présente aux côtés de toute personne souffrante dans son corps et dans son âme, pour offrir non seulement un réconfort, mais aussi la lumière et l'espérance, à travers lesquelles la maladie ou l'expérience de la mort retrouvent un sens. Ces situations appartiennent de fait à l'existence de l'homme et marquent son histoire, en l'ouvrant au mystère de la Résurrection. »

 

Comment se présente ce texte ? « Elle comprend trois parties: la première rappelle certains aspects anthropologiques, théologiques et éthiques de grande importance ; la seconde affronte les nouveaux problèmes liés à la procréation ; la troisième se penche sur les nouvelles propositions thérapeutiques impliquant la manipulation de l'embryon ou du patrimoine génétique de l'homme. »

Nous ne nous arrêterons pas à la première partie qui est cependant capitale et que je vous invite à lire (vous pouvez trouver très facilement le texte en ligne) pour nous concentrer sur la deuxième partie qui traite de l’AMP.

 

Le n°12 rappelle les trois valeurs fondamentales que doivent respecter les traitements de l’infertilité. C’est très important car souvent on pense que l’Eglise rejette des techniques (contraception, PMA…) parce qu’elles sont « artificielles » et qu’Elle ne prône que le « naturel ». La question n’est pas déjà sur la technique à proprement parlé mais sur la finalité et sur le respect de la dignité et de la vocation humaine.  

 Voici ces trois valeurs :

 « a) le droit à la vie et à l'intégrité physique de tout être humain depuis la conception jusqu'à la mort naturelle ;

b) l'unité du mariage qui implique le respect mutuel du droit des conjoints à devenir père et mère seulement l'un à travers l'autre ;

 c) les valeurs spécifiquement humaines de la sexualité, qui «exigent que la procréation d'une personne humaine doit être poursuivie comme le fruit de l'acte conjugal spécifique de l'amour des époux » »

 

Ces trois valeurs permettent déjà de faire une première distinction dans les techniques.  Celles qui utilisent des donneurs et que l’on appelle « hétérologues » et les techniques « homologues » c’est-à-dire entre conjoints. De fait, ces techniques ne soulèvent pas les mêmes problèmes éthiques et posent la question de la filiation  dans le cas de donneur de gamètes ou d'embryon. L’Eglise refuse toutes les techniques hétérologues, en revanche « sont permises les techniques qui sont comme une aide à l'acte conjugal et à sa fécondité ».

Bref, sont autorisées toutes les techniques qui vont aider l’acte conjugal. Cela regroupe essentiellement les techniques qui permettent de lever l’obstacle à la fécondité naturelle : traitement hormonal, intervention chirurgicale au niveau des trompes, traitement de l’endométriose… (cf n°13).  Il s’agit d’un acte thérapeutique où le médecin n’intervient pas au niveau de l’acte sexuel conjugal.  Le texte en profite pour insister sur le fait qu’il faudrait faciliter les démarches d’adoption et favoriser le dépistage de l’infertilité et développer les moyens de prévention contre la stérilité.

Les autres techniques non seulement font intervenir un tiers mais déstructurent l’acte procréateur en le séparant de l’acte sexuel. Cela peut vous paraître une remarque théorique mais on a pu constater que les couples dans la mesure du possible cherchaient alors à avoir un rapport sexuel au plus près de l’intervention pour « faire comme si » le bébé naîtrait de celui-ci et non de la main d’un autre.  Il est clair qu’aucune intimité n’est réservée au couple dans ces techniques. Dignitatis Personae en reconnaissant la souffrance des couples et leur désir d’enfant attire l’attention sur le fait qu’il ne faut que l’enfant à naître ne  devienne simple  « production »…

 

Les PMA peuvent faire intervenir un  ou plusieurs « tiers » (technique, médecin, donneur…). Or, il ne faut jamais oublier que la procréation n’est pas un simple acte biologique. C’est un acte personnel, conjugal qui est un acte qui engage la personne toute entière d’une manière libre et responsable… La procréation est  et doit restée la tâche exclusive, personnelle, essentielle du couple humain.

« Or plus il y a de tiers (et ces tiers sont en partie liés les uns aux autres), plus on s’éloigne de la perspective d’accomplissement d’un couple en demande d’enfant, plus l’AMP risque d’être déshumanisante et donc éthiquement critiquable. » (cf. M.J.Thiel, « questions éthiques autour de l’Assistance Médicale à la Procréation).

Cette dimension du « tiers » est très importante dans le domaine éthique.

 

Quelles sont les différentes techniques ?

-          IAC et IAD c’est-à-dire les Insémination Artificielle avec Donneur ou entre Conjoint.  C’est la technique la plus ancienne testée sur l’être humain (1785).  Il existe aussi plusieurs techniques pour prélever le sperme. L’insémination a lieu soit pendant l’ovulation spontanée/naturelle soit par ovulation provoquée par traitement hormonal. Selon les obstacles que l’on veut « surmonter », le sperme n’est pas déposé au même endroit.

-          FIV et FIVETE,  c’est la Fécondation In vitro et la fécondation in vitro avec transfert d’embryon. Pour faire très simple, on prélève des spermatozoïdes, des follicules dans lesquels  on recueille les ovules fécondables. Après une préparation, on procède à la fécondation in vitro. Après le développement de l’embryon, on le transfert dans l’utérus.

Cette technique soulève un problème supplémentaire, le nombre d’embryons. On peut obtenir aucun embryon comme plusieurs, dans ce dernier cas, on procédera à une congélation des embryons qui présentent des critères de développement satisfaisants. Les autres sont détruits. Quel est le statut de ces embryons ? Pour les questions autour de la FIVETE et de la congélation d’embryons voir les n°14, 15, 18 et 19.

-          ICSI – c’est  l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes .  C’est  l’injection d’un seul spermatozoïde dans l’ovule. Elle est traitée au n°17.

Chacune des ces techniques présentent des difficultés, des échecs, des effets secondaires, des risques et ne sont pas « réalisables » par tous les couples.  Or de nombreux médecins constatent qu’il existe un vrai décalage entre la demande des couples et la réponse médicale.

Aujourd’hui, en France, la loi encadre bien ces techniques. Elle est basée sur le volontariat ( le couple accueille et signe un consentement), la gratuité et l’anonymat. Il ne faudrait pas que ces conditions soient remises en question.

 

La suite dans notre prochain article.

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article