Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:37

N.pngous verrons que les deux notions de "loi naturelle" et de "conscience" sont étroitement liées. Et, même si nous aborderons un peu plus tard ce thème de la loi, il est bon dès aujourd'hui d'établir quelques distinctions.

Une première constatation, il existe différents types de lois. Toutes ces "lois" ne reflètent pas les mêmes réalités et en quelque sorte n'ont pas la même "valeur" ni les mêmes conséquences sur l'agir humain.

 

 

Le terme de "loi" dérive du latin "lex" qui est une traduction du grec "nomos". Les étymologistes ne sont pas d'accord sur l'origine du mot. Est-ce du latin (« legere, lego » qui signifie « lire ») comme l'avance Isidore de Séville? La loi ne peut être connue en effet qu'à partir du moment où on l'a lue (au peuple). Elle doit être écrite pour avoir une certaine assurance et permanence. Cicéron lui affirmait qu'il venait d'« eligere » c'est-à-dire de "choisir" ou "cueillir" car la loi permet de choisir ce qui est mieux pour le groupe. D'autres trouvent une racine indo-européenne à ce terme ("lagh" qui signifie « établir »/ »poser »). Ne s'agirait-il pas plutôt de la notion de lien comme le suggère Saint Thomas qui fait dériver le mot du verbe "ligare" ( = lier)? Où est-il simplement issu du latin "legare" (envoyer un légat, un mandat)?

 

Quel est le rôle de la loi? Notons déjà que la norme en morale est ce qui donne la dimension universelle. Comme elle est universelle, elle tend à éclairer toutes actions en donnant la visée dernière. La visée dernière, c'est « la perspective d'une humanité à respecter ou à faire grandir. » (X.Thévenot).

Thévenot nous rappelle en effet que la norme, la loi est ce qui nous aide à prendre du recul... Pourquoi la loi nous dit cela? Lorsque nous sommes pris dans une situation complexe, le recours aux normes nous aident à situer notre agir dans un contexte plus objectif. Nous pouvons être pris par la peur, le désir, les passions.etc et la norme permet de discerner avec plus de vérité. Thévenot parle de fonction de "dé-sidérer".

 

La norme permet à l'homme-individu de s'inscrire dans une histoire, une mémoire car en générale, la loi ne tombe pas du ciel. Prendre en compte la temporalité, c'est une meilleure prise du réel. Dans ce cadre, ce qu'on va appeler la « tradition vivante » est très importante. La norme ouvre l'individu à l'autre, il vit dans un « groupe », une société. Je ne peux privilégier ma liberté aux dépens de celle de l'autre. Elle nous rappelle que la morale n'est pas qu'une question individuelle, ce que je pose comme acte à des retombées sur l'humanité, en ce sens que je dis toujours quelque chose de l'homme à travers mes actes.


 

 

La loi est un « principe extérieur », la conscience, les habitus... sont des principes intérieurs. Les principes extérieurs bons pour le chrétien viendra de Dieu et cela de deux manières principales: la loi (loi éternelle, loi révélée, loi naturelle) et la grâce. Ce qui vient de l'extérieur doit cependant être intériorisé. Pour la loi, il faudra l'aide la raisonet de la foi.Pour le chrétien, la loi est un moyen pédagogique divin. Nous ne pouvons pas faire abstraction de la notion de « loi » en théologie lorsque l'on voit la place qu'elle prend dans la Bible. Le mot « loi », c'est le mot « Torah »!

 

Intéressons-nous aux différents types de lois... En premier lieu, il existerait une loi éternelle ou encore loi divine. Nous y reviendrons,mais cette idée n'est pas le propre de la pensée judéo-chrétienne. Notre petite Antigone pour s'opposer à Créon se réfère justement à une loi divine supérieure à la loi civile édictée et représentée par son oncle.

On parlera aussi de loi naturelle que l'on distingue des lois de la nature. "naturelle" renvoie plutôt à la notion de nature humaine. Cette loi naturelle serait une loi inscrite au coeur de tout homme parce qu'il est homme. Il aurait accès à cette loi par sa raison. On la place parfois au coeur de la conscience.

Pour le croyant, il existera aussi une loi révélée. Celle-ci est donnée par Dieu. On la saisit par la foi.

Enfin, il existe des lois humaines ou encore positives. Elles sont nombreuses et variées: lois civiles, règlements intérieurs, code de la route, lois ecclésiastiques...

 

Pour le chrétien, il ne peut avoir de contradiction fondamentale entre la loi naturelle et la loi révélée car toutes deux émanent de la loi éternelle...Ce qui fera dire à St Thomas : Tout ce qui peut se dire au niveau de la raison doit pouvoir être assumé par la foi et tout ce qui peut être dit dans la foi doit pouvoir être entendu par la raison.

 

Nous pouvons résumer par ce petit schéma:

 

LOI ETERNELLE

 

                                                                   LOI NATURELLE                        LOI REVELEE

                                                                                                                                   - loi ancienne

                                                                                                                                    - loi nouvelle

 

                                                                   LOIS CIVILES                               LOIS ECCLESIASTIQUES

 

 

 

 

 

SaintPierre.png







 

 

 

 

 







 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 22:41

 

 

I.pngl est vrai que le concept de "conscience morale" (puisque c'est elle qui nous intéressera et non pas la conscience psychologique) a beaucoup évolué au cours de l’histoire. On trouve en effets différents termes pour la désigner  selon les langues utilisées mais de plus le sens utilisé diffère du notre. La conscience moderne n'est pas la conscience antique.

D’une manière générale, on retiendra que c’est la capacité grâce à laquelle des êtres doués de raison perçoivent ou connaissent le bien et le mal, ce qu’ils leur permet d’évaluer, de diriger leurs conduites et de se juger eux-mêmes.

Aujourd'hui, quelques jalons- bien peu exhaustifs- antiques.

 

 

Avec les socratiques, les épicuriens ou les stoïciens, on assiste à la naissance d’une sagesse et d’une éthique. Le discours philosophique grec n’est pas seulement spéculatif, il vise à la maîtrise et à la pratique de la vie. Les philosophes par leur questionnement conduisent l’interlocuteur à la sagesse mais aussi à un savoir vivre.

Il nous faut cesser de penser la philosophie comme discipline inutile. On connaît toute cette histoire où le philospha Thalès manqua de peu de tomber dans un puits parce qu'il marchait la tête en l'air  pour mieux observer les étoiles. Une servante lui aurait ri au nez: tant d'ardeur pour comprendre l'univers, la marche du monde et incapable de voir devant soi! La philosophie grecque est tout sauf simple et vaine spéculation!

Il s’agit  donc d’accéder à la connaissance claire et vraie du bien qui conduit à la vertu et donc au bonheur. Le mal étant souvent l’ignorance.

 

Chez les grecs, l’importance est donnée à la Cité (bien commun, à la politique…). Avec Aristote, l’éthique est inséparable de la politique car c'est la Cité qui permet à l’homme d’être vraiment lui-même et d’accéder aux plus hautes vertus. L’homme est un animal politique. Le sage est dévoué à la cité, son but étant la contemplation. On comprend que la conscience en tant que telle ne se développe pas.

 

Le terme le plus ancien connu est le mot « suneidésis » en grec utilisé par Démocrite (V ème) : « il y a des hommes qui ont conscience de la vie perverse qu’ils mènent, ils se rongent d’alarme et de frayeur. ».  

C’est ce mot grec « syneidésis » que l’on traduira en latin par «conscientia ». on peut traduire ce terme de syneidésis par « savoir avec »... Il y a  alors deux sens possibles alors « savoir avec quelqu'un... » La conscience est alors comprise comme sujet, témoin ou encore complice d'une action commune) Pour le chrétien, ce sera savoir avec Dieu (participation à la connaissance morale).

C'est aussi « savoir avec science ». Cela nous renvoie davantage aux notions  de compétence, d'une assurance de/dans  la démarche.

Chez Démocrite, il s’agit de la perception que nous avons des actions mauvaises commises. Cette perception engendre la crainte d’un châtiment dans l’au-delà. Elle conduit au sentiment du REMORDS. C’est ce dans ce sens du sentiment du remords que le terme de suneidésis sera utilisée dans l’Antiquité greco-latine même si au cours des siècles, il y aura un élargissement sémantique.

En effet, si la conscience perçoit le mal et le juge, c’est qu’elle peut aussi percevoir le bien. Le sage lui en éprouvera de la JOIE. Ce type de conscience est ce que les médiévistes nommeront la conscience conséquente c'est-à-dire a conscience qui évalue les actes, une fois qu’ils ont été posés.

On la distingue de la conscience antécédente qui est la conscience qui préside à la conduite des actions futures. Les grecs ( Démocrite ou Aristote) utilisent le terme de « sunesis », c'est une « intelligence pratique. » (en vue de l'agir)

 

L’activité de la conscience est inconnue de la culture grecque primitive. Les héros homériens n’ont pas de sentiments moraux réflexifs. Ce n’est en aucun cas l’intention qui fait la bonté de l’acte mais les conséquences produites par cet acte. Les conséquences se traduisant le plus souvent en termes d’honneur ou de déshonneur, de gloire ou de honte. C ‘est une question de réputation aux yeux de l’ordre social établi. L’identité morale ne dépend pas de la conscience personnelle mais de l’approbation ou non du groupe auquel notre héros appartient. Approbation qui découle du respect ou non des conventions liées aux rôles sociaux traditionnels. On assiste à une évolution avec les héros tragiques ( Eschyle, Euripide, Sophocle..)

Pensons par exemple à Oreste qui sera tourmenté par sa culpabilité, par sa faute. Qu'a fait notre héros? Il veut venger la mort de son père Agamémnon assassiné par sa mère Clytemnestre et son amant. Mais notre pauvre Oreste sera jugé matricide par les dieux. Les Furies vont poursuivre le criminel... La conscience ne serait-elle pas une intériorisation des Furies... On ne peut échapper à la voix de notre conscience, à ce remords qui nous ronge...Cela dit,  on est loin encore de la conscience car le héros tragique souffre davantage d'une souillure infligée par le destin.

 

Dans son Phèdre, Platon parle du « démon » (daimon) de Socrate qui l’empêche de mal agir, comme une « voix de la conscience ». Mais cela semble plutôt de nature divinatoire.  Est-ce que Pullmann dans son ouvrage a voulu faire référence au daimon grec en attachant à ses personnages un animal qui semble être une "âme extérieure"...? 

 

Les stoïciens, utilisent le terme et le mot prend un nouvel essor et cela sous l’influence des échanges culturels entre différentes civilisations et d’un certain syncrétisme religieux. Les stoïciens (en particulier Sénèque et Cicéron) font appel à la conscience individuelle de chacun. La conscience prend alors du "poids" . Avec eux, c’est l’éclatement de la raison universelle pour une raison individuelle.

Ils vont influencer les Pères de l’Eglise, la conscience devient un témoin à la manière d’un procureur de justice.Ce qu’il y a de plus haut pour les stoïciens, ce sera cette présence dans l’individu de la Loi naturelle. Elle est capable d’orienter moralement la conduite et est connue comme telle par la raison.

Sénèque écrira que la conscience est comme « un esprit caché en nous, qui observe et contrôle nos bonnes et nos mauvaises actions. » (Lettres 41, 2).

Relevons pour terminer la formule d'Ovide et de Sénèque pour désigner la conscience: «  deus in nobis »: dieu présent en nous, au coeur de l'homme. Dieu habite le coeur de l'homme ainsi l'homme pour le christianisme deviendra « un sanctuaire... »

 

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 20:08

A.pngvant de poursuivre notre petit enseignement sur la conscience, nous pouvons nous référer à quelques textes clés sur la conscience. Ils se trouvent dans les textes conciliaires et dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique (CEC).

 

 

Le premier texte, très court, est tiré de Gaudium et spes, 16: «Dignité de la conscience morale"

Comme beaucoup d'auteurs l'ont fait remarquer, il est admirable par sa précision et contient en quelques lignes l'essentiel de la dotrine sur la conscience morale.

Découvrons le ensemble:

" Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela ». Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera . La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre.

C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain  Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité.

Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Ce que l’on ne peut dire lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu sa conscience presque aveugle."

 

 Vous pouvez distinguer trois parties. Dans la première partie, le texte décrit la conscience personnelle, comme sanctuaire, lien et ouverture à Dieu (étincelle divine en l'homme, fine pointe de l'âme...). Il rattache aussi la conscience morale à la loi naturelle que tout homme peut trouver en lui puisqu'il est homme. Cette loi naturelle n'est pas donnée par la révélation mais inscrite au plus profond de chaque homme. C'est la règle d'or "évite le mal, fais le bien". Notons déjà que ce premier principe est trop général et qu'il nécessite prolongement et interprétation...  En premier lieu: qu'est-ce que le bien? Qu'est ce que le mal?

Nous sommes jugés selon notre conscience c'est-à-dire selon la loi connue et (plus ou moins suivie) par nous.

Dans la deuxième partie, il s'agit d'un ouverture au prochain, au monde. La conscience répond devant les autres, a des conséquences.C'est aussi la réaffirmation qu'il existe une vérité   et que tous les hommes doivent avant tou partir en quête de cette vérité. Pas de relativisme puisqu'il existe ' des normes objectives de la moralité" que tout homme encore une fois peut trouver.

Enfin, les possibilités, les variations, les limites de la conscience. Le texte concilaire parle d" ignorance invincible" c'est-à-dire qu'on ne peut vaincre. Il existe des cas, où l'homme de bonne foi et de bonne volonté a tout fait pour se former, se renseigner, éclairer sa conscience mais ne parvient pas à se départir de toute ignorance. Il s'agit d' "ignorance invincible"... N'oublions pas que l'homme est une créature, fini et imparfait par conséquent.

On se rend bien compte à travers ce texte que la conscience est un lieu stratégique.

 

Que nous dit le CEC? Le premier article consacré à la conscience, le n°1776, reprend le texte de Gaudium et spes. Du n° 1777 au n° 1782, nous avons un développement sur le jugement de la conscience.  Les trois suivants traitent de la formation de la conscience et les articles 1786 à 1789 des choix de la conscience puis du jugement erroné ( 1790 à 1794).

En bref:

"

1795 " La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est le seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre " (GS 16).

1796La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d’un acte concret.

1797Pour l’homme qui a commis le mal, le verdict de sa conscience demeure un gage de conversion et d’espérance.

1798Une conscience bien formée est droite et véridique. Elle formule ses jugements suivant la raison, conformément au bien véritable voulu par la sagesse du Créateur. Chacun doit prendre les moyens de former sa conscience.

1799Mise en présence d’un choix moral, la conscience peut porter soit un jugement droit en accord avec la raison et avec la loi divine, soit au contraire, un jugement erroné qui s’en éloigne.

1800L’être humain doit toujours obéir au jugement certain de sa conscience.

1801La conscience morale peut rester dans l’ignorance ou porter des jugements erronés. Ces ignorances et ces erreurs ne sont pas toujours exemptes de culpabilité.

1802La Parole de Dieu est une lumière sur nos pas. Il nous faut l’assimiler dans la foi et dans la prière, et la mettre en pratique. Ainsi se forme la conscience morale."

 

SaintPierre.png


Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 23:28

L.pnga question morale est la question du sens de notre agir. Elle nous aide à déterminer les actes qui tendent à nous humaniser, à nous responsabiliser (nous avons en tant qu'homme à rendre compte de nos actes devant nous-même, devant notre prochain, devant la société, devant Dieu...). La conscience morale va être, pour parler d'une manière très générale, « ce lieu » où se rencontrent et s'affrontent notre liberté ( volonté) et la loi ( les normes et valeurs extérieures). Voici donc quelques pistes ou grandes lignes qui guideront notre prochaine réflexion sur la conscience.

 

Quelques distinctions.

Avant toutes choses, il nous faut distinguer la conscience psychologique ou réflexive de la conscience morale.

On pourrait dire « j'ai conscience de moi » pour la conscience psychologique  et « j'agis en conscience. » pour expliciter la conscience morale.

Le premier type de conscience est une forme de la connaissance. C'est la connaissance de soi, le mouvement de la pensée par lequel je prends conscience que je suis; je prends conscience de mon « moi ». C'est un peu  le cogito cartésien. Cette conscience est à la source de la construction de soi, de la construction du sujet comme sujet autonome. C'est une présence de soi à soi-même. C'est le centre intime du sujet.

La conscience morale (agir en conscience) quant à elle est cette conscience qui juge, blâme, approuve, oblige, guide… En réalité, les deux sont intiement liées, on pourait dire "imbriquées" même si elles demeurent bien distinctes. Il ne peut avoir en effet de conscience morale sans une conscience de soi. L'animal qui n'a pas conscience d'être, qui ne peut effectuer par la pensée un retour sur soi n'a pas de conscience morale. Ces actes n'ont pas à être jugé moralement. Un lion qui dévore une gazelle ne commet pas d'acte mauvais, de meurtre et encore moins de péché.

Dans notre réflexion éthique, c'est bien évidemment la conscience morale qui va nous intéresser mais il faut avoir bien conscience (c'est le cas de le dire) de la diversité, de la complexité de ce concept qui semble banal. Le langage courant à travers toutes ces expressions usuelles rend compte de cela. Par exemple, on parle d'"inconscient", d"inconscience", de "subconscient", d'examen de conscience, d'objection de conscience,  de cas de conscience, de trouble de la conscience, de bonne ou mauvaise conscience, de voix de la conscience, d'un travail consciencieux ou encore  on utilise des expressions du type "agir en conscience", "avoir quelque chose sur la conscience", "prendre conscience", "liberté de conscience"... On le constate, le champ sémantique autour du terme « conscience » est vaste.

 

 

Le mot "conscience" vient du latin cum et scientia qui signifie connaître avec. Ce serait par conséquent, une sorte de témoin qui partage quelque chose de l’événement, d’un témoin qui constate,  qui juge... on parle du  reste de "tribunal de la conscience".

Traditionnellement on distingue de 2 types  de conscience : conscience habituelle et syndérèse (du mot habitus compris comme une disposition intérieure). Tout être humain a un sens moral quasi inné qui consiste à faire le bien et éviter le mal. La syndérèse est un principe de l’âme, elle revêt  un aspect infaillible. Mais nous en parlerons dans une prochaine note. Ici, on voit que la conscience est  liée à la notion de  "loi naturelle".

La conscience actuelle, elle, c’est un dictamen pratique de la raison. Alphonse de Ligori disait qu’il s’agissait d’un « jugement ou verdict par lequel nous jugeons ce qu’il faut faire ici et maintenant, agir bien et faire la mal ». Il s‘agit d’un acte pratique, d’un jugement qui est articulé avec la région des premiers principes.

 

 

Quelques caractéristiques de la conscience.

 

C’est une instance décisive intérieure (nous sommes seuls face à notre conscience). C’est à la fois un don (don de Dieu car l’homme est créé à sa ressemblance et à son image) mais en même temps elle naît, croît, se développe durant la vie humaine.

.Elle a trois fonctions : témoigner, obliger et juger.

C'est le signe de la subjectivité, de l'intériorité. C'est un lieu de liberté de part le fait même que personne ne peut y acccéder, un lieu de conscience de soi, de créativité, d'ouverture à Dieu... Un des fondements de notre dignité humain.

C'est un guide. Le théologie Bruguè utilisait alors l'image de l'étoile qui a guidé les mages et les bergers jusqu'au Christ. Une étoile qui nous guide jusqu'à la vérité. On verra que la quête de la vérité est un point essentiel dans notre compréhension de la conscience.D'autres théologiens ont utilisé l'expression d'"étincelle divine" pour la qualifier. Une étincelle à l'intérieur même de l'âme qui guide l'homme, qui l'éclaire. C'est aussi une voix, un sanctuaire intérieur pour reprendre les images les plus courantes. C'est ce qui permet à l'homme de distinguer le bien et le mal.


C'est aussi un « tribunal » qui nous juge et on ne peut l'éviter. Pensons à Dorian Gray dans le roman d'Oscar Wilde qui même s'il conserve son apparente innocence, candeur et bonté pour les hommes ne peut s'empêcher d'aller contempler son portrait qui reflète l'état véritable de son âme. Il ne pourra lui échapper et il se donnera lui-même la mort en transperçant le tableau. Peut-on fuir sa conscience, l'étouffer totalement tel notre ami Pinocchio qui tuera le grillon du foyer...

 

Si la conscience est une "étincelle divine", elle n'est pas pour autant infaillible... Elle peut se tromper. Si elle naît et croît, cela signifie qu'elle doit être formée, éduquée, éclairée... Quels sont ces moyens pour former sa conscience?

La conscience peut être le signe d'une certaine maturité morale  ( voirles expressions comme Liberté de conscience, prendre conscience...) Du reste on fixe dans l'Eglise, un âge de raison qui est aussi appelé l'âge de discrétion. Les sens plus anciens de ce mot sont intéressants car « être discret », ce n'est pas être « timide, réservé... » mais avoir l'art de la discretio qui signifie: "division, séparation" et "action de discerner, raison, prudence".  C'est ainsi que l'âge de raison, qui n'est autre que l'âge de discretion (c'est-à-dire l'âge où l'enfant peut discerner si un acte est bon ou mauvais) est fixé aux alentours de 7 ans.


Enfin, la conscience, c'est le lieu ultime de la liberté. En tant que sanctuaire, on ne peut le violer sans commettre une très grande faute...

 

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 17:06

A.pngvant d'aborder les vertus morales proprement dites, il est nécessaire de comprendre rapidement ce qu'est une vertu théologale. Pourquoi? Nous pouvons nous référer encore une fois au catéchisme de l'Eglise (n°1812 et 1813): "Les vertus humaines s’enracinent dans les vertus théologales qui adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine (....)" et " Les vertus théologales fondent, animent et caractérisent l’agir moral du chrétien. Elles informent et vivifient toutes les vertus morales. Elles sont infusées par Dieu dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle (...)".

Qu'est-ce que cela signifie? Dieu appelle les hommes, chaque individu à devenir "enfant de Dieu" et à participer à sa nature divine. Cette divinisation de l'homme ou encore cette participation possible à la vie divine est fondamentalement un don de Dieu. C'est purement gratuit de la part de Dieu et sans Dieu c'est impossible. L'homme, on l' a déjà noté à plusieurs reprises, est appelé à grandir en humanité et en cette vie divine. Cette progression ou croissance est possible grâce aux vertus naturelles et aux vertus surnaturelles. Les vertus naturelles, ce sont les vertus morales qui impliquent des efforts de la part de l'homme qui engage sa liberté et sa volonté. Je peux refuser ma vocation profonde à la sainteté, je peux refuser Dieu. C'est la conséquence de notre liberté. Mais, cette croissance est surtout possible grâce aux vertus surnaturelles, aux vertus théologales. Quel que soit l'effort de l'homme qui est absolument nécessaire, la grâce de Dieu est toujours plus importante et essentielle. En bref, la grâce soutient, guide nos efforts aussi minuscules soient-ils.

 

Ces trois vertus théologales ( foi, espérance et charité) sont infuses c'est-à-dire pour parler simplement données par Dieu. Elles ont pour source et objet Dieu. Dieu étant Amour, elles n'ont aucune limite car le déploiement de l'Amour est infini. Les vertus théologales nous sont connues par la Révélation.

 

On ne peut rentrer dans le détail de ces trois vertus mais voici quelques lignes directrices.

 

La foi. La foi est un don et une grâce... Pas forcément évident de penser cela de nos jours mais n'oublions pas que c'est Dieu qui se révèle. C'est toujours lui qui "fait le premier pas". Cela marque ensuite l'adhésion de la personne au Christ et à son Eglise. La foi marque profondément la morale puisque croire au Christ et "adhérer" à son Evangile va impliquer certaines conduites et forcer la personne à en refuser d'autres. C'est très clair dans les épîtres et dans les Actes de Apôtres. Croire implique un changement ( pas forcément radical, l'homme est un homme...) dans sa vie. Le CEC précise: "Mais " sans les œuvres, la foi est morte " (Jc 2, 26) : privée de l’espérance et de l’amour, la foi n’unit pas pleinement le fidèle au Christ et n’en fait pas un membre vivant de son Corps. (...)" Enfin, la foi implique le témoignage et l'évangélisation

 

L'espérance. Se souvenir déjà que l'espérance n'est pas l'espoir! L'espérance c'est fondamentalement désirer le Royaume de Dieu... "Elle répond à l'aspiration au bonheur placée par Dieu dans le coeur de tout homme". Le CEC cite Ste Thérèse de l'Enfant Jésus pour expliciter cette vertu: "Espère, ô mon âme, espère. Tu ignores le jour et l’heure. Veille soigneusement, tout passe avec rapidité, quoique ton impatience rende douteux ce qui est certain, et long un temps bien court. Songe que plus tu combattras, plus tu prouveras l’amour que tu portes à ton Dieu, et plus tu te réjouiras un jour avec ton Bien-Aimé, dans un bonheur et un ravissement qui ne pourront jamais finir"

Vous pouvez aussi lire Charles Péguy.

 

La charité. Toutes les vertus lui sont ordonnées. Foi et espérance disparaitront dans l'éternité mais seule la charité demeurera. C'est vraiment l'essentiel de la loi nouvelle en Christ. C'est l'amour à comprendre comme l'amour "agapé". En grec, vous savez que vous pouvez trouver trois termes pour désigner l'amour: "eros", "philia" et "agapé". L'agapé, c'est (pour faire vite) l'amour désintéressé, l'amour qui se rapporte à Dieu. L'amour-désir lui se rapporterait plutôt  la vertu d'espérance. Par cette vertu, nous aimons Dieu pour Lui-même et notre prochain comme nous même et cela pour l'amour de Dieu. La charité est première dans le sens où elle a une primauté absolue sur toutes les autres vertus.

Là encore je ne peux développer mais vous pouvez relire l'hymne à la charité chez saint Paul et le très beau passage dans la première épître aux Corinthiens au chapitre 13.

 

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 10:27

N.png

 

 

 

 

 

 

  ous avons pu survoler rapidement ces derniers mois les béatitudes telles qu'elles sont présentées dans l'Evangile selon saint Matthieu au chapitre 5. Celles-ci nous renvoient à la notion de "vertu".

Mais qu'est-ce qu'une vertu? Son enseignement a paru un temps dépassé, désuet... Le philosophe MacIntyre dans son Après la Vertu avait quelque peu réhabilité cette notion en lui rendant son intelligibilité. Une réflexion très intéressante qui passe par Aristote, Nietzsche, les vertus au Moyen Age, la morale des Lumières. Son ouvrage se terminait sur un débat entre Aristote/Nietzsche et saint Benoît/Trotsky... tout un programme.

De nos jours, les ouvrages se mulitplient sur les vertus... Une réhabilitation? Une redécouverte? Revenir aux vertus après une  morale trop casuistique ? Revenir à une éthique du bonheur plutôt qu'à une morale de l'obligation façon Kant? Oui, cela me semble capital et là encore, l'enseignement de saint Thomas sera incontournable!

Parler des vertus, c'est déjà savoir de quel type de morale on parle. Je reprendrai les mots de Gilson: " C'est une morale sans obligation, si du moins on considère l'obligation comme s'imposant du dehors. (…) Car la seule obligation que la morale thomiste reconnaisse à l'homme est celle d'être parfaitement homme, étant assuré qu'il sera par là ce que Dieu veut qu'il soit"  ( Saint Thomas d'Aquin, p.12).

 

 

L'homme est fondamentalement un être en devenir. Le chemin des béatitudes  ou le chemin des vertus semble donc être le moyen le plus approprié pour aider l'homme à se développer, à grandir en humanité, en liberté et en responsabilité. Nous nous situons comme le dit Aubert dans une dialectique de la croissance ( pensons aux paraboles de Jésus...). L'homme est ouvert à une infinie de possibilités, les vertus sont avec la loi, la base stable, universelle qui permet ensuite à l'homme de croître en tant qu'homme en sa vocation propre. Les vertus prennent en compte à la fois la dimension universelle (la nature de l'homme, la vocation universelle à devenir saint et à participer à la vie divine) et la dimension singulière de chaque homme.

 

Une vertu est un « habitus ». Le mot ne peut se traduire en français par l'habitude comprise comme une action répétée voire monotone qui sous entend alors que la personne est passive. Un habitus, c'est une disposition acquise, elle engage par conséquent la volonté, la liberté et une décision ferme et résolue. L'habitus s'enracine dans une connaissance ( et une conscience) lucide et éclairée. Je vais ensuite, par ma volonté, tendre vers, par des efforts concrets et réels.

Première distinction: on divise les habitus en habitus opératifs et en habitus entitatifs. Les habitus peuvent s'appliquer à une faculté physique ou intellectuelle. Ce sont alors des habitus opératifs. Les habitus affectant l'être dans sa totalité (santé, état de grâce) sont des habitus entitatifs.

 

Deuxième distinction: les habitus bons et les habitus mauvais.

Les habitus qui affectent la volonté, l'agir moral peuvent êtres bons ou mauvais. S'ils sont mauvais, ce sont des vices. S'ils sont bons, ce sont des vertus.

 

De ces deux premières distinctions, on peut conclure qu'une  vertu est un habitus opératif bon.

 

Troisème distinction: il existe différents types de vertus. J'en releverai trois: les vertus théologales ( foi, espérance et charité), les vertus intellectuelles et les vertus morales ( où il faudra préciser les vertus cardinales: prudence, justice, force et tempérance). Les vertus morales qui vont nous intéresser davantage sont celles qui perfectionnent les actes de la volonté et contrairement aux vertus intellectuelles, elles perfectionnent l'homme en soi.

 

Quelles sont les propriétés de l'habitus?

  • Il apporte une plus grande stabilité dans l'agir.

  • Il permet la maîtrise du comportement qui est alors mieux adapté au but.

  • Il apporte de l'aisance dans l'agir et engendre davantage de joie.

  • Il a un retentissement général sur l'être "global".

  • Il montre l'importance de l'effort humain... Volonté et liberté humaines sont mises en valeur.

C'est un perfectionnement de l'être tout entier!



SaintPierre.png

 

 

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:35

P.pngour répondre très rapidement à une question que l'on me pose souvent. Cette question surgit lorsque l'on parle du "je confesse à Dieu". Si vous vous souvenez bien, on dit à un moment donné: " je reconnais devant mes frères que j'ai péché, en pensée, en paroles, en action et en omission..."

Lorsque je demande que l'on m'explique cette formule " en action et en omission"... On me répond invariablement ce sont les péchés que j'ai "oublié" et que j'ai commis mais dont je ne me suis pas rendu compte. En gros, je fais le mal mais je ne le sais pas ou je fais tellement de choses mauvaises que je ne peux me souvenir de tout mais Dieu lui sait alors je m'en confesse.

Erreur, erreur...

 

Rappelons d'abord ce qu'est un péché. Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (CEC) le définit ainsi à l'article 1849: "Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme " une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle " Notez aussi rapidement que ce n'est pas l'attachement aux biens qui est condamné, ce qui n'aurait aucun sens là encore, mais "un attachement pervers". Terme qu'il nous faudrait préciser mais qui rejoint le désir désordonné.

Puis les articles qui suivent montrent que la diversité des péchés est grande et qu'on  peut les distinguer de différentes manières.

D'abord selon " leur objet, comme pour tout acte humain, ou selon les vertus auxquelles ils s’opposent, par excès ou par défaut, ou selon les commandements qu’ils contrarient. "

On peut aussi distinguer les péchés selon qu'ils concernent Dieu, le prochain ou soi-même.

On peut encore distinguer les péchés charnels et les péchés spirituels.

Enfin, on peut distinguer les péchés en pensée, en paroles, en action et en omission.

 

La formule du Confiteor nous renvoie donc à une manière de distinguer les péchés. Cette distinction ne renvoie pas à la question de la gravité du péché qui elle permet de dire s'il s'agit d'un péché véniel ou d'un péché mortel. Et j'ajouterai le péché contre l'Esprit bien qu'il ne renvoie pas directement à la gravité.

 

Le péché contrairement à l'acte mauvais implique une certaine conscience de l'acte mauvais. Par exemple, un enfant de trois ans qui vole commet un acte mauvais car le vol par son "objet" est un un mal mais il ne commet pas un péché car il n'a pas conscience de faire quelque chose de mal surtout si on ne lui a pas appris que cela était mal. L'éveil de la conscience, c'est-à-dire de la connaissance du bien et du mal se fait petit à petit. L'éducation de la conscience est quelque chose de très important au sein de la famille,de l'école et de la catéchèse pour cette raison

Comment ensuite demander pardon pour quelque chose dont je ne me souviens plus? cela n'a aucun sens et surement peu de valeur. Le péché est une résultante d'une action libre et volontaire...

 

Quelle est alors cette distion "en action et en omission". Et bien, le péché en action, c'est commettre le mal: voler, mentir, médire, calomnier, égorger quelqu'un...

L'omission? Et bien, dans tel cas, je n'ai pas fais le bien, je n'ai pas posé un acte bon alors que j'aurai pu et que je le savais: pour le service non rendu, pour la parole de consolation non donnée... Cela implique que j'avais la posssiblilté d'intervenir, que j'avais le devoir moral d'intervenir et que je n'ai volontairement pas agi (Cf. Bruguès, Dictionnaire de morale).

Notez en effet que toute action bonne ne s'impose pas d'emblée et que j'ai pu jugé bon de ne pas poser tel acte bon pour ne pas interférer sur une conséquence ou un autre acte jugé plus important.

Ce péché d'omission est complexe... Pour mieux saisir ce type de péché, vous pouvez vous appuyer sur la parole évangélique en saint Matthieu: " j'étais malade et tu ne m'as pas visité, j'étais pauvre et tu ne m'as pas aidé, j'étais nu et tu ne m'as pas vêtu- ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petites de mes frères, à moi non plus vous ne l'avez pas fait."

 

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 18:48

H.pngeureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, parce que le Royaume des cieux est  eux.

 

Comme d'habitude, cette béatitude est à comprendre avec la précédente. Elle est en continuité avec la béatitude des pacifiques, quasi sa conséquence logique: "De ce royaume, où la paix et l'ordre sont dans leur plénitude, est exclu le. prince de ce siècle qui domine les coeurs pervers et rebelles à l'ordre. Cette paix intérieure une fois établie et consolidée, quelles que soient les tempêtes excitées par celui qui a été jeté dehors, elles ne font qu'augmenter la gloire qui est selon Dieu; rien ne s'ébranle dans l'édifice; et l'impuissance des machines dressées contre lui fait voir avec quelle solidité il est construit à l'intérieur. Voilà pourquoi on lit ensuite : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu'à eux appartient le royaume des cieux. »" ( Saint Augustin, Explication du Sermon sur la Montagne, chapitre III)

Nous parvenons au but de notre échelle des vertus. Le bonheur promis ici est celui de l'avènement du Royaume en nos vies! Si comme saint Jérôme le fait remarquer cette béatitude exprime le martyre, elle est cependant à saisir dans un sens plus vaste. Le mot "martyre" signifie témoin". Saint Jean Chrysostome nous interpelle en nous demandant de réfléchir non pas à la question " qui me persécute?" mais "pourquoi l'on nous persécute?". La persécution remarque t'il peut venir de l'intérieur même du peuple de Dieu si, par exemple, nous dénonçons le péché et le mal. Ce n'est pas sans nous rappeler le discours récent de Benoît XVI à Fatima.

Complétons par une petite réfléxion de Chromace d'Aquilée: " On ne peut douter, mes Frères, que l'envie soit toujours la compagne du bien accompli. En effet, sans parler ici de la cruauté des persécuteurs, quand on se met à observer une stricte justice, à combattre l'arrogance, à appeler les incroyants à se mettre en paix avec le Seigneur, quand de plus, on s'écarte des hommes qui vivent dans les futilités et dans l'erreur, aussitôt surgissent les persécutions; il est fatal que s'élèvent les haines, et que la jalousie se mette à déchirer. Ainsi le Christ amène t-il finalement ses auditeurs à ce suprême degré, à cette cime, à ce sommet où il n'y a pas seulement support de la souffrance, mais aussi joie de mourir." (Sermon I, Sources chrétiennes, n°154)

 

De plus comme le note Saint Augustin, ce n'est pas la souffrance qui fait le martyre mais la cause ( sermons 327 et 328)... Pourquoi nous persécutons-nous? Le Christ a souffert une seule Passion, un seul supplice et pourtant notre auteur insiste sur le fait que nous sommes en présence de trois croix à la Passion c'est-à-dire qu'il existe des causes différentes. Dans son sermon sur la Passion pour le vendredi Saint (sermon 248), il montre que ce n'est pas seulement pour nous sauver de nos péchés que le Christ est mort sur la croix mais que le Christ nous révèle autre chose: "D'abord, si après avoir été condamné à être crucifié, il a porté lui-même sa croix , c'était pour nous apprendre à vivre dans la réserve et pour nous montrer, en marchant en avant, ce que doit faire quiconque veut le suivre. Du reste il s'en est expliqué formellement. «Si quelqu'un m'aime, dit-il, qu'il a prenne sa croix et me suive  ». Or, c'est en quelque sorte porter sa croix que de bien gouverner cette nature mortelle.S’il a été crucifié sur le Calvaire,  c'était pour indiquer que par sa passion il remettait tous ces péchés dont il est écrit dans un psaume : « Le nombre de mes iniquités s'est élevé au-dessus des cheveux de ma tête ».Il eut à ses côtés deux hommes crucifiés avec lui ; c'était pour montrer que des souffrances attendent et ceux qui sont à sa droite, et ceux qui sont à sa gauche; ceux qui sont à sa droite et desquels il dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice» ; ceux qui sont à sa gauche et dont il est écrit : « Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien »."

 

Pourquoi nous persécutons-nous? Est-ce pour le Bien? Si c'est une bonne cause, il faut alors continuer à avancer. Il nous faut suivre le Christ qui nous conduit vers le Père. Il nous faut avancer comme le Christ à marcher le vendredi saint. Ce qui implique de  nous relever lorsque nous tombons. Il nous faut nous  tourner vers notre  fin dernière. Pour cela, il  me faut me  détourner du mal ou de tout ce qui m'éloignerait du Bien, en d'autres termes de Dieu. Que vise t'on dans cette béatitude? Le Royaume de Dieu c'est-à-dire que l'on doit orienter notre désir vers Dieu comme Bien et comme fin. Notre désir orienté alors vers des fins spirituelles nous invite par conséquent à nous détourner des biens superficiels. Porter sa croix, ce n'est pas accepter passivement les souffrances que peut nous apporter malheureusement notre existence terrestre mais maîtriser, dominer ce qui pourrait nous détourner de notre but et réajuster sans cesse notre désir profond qui nous pousse vers Dieu. Ce désir nous conduira à la joie de posséder et de parvenir au Royaume de Dieu: "Tout ce qui vous attaque vous délivre, vous délivre du péché, pour vous établir en Dieu. Voilà quel est le fruit de la persécution : à cause du fruit, aimons donc la fleur " écrivait saint Grégoire de Nysse ( Des béatitudes  VIII). L'Evangile nous guide sur ce chemin, Il parle de "justice". Bien entendu, de la justice aux yeux de Dieu.La justice, vertu cardinale, nous tourne à la fois vers Dieu et vers le prochain et en particulier la défense du prochain.

 

Saint Augustin monte enfin la cohérence de l'ensemble et comment cette dernière béatitude nous ramène ou nous renvoie à la première. Notre évêque, qui affectionne particulièrement le chiffre 7, prépare ainsi son parallèle entre les béatitudes, les 7 dons du Saint Esprit et les 7 demandes du Notre Père.

Que dit-il? "La huitième béatitude rentre, pour ainsi dire, dans la première ; aussi dans l'une et l'autre nomme-t-on le royaume des cieux.Bienheureux les pauvres d'esprit parce qu'à eux appartient le royaume des cieux ; » puis Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu'à eux appartient le royaume des cieux ». C'est déjà dire : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? » Est-ce la tribulation ? est-ce l'angoisse? est-ce la persécution ? est-ce la faim ? est-ce la nudité ? est-ce le péril ? est-ce le glaive  ? » Il y a donc sept degrés dans le travail de la perfection ; car le huitième résume tout dans la gloire, fait voir ce qui est parfait et revient au premier, afin de parfaire les autres degrés par le premier et le dernier."

 

SaintPierre.png

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 20:28

H.pngeureux ceux qui font oeuvre de paix, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu."

 

 

L'oeuvre propre du mal est de diviser. Par exemple le mot "satan" désigne l'"adversaire" ou encore celui qui s'oppose mais le mot "diable" désigne celui qui divise, qui sépare...Le propre du chrétien sera donc à l'exemple du Christ d'unifier, de rassembler c'est-à-dire d'être un "artisan de paix".

La "récompense" de cette vertu va dans ce sens, "ils seront appelés fils de Dieu". Saint Jean Chrysostome disait à ce sujet: " Ils seront, dit-il, «appelés enfants de Dieu; » ça a été en effet l’oeuvre propre du Fils unique de Dieu, de réunir ce qui était divisé, et de réconcilier ceux qui étaient ennemis."

 

Mais Léon le Grand, dans ses Sermons, précise que cette paix décrite par les Ecriture ne renvoie pas uniquement à une simple entente entre les hommes. Il s'agit dit-il d'être en paix avec Dieu. Cette paix n'est possible que si l'homme fait la volonté du Père. Elle trouve son origine en Dieu.

Ainsi, il écrit: " Même des amis unis par les liens les plus étroits, même des esprits si semblables qu'on ne peut les distinguer ne peuvent prétendre en vérité à une telle paix, s'ils ne sont pas en accord avec la volonté de Dieu. Indignes de la paix sont les unions de désirs malhonnêtes, les accords visant au crime et les pactes au profit du vice. L'amour du monde ne peut s'accorder avec l'amour de Dieu et celui qui ne brise pas son ascendance charnelle ne parviendra pas à partager la société des enfants de Dieu." Bref, l'homme qui reste uni à Dieu peut être en paix: " Voilà les pacifiques, voilà ceux qui n'ont qu'une âme selon le bien et sont saintement unis de coeur, dignes d'être éternellement appelés « fils de Dieu », « co-héritiers du Christ » ( Rm 8, 16-17).L'amour de Dieu, joint à l'amour du prochain, leur obtiendra, en effet de ne plus ressentir aucune attaque adverse, de ne plus craindre aucun scandale, mais, une fois terminé le combat de toutes les tentations ( Lc 14, 13), de se reposer dans la plus sereine des paix, la paix de Dieu (...)"

 

Que dit notre bon Chromace d'Aquilée à propos des "artisans de paix"? Il rappelle lui aussi l'importance de ramener la paix, de réconcilier les hommes qui se disputent pour des questions d'ordre terrestre: "vaine gloire", "biens terrestres"...etc. mais insiste sur le fait qu'il s'agit d'une paix d'un autre ordre qui sera celle d'éclairer ceux qui se trompent sur les questions de foi (hérétiques et païens) et de ceux qui s'égarent dans le péché ( ceux qui quelque part sont divisés en eux-mêmes": " Nous devons comprendre qu'il y a une oeuvre de paix bien meilleure et plus haute: je veux parler de cet enseignement assidu qui amène les païens, ennemis de Dieu, à faire la paix; c'est aussi rétablir la paix que de corriger et de réconcilier les pécheurs avec Dieu par la pénitence, de remettre dans le droit chemin les hérétiques rebelles, de ramener l'unité et à la paix ceux qui sont en désaccord avec l'Eglise. Vraiment, de tels artisans de paix ne sont pas seulement bienheureux, mais bien dignes du nom de fils de Dieu; imitant, en effet, le Fils de Dieu lui-même, le Christ, que l'Apôtre nomme notre paix et notre réconciliation ( Eph 2, 14-16 et 2Co 5, 18-19), il leur est donné de participer à son nom."

 

 

  Saint Augustin nous rappelle que le pacifique est celui qui avant tout "ne résiste pas à Dieu". L'enfant ressemble à son Père. L'artisan de paix est celui qui accomplit la volonté de Dieu. Par conséquent, il "règle les mouvements de son âme" pour dominer, maîtriser "les appétits de sa chair" et être "enfant de Dieu" et non plus semblable aux animaux. L'oeuvre de paix est donc avant tout une oeuvre personnelle et intérieure. Il s'agit d'établir en notre coeur "la paix intérieure". Malgré les tempêtes comme dit l'évêque d'Hippone, malgré les obstacles nous glorifierons Dieu. On comprend bien que la pacification intérieure tend à augmenter notre ressemblance à Dieu et par conséquent à être davantage fils de Dieu et à la glorifier en vérité.

 

 

 SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article
25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 19:33

N.pngous pouvons poursuivre notre méditation des dons du Saint Esprit avec Saint Bernard qui nous offre un très beau sermon en 7 paragraphes où il explicite les 7 dons.

 

Ne soyez pas surpris par le fait que Saint Bernard utilise le mot "grâce" à la place de celui de "don". C'était ainsi, comme je le vous faisais remarquer hier, qu'au Moyen Age on nommait les dons du Saint Esprit. Ce sont des "gratia data".

 

Il débute par le don de la "crainte de Dieu" ce qui semble assez logique au sens où en fin de compte il renvoie au premier commandement qui est adorer Dieu. Ce don qu'il appelle "grâce" permet à l'homme de détester le mal et le péché. En prenant l'exemple de Job, il montre que l'homme qui craint Dieu se détourne du mal. Pourquoi place t-il le don de la crainte de Dieu en premier? et bien parce que cette grâce est "racine et gardienne de tous les biens". L'homme qui ne la possède pas ne peut produire et développer aucun bien. Il rapproche ce don de la première des vertus des béatitudes qui est la "pauvreté en esprit" sans laquelle rien d'autre n'est possible: "Cette crainte divine, rend, soumis à la pauvreté, celui qu'elle pénètre parfaitement et elle l'éloigne du mal. Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des béatitudes: C'est de cette pauvres que le Seigneur a dit, en la plaçant comme le fondement des autres vertus : « Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (Matth. V, 3). »"

 

" Le deuxième don est l'esprit de piété, semblable à la seconde béatitude de l'Evangile dont le Seigneur a dit : «Heureux ceux qui sont, doux, car ils posséderont la terre (Ibid.)."

Il lie ainsi à la piété la douceur et l'humilité en montrant que rien d'autre ne peut advenir sans les acquérir: "Sans l'humilité; toutes les autres vertus ne peuvent servir de rien. Aussi le bienheureux pape Grégoire, dit-il l'homme qui rassemble des vertus sans l'humilité, est comme celui qui porte de la poussière en plein vent. Car de même qu'un vent violent disperse la poussière et l'emporte, ainsi tout bien sans l'humilité est emporté par le vent de la vaine gloire. Un pécheur humble, est de beaucoup préférable au juste arrogant. "

 

Vient ensuite le don de science qui correspond à la troisième béatitude. Il nous fait reconnaître notre condition, notre péché. Cette connaissance provoque en nous "douleur" et "pleurs".

 

Saint Bernard poursuit avec le don de force qu'il met en parallèle avec la béatiude de l'assoiffé et de l'affamé de justice. C'est la force qui nous est donnée contre les obstacles, contre l'adversité: "Cet esprit supporte toutes les attaques de la malice d'autrui, et fortifie contre les pièges des ennemis. Aussi l'Époux, en faisant l'éloge de son épouse, dit-il: « Vous êtes belle, mon amie, suave et belle comme Jérusalem, redoutable comme une armée rangée en bataille (Cant. VI, 3). »"

"Le cinquième don est l'esprit de conseil, qui fait avoir pitié et compassion des autres, il correspond à la cinquième béatitude : « Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde (Matth. V, 7) » (...) Nous pratiquons cette vertu en trois manières principales, ou bien quand nous accomplissons les six oeuvres que nous lisons dans l'Évangile, ou bien quand nous nous appliquons à corriger et à ramener dans le bien ceux qui s'en sont écartés, ou bien quand nous pardonnons facilement les injures qui nous ont été faites. C'est le second mode de clémence: je veux dire l'esprit de conseil, qui a porté Dieu à s'anéantir lui-même, à prendre la forme de serviteur, afin de pouvoir ainsi corriger la brebis égarée et la ramener à son propre bercail. "

Bref, c'est le don qui nous aide à discerner et à faire le bien. Ce qui est très beau ici c'est que le Bien est rapprochée de la Miséricorde. Discerner le bien selon Dieu c'est faire preuve de miséricorde... Il nous aide mais nous conduit à guider et à aimer notre prochain.

Pour le discernement, notre abbé précise: "Il y a aussi une autre manière de conseiller, je veux parler de la vertu de discernement, par laquelle nous distinguons les vertus réelles de celles qui sont fausses et palliées, et par laquelle aussi nous reconnaissons Satan, l'auteur de l'hypocrisie. "

 

Le don d'intelligence renvoie quant à lui à la pureté du coeur. On comprend alors qu'il ne s'agit pas de capacités intellectuelles genre premier de la classe qui a bossé comme un fou pour maîtriser tout son sujet.  L'esprit purifié peut comprendre " les choses divines et mystiques". C'est ainsi que les enfants, que des personnes très simples intellectuellement comme sainte Bernadette ou encore ceux qui ont médité longuement la Parole de Dieu ont accès à de plus profondes connaissances de Dieu que certains grands intellectuels. Saint Bernard nous prodigue alors ce conseil: "L'homme qui veut avoir une intelligence pure et lucide, doit donc s'appliquer à écarter les fantômes et les brouillards des mauvaises pensées, et à conserver son coeur en toute diligence et précaution. Aussi le même Salomon a-t-il écrit: «Gardez votre coeur avec to•ite l'attention possible, parce que c'est de lui que procède la vie (Prov. IV, 13). »"

 

Enfin le don de sagesse, "c'est une saveur intérieure et un goût très suave" écrit notre moine qui cite alors les psaumes: "Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur!".

Il nous rappelle la joie extrême de celui qui contemple Dieu: "Cette septième grâce se rapporte à cette béatitude véritable, dont le Seigneur a dit : « Bienheureux ceux qui sont pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (Matth. V, 9).» Effectivement, ceux qui ont l'esprit calme et serein, goûtent plus doucement et voient plus clairement. Car, plus un homme est sage, plus il se montre sage"

 

Il termine son homélie de la sorte: "(...)les sept grâces sont les sept femmes qui prirent un seul homme ; les sept esprits qui se reposent sur une fleur; les sept flammes qui brillent sur les chandeliers ; les sept yeux placés sur la pierre, les sept esprits qui se tiennent devant le trône de Dieu. "

 

SaintPierre.png

 

Repost 0
Published by Jacquotte - dans Ethique
commenter cet article