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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 20:08

N.pngous n'avons pas encore terminé de parler des béatitudes et des vertus mais en cette période de Pentecôte, je ne peux m'empêcher de faire une petite entorse... Nous parlerons donc des 7 dons du Saint Esprit que nous pourrons retrouver en Isaïe11,2.

 

Saint Augustin déjà a fait un parallèle entre les béatitudes, les dons du Saint Esprit et les 7 demandes du Notre Père. Nous reviendrons prochainement sur cette question. Saint Thomas d'Aquin, même s'il ne procède pas de la manière, aborde la question des dons de l'Esprit Saint dans la première section de la seconde partie soit au même endroit que la question de la béatitude, des actes humains, passions, vertus, vices, béatitudes et fruit de l'Esprit Saint.

Saint Thomas d'Aquin traitera des dons à la question 68 et des fruits à la question 70 de sa Somme.

 

Pour commencer, notons que "Les dons du Saint Esprit perfectionnent l'homme dans ce qui a trait au bien vivre." Ce qui n'est pas rien! Notre docteur précise aussi le lien entre vertus théologales ( foi, espérance et charité) et les dons du Saint Esprit. Lisons ce passage qui se révèle être très intéressant:

"L'esprit de l'homme n'est pas mû par le Saint Esprit sans lui être  uni de quelque manière, comme l'instrument n'est pas mû par l'artiste si ce n'est au moyen d'un contact ou d'un autre mode d'union. Or la premère union à Dieu se fait par la foi, l'espérance et la charité. C'est pourquoi ces vertus sont présupposées aux dons: elles sont comme les racines des dons. De là vient que tous les dons se rapportent à ces trois vertus, ils en sont pour ainsi dire des dérivations."

Les dons du Saint Esprit "occupent dans la doctrine thomasienne une place de choix et il importe de bien voir leur rôle dans la vie spirituelle du chrétien" écrit Jean Pierre Torrell dans son Saint Thomas d'Aquin, maître spirituel (tome 2, p. 274).  Mais il nous faut bien préciser ce qu'ils sont et comment ils se distinguent des vertus et entre autres des vertus théologales qui sont elles aussi des "dons". Quelle distinction faire? Continuons avec saint Thomas et le commentaire du père Torrell:

" Ces perfecions sont appelées des dons, non seulement parce qu'elles sont infusées par Dieu, mais parce que, grâce à elles, l'homme est rendu parfaitement disponible (prompte mobilis) à l'inspiration divine (...) Le philosophe (entendez Aristote) dit lui aussi que ceux qui sont mus par un instinct divin n'ont pas é délibérer selon la raison humaine; ils n'ont qu'à suivre l'instinct intérieur car ils sont mus par un principe meilleur que la raison humaine.

(...) alors que la vertu, même infusée par Dieu, reste encore à la disposition de la personne, qui peut en faire usage plus ou moins généreux, le don met son bénéficiairee dans une situation de parfaite docilité à l'égard de l'action du Saint Esprit. Il est dans un tel état de dépendance et de spontanéité à la fois, à l'écoute de l'opération divine en lui, qu'il n'a plus à se soucier du jugement de la raison; il est mû par un instinct supérieur qui l'addure d'être dans le vrai et le bien-même dans les choses les plus folles."

 

Explicitons un peu ces dons que nous avons déjà cités hier: la sagesse, la science, l'intelligence, la force, le conseil, la crainte de Dieu et la piété filiale en oubliant pas que c'est toute la vie spirituelle qui est "sous la mouvance totale et constante de l'Esprit Saint" et qu'ils sont donnés à tous et tous en même temps! Ce sont les "charismes" qui sont aussi des dons et que la scolastique nommait des "gratia datae" (grâces) qui sont donnés à l'un ou à l'autre selon les besoins de la communauté et qui ne sont pas nécessaires au salut contrairement aux 7 dons.

Le don de crainte est associé à la vertu de tempérance dans la mesure où le don de crainte nous éloigne aussi des plaisirs mauvais car nous craignons Dieu. En sachant que la crainte de Dieu n'est pas la peur de Dieu mais renvoie à l'amour, au respect que nous portons à Dieu. C'est-à-dire que nous reconnaissons Dieu comme notre seule fin, notre Bien et que nous nous détournons par conséquent des biens mauvais qui nous éloigneraient de Dieu.

Le don de piété filiale "rappelle la révérence que nous avons pour notre père". Nous reconnaissons que Dieu est notre Père et nous l'aimons d'un amour filial. Nous reconnaissons que seul Dieu mérite un culte, nous glorifions Dieu.

Les dons de sagesse, d'intelligence et de science La sagesse est ce qui nous permet de contempler Dieu, de contempler la vérité qui est en Dieu alors que le don d'intelligence renvoie à l'intelligence de la foi qui  nous permet de saisir les mystères divins auxquels nous ne pouvons avoir accès par la simple raison. Le don de science nous renvoie à la connaissance bien entendu mais il s'agit de la connaissance vraie des choses créées qui sont ordonnées à Dieu comme Bien suprême c'est-à-dire comme origine et fin.

Saint Thomas écrit à leur sujet: " La sagesse et la science peuvent d'abprd être considérées comme grâces uniquement données. On veut dire par là que quelqu'un abonde tellement dans la connaissance des réalités divines et humaines qu'il puisse et instrure les fidèles et réfuter les adversaires.(...) Mais la sagesse et la science peuvent être envisagées autrement, comme dons du Saint Esprit. A ce point de vue, elles ne sont pas autre chose que des perfections de l'esprit humain par lesquelles celui-ci est préparé à suivre l'impulsion du Saint Esprit dans la connaissance des choses divines ou humaines. Et sous cet aspect il est clair que de tels dons existent chez tous ceux qui possèdent la charité."

Le don de force. C'est ce qui nous permet de vaincre les obstacles, de trouver le courage de rester fidèle à Dieu et à sa loi. Saint Thomas s'appuie pour saint Grégoire pour dire que la force "ne craint pas l'adversité", " nourrit la confiance"...

Le don de conseil. C'est un don qui nous aide dans le discernement, à saisir le bien et le mal sous le regard de Dieu. Saisir ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à son bien propre et à celui de son prochain. Il "évite la précipitation" (souvent mauvaise dans le discernement) précise le docteur angélique et "remplit l'âme de raison".

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 16:21

H.pngeureux les coeurs purs car ils verront Dieu.

 

Cette béatitude est peut-être une des plus grandes. Elle annonce ce que l'on appelle "la vision béatifique". Comme nous le rappelle la chanson, c'est ce que recherche le saint, c'est ce qui nous apportera la vrai joie:"Je veux voir Dieu, ... joie sans fin des bienheureux!"

Ecoutons plutôt Saint Léon derechef qui est d'une grande éloquence pour cette béatitude:" quelle grande félicité, bien-aimés, que celle pour laquelle on prépare une telle récompense! Qu'est-ce donc qu'avoir le coeur pur, sinon, s'appliquer aux vertus dont il a été question plus haut? Mais à voir Dieu, quel esprit pourra concevoir, quelle langue exprimer ce qu'est un tel bonheur? C'est pourtant ce qui lui arrivera lorsque la nature sera transformée: ce ne sera plus d'un miroir ni d'une manière confuse, mais ce sera face à face ( 1 Co 13, 12), qu'elle verra, «  telle qu'elle est » ( 1Jn 3, 2), la Divinité elle-même qu'aucun être humain n'a jamais pu voir ( Jn 1, 18); alors, dans la joie ineffable d'une éternlle contemplation, elle possèdera «  ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au coeur de l' homme. » ( 1 Co 2, 9)"

 

Saint Thomas dans la Somme Théologique (q.69 sur les béatitudes, article 4 dans la deuxième partie) note qu'avec cette béatitude nous parvenons aux béatitudes qui  "se rapportent à la félicité ou à la béatitude de la contemplation. " même s'il remarque dans les solutions à la suite de Saint Jean Chrysostome que toutes les récompenses décrivent la même chose: la vie éternelle. Cependant, on peut observer une progression dans les récompenses et ainsi " c'est une plus grande chose que de voir Dieu, de même que celui-là est plus grand qui est admis non seulement à manger à la cour du roi, mais aussi à le voir face à face".

La vision béatifique est l'objet même de la vertu théologale d'espérance. C'est pour cela qu'au ciel, foi et espérance disparaîtront au moment même où nous contemplerons Dieu face à face et seule la charité demeurera. C'est ce que nous a appris Saint Paul dans ses épîtres.

 

 

"Car nous voyons à présent dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors ce sera face à face. A présent partielle est ma science; mais alors je connaîtrai tout comme je suis connu. Maintenant donc demeurent la foi, l'espérance et la charité, ces trois-là, mais le plus grand, c'est l'amour." ( 1 Co, 13, 12-13)

 

Saint François de Sales dans son Traité de l'Amour de Dieu traite en plusieurs lieux de la "vision de la divinité" et ce n'est que joie et enthousiasme qui ressortent de ces lignes: " Mais au ciel, Théotime, ah! mon Dieu, quelles faveurs! La divinité d'unira elle-même à notre entendement, sans entremise d'espèce ni de représentation quelconque; mais elle s'appliquera et se joindra elle-même à notre entendement, se rendant tellement présente à lui, que cette intime présence tiendra lieu de représentation et d'espèce. O vrai Dieu, quelle suavité (...) Nous serons là comme des enfants très-heureux de la divinité, ayant l'honneur d'être nourris de la propre substance divine, reçue en notre âme par la bouche de notre entendement..." Il cite alors ce verset magnifique en Osée 2, 14: " Je la mènerai en la solitude, et je parlerai à son coeur et je l'allaiterai."

Ce qui est intéressant, c'est que notre évêque de Genève rapproche ce bonheur de l'eucharistie: " Bonheur infini, Théotime, et qui ne nous a pas seulement été promis, mais dont nous avons un avant-goût au très saint sacrement de l'Eucharistie, festin perpétuel de la grâce divine...."

N'oublions pas en effet que les récompenses et les promesses des béatitudes sont déjà en action. Ce ne sont pas que des promesses futures qui impliqueraient que le bonheur n'est pas possible ici-bas. Ecartons la critique marxiste qui voyait justement dans ces promesses futures une raison pour supporter tout ici bas et qu'ainsi la religion n'était qu"opium" pour endormir le peuple opprimé. Cela n'a pas de sens. Le Royaume de Dieu est déjà présent depuis la Passion-Résurrection du Christ. Et justement, tout notre agir moral doit tendre à rendre toujours plus actuel ce Royaume. C'est cela aussi l'exercice des vertus.

 

Si notre contemplation du mystère de Dieu reste encore imparfaite sur cette terre, elle est déjà source de joie: "On ne contemple pas de la même manière ici-bas et au ciel. Mais on dit que la vie contemplative demeure, à cause de la charité qui est son principe et sa fin. C'est la pensée de Saint Grégoire: "La vie contemplative commence ici-bas pour trouver au ciel son achèvement. Car le feu d'amour qui commence à brûler ici-bas, mis en présence de son objet, jettera de plus vives flammes d'amour" (St Thomas d'Aquin, Somme Théologique, q.180).

Notre vision de Dieu commence donc ici-bas. Beaucoup de "moyens" nous sont offerts... Contemplons-le dans sa Parole (Bible), contemplons-le dans ses sacrements, contemplons-le dans l'eucharistie, contemplons-le en nous dans l'oraison, contemplons-le dans les autres qui sont "images" de la Trinité (combien plus lorsqu'ils ont communié!).

Cette contemplation de Dieu n'est pas sans risque... certains feront l'expérience de la nuit et comme le note Saint Thomas à la suite de saint Augustin certains sortiront "boîteux". Pourquoi cette image? Il se réfère à la lutte de Jacob avec l'ange. Notre docteur de l'Eglise voit dans ce récit, le récit d'un homme qui contemple son Dieu. A la fin de cette lutte, Jacob recevra le nom d'"Israël" et se sera blessé à la hanche. Pourquoi, Saint Thomas cite St Grégoire: " parce qu'il est nécessaire que l'amour du monde faiblisse pour que l'amour de Dieu devienne plus robuste. Et c'est pourquoi, lorsque nous avons goûté la suavité de Dieu, une de nos jambes restent saine, tandis que l'autre boite. Car tout homme qui boite d'une jambe s'appuie seulement sur la jambe saine."

Il nous faut donc dans la contemplation quotidienne, changer notre regard et notre coeur. La pureté du coeur ne peut être donnée, reçue que dans la contemplation du Dieu pur. L'agir, l'action n'est efficace que si nous contemplons... Comment être "actif "si nous ne prenons pas des forces à la source et si nous n'orientons pas nos actes vers notre but?

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 16:32

H.pngeureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde"

 

 

Avec saint Augustin, on peut rappeler à la fois notre richesse, notre grandeur et notre extrême pauvreté. L'homme doit en premier lieu être "pauvre" nous l'avons vu mais ici la pauvreté est encore approfondie et cela dans un but bien précis, il faut se laisser "remplir" par l'amour de Dieu. Il nous faut demander "l'aumône" à Dieu. C'est ainsi qu'il écrit au sermon 53:" remplissez de votre abondance le vide des pauvres, et le vôtre sera rempli de la plénitude de Dieu".

Augustin met en évidence le fait que ce sont les oeuvres de miséricorde qui seront semence dans la Cité de Dieu. Nous semons ici bas avec la miséricorde pour moissonner en haut! Que nous faut-il faire? deux lignes directrices qui ne sont qu'une: la miséricorde et le don.

La justice découverte à la béatitude précédente s'incarne directement dans des actes. L'aumône, le don et la miséricorde envers autrui. Dieu est misérircodieux, nous sommes  l'image de Dieu, nous devons avoir des coeurs miséricordieux qui nous rendent encore plus semblables à Dieu: " La Miséricorde ( Ps 58,18) te veut miséricordieux, la Justice ( 1Co 1, 30) te veux juste afin que le Créateur apparaisse dans sa créature et que, dans le miroir du coeur humain, resplendisse l'image de Dieu reproduite en traits ressemblants. Sois assurée, foi de ceux qui accomplissent les oeuvres ( Ga 5, 6 et Jc 2, 20): ce que tu désires te seras présent et tu jouiras sans fais de ce que tu aimes" ( Saint Léon le Grand, Sermon 4).

Mais comme nous le rappelle à juste titre Chromace d'Aquilée, on ne peut donner que ce que  nous avons reçu nous-mêmes, ce qui nous a été auparavant donné: "  Nul ne peut rien donner aux autres qu'il ne soit d'abord donné à lui-même. Donc, après avoir obtenu pour lui miséricorde et profusion de justice, il commence à souffrir au spectacle des malheureux, et se met à prier pour les autres pécheurs. Devenu miséricordieux même envers ses ennemis, il se préparera, par une telle bonté, une belle réserve de miséricorde lors de la venue du Seigneur". Prions-nous pour les autres? Secourons-nous les autres? ou contentons-nous de les juger? L'aide aux autres peut être parfois perverse et dénuée de miséricorde, elle  ne peut être que glorification de nos propres actes et de notre attitude ou aide remplie de jugement! Attention...

 

Pour bien saisir ce qu'est la miséricorde de Dieu, nous pouvons nous référer au grand docteur de l'Eglise qu'est sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la sainte Face, petite carmélite de Lisieux. Thérèse insiste sur le primat de la miséricorde de Dieu. Ce qui n'était pas encore évident à son époque (ni du reste à la nôtre parfois...). Elle montre que notre ascèse, nos efforts pourront être très nombreux mais seront toujours insuffisants pour monter jusqu'à Dieu et goûter ses merveilles. Elle nous révèle avec force que Dieu n'est pas un Dieu qui accuse et qui juge, Il est Dieu Amour et Miséricordieux. Qu'est ce que cela signifie concrètement? Que notre péché n'est pas un obstacle. Il faut se laisser envahir par l'Amour de Dieu. Si l'homme à faim et soif de Dieu, Dieu a soif de déverser son Pardon dans le coeur de l'homme, Il a faim en quelque sorte de l'homme. La Justice de Dieu est assumée dans l'Amour de Dieu. On ne peut concevoir le jugement dernier et le jugement divin sans saisir que Dieu est Amour et Miséricorde. En Dieu, il n'y a que l'Amour nous rappelle les grands mystiques du Carmel.  Il nous faut voir plus loin que le péché et nous jeter dans les bras de Dieu pour chanter, louer et remercier Dieu ( ce qu'on appelle l'action de grâces)

Bien entendu, lorsque nous avons fait l'expérience de ce Dieu miséricordieux, notre propre regard change sur autrui. Encore une fois, on comprend qu'il ne faut pas séparer vie morale et vie spirituelle. Sinon, nous nous jugerons et nous jugerons autrui plus sévèrement que Dieu.

 

 

« O ma Mère chérie ! après tant de grâces ne puis-je pas chanter avec le psalmiste : « Que le Seigneur est BON, que sa MISÉRICORDE est éternelle. » » (Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus)

 

« Cette année, le 9 Juin, fête de la Sainte Trinité, j’ai reçu la grâce de comprendre plus que jamais combien Jésus désire être aimé. … Ma Mère chérie, vous qui m’avez permis de m’offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… Ah ! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché… » (Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus).

 

 

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 15:52

H.pngeureux ceux qu ont faim et soif de justice, parce qu'ils seront rassasiés"

 

 Nous progressons sur notre chemin des vertus. Cette béatitude nous renvoie à la vertu cardinale de "justice". Depuis l'Antiquité, on a classé et identifié les différentes vertus morales. Quatre ont été mises en part. Ce sont les vertu cardinales: la justice, la tempérance, la force et la prudence. 

La prudence ayant une place bien à part, entre autres chez Aristote puis chez Saint Thomas d'Aquin, car elle est à la fois vertu morale et vertu intellectuelle. C'est un peu "la reine des vertus".

Que signifie "cardinale"? Le mot vient du latin "cardo" qui signifie "gond". En effet, toutes les autres vertus morales pourraient "tourner" ou encore "s'organiser" autour de ces quatre vertus. La justice renvoie à tous les actes qui concernent nos relations avec l'extérieur (le monde, autrui)... et la tempérance et la force ( parfois le courage) sont les vertus par lesquelles l'homme gouverne et régule son affectivité.

Pour le chrétien, les vertus morales et cardinales par conséquent sont à saisir dans l'ensemble de tout l'organisme vertueux. Les cardinales sont en tant que vertus morales acquises et placées sous le primat de la charité (une des trois vertus théologales avec la foi, l'espérance et la charité). Elles sont donc nourries de l'intérieur par la grâce.  Elles ont une fonction régulatrice par rapport aux autres vertus intellectuelles et morales...

 

 

Mais revenons au texte biblique. De quelle "faim" s'agit-il? Voici ce que nous en dit Saint Léon le Grand dans ses Sermons:  "Cette faim ne désire rien de corporel, ni cette soif rien de terrestre, mais elles aspirent l'une et l'autre à être rassasiées du bien qu'est la justice et souhaitent être comblées du Seigneur lui- même en étant introduites dans le secret de tous les mystères. Heureuse est l'âme qui convoite cette nourriture et brûle du désir d'un tel breuvage; certes, elle n'y aspirait pas si elle n'avait déjà goûté quelque chose de sa douceur. Mais, en entendant l'esprit prophétique lui dire: «  Goûtez et voyez comme le Seigneur est doux. » ( Ps 33,9), elle a reçu comme une parcelle de la divine suavité et s'est enflammée d'amour pour cette très chaste volupté; aussi, méprisant tous les biens temporels, son coeur a brûlé de toute son ardeur du désir de manger et de boire la justice et il a saisi la vérité du premier commandement: «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. » Aimer Dieu, en effet, n'est pas autre chose qu'aimer la justice. Enfin, de même que, tout à l'heure, à l'amour de Dieu s'ajoutait la souci du prochain, de même à présent au désir de la justice est unie la vertu de miséricorde (...)"

Cette faim, c'est avant tout celle de Dieu: il faut avoir faim et soif de l'Amour de Dieu. On retrouve ici, l'homme comme être de désir qui doit "désirer" son Dieu. Ce n'est qu'après avoir goûté Dieu que l'on pourra aimer réellement aimer son prochain. Amour de Dieu et amour du prochain sont intimement liés. L'homme qui a fait l'expérience de la justice divine en goûtant à l'amour de Dieu peut à son tour exercer la justice envers autrui.

 

Pour Chromace, on remarque l'articulation entre les béatitudes et les vertus. L'homme pleurt sur ses péchés et c'est ainsi débarrassé des ténèbres qui l'encombraient. Il peut alors orienter son unique désir, son  unique faim vers Dieu. Cette faim et soif de la justice le conduiront très naturellement à percevoir la miséricorde de Dieu: " Vraiment, après le repentir, après les larmes versées sur les péchés, peut-il naître d'autre faim et soif que de la justice? Car, de même que celui qui a parcouru l'obscurité de la nuit se réjouit de l'approche de la lumière, et que celui qui a rejeté la bile désire manger et boire, ainsi l'esprit du chrétien, après avoir rejeté ses péchés par le deuil et les larmes, n'a plus désormais faim et soif de la seule justice de Dieu, et à bon droit se réjouira d'être rassasié de ce qu'il désire."

  

Pour Saint Augustin, on s'oriente vraiment à partir de cette quatrième béatitude vers le seul bien véritable: Dieu... Il faut aimer la justice mais comme  il le fait justement remarqué, il y a différents degrés de justice. Il nous faut d'abord aimer la justice plus que tout autre chose. Ayons bien à l'esprit que fondamentalement, c'est Dieu qui est juste. Il faut rechercher ensuite la justice invisible en toutes choses car la justice est "belle, chaste, sainte, pleine d'harmonie, de douceur." et ce n'est pas "la crainte qu doit nous amener à la justice". C'est un point très important. Pour le chrétien, Dieu est amour, juste et miséricordieux. Le désir, la faim et la soif de Dieu, le recherche de Dieu ne peuvent être commandé par la crainte du châtiment ou par un simple pari tel Pascal mais bel et bien par amour. 

Et pour paraphraser assez librement Augustin "il faut aimer le bien, voilà le plus grand des mérites. Il faut entrer à l'intérieur de soi et s'examiner: est-ce que je ne fais pas le mal seulement pas crainte du châtiment? Si on ne fait pas le mal seulement par crainte de l'enfer alors on est loin de la perfection, on n'a pas faim et soif de justice... on a la foi mais pas la faim et la soif de la justice."

Si vous voulez approfondir cette question avec ce grand maître qu'est l'évêque d'Hippone, je vous renvoie aux sermons 159 et 178.

 

 

Et je terminerai avec notre ami saint Jean Chrisostome a une approche plus "classique" et oppose la vertu de justice au vice de l'avarice: " (...)comme c’est le propre de l’avarice d’être ardente à amasser du bien, et qu’on a d’ordinaire moins de passion pour le boire et pour le manger, que les avares n’en ont pour augmenter leurs richesses; Jésus-Christ veut que nous transportions cette ardeur à la pratique de la vertu opposée à l’avarice. Il nous propose encore ici une récompense sensible, « parce qu’ils seront rassasiés. »

Parce qu’on croit d’ordinaire que l’avarice enrichit les hommes, il montre au contraire que c’est la justice qui procure ce bienfait. Ne craignez donc plus la pauvreté ni la faim; lorsque vous pratiquerez la justice. Ce sont principalement ceux qui ravissent le bien des autres, qui perdent eux-mêmes ce qu’ils ont, comme au contraire celui qui aime la justice possède son bien en toute sûreté. Que si ceux qui ne prennent point le bien d’autrui, doivent jouir un jour d’une si grande abondance, quel sera le bonheur de ceux qui renoncent à tout ce qu’ils possédaient sur la terre ?"

  

 

  

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 19:18

H.pngeureux ceux qui sont dans le deuil, ils seront consolés."

Encore une béatitude surprenante, celle des larmes. Serait-ce une éloge de la tristesse? Biensûr que non. La joie est une des conséquences de la béatitude. La tristesse est apparentée même en un certain sens aux vices. Béatitude étrange, paradoxale qui va à l'encontre d'un monde qui prône les "plaisirs".

Nous continuons notre marche ascendante vers Dieu, vers la Gloire de Dieu. Les trois premières béatitudes humilité-douceur et pleurs mettent en évidence la reconnaissance de l'homme comme créature, faible et fragile sans le secours de Dieu. L'homme comme pécheur, qui se reconnaît comme tel et qui regrette ses péchés. Le père Garrigou-Lagrange ecrivait à propos de ces trois béatitudes: "Les trois premières béatitudes disent le bonheur qui se trouve dans la fuite et la délivrance du péché, dans la pauvreté acceptée par amour de Dieu, dans la douceur et dans les larmes de la contrition"

La première explication retenue par les pères sera bien entendu les larmes que l'homme verse sur ses péchés. La prise de conscience par et dans l'humilité ( et la douceur) nous donne une plus vive conscience de notre péché, péché compris comme ce qui nous sépare de Dieu: "La tristesse religieuse pleure soit le péché des autres, soit le sien propre; elle ne s'attriste pas de ce qu'opère la justice divine, mais elle s'afflige de ce que commet l'injustice humaine" ( Léon le Grand) ou encore chez notre ami Chromace: "

Que nous faut-il entendre par ces larmes salutaires? Sûrement pas celles qui naissent du dommage causé à nos biens, ni de la disparition d'être chers, ni de la perte des honneurs de ce monde; tout cela, celui qui s'est fait pauvre en esprit ne le déplorera certainement pas. Les larmes salutaires sont celles que l'on verse pour ses péchés , en se rappelant le jugement de Dieu. Au milieu des innombrables occupations et difficultés de ce monde, l'esprit ne pouvait penser à lui-même; mais en goûtant désormais la sécurité et la douceur, il se met à se regarder de plus près, à examiner ses actions du jour et de la nuit; alors commencement à apparaître les blessures de ses fautes passées, ce qui provoque des larmes salutaires, larmes si bienfaisantes qu'elles attirent sans tarder la consolation céleste, car il est véridique celui qui a dit: Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés."

Il y a cependant comme dans chaque béatitude des degrés. Sur quoi pleurons-nous? On peut pleurer sur nos péchés mais plus grande encore sera la consolation pour ceux qui pleurent à la vue du Père qui accueille le fils prodigue, du bon pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue, bref ceux qui pleurent lorsqu'ils arrivent à saisir l'infinie miséricorde de Dieu. Quelle consolation en effet dans l'accueil de cette miséricorde divine?
"Comme la consolation n'est que la fin du deuil, ceux qui pleurent leurs péchés seront consolés par le pardon." (Saint Jean Chrysostome) et comme le disait si justement saint Ambroise, "C'est la Trinité qui pardonne".


Pour terminer, un petit extrait d'un sermon de St Bernard pour la Toussaint: "« Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. » Il faut user du fouet pour dompter le cheval; ce qui triomphe d'une âme qui n'est pas douce, c'est là contrition de l'esprit et les larmes continuelles. Aussi, dans toutes vos actions , rappelez-vous vos fins dernières , ayez sans cesse sous les yeux du coeur l'horreur de la mort, les séparations terribles du jugement dernier; les flammes redoutables de l'enfer. Songez aux misères de votre pèlerinage, repassez dans l'amertume de votre âme le souvenir de vos années ; songez aux périls de la vie de l'homme, et pensez à votre propre fragilité. Si vous vous nourrissez constamment de ces pensées, je vous assure que vous ressentirez peu tous les maux du dehors, vous serez absorbé tout entiers par les peines intérieures. Mais le Seigneur ne souffrira point, mon frère, que vous soyez sans consolation aucune, car il est le père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation. Les promesses de la Vérité. « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés, » s'accompliront en entier pour vous. D'ailleurs, je trouve dans Salomon une pensée qui se rapporte à merveille à celle-là : « Mieux vaut, dit-il, aller à une maison de deuil, que dans une maison de festin. (Eccli. VII, 3). » Tu serais bienheureuse, toi aussi, ô Ève, si après ta faute, tu avais cherché la consolation des larmes; si ton coeur s'était tourné vers le regret, tu aurais promptement obtenu ton pardon. Mais voilà que tu as recherché une bien misérable consolation, en entraînant ton mari dans ta chute ; tu as ainsi empoisonné toute ta race , en lui inoculant un poison terrible, un vice affreux, tel enfin,. que de, nos jours encore, on se console de son malheur par le malheur des autres. O Ève, quelle malheureuse consolation est la tienne, et combien malheureuse aussi est la consolation de ceux qui t'imitent ! Mais « bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. » Mais en quoi consiste cette consolation, sinon dans la grâce de la dévotion qui prend sa source dans l'espérance du pardon, qu'est-elle autre chose que l'infinie douceur du bien, le goût de la sagesse, si petit qu'il soit, dont le Seigneur, en attendant, commence dans sa bonté, par rafraîchir l'âme affligée ! Mais ce goût même, qu'est-ce, sinon quelque chose qui éveille nos désirs, et excite notre amour, selon ce qui est dit : « Ceux qui me mangent, auront faim encore, et ceux qui me boivent, voudront encore boire (Eccli. XXIV, 29) ? » "

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 20:24

H.pngier, dimanche laetere, dimanche de la joie. Les prêtres avaient revêtu comme pour le troisième dimanche de l'Avent, les ornements roses  (petit répit dans le violet de la pénitence). Aujourd'hui encore, les textes nous invitent à la joie: " Parole du Seigneur. Oui, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se rappellera plus le passé, il ne reviendra plus à l'esprit. Exultez sans fin, réjouissez-vous de ce que je vais créer." (Isaïe 65, 17)
Quittons donc nos "faces de carême" comme dit l'expression car les saints tristes sont de tristes saints et sachons nous réjouir.

Premier objet de réjouissance, c'est bien entendu comme nous le suggérait l'Evangile de l'enfant prodigue, l'infinie misérircorde de Dieu sans laquelle nous sommes bien peu de choses.

Mais ce n'est pourtant pas de ce sujet que je voudrais traiter aujourd'hui mais de celui de l'émerveillement ou de celui de la louange.
Un prêtre me faisait remarquer que nous savons remercier, demander, demander pardon mais que nous avions beaucoup de mal à louer le Seigneur. Or, je ne sais pas si vous le savez, cela reste un de nos buts si je puis dire. Nous sommes faits pour louer Dieu. En théologie morale on pourrait rapprocher cela de la vertu de religion qui est constituée de trois grands axes, célébrer le Nom de Dieu, célébrer (ou louer si vous préférez) la sainteté de Dieu et enfin chanter la Gloire de Dieu. C'est pour cette raison que le chant du Gloria est une prière magnifique à utiliser dans la louange.

Dieu lorsqu'il se manifeste à nous demande une réponse de tout notre être et pas seulement un acquissement intellectuel ou formel. Ce "oui" à Dieu doit entraîner tout notre être vers la louange de sa gloire. La louange est liée à l'adoration de Dieu au sens large ( pas seulement l'adoration eucharistique) qui est le premier des commandements. Pourquoi parle t'on de "vertu de religion". La religion est ce qui nous "relie" à Dieu étymologiquement mais surtout concrètement ce qui nous relie à Dieu par la vie de la grâce. La religion décrit nos rapports avec Dieu et en particulier pour nous chrétiens le dialogue d'amour qui s'instaure avec Dieu fondé sur les vertus théologales. Cela se traduit donc pour l'homme incarné dans le culte, c'est-à-dire la liturgie. La liturgie est l'expression de notre relation filiale à Dieu s'exprimant dans le culte de sa Gloire. Or la liturgie en tant qu'acte humain est acte moral d'où le lien avec la "vertu". On peut même dire que toutes les vertus morales doivent s'ordonner autour de la vertu de religion, c'est la "ronde des vertus".  Pour faire très court, je vous renvoie à Saint Thomas d'Aquin dans la Somme théologique: " Toute oeuvre vertueuse relève en ce sens de la vertu de religion et du culte de latrie, en tant qu'elle se trouve ordonnée à la vénération de Dieu … Une telle ordination au service de Dieu des actes de chaque vertu est un acte propre d'adoration"  C'est-à-dire que tout notre agir et pas seulement notre culte à Dieu devrait être ordonné à la Gloire de Dieu. C'est pourquoi, on trouve cette "demande" dans la liturgie: " Pour la Gloire de Dieu et la salut du monde".
Notre perfectionnement moral, n'est pas un perfectionnement égoïste et narcissique... Il doit avoir pour finalité la louange de Dieu, la glorification de son Nom très Saint.  Nos actes vertueux, moralement bons sont là pour célébrer le Christ, rendre gloire à Dieu... Concrètement à nos actes, on devrait voir que nous sommes chrétiens! «  Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour annoncer les louanges de celui qui vous appelés des ténèbres à son admirable lumière. »(1Pi 2, 9).  Tous nos actes devraient être inspirés de cette phrase.

 


L'admiration l'émerveillement ou encore l'extase est le propre de la créature qui justement demeure modeste face à ce que nous admirons et qui ne dépend pas de nous, ne vient pas de nous. Nous pouvons louer Dieu pour la merveille que nous sommes, pour le monde qu'Il a créé, pour ce qu'Il est Lui, pour son Amour pour nous...  L'admiration transforme l'individu qui l'éprouve. Elle ouvre quelque part son espace en de nouveaux horizons. Ce n'est pas pour rien que les vrais grands scientifiques ou philosophes sont des personnes qui avant tout s'émerveillent.
La louange aussi nous aide à sortir de la spirale du mal, de la culpabilité et de la honte et nous permet d'entrer dans une relation plus juste avec Dieu. La louange ne nous fait pas oublier le mal qui existe ou le mal que nous avons fait mais nous aide à ne pas nous enfermer dans une culpabilité mortifère. Par la louange, nous nous situons plus facilement comme fils devant le Père. Un Père qui pardonne et un Père qui peut seul anéantir le mal ( ce que nous ne pouvons faire par nos simples forces).  La louange nous fait entrer dans une relation d'amour plus véridique dans la mesure même où elle comporte forcément une part de désintéressement or l'amour-agapé se définit justement comme un amour désintéressé.
La pratique de la louange n'est pas quelque chose d'innée, elle peut paraître ardue mais n'hésitons pas cependant à nous lancer dans l'exercice!

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:53

H.pngeureux les doux, parce qu'ils hériteront de la terre.

Benoît XVI lors de son audience de ce matin a poursuivi sa catéchèse sur Saint Bonaventure confronté à la division au sein de la famille franciscaine. Notre docteur de l'Eglise insista donc sur le fait que les frères devaient "se rapprocher le plus possible de la réalisation du Sermon sur la Montagne, qui fut pour Saint François, la règle par excellence, tout en tenant compte des limites de l'homme marqué par le péché originel."
On constate encore une fois combien ce texte a marqué toutes les familles spirituelles de la chrétienté. L'appel des béatitudes est réellement un appel universel.

Intéressons-nous aujourd'hui à la vertu de douceur. Les béatitudes je vous le rappelle s'enchaînent et on ne peut atteindre la seconde marche de l'escalier si l'on a déjà mis en pratique la première des vertus: l'humilité. C'est ce que nous rappelle Chromace d'Aquilée: "Mais, de même qu'il est impossible, sans respecter l'ordre (des marches), de se tenir sur le second degré, si l'on n'a pas gravi le premier, on ne peut être doux si l'on n'est pas d'abord devenu pauvre en esprit. Comment un esprit, parmi les richesses, les préoccupations et les soucis des biens terrestres qui ne cessent d'engendrer tracas, procès, appels, colères et emportement, comment, dis-je, au milieu de tout cela, un esprit pourrait-il être doux et calme, s'il n'a d'abord coupé court et renoncé à tout ce qui provoque colère et disputes? La mer ne s'apaise que si le vent tombe, le feu ne s'éteint que si l'on retire ce qui peut brûles, les broussailles desséchées; de même, un esprit ne peut être doux et tranquille s'il n'a renoncé à ce qui excite et enflamme. Le second degré vient dont très justement après le premier: ceux qui ont une âme de pauvres sont déjà sur la route de la douceur."

Cela dit pour expliciter cette vertu, je ne vous renverrai pas aux pères de l'Eglise mais au grand Saint Vincent de Paul, fondateur entre autres des lazaristes et des filles de la charité... La douceur est en effet une des cinq vertus fondamentales de sa spiritualité qui sont l'humilité, la douceur, la simplicité, la mortification (vous pouvez aujourd'hui trouver à la place le mot d'"ascèse") et le zèle.

"C'est la douceur, qui regarde l'intérieur et l'extérieur, le dedans et le dehors de la maison; douceur à notre égard, douceur dans le support du prochain."

Tout d'abord, il nous faut- à la suite de monsieur Vincent-distinguer la vertu chrétienne de douceur et la "douceur" comme qualité d'une personne. La douceur comme vice s'oppose surtout à "la colère et aux passions de l'appétit irascible" (Entretiens Spirituels aux missionnaires, Ed. du Seuil, 1960) et conduit la personne à une grande constance. Il compare ainsi les personnes douces aux rivières qui ne tarissent pas à l'inverse des torrents impétueux.
Homme de terrain et du concret, il aborde la vertu de douceur lors des controverses entre deux personnes et constate que l'on parvient à ses fins non par la force et la colère mais bien par la douceur: " Quand on dispute contre quelqu'un, la contestation dont l'on use à son endroit lui fait bien voir qu'on veut emporter le dessus; c'est pourquoi il se prépare à la résistance plutôt qu'à la reconnaissance de la vérité, de sorte que, par ce débat, au lieu de faire quelque ouverture à son esprit, on ferme ordinairement la porte de son coeur; comme au contraire, la douceur et l'affabilité la lui ouvrent."

Le douceur a donc pour acte de "réprimander les mouvements de la colère, les saillies de ce feu qui montent au visage, lesquels troubent l'âme et font qu'on n'est plus ce qu'on était". En revanche, on peut en certaines circonstances crier, réprimander, être sévère et pourtant ne pas être en colère. C'est l'exemple de Jésus qui chasse les vendeurs du Temple. Or, comme le remarque Saint Vincent, Jésus avait la douceur au suprême degré qui réglait tous ces mouvements. S'agit-il ce que certains auteurs ont nommé "une sainte colère"??? Il ne peut s'agir en effet du vice de la colère. Ces actes sévères en apparence sont là pour chasser le péché et ôter le scandale; c'était pour édifier les âmes et pour notre instruction.  Il s'agit donc paradoxalement d'actes de douceur! La douceur n'exclu en aucun cas une certaine fermeté surtout pour l'éducateur. Mais l'acte est commandé par la raison et non par des accès de colère c'est-à-dire des sautes d'humeur. Ce qui le rend compréhensible (et justifié) d'une certaine manière pour autrui.

En troisième lieu, Vincent associe "justice du Royaume" et douceur... Que de douceur dans le Christ, Agneau de Dieu, qui subit les affronts, l'injustice! Etre doux avec autrui comme Jésus a été doux envers les hommes.
"La douceur ne nous fait pas seulement excuser les affronts et les injustices que nous recevons, mais elle veut même qu'on traite doucement ceux qui nous les font, par des paroles aimables, et, s'ils venaient à l'outrage jusqu'à donner un soufflet (une grosse baffe en langage contemporain), qu'on le souffre pour Dieu; et  c'est cette vertu qui fait cet effet-là." Bref, la vertu de douceur est cette vertu qui nous aide à tendre la joue droite non pour tout accepter mais pour pardonner autant de fois que nécessaire, pour sortir du cercle de la violence et de la vengeance.
Pour empêcher l'escalade de la violence, la loi du talion" oeil pour oeil, dent pour dent" avait été nécessaire. Jésus avec la vertu de douceur franchit un cap supplémentaire qui nous rend semblabes à Dieu. Il ouvre la voie du pardon.
Est-ce que le Père adresse des reproches au fils prodique ou fait des comptes avant de pardonner? Est ce que Jésus demande à la femme pécheresse de se justifier devant ses accusateurs? Il se tait et renvoie chacun de nous à "sa" vérité: les juifs qui  voulaient la  lapider, la foule qui les accompagnait sans doute et la femme adultère. Chacun doit en toute humilité se regarder, et ne pas se juger plus durement (c'est aussi un des intérêts de la vertu de douceur) que ne le ferait Dieu et accueillir le pardon du Christ. 
La douceur c'est la vertu qui nous aide à supporter les erreurs, les faiblesses, les défauts de l'autre. C'est une vertu profondément altruiste.C'est ce qui nécessaire au service du prochain et à toute forme d'évangélisation.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 13:13

H.pngeureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux.

"Quel beau début, mes Frères, pour l'enseignement céleste! Le Seigneur ne commence pas par la mention de la peur, mais du bonheur; il ne suscite pas la peur, mais bien plutôt le désir. Comme un arbitre ou un organisateur de combat de gladiateurs, il propose un prix important aux lutteurs de ce stade spirituel , pour qu'ils ne redoutent pas la peine et ne s'effraient pas des dangers, puisqu'ils en voient la récompense" (Chromace d'Aquilée)


Comme l'écrivait si justement Saint Grégoire de Nysse, la première étape de toute vie morale et spirituelle est la même. S'asseoir, se mettre telle la foule à l'écoute de la Parole de Dieu, lever notre regard vers les cîmes et contempler le Christ qui nous enseigne. Nous voici  par conséquent au debut de cette ascension morale et spirituelle... Notre but? Dieu et le bonheur... Nous n'y arriverons que par degrés, par étapes. C'est pour cette raison que naturellement Grégoire et d'autres pères utiliseront la métaphore de l'échelle pour expliciter les béatitudes. Echelle de la perfection et de la joie!  
Aujourd'hui quel est notre premier échelon? Que nous faut-il faire en premier lieu? Ce qui est mis en exergue est la "pauvreté" mais attention pas n'importe quelle pauvreté. Il ne s'agit pas nécessairement d'une pauvreté matérielle mais d'une "pauvreté de l'âme" qui nous renvoie en réalité à l'une des vertus les plus fondamentales qui est la vertu d'humilité. En effet, ce qui nous détourne de Dieu c'est l'orgueil, il est donc logique dans notre marche vers Dieu de cultiver avant tout la vertu d'humilité. Tous les maux de la terre viennent de l'orgueil donc il est normal que le chemin des vertus, le chemin de la perfection commence par l'humilité!

Mettons-nous une fois de plus à l'écoute des pères pour bien saisir cette première béatitude.
Saint Léon tout comme nous s'interroge sur la nature de la pauvreté développée par Matthieu
: "On aurait pu se demander de quels pauvres la Vérité avait voulu parler, si, en disant: «  Heureux les pauvres », elle n'avait rien ajouté sur le genre de pauvres qu'il fallait entendre; il aurait alors semblé que, pour mériter le Royaume des cieux, il suffisait du seul dénuement dont beaucoup pâtissent par l'effet d'une pénible et dure nécessité. Mais, en disant «  Heureux les pauvres en esprit », le Seigneur montre que le Royaume des cieux doit être donné à ceux que recommande l'humilité de l'âme plutôt que la pénurie des ressources"
Il note qu'il est sûrement plus aisé pour un pauvre matériellement d'être humble mais que cela n'est pas une nécessité et qu'il existe beaucoup de personnes dans l'opulence pleines de générosité et peu "gonflées" d'orgueil. Saint Augustin prendra l'exemple d'un riche qui n'est absolument pas attaché aux richesses et l'exemple d'un pauvre qui murmure contre Dieu pour illustrer cette même idée. La vrai pauvreté dépasse la simple question des biens matériels.
En réalité, que nous soyons moine, prêtre, enfant ou encore en charge de famille nous avons tous selon notre état de vie à vivre cette vertu de "pauvreté" et d"humilité" et là encore de manière différente. L'important est que chacun d'entre nous progresse sur le chemin des vertus, progresse dans sa montée vers Dieu.

De même, Saint Jean Chrysostome écarte des "pauvres de coeur" ceux qui sont humiliés... Humiliation et humilité sont deux domaines différents. Le "pauvre de coeur" est celui qui engage sa propre volonté. C'est un mouvement intérieur et  volontaire et non contraint et extérieur: "  Car par le mot d’esprit, il entend le coeur et la volonté. Comme il y en a beaucoup qui sont humiliés non par leur volonté, mais seulement par la nécessité de leur état, il ne les comprend point dans cette béatitude, puisque l’involontaire ne saurait être méritoire, et il ne l’étend que sur ceux qui s’abaissent volontairement."
N'oublions pas que dans notre démarche morale, nous devons imiter le Christ. Or celui-ci s'abaisse volontairement dans son Incarnation, il s'abaisse jusqu'à mourir sur une croix ( ce qu'on appelle la kénose du Christ) et il s'abaisse encore à être "pain de vie" dans l'hostie. Nous devons à sa suite, nous abaisser. L'humilité rend "pauvre", le Christ s'est fait pauvre. On voit bien que c'est le Verbe fait chair qui nous guide dans notre route. On ne peut compter sur nos simples forces, comme l'écrivait Grégoire de Nysse, Dieu est comme un rocher abrupt mais si nous désirons de tout notre coeur y parvenir, si nous nous mettons à l'écoute de la Parole, si nous nous laissons guider par le Christ alors nous y parviendrons.


Si la nature de la pauvreté s'apparente à l'humilité... qui est alors cet humble, ce pauvre de coeur?
C'est l'attitude même du croyant, être humble c'est se regarder en vérité! Cela signifie à la fois regarder la merveille que l'on est ( et Dieu vit que cela était bon) et notre faiblesse, notre état de créature ( Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir...): nous ne sommes rien sans Dieu, sans notre Créateur.
La fausse modestie est un grand vice, beaucoup de personnes actuellement sont dans l'incapacité de reconnaître leurs talents. Or nos compétences, nos qualités nous sont données par Dieu pour que nous les fassions fructifier. Ne pas reconnaître ses dons, ce n'est pas de l'humilité, c'est une insulte à Dieu.
Ce mouvement doit bien entendu s'accompagner d'une louange, d'une action de grâces vers Dieu. C'est lui la source et la fin de toutes choses. Il nous faut nous reconnaître comme créature. C'est un des grands fondements de notre anthropologie chrétienne. L'humble "craint Dieu", reconnaît les talents qui lui viennent de Dieu, reconnaît et confesse ses fautes... En gros, l'humble loue Dieu lorsqu'il fait quelquechose de bien et reconnaît devant Dieu ses fautes lorsqu'il a fait quelque chose de mal... Il se place "en vérité" devant Dieu.

Ambroise qui traite davantage des béatitudes chez saint Luc aime à dire que les vertus des béatitudes peuvent se retrouver dans les vertus cardinales. La pauvreté est alors assimilé par lui à la vertu de "tempérance". Celle qui nous permet de canaliser nos passions lorsqu'elles deviennent trop fortes, mauvaises ( je vous rappelle que la passion pour la morale chrétienne n'est pas une chose mauvaise en soi, l'ataraxie des philosophes grecs n'est pas une bonne chose...). La pauvreté est alors "pureté de coeur".

Avec l'humilité nous débutons ce que les pères appeleront la "chaîne d'or" car les vertus s'appellent mutuellement et s'enchaînent. En effet,  l'humilité nous fait pleurer nos péchés, celui qui pleure est doux, modeste, secourable... La justice accompagne la miséricorde, et la pureté de coeur.etc.


"L'humilité donne au coeur une direction qui monte. L'exaltation de soi fait descendre le coeur. Il semble contradictoire que l'orgueil se dirige vers le bas et l'humilité vers le haut. Pourtant la sainte humilité enseigne la soumission à celui qui est plus haut. Or nul n'est plus haut que Dieu. Voilà pourquoi l'humilité qui soumet à Dieu, élève" Saint Augustin


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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:50

V.pngoyant les foules, il monta dans la montagne, et quand il se fut assis, ses disciples s'avancèrent vers lui. Et, ouvrant la bouche, il les enseignait en disant...

Jésus nous l'avons vu hier gravit la montagne comme Moïse sur le Mont Sinaï. Les béatitudes font face au décalogue. C'est sur la montagne que Jésus va nous révéler le coeur de la loi nouvelle qui accomplit la première. D'une montagne à l'autre écriront certains...

Les pères notent que Jésus comme beaucoup de fois, se place à l'écart, recherche une sorte de solitude, il s'élève au-dessus de notre tumulte quotidienne non pour la nier mais pour mieux la comprendre, la saisir. C'est le recul nécessaire à avoir face à notre agir! Ce n'est pas une fuite mais "la pause" dans le discernement. Monter, c'est aussi implicitement dire que l'on va traiter des choses divines: volonté divine, justice divine...

Lorsque les foules viennent à Lui, le Christ se retire avec elles dans les plaines, les montagnes, le désert. Il prêche rarement pour ne pas dire jamais sur les places publiques. La contemplation de la vérité et des choses saintes et éternelles, pour paraphraser St Jean Chrysostome,  ne se fait pas dans le bruit du monde mais dans le silence. Prenons-nous réellement le temps de nous "retirer" au moins dix minutes par jour? Et dans ce cas, est-ce que les téléphones sont débranchés? La musique et la télévision éteintes?

 

 

Ecoutons à présent Saint Léon le Grand dans un des ses Sermons ( Sources Chrétiennes, n°200):

 "(...)le Seigneur s'écarta des foules qui l'entouraient et gagna la retraite d'une montagne voisine, y appelant ses Apôtres afin de les instruire de plus sublimes leçons du haut de ce siège mystique; par le caractère même du lieu et de l'action, il signifiait qu'il était celui-là qui, autrefois, avait daigné favoriser Moïse de ses entretiens; alors, il est vrai, c'était dans l'appareil d'une terrible justice, à présent c'était sous l'apparence d'une mansuétude plus sacrée afin que s'accomplit ce qui avait été promis par la bouche du prophète Jérémie: «  Voici venir des jours, dit le Seigneur, où je statuerai pour la maison d'Israël... Après ces jours-là, dit le Seigneur, je mettrai mes lois dans leur pensée et je les écrirai dans leur coeur. » ( Jr 31, 31.33). Celui donc qui avait parlé à Moïse parla aussi aux Apôtres et, dans le coeur des disciples, le Verbe écrivait d'une main rapide ( Ps 44, 2) les commandements de la nouvelle Alliance; non plus comme autrefois au milieu d'épaisses nuées ni dans la frayeur du tonnerre et des éclairs qui écartaient de tout accès à la montagne un peuple terrifié, mais dans une conversation paisible et publique qu'entendaient tous ceux qui l'entouraient; ainsi la douceur de la grâce supprimait la dureté de la loi et l'esprit d'adoption abolissait la crainte propre à l'esclave. " 

 

Chromace d'Aquilée verra aussi dans cette montagne une figure de l'Eglise. Eglise du Christ dont la vie se trouve dans les hauteurs. Son sommet est la foi...et cette montagne ne peut se gravir seulement avec nos forces mais "par la foi de l'âme intérieure. Demeurons donc toujours sur cette montagne par l'élévation de notre foi, par une conduite selon l'esprit, pour mériter de recevoir du Seigneur les bénédictions de l'évangile, dans lesquelles il est dit: «  Bienheureux, vous les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à vous"


Voilà que Jésus s'est installé, il va parler, il ouvre la bouche... Saint Jean Chrysostome estime que si l'évangéliste nous précise ce détail c'est pour signifier que Jésus peut nous enseigner autrement. Et, en effet, parfois il enseigne uniquement par ses actions et parfois par son simple silence. Là encore, si nous voulons imiter le Christ cela signifie que selon les circonstances nous ne devons pas témoigner de la même manière. Parfois, il serait plus sage de se taire... le plus souvent, il nous faut seulement agir, poser des actions bonnes, adopter une certaine attitude plus efficace qu'un enseignement doctrinal par ailleurs nécessaire. Le simple exemple de notre vie dans les petites choses du quotidien? Encore une question, encore une piste pour notre Carême mais aussi pour toute notre existence.

L'ascension sera celle des vertus, elle n'est pas aisée... impossible par nos simples efforts mais nos efforts et l'accueil en nous de la grâce feront que nous pourrons gagner les sommets. Evitons le pélagianisme ou le quiétisme, ce n'est pas pour rien que ce sont des hérésies! 

 

"Si donc, toi aussi, tu veux recevoir du Seigneur les bénédictions célestes, gravis la montagne, c'est-à-dire marche vers la vie d'en haut, et tu recevras en toute justice et raison la bénédiction que tu désires" (Chromace d'Aquilée)

 




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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 22:07

A.pngvant toutes choses, une petite explication pour ce long silence... Déplacements, retraite de première communion, grand rassemblement diocésain, conseils de classes et autres multiples activités m'ont malheureusement empêchée d'ouvrir mon blog depuis le mercredi des cendres! Le Carême n'en sera que plus court... merci Jacquotte?

Pour commencer notre petite méditation pour le Carême, je vous propose de vous replonger dans le très beau texte de St Matthieu, le sermon sur la Montagne  que vous pouvez  trouver aux chapitres 5, 6 et 7. Lisez peut-être d'une seule traite ces trois chapitres (avec les notes de votre Bible) pour en saisir l'unité, la cohérence et la profondeur.
Quelle richesse en trois chapitres: le texte des béatitudes, la prière du Notre-Père, une explication sur la Loi, des développements sur la prière, le jeûne et l'aumône. Que de pistes pour nous guider pendant notre montée vers Pâques.

Ce texte justement débute par une "ascension"... Il n'est pas rare dans la Bible de "monter" pour se rapprocher de Dieu. La montagne reste le lieu de la présence de Dieu. Moïse reçoit les 10 commandements sur le Sinaï, le Temple est construit sur une Montagne. Pensons aussi au Mont Carmel... Voilà donc une voie de prédilection pour approfondir le mystère pascal.
Jésus nous précède, il nous entraîne vers Dieu. L'ascension n'est pas facile, les foules ont du mal à suivre. Comment atteindre Dieu? Jésus prend le temps de s'arrêter. Il s'assoit, tel le maître qui enseigne. Son discours ne sera pas seulement réserver à une élite, ses disciples assis à proximité, mais bien pour toute la foule qui l'entoure: nous!
Pendant de nombreux siècles en effet le texte des béatitudes qui va suivre a été considéré comme un idéal bien trop difficile à atteindre, réservé par conséquent aux seuls moines. La douceur, l'humilité, la pauvreté semblent être des vertus inacessibles pour les hommes du monde que nous sommes et  pourtant, elles nous concernent tous.
Elles sont le chemin, l'échelle qui mènent à Dieu.
Saint Augustin écrira que le Sermon sur la Montagne est une véritable "charte" de la vie chrétienne, " une règle parfaite de la vie chrétienne ", comparable à un homme qui a bâtit sa maison sur le roc. Tous les préceptes de la perfection propres à diriger notre conduite se trouvent dans ce passage. Le Sermon sur la Montagne éclaire toute la morale chrétienne.
C'est déjà un chemin de bonheur, on le retrouve par ce genre littéraire bien connu de la Bible qui utilise ce qu'on appelle des "macarismes": " Heureux...", "Bienheureux..." Dieu s'adrese à tous les hommes qui désirent le bonheur et qui veulent mettre en pratique l'enseignement du Christ.  N'oublions pas que le bonheur selon Dieu ne s'éclaire que réellement dans la figure du Christ. C'est un des grands rappels du Concile Vatican II:  Le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ( dans Gaudium et Spes).
Avec le Christ, le Bon Pasteur qui nous guide, nous accédons à l'intimité de la vie trinitaire. Ce chemin vers Dieu-Trinité se concrétise dans le Sermon sur la Montagne en particulier dans le discours des Béatitudes: Dieu dit comment parvenir à Lui...

Ce sermon est une véritable introduction à la vie morale. Il est dit comment conformé notre agir à la volonté de Dieu et ainsi entrer en sa relation d'Amour c'est-à-dire en son sein même! Les Béatitudes c'est tout à la fois la promesse d'un bonheur, du bonheur et la description du chemin (un chemin de perfection) pour y parvenir. C'est donc un texte incontournable car il nous redit que Dieu a créé l'homme pour être heureux, qu'Il désire que l'homme soit heureux et lui indique comment y parvenir.
C'est un chemin à la fois moral et spirituel. Le Carême, c'est approfondir notre vie spirituelle,  peut-être en revenant à l'essentiel par le jeûne et l'aumône, pour que notre agir quotidien en soit réellement transformé.
Ce bonheur promis par Dieu dans les béatitudes est  un bonheur à venir bien entendu mais qui pourtant commence dès à présent dans la mesure où nous avons à accueilir le don de Dieu plus que de nous énerver sur le résultat de nos efforts... La vie morale c'est déjà et surement avant tout une réponse à une grâce, à un don. On ne peut compter sur ses simples forces... Notre volonté personnelle doit s'articuler avec la grâce de Dieu en sachant que jamais nos simples efforts qui sont indispensables ne pourront égaler la miséricorde et la grâce du Père. Ce texte du Sermon sur la Montagne au coeur de l'Evangile de Jésus-Christ selon St Matthieu est le sommet de la vie spirituelle. 

Matthieu a écrit ce texte non pas pour les exégètes, les théologiens mais pour tous les hommes appelés à se convertir, pour tous les fidèles.  Il enseigne les voies qui conduisent au Royaume, à la béatitude promise par Dieu. Tout cela ne s'éclairera pleinement que dans la Passion et la Résurrrection du Christ... mais avant d'y parvenir suivons le Christ sur le chemin du sermon sur la Montagne.

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