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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 20:35

S.pngujet "bateau" mais néanmoins capital celui de la "dignité humaine". Pour aujourd'hui seulement quelques repères pour commencer à réfléchir à cette question. 

La dignité humaine est une notion lourde de sens et fort complexe. Souvent on la réduit aux droits de l’homme mais beaucoup de pensées et de philosophies ont développé l’idée d’une dignité humaine. Par exemple, dans le monde grec, l’homme est digne de par  sa capacité technique ou sa connaissance (il peut s’élever jusqu’au monde des Idées), par sa capacité politique ( tout citoyen peut participer aux décisions politiques et donc au bien commun), par sa capacité "à être au monde" ( chez les stoïciens, c'est la capacité de vivre en harmonie avec le monde, avec la loi…). Chez Socrate, tout homme est digne car tout homme possède une faculté de comprendre ( intellectuelle et mystique).
On retrouve trois grands thèmes qui nous permettent d'affirmer l'infinie dignité de l’homme: transcendance de l'homme, suprématie de l’homme sur les choses et caractère social.
A l’époque moderne, on trouve deux caractéristiques à cette dignité :
- une dignité du sujet.
- caractère social. Les membres d'une même communauté ont les mêmes droits. La dignité repose alors sur deux points: la liberté et l'égalité.

En quoi consiste la dignité de la personne humaine ? D’un point de vue pratico-pratique, on peut dire que la dignité humaine s’oppose à toute réification de l’être humain ( par exemple interdiction de la commercialisation des organes.). On peut s'interroger cependant sur la nature de la dignité évoquée dans les Droits de l'Homme.
Pour le chrétien, qui s’appuie sur Rm 2,14-15, les droits sont inscrits dans l’ordre de la création par le créateur lui-même, ils sont inscrits dans la conscience morale ou dans le cœur de l’homme, dans le cœur de tout homme. Pour Jean Paul II,  « L’Evangile est la déclaration la plus achevée de tous les droits de l’homme. » (Entrez dans l’espérance)

«  Qu’est-ce donc que l’homme si le Fils de Dieu assume la nature humaine ? Que doit être l’homme si, pour rétablir sa dignité, le Fils de Dieu lui-même est prête à payer le prix le plus haut qu’il soit ? » ( pp. 287-288).

L’Eglise n’a de cesse d’affirmer la dignité transcendante de la personne qui se traduit par le respect de la liberté ( Cf. Gaudium et Spes ; du n°17 à 21 compris.). Cependant, Elle articule liberté et vérité dans la mesure ou la liberté n’acquiert toute sa valeur que dans la vérité ( voir  aussi la question de la liberté religieuse qui est un droit inaliénable mais qui doit lui aussi s’accompagner du devoir de chercher la vérité.) . Dans cette recherche de la vérité, la principale ressource donnée à l’homme est bien entendu son intelligence, sa raison.

Le Concile affirme que la reconnaissance de la liberté de conscience est fondée sur la dignité éminente de la personne et sur le respect de l’itinéraire propre à chaque personne dans son cheminement vers la vérité. Il ne s’agit pas pour autant d’un relativisme moral ou religieux. On retrouvera un peu le même thème sur la loi de gradualité ( chacun chemine mais la loi de la gradualité n'est pas la gradualité de la loi qui demeure la même pour tous.)

Quelle est la doctrine chrétienne de la dignité humaine ? Cf. Commission Théologique Internationale, Dignité et droits de la personne humaine, 1983, Cerf, Paris, 1985.

  • L’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu

  • La dignité de l’homme se manifeste pleinement dans le Christ.

  • L’homme est la seule créature voulue pour elle même par Dieu.

  • L’homme est placé au sommet de la création : suprématie de l’homme.

  • L’homme est aimé de Dieu : sollicitude de la Providence divine qui va jusqu’à donner son propre fils par amour pour lui ( salut : 1 Tm 2,4, sollicitude : Lc 12,30)

  • Par l’Incarnation, l’homme est révélé à lui-même. L’homme est aimé et sauvé par le Christ qui s’offre en sacrifice.

  • L’homme est appelé à devenir enfant adoptif de Dieu dans le Christ : Rm 8,15 ; Hb 12,6-7

  • L’homme reçoit sa dignité de Dieu. Il est image de Dieu.

  • La dignité est une qualité intrinsèque. Elle ne se divise pas, ne s’amoindrit pas, ne se perd pas ( que ce soit par l’affaiblissement du corps, la perte de la santé physique ou psychologique ou par une vie immorale…). La dignité est donnée dans la plénitude que ce soit dans l’embryon, le criminel, le malade, la personne handicapée, le vieillard… L’agir comme les atteintes physiques ne peuvent amoindrir ou faire disparaître cette dignité. Au nom de cette dignité, le racisme, l'avortement, la torture, l’esclavagisme...etc. sont des pratiques immorales.

Un des textes majeurs reste le texte de Vatican II, Dignitatis Humanae (Déclaration sur la liberté religieuse.)

De cette dignité découle les droits premiers de la personne humaine. La dignité ne vient pas de la société, c’est bel et bien une dignité intrinsèque de la nature humaine.C’est aussi une source de devoirs. La dignité est une exigence de vie dans la mesure où l’homme doit se montrer "digne" de cette dignité. Il faut donc que l’homme engage son intelligence dans la quête de la vérité et de la sagesse, qu'il obéisse à sa conscience morale ( qu'il a au préalable éclairé et éduqué)  pour bâtir sa liberté.
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 17:47

S.png i on se réfère au texte de la Genèse, celui-ci emploi un pluriel « Faisons l’homme à notre image ». De nombreux commentateurs y ont vu une révélation du Dieu Un et Trine.
L’amour trinitaire à la source de la création. Dieu est Vie, Dieu est Joie, Dieu est Amour! Et tout cela, Il l'est en plénitude. Si Dieu est créateur c'est parce qu'Il se communique.  La création est une communication de l’Amour. Toute la Révélation peut se résumer dans le mystère de l’Incarnation, le Verbe fait chair où l’humanité est pleinement introduire dans le dessein de l’Amour de Dieu, de le dessein de l’Amour Trinitaire. (Cf. Concile Vatican II, Dei Verbum, 1. ).  L’amour trinitaire engendre la joie créatrice qui désire se répandre généreusement. Notre bon saint Thomas reprendra cette idée dans la fameuse formule:  «  bonum est diffussivum sui. ». C'est-à-dire qu'il est dans la nature même du Bien de se répandre... 
A la source de la création, le conseil trinitaire.On peut penser à la très belle icône de Roublev. Ce conseil c’est l’instant anhistorique de la décision  des trois personnes de la Trinité  ( le Père, le Fils et l'Esprit Saint) où ils décident de créer l’univers qui sera couronné par l’homme créé à l’image et à la ressemblance divine. Dieu a voulu la création et son accomplissement futur. Dès la création, Dieu a voulu la divinisation, c'est-à-dire la participation à la vie trinitaire de l’homme. Une vie donc de bonheur éternel!

Nous avons vu que nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Or, Dieu est  un Dieu un et Trine par conséquent nous sommes créés à l'image de la Trinité.  Saint Thomas d’Aquin montrait que l’homme a pour modèle la Sainte Trinité ou tout du moins ses modes de vie qui peuvent s’expliquer comme des modes relationnelles (Somme Théologique, Ia, q. 39, a. 1, réponse). Les relations sont des parties intégrantes de l’essence divine dans la mesure où les différentes personnes de la Trinité se définissent par ces dernières. Et, s’il nous fallait décrire les relations intra-trinitaires, on ne pourrait le faire qu’en termes de don et de relation d’amour :

"Ô trinité ! Eternelle Trinité ! Ô feu, ô abîme d’amour! Flamme d’amour ! Flamme d’amour ! ne suffisait-il pas de nous créer à ton image et ressemblance, de nous faire renaître à la grâce dans le sang de ton Fils ? Fallait-il encore nous donner toute la Trinité en nourriture ! C’est ton amour qu’il l’a voulu. Ô Trinité éternelle ! Non seulement tu as donné ton Verbe dans la rédemption et dans l’Eucharistie, mais tu t’es donnée tout entière par amour pour ta créature. Oui, l’âme te possède parce que tu es la Bonté suprême" (  CYRILLE D’ALEXANDRIE, Commentaire de l’Evangile de Saint Jean, XI, 10).
L’image de l’homme devient ainsi fondamentalement une relation et ceci à l’image de la Trinité : relation avec Dieu, relation avec soi et relation avec autrui. Cette relation d’amour présent dans la Trinité ne se consume pas en son sein mais se répand sans cesse. L’homme peut se définir par une relation.  Cette relation avec Dieu dépasse largement cette existence terrestre puisqu’il s’agit de parvenir à sa perfection en parvenant à l’accomplissement de soi, à la plénitude de son être en Dieu. Mais, cette relation avec Dieu n’est pas exclusive. L’homme est en relation avec d’autres hommes : "il n’est pas bon que l’homme soit seul" nous dit le texte de la Genèse. On retrouve l’homme comme « animal politique » d’Aristote. L’homme est fondamentalement un être ouvert sur le monde et les autres. C’est cette relation même avec autrui qui le définit et qui est en partie constitutif de sa personne. Relation d’autant plus importante que Dieu est présent en l’autre. L’homme découvre Dieu dans son prochain et découvre celui-ci comme "image de Dieu". 
Le « je » pour exister a besoin de cette relation avec un tiers sinon il s’enferme sur lui-même. La Trinité comme relation d’amour fondamentalement don et grâce exprime cette réalité essentielle de l’homme. L’image de Dieu ne devient entière que dans ce jeu de relation. Dieu a créé par amour et l’homme a été créé pour aimer. C’est la vocation de tout homme que d’aimer. L’homme ne peut se dire sans ce don de soi.

"Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : en l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour.

Dieu est amour et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d’amour. En créant l’humanité de l’homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l’être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité. L’amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humai. Puisque l’homme est un esprit incarné (…) L’amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l’amour spirituel."(JEAN-PAUL II, Familiaris Consortio, §11.)

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 14:44

D.png ieu dit : "Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux, sur toutes les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit (…) Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici que cela était très bon. Il eut un soir, il y eut un matin : sixième jour."

 Dieu par un acte gratuit et rempli d’amour crée l’univers puis l’homme avec lequel Il ne cesse de faire alliance. Cet acte créateur donne déjà en lui-même une définition de l’homme : cette dernière se situant d’emblée dans un ordre ontologique. L’homme se définit donc comme « image et ressemblance de Dieu ». Avant toutes choses, avant d’être distingué en tant qu’homme ou femme, avant d’être nommé personnellement, avant de réaliser quoique ce soit, avant même d’envisager son existence : il est homme à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est le fait d’être qui dans le récit de la création confère à l’homme sa dignité. Voulu par Dieu, l’homme est tiré du néant et placé dans la création. Bien entendu, il ne s’agit pas de penser l’homme en tant qu’être absolument supérieur et dépendant. Il reste malgré tout une créature attachée au reste de la création et surtout à Dieu. Dès la Genèse, l’homme est envisagé dans cette relation d’Alliance avec Dieu, dans cette relation d’amour.

 C’est cette relation homme-Dieu qui dans un double mouvement révèle comment l’homme acquiert sa dignité en tant qu’image de Dieu et comment celui-ci progresse dans son humanité en se tournant vers Dieu. Est-ce que l’ « humanité » d’un homme ne se mesurerait-elle pas plus par cette relation d’amour que l’individu entretiendrait avec Dieu et par conséquent avec son prochain ? La perfection humaine- ou plutôt le perfectionnement humain- doit être envisagée comme ce retour vers Dieu et non pas uniquement comme une perfection physique et intellectuelle. La théologie mystique développe cette idée lorsque reprenant la figure de Jacob, elle parle d’échelle spirituelle. L’homme est en marche vers Dieu et toute sa vie est orientée vers ce but ultime qu’est Dieu, son créateur, il ne se révèlera être pleinement homme que lorsqu’il parviendra à cette union mystique avec Dieu. L’homme se tourne vers Dieu car Il est pour lui sa véritable fin. L’homme a besoin de Dieu comme il a besoin de boire ou de manger:« Créé par Dieu, portant en lui-même une marque divine indélébile, l’homme tend naturellement vers Dieu. Quand il écoute l’aspiration profonde de son cœur, l’homme ne peut manquer de faire sienne la parole de vérité prononcée par saint Augustin: « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » ( Cf.  JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 35.)


 Cependant l’anthropologie chrétienne ne peut être véritablement comprise qu’à travers la figure du Christ qui est définie comme l’image parfaite de Dieu et comme l’homme nouveau. Le mystère de l’homme s’éclaire par le mystère de l’Incarnation :«  En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de Celui qui devait venir, le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. Il n’est donc pas surprenant que les vérités ci-dessus trouvent en Lui leur source et atteignent en Lui leur point culminant"  ( CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, I, 1, §22).

 Dans le Nouveau Testament, le Christ est présenté comme « icône » parfaite ( c’est donc ce qu’on avait déjà a propos de la Sagesse en Sg 7,26.). Et en Proverbe 8, 23 : «  Yavhé m’a créée, prémices de ses voies, avant ses œuvres, depuis toujours. Dès l’éternité je fus formée, dès le début, avant les origines de la terre. » La sagesse est conçue dès le commencement, la sagesse est l’image que Dieu avait en vue quand Il a créé l’homme.
C’est St Paul qui reprendra cette image en Ph 2,6 : «  Lui qui, subsistant en forme de Dieu… » St Paul reconnaît ainsi que le Christ est image de Dieu et que l’âme se divinise par la contemplation de la gloire du Christ : « Et nous tous qui, le visage dévoilé, réfléchissons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire, comme de par le Seigneur qui est Esprit. » ( 2Co 3,18) et en 2 Co 4,4 : «  pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé les pensées, afin qu’ils ne voient pas resplendir la lumière de l’Evangile de la Gloire du Christ, qui est l’image de Dieu. ». En Rm 8,29, c’est en vertu de son titre filial que Jésus est image de Dieu ( voir aussi 1 Co 15,49).

Paul annonce l’évangile de la gloire du «  Christ qui est l’image de Dieu «  ( 2 Co 4,4). L’homme créé à l’image de Dieu, est donc créé à l’image du Christ. Nous trouvons donc notre accomplissement dans la contemplation du Christ et sous la mouvance de l’Esprit Saint.

En Colossiens, le Christ va présider à la création de l’homme nouveau, Adam, image de Dieu mais imparfaite car terrestre et mortelle et le Christ sera image parfaite, incorruptible. Ici nous avons une reprise du thème des deux créations de chez Philon d’Alexandrie où comme le Christ par son Incarnation a revêtu l’image de l’homme terrestre, nous pouvons et devons revêtir l’image de l’homme céleste. St Jean, lui aussi, insistera beaucoup sur le Christ, image parfaite, unique médiateur, révélateur du Dieu invisible ( en Jn 1,18), JC, fils intimement lié au Père, qui est le reflet de la gloire du Père ( He).

Ainsi, comme dirait Bruguès : «  Dans l’imitation du Fils Eternel, image parfaite du Père invisible, il devient à son tour, sous la motion de l’Esprit, fils adoptif de ce même Père. »

C’est pourquoi l’Eglise a tellement insisté sur l’imitation de JC dans le cheminement moral et spirituel de l’homme. L’imitation du Christ reste la  voie de conduite de prédilection pour le chrétien. Il faut devenir le disciple de Jésus Christ, le suivre selon son humanité pour partager la vie du Père comme le Fils partage éternellement avec son Père. 


Adam, premier homme est la figure de l’homme. Cependant, le Christ, lui, par son Incarnation et sa Résurrection, devient le Nouvel Adam, la figure parfaite de l’homme et l’image parfaite de Dieu.  Clément d’Alexandrie avait déjà montré comment la médiation du Christ, qui est pour lui l’archétype, est nécessaire à l’homme. L’homme doit se mettre à la suite du Christ et tenter par un effort constant de suivre ce modèle : « O vous touts qui êtes des images, mais non pas toutes ressemblances, je peux corriger d’après l’archétype, afin que vous deveniez semblables aussi à moi !" ( CLEMENT D’ALEXANDRIE, Protreptique, 12 ; 122, 4.). 
Si, l’image, ici encore apparaît comme étant au cœur de l’homme, la ressemblance à Dieu, elle, n’est pas inhérente à l’homme : il doit avancer pour y parvenir. Or, seul le Christ peut permettre à l’homme d’atteindre cette ressemblance. Il est « le Chemin, la Vie, la Vérité". Le Verbe incarné réalise donc l’image et la ressemblance parfaite de Dieu. Pour l’homme, c’est donc le véritable modèle, archétype, auquel il doit tendre.

Le pape Jean Paul II dans ses deux encycliques, Veritatis splendor et Evangelium vitae, insiste sur la figure du Christ comme modèle à suivre et surtout comme personne qui nous permet de connaître en vérité ce qu’est l’homme : l’anthropologie ne s’éclaire que par une christologie :« C’est donc à partir de la parole, de l’action, de la personne même de Jésus que la possibilité est donnée à l’homme de « connaître » la vérité toute entière sur la valeur de la vie humaine ; c’est de cette « source » qu’il reçoit notamment la capacité de « faire » parfaitement la vérité, ou d’assumer et d’exercer pleinement la responsabilité d’aimer et de servir la vie humaine, de la défendre et de la promouvoir.» (JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 29.)

L’homme ne peut être réellement compris en dehors du Christ dans la mesure où c’est lui qui révèle les Ecritures et le sens de l’histoire. L’humanité prend tout son sens dans la révélation christologique. Le Christ assume totalement la nature humaine et révèle ainsi sa dignité profonde. L’homme par le Christ découvre la valeur et la signification de son être même :« En Jésus, « Verbe de vie », est donc annoncée et communiquée la vie divine et éternelle. Grâce à cette annonce et à ce don, la vie physique et spirituelle de l’homme, même dans sa phase terrestre, acquiert sa plénitude de valeur et de signification : la vie divine et éternelle, en effet, est la fin vers laquelle l’homme qui vit dans ce monde est orienté et appelé. L’Evangile de la vie contient ainsi ce que l’expérience même et la raison humaine disent de la valeur de la vie ; il accueille, l’élève et la porte à son accomplissement » (JEAN-PAUL II, Evangelium vitae, II, 29.)


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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 14:09

O.pngn sait que la notion d' "image de Dieu"  est née dans la Tradition sacerdotale au VI siècle avant JC; notion par ailleurs peu extraordinaire puisqu’elle existait déjà. On en retrouve des traces dans différents textes comme des poèmes babyloniens et égyptiens. Les auteurs bibliques ont pu leur emprunter l’expression « image de Dieu".  Aujourd'hui, je ne vous donnerai que quelques repères historico-théologiques....

La première réflexion véritable sur le thème de l’image de Dieu se trouve chez Clément de Rome. On est dans une ligne stoïcienne. L’image est y considérée dans une dimension spirituelle. On retrouve un peu la même anthropologie que dans l’Epître de Barnabé.  Chez Clément, c’est en effet une anthropologie christologique où la chair, élément corruptible, a été assumée par le Christ Incarné puis conduite à l'éternité par la Rédemption. Il reprend aussi l'idée paulienne du corps compris comme "temple de l'Esprit". La chair devient et est par conséquent une réalité sacrée. N'oublions pas en effet que dans notre Credo  nous proclamons et espérons la résurrection de la chair. Ce qui n'est pas une mince affaire... Il est déjà peu évident à présent d'affirmer l'immortalité de l'âme alors affirmer la résurrection des corps?.... C'est une réflexion cependant capitale à mener dans notre société qui oscille entre la "sacralisation-omniprésence" et la "négation-rejet" du corps.
Pour la période suivante, soit la patristique, on peut avec le Dictionnaire de Spiritualité,  distinguer les Pères qui ont subi une influence stoïcienne comme Tertullien et Lactance, ceux qui ont subi une influence platonicienne comme Ambroise ou Augustin et ceux qui ont systématisé les Ecritures comme Hilaire de Poitiers, Jérôme, Grégoire le Grand. Les grecs, presque tous ont vu dans le Fils, une « image visible » du Père et l’âme humaine comme une image seconde de cette image parfaite. Ils insistent sur l’ascèse, l’effort volontaire pour tendre vers une assimilation de plus en plus parfaite au Logos. L’homme s’accomplit à travers le progrès spirituel. Les latins, eux, vont insister sur le rôle de la raison et de la volonté dans le chemin de la perfection. Mais en général, le Christ est image de Dieu et l’homme est créé à l’image du Fils...
Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller dans la période patristique, notre cher cappadocien, Grégoire de Nysse. Il a beaucoup travaillé sur ces notions d'"image" et de "ressemblance". Consultez la vie de Moïse et la Création de l'homme ( que vous trouverez là encore dans la collection Sources Chrétiennes n°6 si mes souvenirs sont bons...) Retenons qu'il donne un sens très fort à l'expression "image de Dieu" car elle ne peut s'appliquer qu'à l'homme.  Le mot indique une perfection, une plénitude: «  La ressemblance que nous avons avec Dieu consiste dans la Plénitude de tous biens » ( 184b). Ou encore: " Parmi tout ce qui est né de la terre, rien ne ressemble davantage à Dieu que l’homme."  La question est de savoir comment l’homme enfermé dans un corps peut être à l’image de Dieu puisque le matériel, le visible, le corporel, le fini  ne peut représenter l’immatériel, l’invisible, l'incorporel et l'infini! Quels sont les biens pour l'homme obtenus par cette "image" de Dieu en lui? Liberté? Domination sur la création? Possible vision de Dieu? C'est alors que Grégoire va relier tout cela à la vie vertueuse. Pour obtenir la vie éternelle... l'immortalité...? Ce ne peut être que par une vie vertueuse. En effet, le péché a abimé notre ressemblance avec Dieu, il a entaché la pureté. Or ce sont les "purs" qui verrront Dieu. Comment retrouver cette pureté, comment progresser dans la ressemblance de Dieu: mener une vie vertueuse.

Laissons un moment Grégoire et passons à Augustin, celui que l'on a surnommé le "docteur de l'image". Vous pouvez étudier pour cette question son De Trinitate.  L’image désigne l’homme intérieur, la partie spirituelle de l’homme. Elle devient le principe où la Trinité pénètre l’âme. L’homme créé ainsi est alors capax dei c'est-à-dire capable de Dieu...

Augustin distingue « image » et « ressemblance ». Il affirme que si l’Ecriture utilise deux termes c’est bien pour parler de deux réalités. L’image désigne pour lui la partie la plus spirituelle de l’homme. Tout le reste est de l’ordre de la ressemblance. L'homme quoiqu'il arrive ne demeure qu'une image imparfaite, seul le Christ est image parfaite. Autre donnée importante que l'on approfondira, l'homme est image de Dieu c'est-à-dire qu 'il est image de la Trinité. L’homme pas seulement à l’image du Fils mais bien à l’image de la Trinité. Etre image de la Trinité cela signifie deux choses fondamentales. D'une part nous pouvons trouver le Dieu un et Trine en nous... C'est une voie de connaissance et de contemplation de Dieu si je puis dire et d'autre part cela fonde notre valeur ou si vous préférez notre dignité d'homme. Tous ou plutôt chacun de nous est "image de Dieu"... et cela quelque soit nos actions bonnes ou mauvaises. Il existe une valeur intrinsèque de chaque individu du fait même qu'il est image de Dieu.

Dans son Commentaire de la Genèse, St Augustin pense que l’image de Dieu a été perdue par le péché mais qu’elle est restituée dans la grâce si le vieil homme en nous cède la place au nouvel homme. Plus tard il reviendra sur cette idée et il dit que le péché a seulement souillé, abîmé cette image. L’image quoiqu’il arrive peut être restaurée et existe toujours. On ne peut effacer l'image de Dieu en nous. En revanche, elle peut devenir de plus en plus parfaite.

Nous ne nous étendrons pas sur le Moyen Age où la notion est de l'ordre du lieu commun. Chez Saint Thomas d'Aquin elle est développée à la charnière de la   Prima Pars ( qui traite de l'œuvre de Dieu) et la Secunda Pars ( qui traite de l'agir humain.). Elle se situe par conséquent à une place stratégique:  «  Puisque, (...) l’homme a été créé à l’image de Dieu, ce qui signifie qu’il est doué d’intelligence, de libre-arbitre et d’une capacité d’auto-détermination (…)il faut maintenant considérer cette image, cad l’homme, car il est principe de ses actes propres, parce qu’il possède le libre arbitre et la maîtrise de ses actes. »
Si St Thomas distingue aussi "image " et "ressemblance", il rappelle que l'homme est image de Dieu par nature. C'est qui lui permet de connaître et d'aimer Dieu. On revient sur l'idée de l'homme capax dei

En résumé : l’hébreu et la sémantique ne font pas de distinction entre les deux termes "image" et "ressemblance". Les nuances entre les deux nous vient en particulier de la patristique. Les Pères (environ depuis saint Irénée de Lyon) rapportent l’image à ce qui pourrait définir la nature humaine (intelligence, liberté) et la ressemblance qui d’ordre historique voire eschatologique. L’homme est en quelque sorte imparfait ( tel un petit enfant pour St Irénée) et doit tendre vers la perfection. C’est un processus dynamique qui pousse l’homme vers le Christ donc vers Dieu. La ressemblance par exemple pour Maxime le Confesseur nécessite la participation de l’homme pour être réalisée, l’homme doit faire intervenir donc sa liberté et sa volonté. En conclusion, la ressemblance à la différence de l'image se gagne par la vie morale et spirituelle, toutes deux intimement liées. Il est idiot en effet dans la pensée chrétienne de séparer vie de foi, vie morale et vie spirituelle.

Le péché  est ce qui a blessé la ressemblance divine.

«  Créons l’homme à notre image et ressemblance. Nous possèdons l’une par la création, nous acquérons l’autre par la volonté. Dans la première structure, il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu ; par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. Ce qui relève de la volonté, notre nature possède en puissance, mais c’est par l’action que nous nous le procurons. En nous donnant la puissance de ressembler à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. » (Basile de Césarée, Sur l’Origine de l’Homme, Homélie I,16 )

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 18:49

L.pnges deux textes fondamentaux pour aborder ce thème se trouvent dans le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse:  Gn 1, 26-27 et Gn 2,7. D'une manière générale, on note dans ces textes que l'homme apparaît dans toute "sa grandeur", que toute la création antérieure semble préparer à l'avènement de l'homme, le sixième jour. L'homme est placé comme "maître" de la terre et invité à utiliser les services de la terre. La création lui est confiée directement par Dieu pour qu'il en prenne soin, qu'il l'exploite. L'homme est invité à devenir en quelque sorte "co-créateur" dans la mesure où Dieu lui confie d'achever son oeuvre créatrice: magnifique et grande responsabilité! Notez déjà que le second récit de la création est plus rudimentaire, plus anthropomorphique et qu'il dépend davantage des anciennes mythologies et cosmogonies.
Ce texte de la création est surtout un texte incontournable et fondamental pour comprendre l'anthropologie chrétienne. Les Pères de l'Eglise l'exploiteront à maintes reprises. Il est donc intéressant pour nous de nous y replonger un peu. Nous nous pencherons davantage sur le verset où il est dit que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. De nombreuses études exégétiques fort instructives ont bien étudié l'origine des termes et leurs utilisations et ont souvent abouti que les deux termes " image" et "ressemblance", en hébreu " tselem » et « démut », sont quasi synonymes.  Est-ce que la ressemblance introduirait une atténuation ou un dépassement de la notion d’image ? On ne peut pas le dire...
Dégageons quatre axes assez classiques ou quatre lignes d'interrogation:
 

  • Où se situe cette ressemblance ( on va voir deux réponses possibles déjà ans le NT) : la perfection possible de l’homme, la liberté, l’immortalité (voir le livre de la Sagesse)

  • Est-ce qu’il existe une ressemblance physique ? Si le mot « tsélem » signifie « statue », c’est qu’il y a une proximité avec le modèle. Est-ce une ressemblance physique ( avec le risque d’anthropomorphisme) ou une ressemblance "intellectuelle".

  • La ressemblance est une ressemblance par la place, la fonction que l’homme occupe. Comme Dieu règne sur la création, l’homme règne à l’image de Dieu sur les autres animaux. Aussi dans le fait que l’homme, à défaut de créer peut procréer des êtres eux mêmes à l’image de Dieu ( notion de descendance qui conserve en eux, l’image de Dieu).

  • La ressemblance met en évidence une relation spéciale entre l’homme et Dieu : un dialogue est possible. La Trinité est comprise comme une relation interpersonnelle, à l’image de Dieu, l’homme peut dialoguer avec son Créateur. Par extension, le thème de la Seigneurie de l’homme. Je vous renvoie au psaume 8 par exemple.

 

Certains théologiens, entre autres protestants ( K.Barth, Brunner…) et exégètes vont refuser plus ou moins cette doctrine de l’image de Dieu sur les bases que les deux termes « image »/ »ressemblance » sont quasi synonymes, qu’ils sont peu présents dans la Bible. Ce thème serait étranger à la Révélation et ne proviendrait que de l’apport hellénique, entre autre platonicien et stoïcien : traduction de la LXX et les développements en Sg 2,23 et 7,26.

 

Je ne suivrai donc pas ces théologiens qui refusent la place privilégiée qu’à cette notion d’image de Dieu. Je suivrai, le théologien orthodoxe Lossky qui montre justement que les expressions hébraïques « tselem » et « demut » étaient inoppérentes pour rendre compte de la relation particulière à Dieu. Elles se précisent dans la traduction grecque de la Septante où les termes « eikon » et « homoiosis » se chargent petit à petit d’une théologie, la traduction n’est pas un rajout, une perversion du texte original ou de la Révélation mais plutôt le signe du progrès de la Tradition, la préparation à la Révélation évangélique. Intéressant, en effet que les savants hébreux ont senti la nécessité de traduire en grec. Le Christ manifestera pleinement cette théologie de l’image de Dieu


Retrouve t'on ce thème de l'image dans le Nouveau Testament? Oui, les termes utilisés sont alors les termes grecs "eikon" "homoiosis" ou plus tard latin "imago"... Le Nouveau Testament  applique plusieurs fois à l’homme l’expression  "icône de Dieu". On la retrouve en 1Co 11,7 ou Jc 3,9 mais il développe aussi ce thème à travers plusieurs idées comme :

  • l’image = l’imitation de la perfection.

  • L’image implique le respect d’autrui. L’amour du Dieu transcendant et invisible ne peut passer qu’à travers celui de son image visible.

  • Il existe une distance infinie entre la nature incrée et la nature crée. Ainsi l’homme va être compris comme une image imparfaite et le rôle du Christ qui est Image Parfaite de Dieu est de conduire l’homme à Dieu. On avait déjà cette idée esquissée dans le livre de la Sagesse. «  Christ, image de Dieu », se retrouve essentiellement chez St Paul et chez St Jean.  Voir Sg 7,26  où la sagesse est « un miroir sans tâche de l’activité de Dieu, une image de l’excellence de Dieu. »


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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 19:11

L.png e Christ s’identifie aux « petits » de ce monde qu’il soit étranger, nu, affamé ou emprisonné. Il est venu en priorité pour sauver les plus démunis. Il apporte une réponse à la souffrance déjà exprimée chez Job. La réponse du Christ est tout simplement la victoire ultime sur celle-ci à travers sa Passion- c’est-à-dire sa propre souffrance et son propre anéantissement- et le mystère de la résurrection. Par sa vie mais également par sa mort, le Christ prône la vie dans toutes ses dimensions. En effet, Jésus est celui qui guérit les malades, les affligés mais aussi les pécheurs. Il sauve l’homme sur tous les plans de l’existence : physique, moral et spirituel. D’une façon ultime, Il est aussi celui qui libère l’humanité de la mort. Le retour à la vie de Lazare en est une illustration.

Le Christ qualifié par Jean-Paul II, à la suite des Evangiles, dans son encyclique Evangelium vitae de « Verbe de Vie » ou d’ « auteur de la Vie » devient la réponse même à la souffrance. Et cela non seulement parce qu’il parvient à la vaincre mais aussi parce qu’il l’assume et l’accepte : « Jésus opte ainsi pour une double attitude conjointe qu’il propose également à ses disciples : celle de la lutte contre toutes les formes d’asservissement et d’oppression au nom de la dignité filiale offerte à tout être humain, et celle du ressourcement constant auprès de la Source divine de dignité (…)» (Cf.M.J.THIEL, « La jurisprudence Perruche ou la vie handicapée comme préjudice », Revue des Sciences Religieuses, p.233. )

L’Eglise et tous ses membres à l’exemple du Christ sont conviés au service de l’autre pour que sans cesse la dignité humaine soit mise en lumière.

«  Au nom du Christ, l’Eglise s’efforce toujours davantage de devenir pour vous une « maison accueillante ». Nous savons que la personne handicapée- une personne absolument unique en son égale et inviolable dignité- a besoin non seulement de soins mais avant tout d’amour, un amour qui se fasse reconnaissance, respect et intégration : de la naissance à l’adolescence, jusqu’à l’âge adulte et au moment délicat, vécu avec inquiétude par tant de parents, du départ de leurs enfants, le moment du « après nous ».» ( Cf.JEAN-PAUL II, Homélie pour le jubilé des personnes handicapées, Documentation catholique 2001, n°2239, p. 14

L’exemple du Christ, celui qui a voulu servir ses disciples et les  hommes, et la dignité de l’homme sont là pour inciter l’homme à s’investir dans le monde socio-politique pour que les droits des personnes, et en particulier des personnes handicapées ou exclues, soient respecter. Le sermon sur la montagne et la kénose du Christ sont des invitations pour les hommes à entrer dans la voie de l’humilité et de la pauvreté. Le Christ par sa vie offerte aux hommes rappelle comme le disait saint Vincent de Paul que « les pauvres sont nos maîtres ».

Si Jésus nous aide dans la souffrance c'est que notre foi en Lui nous permet d'affirmer que son Evangile est un "Evangile de la VIE"! Relisons plus attentivement un extrait de l'Evangile de la Vie écrite par Jean Paul II en 1995: "Face aux menaces innombrables et graves qui pèsent sur la vie dans le monde d'aujourd'hui, on pourrait demeurer comme accablé par le sentiment d'une impuissance insurmontable: le bien ne sera jamais assez fort pour vaincre le mal! C'est alors que le peuple de Dieu, et en lui tout croyant, est appelé à professer, avec humilité et courage, sa foi en Jésus Christ, « le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). L'Evangile de la vie n'est pas une simple réflexion, même originale et profonde, sur la vie humaine; ce n'est pas non plus seulement un commandement destiné à alerter la conscience et à susciter d'importants changements dans la société; c'est encore moins la promesse illusoire d'un avenir meilleur. L'Evangile de la vie est une réalité concrète et personnelle, car il consiste à annoncer lapersonne même de Jésus. A l'Apôtre Thomas et, en lui, à tout homme, Jésus se présente par ces paroles: « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). C'est la même identité qu'il affirme devant Marthe, sœur de Lazare: « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26). Jésus est le Fils qui, de toute éternité, reçoit la vie du Père (cf. Jn 5, 26) et qui est venu parmi les hommes pour les faire participer à ce don: « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10, 10).

C'est donc à partir de la parole, de l'action, de la personne même de Jésus que la possibilité est donnée à l'homme de « connaître » la vérité tout entière sur la valeur de la vie humaine; c'est de cette « source » qu'il reçoit notamment la capacité de « faire » parfaitement la vérité (cf. Jn 3, 21), ou d'assumer et d'exercer pleinement la responsabilité d'aimer et de servir la vie humaine, de la défendre et de la promouvoir.

(...) C'est donc le regard fixé sur le Seigneur Jésus que nous voulons l'écouter nous redire « les paroles de Dieu » (Jn 3, 34) et méditer à nouveau l'Evangile de la vie. La signification la plus profonde et la plus originale de cette méditation du message révélé sur la vie humaine a été saisie par l'Apôtre Jean, qui écrit au début de sa première lettre: « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie — car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue —, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1, 1-3).En Jésus, « Verbe de vie », est donc annoncée et communiquée la vie divine et éternelle. Grâce à cette annonce et à ce don, la vie physique et spirituelle de l'homme, même dans sa phase terrestre, acquiert sa plénitude de valeur et de signification: la vie divine et éternelle, en effet, est la fin vers laquelle l'homme qui vit dans ce monde est orienté et appelé. L'Evangile de la vie contient ainsi ce que l'expérience même et la raison humaine disent de la valeur de la vie; il l'accueille, l'élève et la porte à son accomplissement."


C'est dans l'expérience de la souffrance, dans l'expérience profonde de la pauvreté que Jésus porte à son accomplissement le sens de l'existence humaine. Si Jésus puis l'Eglise a une mission envers pauvres, malades, exclus et tous ceux qui souffrent "matériellement", " La parole et les gestes de Jésus et de son Église ne concernent pas seulement celui qui vit dans la maladie, la souffrance ou les différentes formes de marginalisation. Plus profondément, ils touchent le sens même de la vie de tout homme dans ses dimensions morales et spirituelles. Seul celui qui reconnaît que sa vie est marquée par la maladie du péché peut, dans la rencontre avec Jésus Sauveur, retrouver la vérité et l'authenticité de son existence, selon les paroles de Jésus: « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir » (Lc 5, 31-32)."
N'oublions pas en effet, en ce temps de l'Avent, que nous sommes tous des "malades" et que le Christ s'est incarné pour nous, personnellement... Le plus grand des maux reste le péché qui nous éloigne de notre origine et de notre fin: le Dieu un et trine. Le plus grand des maux reste le péché qui aliène notre ressemblance avec Dieu. Tous nous avons la responsabilité de faire coïncider notre vie, c'est-à-dire nos actes avec la foi que nous proclamons.


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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 17:19

I.pngl est toujours délicat de traiter cette question  car lorsqu’on veut aider une personne qui souffre, on ne peut arriver avec des réponses toutes faites, des projections de sa propre souffrance.. Il faut prendre en compte les propres représentations de la souffrance de l'autre car quelque par la souffrance n'existe pas en soi, c'est l'expérience de la souffrance qui existe.  La souffrance est un problème, c’est surtout et avant tout comme disait Varillon un scandale. Question d'autant plus redoutable que nous affirmons que Dieu est infiniment Bon. Il ne s'agit pas comme dans les pensées dualistes de concevoir un principe du mal qui combatterait ad vitam eternam un principe du bien façon "Guerre des Etoiles".

Du reste l’existence de la souffrance  a été et demeure un argument  pour affirmer que Dieu n’existe pas. Il faut aussi faire attention au fait que le mal n’a pas de sens ( punitions, équilibre du monde…), le mal n’a pas à être justifié, expliqué, compris. Il faut le combattre. Le mal et la souffrance sont des non-sens. Nous sommes quelque part dans le domaine de l'absurde. Or,  l’éthique c’est encore et toujours ce qui doit humaniser, ce qui doit permettre à l’individu de se réaliser, de s’accomplir et cela dans toutes les dimensions de son être et de donner sens à sa vie. Comment donner et offrir du sens lorsqu'on fait expérience de la souffrance? La souffrance met aussi en péril notre compréhension de la finalité et de l'origine: le pourquoi des choses.. Pourquoi suis-je touché par la maladie, le handicap? Pourquoi avoir perdu mon enfant? ... La maladie affectant notre corps atteint aussi à notre "moi". 

Mais, si l’Eglise se montre soucieuse de l’homme et de son accomplissement en tentant d’alléger ses peines comment comprendre, malgré tout, cette souffrance. Le Christ, par sa vie, œuvre d’abord pour ceux qui souffrent : Il est celui qui guérit, Il est le consolateur. Il s’agit de saisir la souffrance dans son amour miséricordieux et surtout dans la puissance salvifique de sa venue. A travers la figure de Job nous essaierons d’éclairer la question essentielle de la souffrance humaine.

Job, homme bon et respecté, est la figure même du juste ou de l’innocent souffrant. Ainsi la souffrance apparaît d’autant plus ici comme un non-sens. C’est véritablement l’expérience personnelle de l’homme souffrant face à Dieu qui est en jeu dans ce livre plus encore que le problème de la rétribution qui lui s’articulerait autour de l’axe piété-bonheur. Satan propose à Dieu de mettre à l’épreuve la piété de Job en lui infligeant toutes sortes de maux. Et, si Job résiste au départ et ne veut pas maudire Dieu : « (…) Maudis Dieu et meurs ! Mais il lui dit : « Tu parles comme une femme insensée. Nous recevons de Dieu le bien, et nous n’en recevrions pas le mal ! ». Resté seul, il finira par exprimer sa douleur. Ses plaintes qui se révèleront être un véritable procès à l’adresse de Yahvé. Seul, face à Dieu avec sa souffrance, Job à la suite d’un long cheminement spirituel et de l’intervention divine- la théophanie- parviendra tout de même à entrer dans le mystère de Dieu et du dessein divin. L’homme souffrant dépasse le stade d’un homme écrasé pour devenir un homme capable avec Dieu de rentrer dans la justice divine. Loin d’être abandonné au non-sens de la souffrance, Job est vivifié par le présence de Dieu et accepte sa situation d’homme avec humilité.
 

Avant de parvenir à la vision libératrice de Dieu, Job passe par un certain nombre d’épreuves qui rendent compte avec justesse du pouvoir destructeur de la souffrance. La rencontre avec ses trois amis reste donc un point central dans l’histoire de Job. C’est la souffrance qui va l’isoler du reste de l’humanité à tel point que même ses proches, ceux qui se disent « ses amis » vont l’exclure. Que ce soit Sophar, Eliphaz ou Bildad, tout accusent Job d’avoir péché d’une façon quelconque pour souffrir ainsi. Le mal et la cause de la souffrance lui sont attribués. Ils ne pensent pas à réconforter Job ou à s’engager avec lui dans sa souffrance. La peur les en empêche. La souffrance pourrait alors les atteindre aussi et mettre ainsi leur propre bonheur : mieux vaut rendre responsable Job de sa souffrance et l’éloigner d’eux. Le deuxième élément de leurs différents discours est qu’ils s’érigent en juges. Ils prennent la place de Dieu et mènent un véritable procès sur la vie de Job. Sa famille, ses actes, sa foi tout est analysé pour en dernier lieu condamner Job : il est pécheur. Enfin, il faut situer la souffrance de Job dans la durée. Si, au départ, Job résiste avec force et espérance, c’est le temps et la répétition de la souffrance qui sont ses véritables ennemis. Sa vie entière paraît remplie de désolation: « (…) ainsi ai-je hérité de mois de déception, et des nuits de peine me sont échues. Si je me couche, je dis : A quand le jour ? Si je me lève : A quand le soir ? (…) Mes jours sont plus rapides que la navette et se consument sans espoir. Souviens-toi que ma vie n’est que vent, mes yeux ne verront plus le bonheur »

Désespoir et non-sens sont les éléments constitutifs de la souffrance de Job. Or, les interrogations de Job peuvent renvoyer à celle de la personne handicapée, d’une personne malade gravement. Les souffrances du handicap seront celles le plus souvent de toute une vie. Comment dès lors envisager la vie quotidienne avec espérance si la souffrance est constamment présente ? Quel peut être le sens de telles douleurs ? L’amertume et le désespoir rongent littéralement Job. Il en arrive alors à maudire le jour de sa naissance. Pourquoi avoir vu le jour si c’est pour vivre dans de telles conditions ? Question qui fait cruellement écho au problème de la qualité de vie: «  Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit son jour (…) Périsse le jour où je fus enfanté (…) Que ne suis-je mort au sortir du sein ? Au sortir des entrailles que n’ai-je expiré ? Pourquoi deux genoux pour me recevoir (…) Maintenant je serais couché, tranquille, je dormirais et je reposerais(…) Ni calme pour moi, ni tranquillité, ni repos, rien que du tourment ! "Les souffrances sont telles que l’homme est complètement anéanti, accablé et a perdu toute perspective d’avenir ou d’espérance. La souffrance le réduit à un perpétuel non-sens et cela en solitaire car nul ne semble pouvoir partager ou même alléger ses douleurs. C’est un homme seul, renvoyé aux limites extrêmes de son être. Face à cette situation, Job adresse une ultime plainte vers Dieu.

Le malheur arrête le temps normal pour Job et le jette dans un temps à la fois éternel et inerte. La césure s’opère par la venue de la souffrance où les jours d’avant semblent avoir été très court. Cette souffrance atteint non seulement son être physique et moral mais son « moi » profond. Elle brise radicalement son « moi » et le jette dans ce que Nemo décrit comme une « angoisse » : «  Il y a dans le Livre de Job une phénoménologie de l’angoisse, une méticuleuse description de l’angoisse telle qu’elle apparaît elle-même et transforme l’apparence de tout le reste» (cf.  P.NEMO, Job et l’excès du mal)

Plus que la question de la justice divine, c’est celle de l’aliénation de l’homme par le mal et la question finale du bonheur qui sont sous-jacentes aux interrogations et plaintes de Job. C’est aussi l’impuissance de l’homme face à certaines afflictions qui rend aussi poignant le désespoir de Job. Désespoir d’autant plus grand que la réponse de l’autre –ici les amis de Job- s'avère être non des solutions mais bel et bien des condamnations. Job face à lui-même, plongé dans l’abîme est dans une impasse qui semble totale.

C’est donc un homme écrasé au plus profond de son être qui adresse ses plaintes à Dieu, qui lui lance un véritable défi. Un homme ravagé dans sa vie et qui fait l’expérience personnelle et bien réelle du malheur. Job cherche à tout prix un sens à ce qu’il lui arrive. Or, Dieu ne lui fournira jamais la réponse à cette question. L’origine de la souffrance ou le pourquoi de celle-ci restera sans réponse à la fin du livre de Job. Mais qu’est ce qui permet alors à celui-ci de retrouver l’espérance ? C’est au plus profond de la crise que Dieu renoue le dialogue avec son fidèle serviteur qui malgré tout ce qui l’accable ne renonce pas totalement à se défendre : « Qu’il me tue, je suis sans espoir, je veux seulement plaider ma cause devant lui ; et ceci m’est déjà un signe de salut (…) »

Désespoir et signe d’espérance se mêlent tout de même. Dieu, vers qui il se tourne en dernier lieu, est le seul qui puisse lui apporter si ce n’est le réconfort au moins une explication. Dieu semble l’auteur de son malheur et pourtant Job ne désire s’adresser qu’à lui. Le malheur est ainsi associé au silence de Dieu qui se refuse jusqu’alors à parler à Job, à lui fournir une explication. Job invite Dieu au dialogue et ne peut se contenter de son absence, il éprouve un véritable désir de Dieu. L’absence de Dieu exprime ce vide absolu causé par la souffrance.

Enfin, Dieu répond à Job. Quel est alors l’enjeu véritable et la réponse de ce discours entre Job et Dieu ? Le discours de Dieu tourne essentiellement autour de la création et de la place que l’homme occupe au sein de celle-ci. En quoi répond t-il au questionnement de Job ? Dieu remet Job à sa place dans la création, il retrouve sa place humaine Job doit s’ouvrir à son statut d’humain et cela en relation avec le monde et Dieu. Il doit comprendre l’écart entre sa faiblesse et la puissance de Dieu tout en renouvelant sa confiance en Dieu. Dieu n’explique pas la souffrance mais c’est sa présence qui apporte le réconfort à Job et qui chasse le malheur. La puissance de Dieu assure la sûreté de Job. La vie humaine peut être soumise à toute sorte de malheurs qui peut conduire l’homme aux limites de son être à tel point qu’il puisse estimer la mort comme un bien. Le livre de Job propose une réponse à la souffrance à travers deux axes : celui de l’acceptation de la condition humaine – qui se traduit par la finitude et la faiblesse, et par celui de la présence de Dieu comme réconfort et soutien dans la souffrance.


Un début de réflexion... Dans une prochaine note, nous verrons l'action du Christ.
Bon troisième WE de l'Avent à tous: n'oubliez pas c'est le dimanche de la JOIE (ne vous étonnez pas si vous voyez des ornements liturgiques roses... c'est la version "light" de l'Avent!)

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 19:41


C.pnge Week-end a eu lieu comme chaque année l'incontournable Téléthon. Il ne s'agit pas dans cette note de critiquer cette action et l'AFM mais de pointer du doigt les problèmes éthiques soulevés par ce genre de manifestation.

Il est indéniable que ce type d'action a permis d'immenses progrès dans le domaine de la recherche sur la myopathie, dans l'aide aux familles, dans la connaissance d'une "maladie" peu connue . On ne peut que saluer toutes ces initiatives et ces avancées.


Cependant, cela soulève comme je vous le disais un certain nombre de problèmes...

Une partie des fonds va en effet à la recherche embryonnaire. Recherche qui conduit à la destruction de l'embryon. Première série de  questions: quel statut accordons-nous à l'embryon? Ne doit-on pas favoriser la recherche sur les cellules souches adultes ( ou issues du cordon ombilical) plutôt que celle sur les cellules souches embryonnaires?

Pour nourrir votre réflexion, un extrait de l'instruction Dignitas Personae:
31- Les cellules souches sont des cellules indifférenciées qui ont deux caracté-ristiques fondamentales: a) la capacité durable de se multiplier sans se différencier b) la capacité d'engendrer des cellules progénitrices transitoires, à partir desquelles proviennent les cellules souches plus différenciées, par exemple, nerveuses, muscu-laires, hématiques.
Depuis qu'il a été expérimentalement vérifié que les cellules souches, quand elles sont transplantées dans un tissu endommagé, ont tendance à favoriser le repeuplement de cellules et la régénération de ce tissu, de nouvelles perspectives se sont ouvertes pour la médecine régénérative, suscitant un grand intérêt parmi les chercheurs du monde entier.
Les sources des cellules souches jusqu'ici identifiées chez l'homme sont: l'embryon aux premiers stades de son développement, le fœtus, le sang du cordon ombilical, différents tissus chez l'adulte (moelle osseuse, cordon ombilical, cerveau, le mésenchyme de divers organes, etc.) et le liquide amniotique. Au départ, les études ont surtout porté sur les cellules souches embryonnaires car on pensait que cel-les-ci étaient les seules à posséder un grand potentiel de multiplication et de différenciation. De nombreuses recherches ont cependant montré que les cellules souches adultes, elles aussi, ont une grande versatilité. Bien que ces cellules ne semblent pas avoir la même capacité de renouvellement et la même plasticité que les cellules embryonnaires, des études et des expérimentations de grande valeur scientifique tendent à leur accorder des résultats cliniques plus positifs, ce qui n'est pas le cas des cellules embryonnaires. Les protocoles thérapeutiques actuellement en vigueur prévoient l'utilisation des cellules souches adultes ; à cet égard ont été activées de nombreuses voies de recherche qui ouvrent des horizons nouveaux et prometteurs.

32. En ce qui concerne le jugement éthique, il faut considérer tant les méthodes de prélèvement des cellules souches que les risques résultant de leur utilisation clinique ou expérimentale.
Concernant les méthodes utilisées pour la collecte des cellules souches, il faut tenir compte de leur origine. Sont licites les méthodes qui ne procurent pas de grave dommage au sujet chez qui sont prélevées les cellules souches. Cette condition est habituellement vérifiée dans les cas suivants: le prélèvement a) de tissus d'un organisme adulte b) du sang du cordon ombilical au moment de la naissance, c) des tissus de fœtus morts de mort naturelle. Au contraire, le prélèvement de cellules souches d'un embryon humain vivant cause inévitablement sa destruction et il est de ce fait gravement illicite. Dans ce cas, « la recherche, quels que soient les résultats d'utilité thérapeutique, ne se place pas véritablement au service de l'humanité. Elle passe en effet par la suppression de vies humaines qui ont une égale dignité par rapport aux autres personnes humaines et aux chercheurs eux-mêmes. L'histoire elle-même a condamné par le passé et condamnera à l'avenir un tel type de science, non seulement parce qu'elle est privée de la lumière de Dieu, mais également parce qu'elle est privée d'humanité » .
L'utilisation des cellules souches embryonnaires ou des cellules différenciées qui en dérivent, éventuellement fournies par d'autres chercheurs, et provenant de la destruction d'embryons, ou disponibles dans le commerce, pose de sérieux problèmes du point de vue de la coopération au mal et du scandale

Il n'existe pas d'objections morales en ce qui concerne l'utilisation clinique de cellules souches obtenues au moyen de procédés licites. Toutefois, il faut respecter les critères ordinaires de déontologie médicale. A cet égard, il convient de procéder avec beaucoup de rigueur et de prudence, en réduisant au minimum les risques éventuels pour les patients, en facilitant le débat entre les scientifiques et en offrant une information complète au grand public.
L'impulsion et le soutien à la recherche sur l'utilisation de cellules souches adultes sont à encourager, car elle ne comporte pas de problèmes éthiques

 


Deuxième série de questions: les questions autour du DPI ( Diagnostic Pré Implantatoire), DPN ( Diagnostic Prénatal) et l'IMG ( Intervention Médicale de Grossesse).  Ce problème est loin de toucher uniquement le Téléthon, pensons en particulier au dépistage de la Trisomie 21 de plus en plus efficace avec l'avancée des connaissances sur les marqueurs sériques. La question éthique est évidente: un eugénisme latent... Quelle place pour la personne atteinte d'un handicap dans notre société? La question de l'enfant parfait? "du droit à ne pas naître"? La finalité de la médecine ( dépister pour soigner, soulager les douleurs ou dépister pour éliminer?)
Je vous renvoie encore à Dignitas Personae:
 22- Le diagnostic préimplantatoire est une forme de diagnostic prénatal, lié aux techniques d'insémination artificielle. Il comporte le diagnostic génétique des embryons obtenus in vitro, avant leur transfert dans l'utérus. Cette technique est utilisée dans le but d'avoir la certitude de ne transférer à la mère que des embryons exempts de tout défaut ou bien des embryons d'un sexe déterminé ou encore dotés de certaines qualités.
Alors que dans les formes de diagnostic prénatal, la phase diagnostique est bien séparée de la phase d'éventuelle élimination du fœtus et que, dans cet intervalle, les couples demeurent libres d'accueillir l'enfant malade, le diagnostic préimplantatoire précède ordinairement l'élimination de l'embryon « suspect » d'avoir des défauts génétiques ou chromosomiques, ou de l'embryon porteur d'un sexe non désiré ou de qualités non voulues. Ce diagnostic - toujours associé à la fécondation artificielle qui est déjà intrinsèquement illicite - vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction des embryons, ce qui se traduit par une forme de pratique abortive précoce. Le diagnostic préimplantatoire est donc l'expression de cette mentalité eugénique « qui accepte l'avortement sélectif pour empêcher la naissance d'enfants affectés de différents types d'anomalies. Une pareille mentalité est ignominieuse et toujours répréhensible, parce qu'elle prétend mesurer la valeur d'une vie humaine seulement selon des paramètres de "normalité" et de bien-être physique, ouvrant ainsi la voie à la légitimation de l'infanticide et de l'euthanasie »42 .

En traitant l'embryon humain comme un simple « matériau de laboratoire », on opère une altération et une discrimination en ce qui concerne la notion même de la dignité humaine. La dignité appartient de façon égale à chaque être humain et ne dépend ni du projet parental, ni de la condition sociale ou de la formation culturelle, ni du stade de la croissance physique. Si, à d'autres époques, tout en acceptant généralement le concept ainsi que les exigences de la dignité humaine, on a pratiqué la discrimination pour des motifs de race, de religion ou de statut social, on assiste aujourd'hui à une non moins grave et injuste discrimination qui conduit à ne pas reconnaître le statut éthique et juridique des êtres humains affectés de graves maladies et handicaps: on en vient ainsi à oublier que les personnes malades et les handicapés ne forment pas une sorte de catégorie à part ; la maladie ou le handicap font partie de la condition humaine et concernent tout le monde à titre personnel, même quand on n'en fait pas l'expérience directe. Une telle discrimination est immorale et doit donc être considérée comme juridiquement inacceptable ; de même, on doit éliminer les barrières culturelles, économiques et sociales, qui minent la pleine reconnaissance et la protection des handicapés et des malades.


Troisième série de questions: notre image de la personne atteinte d'un handicap. Pensons-nous uniquement aux personnes handicapées en terme de pitié, de personnes dans le besoin ou  mettons-nous en avant leurs qualités ( et leurs défauts...) humaines propres à chaque individu? Lorsque nous organisons une action de solidarité quelque soit dans nos écoles, paroisses... Quelle image, véhiculons-nous de la personne aidée? Que retiendra l'enfant de cette journée??? Sont-ils encore des personnes ou des simples objets  de "solidarité publique"?

Je vous propose quelques citations d'un très bon ouvrage écrit par D.Moyse et N.Diederich,  Les personnes handicapées face au DPN. Eliminer avant la naissance ou accompagner?. Un des intérêts de ce livre est de se placer face à toutes ces questions non pas du côté de la personne valide mais de la personne atteinte d'un handicap: que pensent les adultes ou les jeunes touchés par la myopathie par exemple du DPI, du DPN... Les témoignages recueillis sont éloquents:
"Voici une remarque de A.S.PArisot: «  Je suis directement concernée par cette question du tri embryonnaire, étant la troisième enfant d'une fratrie de trois enfants myopathes. J'ai 7 ans d'écart avec ma soeur ainée. La question qui se pose est la suivante: « Si j'avais du naître aujourd'hui, et si le diagnostic avait été effectué plus précocement sur ma soeur et mon frère ainés, serais-je là pour vous parler? » Je me trouve dans une configuration familiale où mes parents auraient pu bénéficier du fameux « tri embryonnaire » ou « tri-implantatoire ». L'idée du tri-implantatoire m'est difficilement supportable. J'y vois le déni médical, social et institutionnalisé de mon simple droit à l'existence. J'y vois une remise en cause complète de ma valeur intrinsèque d'être humain. (...) »

 

Sonia: « Ce qui m'a fait très mal, c'est qu'un jour mon père a dit à ses copains que, s'il avait su pour mon handicap, il aurait préféré que ma mère avorte. Ca ma catastrophée car j'étais épanouie comme jeune fille, je ne m'attendais pas à une telle réponse, j'étais heureuse de vivre. Personne ne sait que je l'ai entendu. »

 

J.L.Simon à propos du Téléthon à qui on faisait la remarque que cela avait permis de mieux connaître et de faire connaître cette maladie, réponse éloquente: « Oui mais pour dire quoi? Qu'on doit les soigner, les éradiquer parce que c'est infernal et insupportable de voir « ça »? Je me souviens que lors d'un des derniers Téléthon, un animateur de télévision, seul dans une salle de classe, a tenté de rassurer les téléspectateurs en déclarant: « les petits myopathes sont dans une salle à côté pour qu'ils soient tranquilles. » Il a résumé l'attitude sociale.


 

Myriam D.

« J'aimerai bien visiter les coulisses du Téléthon pour filmer la manière dont on utilise les gens, les personnes handicapées n'ayant que très peu à parler et étant vraiment peu mises en valeur. Je suis très triste que le public est une vision caritative des personnes handicapées comme objet de compassion et de demande. Il faut arrêter ça. »"




Il ne faut pas pour autant cesser d'oeuvrer dans les associations ou de donner à des actions qui nous semblent justes mais bien d'éveiller nos consciences aux problèmes éthiques sous-jacents et de se renseigner sur l'utilisation des dons. On peut très bien donner au téléthon par exemple mais demander explicitement ( avec une confirmation de l'association) que les dons iront à l'aide aux familles et  non à la recherche embryonnaire ...
N'oublions pas qu'un des premiers principes de notre morale chrétienne est que notre conscience demeure le dernier juge. Cela engage d'autant plus notre responsabilité et par conséquent nous avons un véritable devoir d'éducation de cette dernière. C'est-à-dire s'informer, étudier... etc .Les sciences humaines (philo, éthique, théo), l'Eglise proposent des pistes, des enseignements pour nourrir notre réflexion, ne l'oublions pas! Chaque jour nous sommes sollicités par des tas et des tas d'associations, c'est à nous de faire le tri ( selon aussi nos interrogations, notre histoire personnelle) entre elles et de juger à qui il nous semble important et juste de donner.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 21:45

JOIE POUR LES COEURS QUI CHERCHENT DIEU



 

a quête du bonheur, le désir du bonheur se traduit donc par un désir de Dieu chez les théologiens et dans notre foi. L'homme est « capax dei » (capable de Dieu): capable de l'aimer et donc désireux de l'aimer. Les Pères insisteront beaucoup sur ce désir et cette recherche de Dieu. L'homme depuis la chute est séparé de Dieu par le péché. Il n'a donc qu'un seul but: être réuni à Lui.

Il cherche désespérément dans les créatures ou les choses matérielles ( biens, gloire humaine...) la satisfaction de ce désir essentiel (trop essentiel pour être jamais comblé par des éléments matériels). L'homme n'atteint que des satisfactions toujours partielles. Pour Augustin, tout particulièrement, s'impose une certitude : le désir est le point de départ de cette recherche qui finalement mène forcément l'homme à Dieu.

Les Pères pour traduire ce désir s'inspireront beaucoup du beau livre du Cantique des Cantiques. Nombreux sont ceux qui en ont fait un commentaire ou une homélie sur l'un ou l'autre des chapitres. Livre qui a aussi beaucoup d'importance dans la pensée mystique en particulier dans la spiritualité carmélitaine.

 

Grégoire de Nysse- l'homme peut être comblé mais jamais rassasié. Le désir de Dieu demeure dans la béatitude et la plénitude.

"Lui seul en vérité est délicieux, désirable et aimable. Et la jouissance que nous avons de lui est toujours le point de départ d'un plus grand désir, car elle fait croître le désir par la participation même de biens." (Hom. sur Cant. des Cant., Hom. 1).
 

Désir de Dieu et joie sont associés. Cette quête est ininterrompue, incessante et elle grandit. On verra que Grégoire établit un parallèle entre les 8 béatitudes, c'est-à-dire le perfectionnement dans la vie spirituelle et morale et l'échelle de Jacob. Si on trouvera la joie et la béatitude, le désir quelque part perdure car il n'y a pas de lassitude. Finalement, peut-on se rassasier de Dieu? Je vous renvoie encore au Psaume 41. Grégoire prend alors l'exemple de Paul qui est à la fois comblé et « affamé » de Dieu: « C'est ainsi me semble-t-il, que l'apôtre Paul, quand il eut goûté les fruits mystérieux du paradis, en était à la fois comblé mais toujours affamé. Il reconnaît que son désir avait été comblé : "Le Christ vit en moi" (Ga 2, 20) et pourtant comme un homme affamé, il éprouve les mêmes aspirations qu'auparavant et dit : "Ce n'est pas que j'ai déjà atteint le but ou que je sois déjà parfait, mais je poursuis ma course pour y parvenir." (Ph 3, 13).
 

Le cappadocien pense que l'on peut être rassasié du mal mais jamais du bien. C'est la joie de celui qui va "de commencements en commencements, vers des commencements qui n'ont pas de fin" (Homélies sur le Cantique des cantiques, 8e homélie). Et il poursuit : "Jamais le désir de celui qui progresse ne s'en tient au bien déjà connu : un autre désir, plus intense, puis un autre, encore plus profond, par la suite, poussent l'âme qui s'élève sans cesse sur la route de l'infini, par des biens toujours supérieurs
On comprend ainsi pourquoi, dans la perspective de Grégoire de Nysse, le désir ne cesse jamais - même dans l'éternité. C'est un point important car une des grandes peurs est de s'ennuyer dans l'éternité: l'éternité, c'est long surtout sur la fin... Donc pas de panique, en fin de compte le désir ne cesse jamais, il grandit sans cesse...
 L'homme cherche toujours, qu'il désire depuis que le péché l'a séparé de Celui à l'image de qui il a été fait. Il cherche désespérément à redevenir ce qu'il était, à grandir dans cette ressemblance. Le désir de Dieu, c'est le désir de VOIR DIEU mais aussi de POSSEDER DIEU... On pourra lire et méditer le paragraphe sur la béatitude dans le CEC ( Catéchisme de l'Eglise Catholique).

 

St Augustin,

L'intérêt de St Augustin par rapport à ses prédécesseurs qui nous parlent du désir de Dieu, est que l'évêque d'Hippone affirme que toute recherche de plaisir prend en réalité sa source dans le désir du bonheur, le désir du Bien donc le désir de Dieu. Lorsqu'on lit les Confessions, c'est un assoiffé de la vérité, un amoureux de l'amour que l'on découvre. Une sorte d'enragé de la quête du bonheur.

Comme on l'a vue dans notre bref parcours philosophique, de nombreux courants comme les stoïciens ou les épicuriens vantaient l'indifférence ou l'exctinction du désir (un peu comme dans le Bouddhisme du reste). Ce qu'ils nommaient l'apathie. Or chez les Pères et cela de façon très nette chez St Augustin, on a au contraire l'affirmation de la valeur du désir. Avant, il s'agissait de ne pas être troublé, courant qui a séduit par ailleurs certains mouvements monastiques ( Cf. Les pères du désert). Chez St Augustin, on a une opposition. Ce n'est pas une bonne chose que de ne pas éprouver de sentiments. Il prend l'exemple concret du Christ: joie de retrouver ses amis, pleurs à la mort de Lazarre, Il « se mit à aimer » le jeune homme riche... Le Christ n'est pas indifférent. Comment faire abstraction des passions pour aller vers Dieu alors que le Christ s'est incarné, a vécu la Passion pour nous sauver et ayant désirer nous sauver? En revanche, l'erreur pour Augustin serait d'endormir le désir de Dieu sous d'autres désirs multipliés et vains. La multiplication des plaisirs pourrait « tuer » le véritable désir.

 

Pour Augustin, le désir est un élan. Il fait partie des quatre passions: désir, joie, tristesse et crainte.C'est une dynamique mais en même temps une distance et parfois une absence... On désire ce qui est loin ou pas encore en notre possession.

Il existe plusieurs types de désir. Deux principaux: le désir désordonné ( la convoitise) et le désir ordonné ( la charité- agapé cad amour de Dieu cad l'essence même de Dieu. Le désir par excellence c'est l'AMOUR. L'amour, c'est LE ( et non un) don de Dieu. Capable de Dieu, c'est-à-dire capable d'aimer. Le passage à réaliser, c'est de quitter le désir desordonné pour le désir ordonné. Passer de la convoitise à l'amour voilà la véritable libération de l'homme. Le désir, c'est donc la VOIE ROYALE pour aller à Dieu et donc pour aller au bonheur. Sachant qu'on ne va à Dieu seul mais avec les autres comme nous sommes membres de l'Eglise, membres du corps du Christ( articulation aussi des deux commandements: amour de Dieu et amour du prochain).

 La prière est ce qui nourrit notre désir de Dieu et comme chez Grégoire de Nysse, le désir de Dieu ne finit jamais même auprès de Dieu.

 

Saint Bernard, en particulier les homélies sur le Cantique des Cantiques, sermons 84 à 86.

Là encore pensons au personnage, c'est comme St Augustin un chercheur de Dieu passionné. Tous ces saints, sont des hommes du désir et de la quête de Dieu.

St Bernard là aussi s'appuie sur son expérience, sur l'expérience humaine. L'homme qui éprouve un grand désir de Dieu dans son cœur est à même de saisir que c'est Dieu lui-même qui est habité d'un désir infini pour sa créature. DIEU DESIRE L'HOMME, DIEU A SOIF DE L'HOMME.

Je laisse à votre méditation quelques extraits de ces fameux sermons:

 

Homélie 84:

«Cherchez toujours son visage (Ps 105,4),» dit le Prophète, je crois que lors même qu'on l'aura trouvé, on ne cessera point de le chercher. Dieu ne se cherche pas par le mouvement des pieds, mais par les désirs. Et quand on a été assez heureux pour le trouver, bien loin que cela diminue le désir qu'on a de lui, cela ne fait au contraire que le redoubler. La consommation de la joie est-elle l'extinction du désir? c'est plutôt comme de l'huile qu'on jette sur le feu, car le désir même est un feu. Il en est ainsi. La joie sera comblée, mais on ne cessera point de désirer, non plus que de chercher. Or pensez, si vous le pouvez, une recherche sans indigence, et un désir sans peine d'esprit. La présence sans doute bannit l'un, et l'entière possession exclut l'autre. »


 L'âme qui cherche Dieu est en réalité toujours devancée par Dieu. La recherche de Dieu n'est pas une initiative humaine. La recherche de Dieu est une réponse de l'homme à l'initiative divine
 

« Mon âme cherche le Verbe, mais il l'a cherchée auparavant. Autrement, une fois sortie ou chassée de la présence du Verbe, elle ne retournera plus pour jouir des biens qu'elle a perdus, si le Verbe ne la cherche. (…) Je ne voudrais pas dire que cette âme qui désire de retourner à Dieu, et d'être cherchée de lui, soit entièrement exposée et abandonnée. Car d'où lui vient cette volonté? C'est sans doute de ce que le Verbe l'a déjà visitée et cherchée, et cette recherche n'a pas été inutile, puisqu'elle a opéré la volonté, sans laquelle le retour était impossible. Mais il ne suffit pas d'être cherché une fois, tant la langueur de l'âme est grande, et tant elle a de peine à revenir »

«J'ai cherché, dit l'Épouse, celui qu'aime mon âme.» C'est à quoi vous provoque la bonté de celui qui vous a prévenue, en vous cherchant et en vous aimant le premier. Vous ne le chercheriez et vous ne l'aimeriez point, ô âme, si vous n'en aviez été cherchée et aimée auparavant. Vous n'avez pas été prévenue d'une seule bénédiction, mais de deux, de l'amour et de la recherche. L'amour est la cause de sa recherche, et sa recherche est le fruit et le gage assuré de son amour. Vous avez été aimée afin que vous ne craigniez point qu'on vous cherchât pour vous punir. Vous avez été cherchée, afin que vous ne vous plaignissiez point d'avoir été aimée inutilement. »

 

Et pour compléter, les articles du CEC comme promis:

I. Le désir de Dieu

27 Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher:

L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par Amour et, par Amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet Amour et s’abandonne à son Créateur (GS 19, § 1).

28 De multiples manières, dans leur histoire, et jusqu’à aujourd’hui, les hommes ont donné expression à leur quête de Dieu par leur croyances et leurs comportements religieux (prières, sacrifices, cultes, méditations, etc.). Malgré les ambiguïtés qu’elles peuvent comporter, ces formes d’expression sont si universelles que l’on peut appeler l’homme un être religieux :

Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain, issu d’un seul ; il a fixé aux peuples les temps qui leur étaient départis et les limites de leur habitat, afin que les hommes cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons, et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 26-28).

29 Mais ce " rapport intime et vital qui unit l’homme à Dieu " (GS 19, § 1) peut être oublié, méconnu et même rejeté explicitement par l’homme. De telles attitudes peuvent avoir des origines très diverses (cf. GS 19-21) : la révolte contre le mal dans le monde, l’ignorance ou l’indifférence religieuses, les soucis du monde et des richesses (cf. Mt 13, 22), le mauvais exemple des croyants, les courants de pensée hostiles à la religion, et finalement cette attitude de l’homme pécheur qui, de peur, se cache devant Dieu (cf. Gn 3, 8-10) et fuit devant son appel (cf. Jon 1, 3).

30 " Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu " (Ps 105, 3). Si l’homme peut oublier ou refuser Dieu, Dieu, Lui, ne cesse d’appeler tout homme à Le chercher pour qu’il vive et trouve le bonheur. Mais cette quête exige de l’homme tout l’effort de son intelligence, la rectitude de sa volonté, " un cœur droit ", et aussi le témoignage des autres qui lui apprennent à chercher Dieu.

 

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 21:00
 

homme ressent un désir de l'infini, le bonheur est compris à la fois comme le but et la possibilité de combler ce désir. Rechercher le bonheur, c'est se tourner vers, s'orienter vers... mais la recherche du bonheur est particulière car on oriente toutes ses actions vers ce but mais on s'interroge en même temps sur les conditions, les moyens et sur la possibilité d'obtenir le bonheur. Cette quête du bonheur soulève un certain nombre de questions...



La recherche du bonheur est donc en premier lieu une interrogation: qu'est ce que le bonheur, quels sont ces caractères essentiels- quelque chose situé à l'extérieur de soi ou quelque chose au contraire à trouver au fond de soi? L'autre s'il est un obstacle à mon bonheur peut-il être écarté voire tué? Peut-on se servir de l'autre comme un simple moyen pour parvenir à SON bonheur ( caractère égoïste et individualiste de la quête du bonheur)? Le bonheur au contraire est-il forcément partagé (amour). Le bonheur est-il dans la liberté totale? Je suis heureux quand je fais ce que je veux! Peut-on définir le bonheur d'une manière universelle ou est-il forcément subjectif (le bonheur de l'un ne peut être le bonheur de l'autre).. On a tous  à première vue une conception différente de ce qui  rend heureux: peut-on définir par la raison un bonheur identique à tous?

Chercher c'est aussi chercher ce qui possible ou ce qui ne l'est pas! Ce qui me rendra réellement heureux ou non. C'est éviter la désillusion et les échecs.

Le bonheur est-il possible ici-bas? Ou doit-on forcément attendre l'éternité? Peut-on parvenir au bonheur dans une existence humaine ou est-on condamné à errer, à rechercher sans cesse le bonheur sans jamais y parvenir? Rechercher le bonheur n'est ce pas perdre son temps au lieu de profiter du temps présent?

Le bonheur n'est-ce pas seulement l'absence de souffrances, de douleurs. Si on évite le malheur alors on est heureux? Est-ce que le bonheur ne se confond pas avec le plaisir?


Toutes ces questions, les philosophes les ont posées. C'est le "comment vivre heureux". Par exemple, Sénèque ou Augustin ont écrit un livre intitulé De la vie heureuse. Comment vivre d'une façon plus heureuse, plus sensée ( sens de la vie et selon la raison) et plus libre?

Réponse qui se traduit différemment selon les époques: les libertins ( bonheur dans l'excès des plaisirs), les romantiques (dans l'absolu qui peut-être le malheur et la souffrance), aujourd'hui quête standardisée du bonheur (avec l'absence totale de douleurs et la satisfaction immédiate du plaisir).


Pour les Anciens, par exemple Platon:

  • tout le monde recherche le bonheur mais il faut éclairer les hommes sur la nature de ce bonheur. Pour lui, il s'agit de contempler le monde des Idées.

  • Pour parvenir à la contemplation- voie de la sagesse et de la philosophie. L'homme heureux est le sage, le philosophe.

  • Pour parvenir à bonheur, un chemin = la vertu.


Aristote- Ethique à Nicomaque,place le bonheur dans la contemplation, le sage est heureux lorsqu'il atteint la perfection dans l'exercice des vertus. Le bonheur se situe dans la vie présente. Le bonheur, c'est le bien suprême que tous recherche mais que seule une minorité parviendra à atteindre. C'est l'accomplissement parfait de la nature humaine. L'homme est heureux en accomplissant ce pour quoi il est fait. Mais l'activité de l'âme n'exclut pas les plaisirs sensibles. Il y a cohérence entre les deux. Raison et sensible s'articule harmonieusement pour l'homme vertueux.


Pour les stoïciens, Sénèque et Cicéron. Lien toujours entre bonheur et vertu. L'homme vertueux ne met pas son bonheur dans la chance, le plaisir, les biens extérieurs. Le bonheur n'est pas une conséquence de l'exercice de la vertu mais le bonheur est dans l'exercice même des vertus. Vie vertueuse conduit à une sorte d'indifférence, de paix et de tranquillité de l'âme qu'ils appellent l'ataraxie.


Pour les Epicuriens, le bonheur est dans le plaisir mais dans n'importe quel plaisir. Ce sont des matérialistes. Le bonheur est à trouver ici-bas. Vous pouvez lire la Lettre à Ménécée. Etat là encore de tranquillité et d'indifférence ( ataraxie).


Les utilitaristes: Stuart Mill, Bentham... reviennent sur la question du bonheur après l'éclipse kantienne. Le bonheur est ce le plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Utile c'est-à-dire mesurer les conséquences pour celui qui produit cette action. Si l'action est utile = bonne. D'où l'intérêt pour la technique et son efficacité. Une action est bonne en fonction du bonheur qu'elle procure, en fonction de son utilité.


Pour la psychanalyse et certains courants psychologiques, le bonheur c'est avant tout l'acceptation de soi qui passe par la connaissance de soi ( inconscient, fantasmes, angoisses,...)


Une conception hédoniste: typique de nos sociétés occidentales contemporaines. Importance de l'instant, rien ne sépare l'individu de son bonheur. Le bonheur est un dû et il doit être obtenu tout de suite. Droit/devoir d'être heureux.

Je terminerai par un texte de Jean Paul II, extrait de son encyclique Veritatis Splendor où il traite de la question du sens en partant du grand texte moral: l'evangile du jeune homme riche.
" 7. « Et voici qu'un homme... ». Dans le jeune homme, que l'Evangile de Matthieu ne nomme pas, nous pouvons reconnaître tout homme qui, consciemment ou non, s'approche du Christ, Rédempteur de l'homme, et qui lui pose la question morale. Pour le jeune homme, avant d'être une question sur les règles à observer, c'est une question de plénitude de sens pour sa vie. C'est là, en effet, l'aspiration qui est à la source de toute décision et de toute action humaines, la recherche secrète et l'élan intime qui meuvent la liberté. En dernier lieu, cette question traduit une aspiration au Bien absolu qui nous attire et nous appelle à lui ; elle est l'écho de la vocation qui vient de Dieu, origine et fin de la vie humaine. Dans cette même perspective, le Concile Vatican II a invité à approfondir la théologie morale de telle sorte que son exposition mette en valeur la très haute vocation que les fidèles ont reçue dans le Christ , unique réponse qui comble pleinement le désir du cœur humain. (…)

«Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle?» (Mt 19, 16)

8. C'est du fond du cœur que le jeune homme riche adresse cette question à Jésus de Nazareth, question essentielle et inéluctable pour la vie de tout homme : elle concerne, en effet, le bien moral à pratiquer et la vie éternelle. L'interlocuteur de Jésus pressent qu'il existe un lien entre le bien moral et le plein accomplissement de sa destinée personnelle. C'est un israélite pieux qui a grandi, pour ainsi dire, à l'ombre de la Loi du Seigneur. S'il pose cette question à Jésus, nous pouvons imaginer qu'il ne le fait pas par ignorance de la réponse inscrite dans la Loi. Il est plus probable que l'attrait de la personne de Jésus fait naître en lui de nouvelles interrogations sur le bien moral. Le jeune homme ressentait l'exigence d'approcher Celui qui avait commencé sa prédication par cette nouvelle et décisive annonce : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Evangile » (Mc 1, 15).

Il convient que l'homme d'aujourd'hui se tourne de nouveau vers le Christ pour recevoir de lui la réponse sur ce qui est bien et sur ce qui est mal. Le Christ est le Maître, le Ressuscité qui a en lui la vie et qui est toujours présent dans son Eglise et dans le monde. Il ouvre aux fidèles le livre des Ecritures et, en révélant pleinement la volonté du Père, il enseigne la vérité sur l'agir moral. A la source et au sommet de l'économie du salut, le Christ, Alpha et Oméga de l'histoire humaine (cf. Ap 1, 8 ; 21, 6 ; 22, 13), révèle la condition de l'homme et sa vocation intégrale. C'est pourquoi « l'homme qui veut se comprendre lui-même jusqu'au fond ne doit pas se contenter pour son être propre de critères et de mesures qui seraient immédiats, partiaux, souvent superficiels et même seulement apparents ; mais il doit, avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même avec sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort, s'approcher du Christ. Il doit, pour ainsi dire, entrer dans le Christ avec tout son être, il doit " s'approprier " et assimiler toute la réalité de l'Incarnation et de la Rédemption pour se retrouver lui-même. S'il laisse ce processus se réaliser profondément en lui, il produit alors des fruits non seulement d'adoration envers Dieu, mais aussi de profond émerveillement pour lui-même » .

Si nous voulons pénétrer au cœur de la morale évangélique et en recueillir le contenu profond et immuable, nous devons donc rechercher soigneusement le sens de l'interrogation du jeune homme riche de l'Evangile et, plus encore, le sens de la réponse de Jésus, en nous laissant guider par Lui. Jésus, en effet, avec une délicate attention pédagogique, répond en conduisant le jeune homme presque par la main, pas à pas, vers la vérité tout entière."

Dans la morale chrétienne, le bien et le mal ( l'agir moral par conséquent) et la quête du bonheur s'éclairent dans et par le Christ. Encore un appel à se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu! Ce qui est premier, c'est la recherche de l'homme, son questionnement sur le sens de l'existence. Déterminons ce but et tout notre agir moral en découlera. La loi morale ne vient qu'après une connaissance, une expérience personnelle plus ou moins consciente de Dieu comme le dit si justement la Commission Biblique Pontificale. Le Christ éclaire le sens de notre destinée. Comme le jeune homme riche, allons à sa rencontre, interrogeons-Le (il lui pose la question morale par excellence, la même que Kant "que dois-je faire?"),  marchons à sa suite vers "la vérité toute entière."

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