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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 17:20

I.pngl est beaucoup question aujourd’hui de PMA c’est-à-dire de Procréation Médicalement Assistée sans pour autant que nous ayons bien conscience des questions éthiques soulevées. Nous ne parlerons pas pour l’instant de l’accès à ces techniques par convenance personnelle c’est-à-dire de l’ouverture de ces techniques médicales à des personnes qui n’ont pas de problèmes de fécondité/stérilité ( personnes homosexuelles, célibataires…) mais de la position de l’Eglise sur ces pratiques.

En premier lieu, sachez qu’il vaut mieux parler non de PMA mais d’AMP c’est-à-dire d’Assistance Médicale à la Procréation. Parler d’AMP c’est se pencher sur le désir d’enfant et ce sera notre propos aujourd’hui.

 

Ce désir très complexe naît d’une histoire d’amour entre un homme et une femme qui désirent donner la vie à une troisième personne. Le propre de l’amour étant de se donner, de se répandre. Le désir de procréation se mêle aussi plus ou moins confusément avec notre peur de la mort et ce désir de « se continuer » à travers une autre personne. Bref, ce désir d’enfant est à la fois le plus naturel et le plus narcissique. Le moraliste et salésien X.Thévenot fait remarquer que ce « souhait » est extrêmement complexe et qu’il renvoie à toute une série de désirs plus ou moins enfouis. Les voici : le désir d’aimer (son conjoint à l’enfant à venir), le désir d’être aimé (réciprocité), le désir d’être pris et de prendre son conjoint ( désir de possession), le désir de jouissance ( exigence de décentrement et forme de foi en l’autre et en soi-même), le désir d’être enceinte ( désir de fusion), le désir d’avoir un enfant, le désir de se prolonger charnellement, le désir de prolonger son lignage (lié à la fonction sociale), le désir d’accoucher ( réaliser une tâche importante), le désir d’avoir un enfant de cet acte sexuel là, le désir d’être éducateur…

Le désir d’enfant  suscitera un conflit entre l’enfant réel et l’enfant imaginaire. Conflit d’autant plus grand que l’enfant pourra présenter des malformations, des handicaps avec parfois un rejet plus ou moins pathologique de l’enfant réel.

Parfois, l’enfant désiré se fait attendre… Naît alors une profonde blessure existentielle, narcissique. Certains hommes le vivent comme une véritable castration. Ce désir peut devenir la recherche de l’enfant à tout prix… et parfois de l’enfant parfait à tout prix…

Les techniques de PMA ouvrent  l’homme d’aujourd’hui à ce « pouvoir » et soulèvent donc toute une série de questions éthiques. Le « pouvoir » n’est pas systématiquement le « moralement bon ». L’enfant doit être essentiellement compris comme un don ou comme le dit encore Thévenot un « hôte à accueillir ». Or les techniques contemporaines : contraception, PMA nous ont poussé à voir souvent l’enfant comme un intrus quand il surgit alors qu’on ne l’attendait pas, un monstre quand il n’est pas comme on le souhaitait, un droit quand il ne vient pas… pour ne pas dire une maladie, un mauvais virus quand on voit toute la machinerie mise en place pour une simple grossesse… Pour nous chrétiens, seul Dieu est créateur… Il est notre Père. L’enfant est avant tout personne libre et enfant de Dieu… Dimensions souvent oubliées dans notre nouvelle conception de la procréation où par exemple Jacques Testart a pu être nommé « père d’Amandine » (premier bébé née en France grâce aux PMA). Vous pouvez lire du reste à ce sujet ses ouvrages, le désir du gêne  ou l’œuf transparent.

Nous voulons avoir une totale maîtrise de notre procréation… Nous oscillons entre un contexte de négation de la fécondité (contraceptifs, IVG, stérilisations) où l’enfant est nié et un contexte de la fécondité possible sous toutes conditionsl’enfant est recherché à tout prix. En fait, ces mentalités sont sans doute très proches, elles révèlent quelque chose de notre conception de la vie et de la sexualité.

 

Au cœur des questions éthiques autour de la sexualité, c’est vraiment la rencontre entre l’homo sapiens et l’homo faber. L’homme peut à présent « faire », mais est ce bon ? est-ce sage ? Est-ce que ces conduites nous humanisent ? Il y a en effet du techniquement possible, du techniquement utile, du techniquement moral…. Un acte humain c’est-à-dire un acte moral doit tendre à nous humaniser davantage, à devenir ce que nous sommes appelés à être. Il est intention, circonstances et objet. Or, en éthique l’intention bonne ne suffit pas à rendre l’acte bon. Une fin bonne ne justifie pas non plus un moyen mauvais. Nous sommes donc bien au cœur de ce débat puisqu’il s’agit de pallier la stérilité, éliminer la souffrance d’un couple qui désire un enfant, favoriser la venue d’une nouvelle vie… Mais, cela ne justifie pas pour autant tous les moyens pour aboutir à la conception.

 

Les questions éthiques autour des PMA sont d’autant plus délicates qu’elles doivent prendre en compte les dimensions médicales, juridiques, psychologiques, sociales qui sont fortement présentes. Elles sont délicates parce qu’au cœur de celles-ci il s’agit de la souffrance humaine, de la vie d’un enfant et que souvent les couples sont rarement préparés à cette épreuve. Il serait bon de bien intégrer cette question dans la préparation au mariage. La stérilité est quelque chose de très lourd à porter face au monde (regard et questions des autres…) mais aussi dans le couple ( qui est responsable ? la façon dont on le découvre ? avant ou après le mariage ?....)  La stérilité est fortement marquée symboliquement (castration, châtiment comme par exemple des cas d’endométriose après une IVG) et souvent le couple éprouve de la honte vis-à-vis de la société.  Il nous faut donc réfléchir à notre image de la famille et de la place de l’enfant dans nos familles, dans notre société. Dans nos familles, comment parlons-nous des couples qui n’ont pas d’enfants ? A  l’inverse, comment jugeons-nous les familles qui accueillent les enfants handicapés ? un grand nombre d’enfants ?

La stérilité provoque la souffrance, à ce titre la science a légitiment le droit d’intervenir dans ce domaine puisque toute souffrance est à combattre.

 

Quelques remarques à présent qui nous aideront ultérieurement. On attribue à l’acte sexuel, trois fonctions :

-          Le don des époux, l’un à l’autre, au plus intime d’eux-mêmes. L’intimité physique est le signe, la preuve, la promesse de l’intimité spirituelle. C’est le lieu le plus symbolique du don humain, de la réciprocité, de l’échange. Voir Familiaris Consortio au n°11 de Jean Paul II.

-          La procréation. Voir Gaudium et Spes, n°50 : «  Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes  ordonnés à la procréation, à l’éducation… »

-          L’érotisme. C’est le bien des époux. Pie XII en 1954 rappelle l’importance du plaisir et de la satisfaction des corps et des époux.

Pourquoi évoquer ces trois fonctions ? Parce que plusieurs techniques de PMA séparent ces trois fonctions en dissociant l’acte de procréation de l’acte sexuel.

 

Enfin l’Eglise nous rappelle que la procréation dépend entre autres des principes de responsabilité et de vérité de l’amour. C’est le couple qui doit décider du nombre d’enfants, de l’espacement et jamais une société ou un Etat. Elle doit être le fruit d’un libre choix dans le respect de l’intégralité de l’acte sexuel. C’est une  responsabilité envers soi, envers le conjoint, envers l’enfant à naître et envers Dieu. C’est l’expression de l’amour véritable entre un homme et une femme. L’acte conjugal a une dignité ontologique toute particulière car c’est un acte ouvert à la vie, à la venue d’une personne (et non d’un objet comme l’acte artistique) et c’est un acte qui fait appel à la totalité des personnes. L’acte de procréation met en jeu la responsabilité des parents, la structure du couple et la vie de la personne appelée à naître.

 

Des questions surgissent déjà ? Jusqu’à quel point l’intervention médicale est éthiquement licite ? quand passe t’elle de l’intervention médicale à la manipulation ? Que signifie soigner ? L’AMP fait aussi intervenir une tierce personne dans l’acte de procréation.  La demande d’enfant ne concerne plus seulement le couple mais la société et la médecine….

 

Lors de notre prochain article, nous examinerons les techniques de PMA  à proprement parler.

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 10:22

I.pngl est important d'avoir bien en tête le petit paragraphe de Gaudium et Spes (n°17) dont j'ai parlé la dernière fois même si aujourd'hui nous allons davantage nous intéresser à la lettre encyclique écrite (le 6 août 1993)  par Jean Paul II, veritatis splendor ou si vous voulez "la Splendeur de la vérité".

Notons que cette encyclique a la particularité d'être adressée non à l'ensemble des fidèles mais aux évêques. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas la lire et l'étudier mais qu'elle traite de questions bien particulières sans entrer dans des précisions qui pourraient nous être nécessaires et qu'elle demande certaines connaissances. La deuxième partie est particulièrement plus ardue. Les numéros que vous pouvez lire à cette occasion ( vous pouvez toujours trouver cette encyclique en ligne sur le site du Vatican) sont les numéros 31 à 41. Les numéros 42 à 53 sont aussi à lire car ils portent sur le rapport liberté/loi; liberté/nature et sur la question de la loi naturelle. Ils sont donc fondamentaux mais ne nous intérese pas directement aujourd'hui.

 

Cette encyclique traite donc de questions morales et au numéro 31 le pape écrit qu'elles se rattachent plus ou moins et de manières différentes à la question de la liberté. Il montre donc en premier lieu que la pensée moderne, en vertu des développements évoqués lors de notre dernière note, a permis de mieux saisir le rapport entre dignité humaine et conscience et d'affirmer le droit à la liberté religieuse et au respect de la conscience qui sont des avancées capitales dans le domaine de la liberté. Cependant tout comme le Concile, il constate que ces conceptions ont eu des dérives, dérives dangereuses puisqu'elles débouchent sur une mise à mal de la vérité. Ce sont des dérives qui "ont besoin d'être corrigées ou purifiées à la lumière de la foi."

 

Je cite le n°32 dans sa totalité: " Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d'en faire un absolu, qui serait la source des valeurs. C'est dans cette direction que vont les doctrines qui perdent le sens de la transcendance ou celles qui sont explicitement athées. On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d'instance suprême du jugement moral, qui détermine d'une manière catégorique et infaillible le bien et le mal. A l'affirmation du devoir de suivre sa conscience, on a indûment ajouté que le jugement moral est vrai par le fait même qu'il vient de la conscience. Mais, de cette façon, la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité, d'« accord avec soi-même », au point que l'on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral.

Comme on peut le saisir d'emblée, la crise au sujet de la vérité n'est pas étrangère à cette évolution. Une fois perdue l'idée d'une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine, la conception de la conscience est, elle aussi, inévitablement modifiée : la conscience n'est plus considérée dans sa réalité originelle, c'est-à-dire comme un acte de l'intelligence de la personne, qui a pour rôle d'appliquer la connaissance universelle du bien dans une situation déterminée et d'exprimer ainsi un jugement sur la juste conduite à choisir ici et maintenant ; on a tendance à attribuer à la conscience individuelle le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière autonome, et d'agir en conséquence. Cette vision ne fait qu'un avec une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres. Poussé dans ses conséquences extrêmes, l'individualisme débouche sur la négation de l'idée même de nature humaine.

Ces différentes conceptions sont à l'origine des mouvements de pensée qui soutiennent l'antagonisme entre loi morale et conscience, entre nature et liberté."

 

L'analyse est très fine et nous plonge au coeur des débats moraux actuels. Beaucoup de chrétiens ( même prêtres) vont se trouver en confrontation avec les conseils du "magistère" car ils confondent en effet cette fameuse "obligation à" suivre sa conscience avec la vérité et l'objectivité du jugement moral. Dans une situation donnée, je suis invitée après avoir utilisé ma raison, écouter les conseils, à suivre ma conscience ( et je dois le faire). Cependant cela n'enlève rien au fait que l'acte en lui même s'il est mauvais reste mauvais. Ici, c'est bien l'idée d'une conception universelle et objective de la vérité et du bien qui est réaffirmée. Conception qui est en accord parfait avec notre foi. Seul Dieu est Bon, Vrai. Si nous avons des manières diverses ( parce qu'individuelles) de saisir Dieu, d'y parvenir cela n'enlève rien à ce qu'Il est en vérité. Cela signifie ( et le saint père y reviendra au n°35) que les valeurs ne sont pas édifiées par des libertés individuelles mais encore une fois qu'elles découlent d'un bien objectif saisissable par la raison ( et par la foi car "foi et raison" ne sont dans ce cadre pas en contradiction) et universel. L'homme, malgré son infinie dignité et grandeur du à sa liberté, n'est pas pour autant un démiurge créateur de ses propres valeurs et principes. C'est le noeud de l'épisode de la chute:  l'homme veut accéder à l'arbre défendu pour "être comme un dieu" c'est-à-dire devenir son propre principe (alors qu'il n'est que créature) et créateur de ses normes, du bien et du mal. Or, le texte de la Genèse nous révèle bien que l'interdit est extérieur à l'homme c'est-à-dire que  la liberté de l'homme n'est pas illimitée et que si l'"homme est laissé à son propre conseil" (Sir 15,14) c'est dans un certain cadre. Cadre qui  ne conduit pas forcément à un conflit entre nature/Liberté ou loi/liberté comme pourraient le laisser entendre la liberté d'indifférence ( et Ockham).

Il est certain que notre monde depuis le XVIIIeme a connu toute une série d'émancipations nécessaires mais pas toujours très structurantes. Il ya eu des émancipations sociales, politiques... des émancipations par rapport aux religions institutionnelles souvent associées à la superstition et aussi par rapport à la nature et à l'identité sexuelle. Ce ne sont que quelques exemples mais il est vrai que nous avons traversé une ère "des libertés" et depuis Rousseau, l'homme "nait libre" comme une valeur absolue.  Tous ces boulversements effectués au nom de la liberté ( collective ou individuelle) ont contribué à un changement d'ordre éthique phénoménal. Si nous ne prenons que le rapport au corps, c'est tout à fait stupéfiant... Depuis Descartes et Kant, la liberté a été d'abord comprise comme un affranchissement de la nature et le corps humain souvent réduit à l'image de la machine, de la mécanique. Quelque part ( ce qui n'est pas conforme à l'anthropologie morale chrétienne) il est devenu un "objet" différent de nous même, souvent une contrainte ( souffrance, limites, santé, vieillissement...) qu'il nous fait maîtriser et si possible transformer, modeler à notre guise. La liberté est devenu dans cette lignée autonome  à l'égard de notre corps comme l'écrivait un  théologien moraliste (Bruguès je crois...). Le corps est dans cette conception un obstacle à notre liberté individuelle... Paradoxe surprenant... La liberté est un absolue, source de valeurs morales et se définit donc comme un droit fondamental tout en mettant à mal le concept de nature humaine et en pronant l'indifférence vis à vis de la vérité. ( cf. n° 32 et 35 en particulier)   Nous revenons à la phrase clé du Concile: " Et ils ont raison. Souvent, cependant ils la chérisent d'une manière qui n'est pas droite, comme la licence de faire n'importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal"

Le saint père rappelle ainsi le lien étroit qui existe entre liberté et vérité. La vérité, la loi ne sont pas des obstacles à la liberté mais au contraire la liberté grandit et se développe dans la vérité: " la vérité vous rendra libre" (Jn 8,32)

 

Revenons à la fin du 1er§ du n°32: "Mais, de cette façon, la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité, d'« accord avec soi-même », au point que l'on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral."  Ici Jean Paul II avec raison distingue "vérité", "sincérité", "authenticité", "accord avec soi-même". Une personne peut sincèrement se tromper en effet sans pour autant que l'erreur ne soit pas  présente. La sincérité est un critère subjectif alors que la vérité est d'ordre objectif. Notre intelligence peut sincèrement se tromper. Nous sommes de bonne foi mais l'erreur demeure quoique l'on fasse. C'est une erreur invincible dont nous ne serons pas ou moins responsable car sincère ( de bonne foi) et ayant mis tout en oeuvre pour lever le doute. La diminution ou la suppression de la responsabilté n'enlève rien au caractère mauvais de l'acte. Si vous voulez, il n'y a pas faute ou péché mais il y a tout de même acte mauvais. On le comprend bien dans le cas d'un enfant qui volerait à l'âge de trois ans. Je pense en effet qu'il ne sera pas puni de la même manière qu'un enfant de 12 ans qui volerait la même chose dans les mêmes circonstances.

Ce même critère de sincérité et d'authencité est encore plus délicat lorsqu'il se rapporte aux sentiments. L'argument "oui mais ils s'aiments..." est tout sauf un argument. Cela n'enlève rien à l'authenticité et à la sincérité du sentiment. Nous ne sommes pas là pour juger les émotions et sentiments des personnes mais cela ne peut justifier un acte. Dans plusieurs cas de procès où l'un des parents a tué son enfant à la naissance en découvrant qu'il était handicapé, l'argument de l" amour" a été avancé: " C'est par amour que j'ai commis ce geste car je ne voulais pas que mon enfant connaisse une vie de souffrances et de douleurs..." . Nous comprenons bien la douleur de ce parent face à la souffrance de son enfant désiré, attendu mais justifier l'infanticide par l'amour n'est pas recevable. Il en sera de même pour le suicide assisté ou l'euthanasie. La mort n'est jamais un bien.

Dans certains cas, nous avons même le devoir d'aller contre cet "argument de l'amour" lorsqu'il est déstructeur. Pensez au cas de pédophiles où l'adulte pense aimer sincèrement l'enfant, le jeune ou encore d'un jeune homme fou amoureux qui violerait la jeune fille n'arrivant pas à se faire aimer d'elle!? 

L'intention même bonne ne suffit pas à justifier un acte et encore moins à le rendre bon. Je vous rappelle que pour qu'un acte soit jugé bon il faut que l'intention, l'objet et les circonstances soient bons! Je parle encore une fois d'acte bon et d'acte mauvais et non de faute ou péché.

 

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 14:57

 

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ous avons pu constater hier que la liberté n'était pas une notion univoque et le Concile lui-même tout en rappelant la grandeur de la liberté, nous mettait en garde sur une certaine conception de la liberté. Je vous rappelle ses propos: " (...) souvent ils la chérissent d'une manière qui n'est pas droite, comme la licence de faire n'importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal."

Faites le test, comme j'ai pu le faire, dans une classe de 2ndes... A la question, "que veut dire "être libre" pour vous?", ils vous répondront invariablement (environ 32 élèves sur 35): "faire ce que je veux, ce qui me plait lorsque j'en ai envie"...  Viennent ensuite des variantes autour de l'indépendance par rapport aux parents, au monde scolaire... Le Concile poursuit en parlant de "vraie liberté" comme "signe privilégié de l'image divine." Mais nous n'en sommes pas encore là dans notre réflexion.

D'une manière générale, la liberté est cette capacité en tout homme à devenir lui-même et à atteindre sa plénitude.

 

De fait, on distingue deux grandes conceptions de la liberté qui ont marqué l'histoire du concept que ce soit en théologie ou en philosophie. L'Eglise  n'a pris parti pour aucune des deux voies, en revanche, comme on va pouvoir le constater, certaines positions absolutisées sont sans doute à condamner. Quoiqu'il arrive, il y a souvent confusion car notre société contemporaine renvoie en général à la liberté d'indifférence alors que lorsque le Concile, Jean Paul II et même Benoît XVI parlent de liberté, ils pensent en fait liberté d'excellence.

 

Je vais essayer d'être synthétique et claire... hummm.... La liberté d'excellence est la conception classique de la liberté que l'on trouve chez les pères puis plutôt au sein de l'école dominicaine illustrée par St Thomas d'Aquin. La liberté d'indifférence, amorcée par Saint Bonaventure mais surtout systématisée et structurée par Guillaume d'Ockham est donc plutôt présente au sein de l'école franciscaine. Mais nous ne nous situons pas dans une simple querelle entre intellectualistes ( dominicains) et volontaristes ( franciscains).

 

Pour bien comprendre, il nous faut d'abord introduire une autre notion; celle du libre-arbitre. Qu'est ce que le libre arbitre? C'est le pouvoir qu'à l'homme de choisir, de se donner une orientation. C'est fondamentalement une liberté de choix. Le libre-arbitre est donc auto-détermination. Le libre arbitre est le propre de l'homme, en d'autres termes, c'est une propriété de l'espèce humaine. Elle est inaliénable malgré la présence de pathologies. C'est une expression de la dignité humaine.

Le libre arbitre fait intervenir l'intelligence et la volonté. L'intelligence qui montre les biens à atteindre. Il faut une comparaison entre les biens pour pouvoir choisir mais c'est aussi comparer un bien particulier par rapport au Bien ou au moins à un bien plus grand. La volonté est ce qui veut le bien. On pourrait ainsi conclure que le libre arbitre procède de l'intelligence et de la volonté.  Ou si vous voulez, la raison connaît le bien et la volonté cherche à le posséder.

Le libre-arbitre peut revêtir deux formes: liberté d'exercice ( liberté ou non d'agir, de vouloir ou de ne pas vouloir) et liberté de spécification ( je choisis entre plusieurs termes et je spécifie ainsi l'objet de mon choix).

Dans le choix, je perds mon indetermination. Le libre arbitre se caractérise donc  par une volonté en acte. C'est ce que nous avons vu hier sur les personnes qui refusent de choisir et donc d'exercer leur liberté.  La liberté comprise ainsi n'est pas un absolu mais une capacité humaine qui prend toute sa consistance dans la décision.

 

Nous pouvons à présent essayer de comprendre la différence entre liberté d'excellence ou de qualité et liberté d'indifférence.

Dans la liberté de qualité la liberté émane de la raison et de la volonté. Pour paraphraser saint Thomas, le libre-arbitre est le fruit de nos connaissances (raison) et amours (volonté).  Il faut comprendre que l'intelligence est naturellement tournée vers le Vrai et que la volonté est naturellement tournée vers le Bien. La liberté n'est donc pas identifiée à la liberté de l'homme qui agit à travers son intelligence et sa volonté, elles-mêmes perfectionnées par les vertus. La liberté dépend donc de cette inclination naturelle vers le Vrai et le Bien.. Elle sa source dans la nature humaine donnée par Dieu.  La liberté est donc un acquis, un accomplissement. On ne nait pas libre quelque part... Enfin, nos actes sont en quelque sorte interactifs. Nos actes antécédents influencent nos actes actuels. Dans ce contexte, la morale est organique et chaque acte augmente ou diminue notre liberté. Les vertus nous aident à poser des actes de qualité. Vous êtes libres de souffler dans ce saxophone, maix croyez moi, les sons qui vont en sortir seront rarement harmonieux. En revanche, je peux m'exercer, apprendre le solfège, les "lois" qui régissent la musique. Après cet apprentissage, je serai en fait davantage libre et je pourrai jouer de manière toujours plus "belle" et tendre vers l'excellence. Voilà un peu comment s'organise la morale dans cette conception: les vertus nous aident à grandir dans le bien et la liberté, la loi est le cadre qui nous aide à devenir libre.

 

Passons à la liberté d'indifférence qui nait donc dans un contexte volontariste pour ne pas dire nominaliste. Guillaume d'Ockham élabore une nouvelle conception de la liberté et par conséquent de la morale. Pour lui, la liberté de Dieu est première et absolue et le bien n'est qu'expression de Sa volonté et non plus de sa nature même de communion d'Amour entre les 3 personnes de la Trinité. La volonté de Dieu pourrait dire aujourd'hui: "tuer est un bien".  Ensuite, Ockham affirme que la liberté précède la volonté et l'intelligence.  Vous être libre de connaître ou non, de vouloir ou non... Il n'y a plus d'inclination naturelle au Vrai et au Bien. Apparaît alors une nouvelle conception du libre-arbitre qui est liberté d'indifférence. Nous sommes libres d'aspirer ou non au bonheur et ainsi de suite, c'est indifférent. C'est une affaire de choix personnel. Quelles sont les conséquences de cette nouvelle conception?  Tout d'abord volonté et liberté vont s'identifier puis la liberté va devenir une sorte d'absolu. Ensuite, les autres volontés (Dieu, les autres hommes)  sont perçues commes des entraves, des obstacles à ma propre volonté et donc à ma liberté. Il y a conflit de volontés.  La loi n'est plus un cadre qui me guide vers le Bien et le vrai mais une obligation qui elle aussi fait entrave à ma liberté mais à laquelle je choisis de me soumettre puisqu'elle est expression de la volonté de Dieu. Les actes sont complètement indépendants les uns des autres ( il y a destruction du système des vertus) et l'acte dit l'homme. On aura donc une tendance très poussée à identifier l'acte à son auteur. Le jugement objectif porté sur l'acte devient acte subjectif porté sur l'ensemble de la personne. 

De cette pensée d'Ockham naît une morale de l'obligation et de la conscience.  Elle a mis l'accent sur le rôle de la conscience, ce qui était nécessaire et capital mais petit à petit la conscience est devenu sa propre norme. Le bien et le vrai objectifs n'existent plus mais c'est la conscience subjective qui dit ce qui est bon ou vrai... D'où un réel souci dans l'éthique contemporaine.

 

Après ces petites précisions nous pourrons nous plonger plus facilement dans les textes conciliaires ou dans Veritatis Splendor de Jean Paul II.

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 16:27

 

 

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l est grand temps de réfléchir à la notion de liberté, incontournable en morale. Je ne vais pas dire que c'est une notion piégée mais presque car extrêmement complexe qui a connu des revers de fortune en philosophie comme en théologie. Le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes, rappelle la "grandeur de cette liberté" au n°17 : "Mais c'est toujours librement que l'homme se tourne vers le bien. Cette liberté nos contemporains l'estiment grandement et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison. Souvent cependant ils la chérissent d'une manière qui n'est pas droire, comme la licence de faire n'importe quoi, pourvu que cela plaise, même le mal."

 

Pourquoi parler de liberté en morale alors qu'on pense spontanément aux "obligations", aux "interdits"? La morale si vous  vous souvenez bien est en fait le lieu de détermination de soi, de réalisation de soi... C'est le "deviens ce que tu es", "ce que tu dois être". C'est donc bien le lieu de la liberté: quel homme est-ce que je veux être? Quels actes je choisis de poser pour parvenir à ma fin dernière et qui vont eux-mêmes me déterminer?

 

La liberté c'est aussi la possibilité de choisir le bien ou le mal. Pour le chrétien, ce sera fondamentalement, le choix  ou le refus de Dieu. Cependant, ce n'est encore une fois pas si simple, pour paraphraser saint Paul, voilà que je fais le mal que je ne veux pas...

 

Un acte moral c'est-à-dire  un acte humain engage la liberté, il doit être volontaire et éclairé. Eclairé cela suppose bien évidement l'action de la raison et de la conscience. Volonté, conscience, liberté, raison voilà les acteurs principaux de la morale auxquels il faudra rajouter la loi. La question de la liberté c'est en quelque sorte la question de la responsabilité:  si je pose un acte librement, je suis responsable et tout ce que cela implique selon que j'ai posé un acte bon ou mauvais. De fait, comme nous le rappelle le Concile: " chacun devra rendre compte de sa propre vie devant le tribunal de Dieu, selon le bien ou le mal accompli."

 

Qu'est ce que la liberté? une action libre? Même un cours de 50 heures ne parviendrait pas un faire le tour de la question... cependant, voici quelques pistes.

 

On peut dire qu'au sens courant une action libre est ce qui s'oppose à une action contrainte, forcée.  Elle se caractérise par un certain nombre de traits: intentionalité, motivation, but ou projet, engagement plus ou moins important du sujet... La liberté c'est ce pouvoir qu'à l'homme de se déterminer par ses actions.  On ne peut vivre qu'en utilisant sa liberté. Certaines personnes refusent de choisir. Choisir serait pour elles renoncer aux autres possibilités. Elles aiment se situer toujours avant le choix, avec devant elles la multitude des possibles... Ne pas s'engager car choisir serait restreindre les possibles ( et cela va de l'engagement à un opérateur téléphonique à l'engagement amoureux pour ne pas dire matrimonial). Grave confusion pour ne pas dire erreur. On ne perd pas sa liberté en l'exerçant, au contraire!  On est davantage libre dans et après  le choix.

 

Sans s'attarder sur ce point, notez qu'il existe plusieurs types de liberté. Un prisonnier est sans doute moins libre qu'un quidam se promenant à l'air libre... Il y a les libertés de mouvements, de pensées, de conscience... cependant, dès l'Antiquité, Epictète disait que les formes d'esclavages les plus importantes étaient: l'opinion d'autrui, la course aux honneurs, l'exercice du pouvoir, la tyrannie des passions...  L'homme libre est celui qui est maître de ses opinions sur les choses et c'est encore aujourd'hui une liberté bien difficile à acquérir!

 

Pour le chrétien, la principale forme d'esclavage, est l'esclavage du péché. Le Christ est le libérateur, celui qui par sa naissance et sa mort-résurrection libère l'humanité de la mort et du péché. On voit bien qu'il ne s'agit pas d'une indépendance politique, civile ou sociale.

 

La question et la reconnaissance de la liberté humaine posent des questions d'ordre théologique:

- Si l'homme est libre... Il choisit sa vie, le destin n'existe pas... ( d'où l'inutilité de la voyance) mais alors comment concilier cela avec l'omniscience de Dieu?

- Comment concilier la liberté humaine et celle de Dieu? Comment concilier la volonté de Dieu ("que ta volonté soit faite" disons-nous dans la prière du Notre-Père) et la notre, surtout si les décrets divins ne nous conviennent pas tout à fait?

- Si nous pouvons dire "non" à Dieu, aller contre le dessein divin en exerçant notre liberté, comment sauver la toute puissance de Dieu?

- Enfin comment concilier la liberté humaine et l'action de la grâce et de l'Esprit Saint en nos vies? Par extension, se pose la question de la prédéstination divine...

 

Si vous voulez lire des théologiens sur ce sujet, Saint Augustin est incontournable entre avec ses deux traités Du libre arbitre  et  De la Grâce et de la liberté. Saint Bernard avec là aussi un  Traité de la grâce et du libre arbitre. Et puis St Anselme, St Thomas d'Aquin, Erasme, Bossuet, Luther...

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 09:48

L.pnges textes du jour ainsi que les oraisons posent encore aujourd'hui la question du choix moral.On peut lire par exemple dans le psaume 36: " Evite le mal, fais ce qui es bien, et tu auras une habitation pour toujours. Les justes possèderont la terre et toujours l'habiteront." La prière d'ouverture évoque quant à elle un nécessaire discernement dans le Christ: "Donne à chacun la claire vision de ce qu'il doit faire et la force de l'accomplir". Enfin la lettre de saint Paul à Tite ( 2,1-8.11-14) énumère un certain nombre de préceptes moraux en vue du bien commun: " sois un modèle dans ta façon de bien agir".  Le but de ces actions bonnes étant plus fondamentalement la recherche du bonheur: " Pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur." En sachant, que pour vaincre le mal, la grâce est nécessaire, nous ne pouvons y parvenir par nos simples forces; le salut vient de Dieu: " La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. C'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables (...)"

 

Ces textes liturgiques sont très riches et ont inspiré de nombreux pères de l'Eglise. Ils font penser au thème classique des deux voies. Présent dans la Bible, nous avons en mémoire le texte de l'ecclésiastique ( 14, 20 - 15, 20) : " Si tu le veux, tu garderas les commandements pour rester fidèle à son bon plaisir. Devant toi, il a mis le feu et l'eau, selon ton désir étends la main. Devant les hommes sont la vie et la mort, à leur gré l'une ou l'autre leur est donnée.",  ce thème a été repris en particulier dans le texte de la Didaché  ou encore dans le Pasteur d'Hermas.

Nous retrouvons ainsi deux questions fondamentales de la théologie morale: le discernement et la liberté.

Dieu ne sauve pas l'homme malgré lui. L'homme laissé à son "libre conseil" peut choisir ou non de suivre Dieu.  La difficulté ensuite sera de saisir quelle est la volonté de Dieu et quel est le bien. La vie étant rarement faite de choix  où le bien et le mal s'offrent à nous dans une claire vision : est-ce un bien ou un mal? choisir entre deux biens? puis-je choisir un mal si les conséquences sont bonnes? est-ce que je peux tout accepter et justifier selon le principe de l'amour? puis je commettre un acte mauvais selon les circonstances? est-ce que ce bien (pour moi) l'est aussi pour l'ensemble de l'humanité?

Il faut sans cesse opérer un travail d'analyse, de discernement. Suivre Dieu est paradoxalement un choix d'obscurité car c'est un chemin de foi et de confiance. On ne connaît pas les modalités concrètes de ce cheminement. Abraham lorsqu'il décide de répondre à l'appel de Dieu ( il a choisi Dieu, il a discerné que c'était bien la voix de Dieu) ne sait pas ce qu'il attend, il le découvre au fur et à mesure de son voyage, au fur et à mesure de sa vie. Il lui faut sans cesse poser des actes de foi (on peut dire que la naissance d'Isaac s'est faite attendre) , de la patience... On peut être totalement découragé par ce manque de signes clairs et précis. Et pourtant, Dieu pour guider nos actions, pour nous aider dans nos décisions, nous a donné des balises: les commandements, la loi naturelle et la raison, la conscience qu'il nous faut éduquer, sa Parole et son Fils. Avec la raison et la conscience, tout le monde a accès à la Loi Naturelle et peut donc s'il a le souci de rechercher la vérité trouver le bien. La béatitude n'est donc pas simplement réservée aux croyants. En revanche, il est vrai que seule la Révélation permet d'accéder à la Vérité toute entière.

Cela nous rappelle aussi qu'il existe bien UNE VERITE ainsi qu'UN BIEN qui ne dépendant pas de la culture, de la civilisation, de l'époque et que tout homme peut y accéder par la raison et par la foi.   Il s'agit bien d'ordonner nos biens et fins particulières au bien général. Pour nous chrétiens, nous pouvons le nommer Dieu. La liberté doit être obligatoirement liée comme le rappelle Jean Paul II dans son encyclique Veritatis Splendor à la question de la vérité. Sans cela,discernement et agir moral ne sont pas viables.

 

Avant d'approfondir dans d'autres notes toutes ces questions cruciales et redoutables, je vous laisse réfléchir sur ce premier extrait de Veritatis Splendor de Jean Paul II:

"32. Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d'en faire un absolu, qui serait la source des valeurs. C'est dans cette direction que vont les doctrines qui perdent le sens de la transcendance ou celles qui sont explicitement athées. On a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d'instance suprême du jugement moral, qui détermine d'une manière catégorique et infaillible le bien et le mal. A l'affirmation du devoir de suivre sa conscience, on a indûment ajouté que le jugement moral est vrai par le fait même qu'il vient de la conscience. Mais, de cette façon, la nécessaire exigence de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité, d'« accord avec soi-même », au point que l'on en est arrivé à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral.

 Comme on peut le saisir d'emblée, la crise au sujet de la vérité n'est pas étrangère à cette évolution. Une fois perdue l'idée d'une vérité universelle quant au Bien connaissable par la raison humaine, la conception de la conscience est, elle aussi, inévitablement modifiée : la conscience n'est plus considérée dans sa réalité originelle, c'est-à-dire comme un acte de l'intelligence de la personne, qui a pour rôle d'appliquer la connaissance universelle du bien dans une situation déterminée et d'exprimer ainsi un jugement sur la juste conduite à choisir ici et maintenant ; on a tendance à attribuer à la conscience individuelle le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière autonome, et d'agir en conséquence. Cette vision ne fait qu'un avec une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres. Poussé dans ses conséquences extrêmes, l'individualisme débouche sur la négation de l'idée même de nature humaine.

Ces différentes conceptions sont à l'origine des mouvements de pensée qui soutiennent l'antagonisme entre loi morale et conscience, entre nature et liberté."

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 15:07

N.pngous avons pu entendre la semaine dernière l'évangile selon saint Luc (11, 1-4) où Jésus nous apprend la prière du Notre Père. Cette prière se retrouve aussi chez saint Matthieu qui lui ajoute deux demandes. C'est cette dernière forme à 7 demandes qui sera retenue par la liturgie et que les pères ont aimé mettre en parallèle avec les béatitudes et les 7 dons du Saint Esprit.

La dernière phrase de la péricope est traduite ainsi : "et ne nous soumets pas à la tentation."

Cette traduction ambigue peut poser problème. Dieu s'amuse t'il réellement à nous tenter pour voir si nous allons résister au mal ou au contraire sombrer dans le péché? nous fait-il passer tout au long de notre vie, une série d'épreuves pour savoir qui sera le meilleur? qui sera digne d'être sauvé? S'amuse t-il avec notre rédemption et notre vie éternelle?

La traduction est comme je vous le faisais remarquer quelque peu ambigue et il faudrait sans doute - pour éviter les confusions doctrinales - dire  ( comme le propose la Bible de Jérusalem) " ne nous laisse pas entrer en tentation" plutôt que " ne nous fait pas entrer en tentation."

 En effet, Dieu qui est Amour et Miséricorde ne peut en aucun cas nous soumettre à la tentation, le Catéchisme de l'Eglise Catholique le rappelle très clairement: "Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie " ne permets pas d’entrer dans " (cf. Mt 26, 41), " ne nous laisse pas succomber à la tentation ". " Dieu n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne " (Jc 1, 13), il veut au contraire nous en libérer. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat " entre la chair et l’Esprit ". Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force." (CEC n° 2846)

Dieu nous libère du péché, c'est une des raisons de la venue du Christ qui se fait chair et qui meurt sur la croix. Le péché et le mal existent, ce sont des réalités tangibles dont il faut nous écarter. Dieu au contraire nous envoie des moyens pour lutter contre ceux-ci. Il nous envoie son Esprit Saint pour discerner le mal, c'est-à-dire le reconnaître, le nommer pour mieux l'éviter et le combattre.

Cette possiblité de renoncer au péché engage notre liberté et notre responsabilité. Dieu ne force personne à suivre le chemin du bien. De plus, Dieu ne permet aucune épreuve, aucune tentation au-dessus de nos forces et capacités et sans nous donner par ailleurs les moyens de la combattre ou de l'éviter.

Jésus lui même a été tenté à plusieurs reprises au cours de sa vie. Il suffit de se remémorer l'épisode des tentations au désert ou celui de Géthsémanie. Dans les deux cas, Il a réussi à résister par le recours à la Parole de Dieu et la prière. On pourrait ajouter l'ascèse (le jeûne) et l'aumône ( le partage  ou encore le service du prochain). Ce sont deux autres moyens largement expérimentés par les pères du désert et toute la tradition monastique.

 

Pour conclure quelques remarques des pères...

Saint Cyprien écrivait: " Ceci nous avertit de notre faiblesse et de notre infirmité, afin que nous ne laissions pas aller à l'insolence de l'orgueil, et en mettant en avant la confession de l'humilité et de l'obéissance, en donnant tout à Dieu, sa tendresse accorde ce qui fait l'objet de notre suppliante demande."

Cette demande en effet nous rappelle que Dieu seul peut nous aider à connaître le bien et le mal. Adam et Eve ont cru ( par orgueil) en croquant dans le fruit défendu s'affranchir du jugement de Dieu mais Il est le seul à pouvoir nous aider à définir le bien et le mal. Faire passer un mal pour un bien est une des caractéristiques du péché et une question morale majeure.

Quant à ceux qui rechercheraient volontairement les épreuves, saint Basile les condamne déjà: " Cependant, nous ne devons pas dans nos prières demander les afflictions temporelles, car le Christ nous a prescrit de demander d'être délivrés en général des tentations; et si quelqu'un les subit, il doit demander à Dieu la force de les soutenir, afin que s'accomplisse en nous cette parole: " Celui qui résite jusqu'à la fin sera sauvé."

 

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 12:17

J.pnge me suis rendue compte que nous n'avions jamais évoqué en éthique, les questions de la morale sociale. Or l'Eglise possède une doctrine sociale importante et très intéressante. Si vous n'êtes pas familiarisés avec ces questions, je vous conseille plutôt que de vous lancer dans la lecture des nombreuses encycliques sociales de vous procurer le Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise composé par le Conseil pontifical "Justice et Paix" et publié en France aux éditions du Cerf. L'index entres autres est très bien conçu  et permet de retrouver rapidement une question.

 

Quelques mots sur l'Avant Propos rédigé par Monseigneur Descubes, archevêque de Rouen. Il débute son propos en soulignant que la Parole de Dieu est "aussi une parole sur l'homme et la société". Et, en effet, si peu de normes morales et sociales sont données avec précision dans le Nouveau Testament, la Bible nous fournit en revanche de grandes lignes de conduite pour que l'homme s'humanise toujours davantage. A l'heure où les notions de bien commun, de loi naturelle sont quelque peu malmenées ou l'on confond souvent justice, équité et égalité- pour ne donner quelques exemples-  il est bon de se former à la doctrine sociale de l'Eglise...Monseigneur Descubes rappelle brièvement depuis le début du XIX, les grande étapes et grand textes de la Doctrine Sociale comme par exemple l'incontournable rerum novarum de Léon XIII, les interventions radiophoniques de Pie XII et le Concile Vatican II...

Pourquoi un compendium? Il a été demandé par Jean Paul II et c'est pourquoi l'évêque de Rouen le cite en introduction: " L'enseignement et la diffusion de la Doctrine Sociale de l'Eglise appartiennent à  sa mission d'évangélisation: c'est une partie essentielle du message chrétien, car cette doctrine en propose les conséquences directes dans la vie de la société et elle place le travail quotidien et la lutte pour la justice dans le cadre du témoignage rendu au Christ Sauveur."

 Trois thèmes structurent le Compendium: "Le dessein d'amour de Dieu pour l'humanité"; "La Famille, cellule vitale de la société" ( en ces temps de réflexion sur le sens de la famille, cette partie est à étudier en urgence...) et enfin "la doctrine sociale et l'action ecclésiale."

 

Le corps social ou société c'est l'union organique de plusieurs membres poursuivant volontairement une fin commune par des moyens pris en commun. Plusieurs principes font former la société. Ils sont développés au chapitre 4 de la première partie. Ils sont selon le Compendium, "les véritables fondements de l'enseignement catholique: à savoir le principe de la dignité humaine- déjà traité au chapitre précédent- sur lequel reposent tous les autres principes et contenus de la doctrine sociale, ceux du bien commun, de la subsidiarité et de la solidarité."

"En raison de leur durée dans le temps et de leur universalité, l'Eglise les désigne come le paramètre de référence premier et fondamental pour l'interprétation et l'évaluation des phénomènes sociaux, dans lequel puise les critères de discernement et de conduite de l'action sociale, en tout domaine." Ces principes- bien commun, subsidiarité et solidarité, s'appuient donc sur le concept de "dignité humaine" et ne peuvent se comprendre l'un sans l'autre. Ils s'articulent entre eux.

Vont se joindre à ses principes des valeurs comme la vérité, la justice ou encore la liberté.

Au n°163 par exemple, le texe relie ces principes à la vérité de la société. Là encore, l'idée du relativisme est rejetée et l'Eglise se situe sur un plan universel lorsqu'elle évoque ces principes. Vérité, principes qui vont cependant être utilisé avec la conscience de chacun et sa liberté propre. Il faut se confronter au sens de la vie sociale car tout homme, animal politique, vit dans la société."Ces principes ont une signification profondément morale car ils renvoient aux fondements ultimes qui ordonnent la vie sociale." Cela implique aussi que tous, aussi bien les individus que les institutions, les reconnaissent et agissent en ce sens.

 

Ces 4 principes et trois valeurs sont les fondamentaux de la réalité sociale dans son ensemble ( relations interpersonnelles, politiques, économiques). Ce sont les principes qui vont servir de référence dans l'interprétation de des phénomènes sociaux et comme critères de discernement de l'action sociale.

 

Quelques mots seulement sur le bien commun.

La notion de bien commun a un long passé dans la philosophie grecque et scolastique (Saint Thomas d'Aquin) et est le principe organisateur de tout le discours social de l'Eglise en matière de politique, d'économie...C'est Léon XIII qui remet au premier plan de la doctrine sociale cette notion dans Rerum novarum. Dans le contexte de l'idéologie marxiste et communiste, il rappelle que le principe organisateur de la société ne peut être l'opposition entre les différentes classe sociales mais "la juste relation des personnes en fonction de leur rôle au service de tous." Le bien doit être suivi et servi par tous et non  "selon des visions réductrices subordonnés aux avantages partisans"... Il est étonnant de voir comme dans notre société nous avons perdu le sens du bien commun et comme nous sommes rapides à chercher notre bien personnel ou celui de notre classe ou de notre "communauté". Or comme le souligne le texte, le bien commun est "difficile à atteindre car il recquiert la capacité de réaliser le bien des autres comme si c'était le sien et de le rechercher constamment" et cela sous l'angle de la vérité.

Bref, "le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Etant à tous et à chacun, il est et de demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accroître et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. Comme l'agir moral de l'individu se réalise en faisant le bien, de même l'agir social parvient à sa plénitude en accomplissant le bien commun. De fait, le bien commun peut être compris comme la dimension sociale, communautaire du bien moral."

 

La question du bien commun va rejoindre très rapidement la questions des biens et de leur répartition.La justice sociale (juste répartition des richesses) rejoint alors la question du bien commun. Les différents textes abordent alors les questions de justice et d'équité. Pie XI, dans Quadragesimo anno en 1931( nous sommes dans le contexte bien rude de la crise de 1929) , par exemple,  aborde avec pertinence les questions du libéralisme économique. Le Compendium traite ainsi de la destination universelle des biens, de la question de la propriété privé et enfin de l'option préférentielle pour les pauvres.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 19:25

P.pngaul est l'auteur incontournable pour comprendre ce qu'est la conscience morale dans le christianisme.

L'évolution est très nette puisque le mot "suneidésis" apparaît plus de trente fois dans les textes apostoliques et la majorité dans les écrits pauliniens.

 

Le terme chez lui réunit les deux types de consciences (antécédente et conséquente) car elle permet de discerner le bien et le mal, de juger les actions passées et de conduire les actions futures. S’il emprunte le mot aux stoïciens, il ne s’agit pas d’une conscience autonome à leur manière. Pour eux en effet la conscience est libre en vertu de la connaissance qu’on a des lois de la nature. Pour Paul, le jugement de la conscience est toujours soumis à celui de Dieu. Une "bonne conscience", c'est toujours une conscience éclairée, guidée par la foi.

 

Nous ne pourrons pas tout étudier chez Paul bien entendu mais je vous propose de relever quelques points essentiels. Le premier est l'idée que tout le monde possède une conscience, ce qui n'a pas toujours été évident dans le judaïsme ancien. Ce grand principe se trouve en Romains 2, 14-16. C'est un passage tout à fait crucial pour le développement ultérieur de la notion de conscience. On y voit souvent l'affirmation de l'existence de la loi naturelle inscrite dans le coeur de chaque individu.Découvrons à présent ce passage: " Quand des païens, sans avoir la loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n’ont pas de loi. Ils montrent que l’œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur : leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent. C’est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Evangile, Dieu jugera par Jésus Christ le comportement caché des hommes."

 

 

Dans ce passage, le terme de conscience a le même sens que dans l'antiquité grecque, c'est le témoin intérieur qui juge d'une bonne ou mauvaise action. Paul affirme que les païens sont capables de faire le bien alors qu’ils ne connaissent pas la Loi de Moïse (différence avec les pharisiens qui la connaissent peut être mieux que personne mais qui souvent font le mal). Si les païens sont capables de faire le bien, c’est parce qu’ils possèdent un « cœur » au sens biblique c’est-à-dire une conscience capable de distinguer le bien et le mal. La conscience est ici le lieu privilégié de la vie personnelle qui est le juge et le guide de la conduite humaine. Ici les prescriptions de la conscience sont placées sur le même plan que la loi voir au-dessus.

 

Autre point très important, les païens "se tiennent lieu de loi à eux-mêmes". Cela ne signifie pas que la loi est relative à chaque culture, civilisation ou religion mais que Dieu a donné à chacun de connaître sa volonté, sa loi à travers une loi spécifique et que chacun sera jugé selon la loi qu'il a reçu. Quelqu'un élevé dans la foi et selon la loi musulmane par exemple sera jugé selon ces principes là et non pas , bien évidemment, selon les principes chrétiens qui lui sont totalement inconnus. En comprenant bien cependant que Paul fait mention d'une loi inscrite dans les coeurs ( la loi naturelle?) et qu'une loi qui s'opposerait à celle-ci perdrait toute sa valeur et deviendrait par conséquent caduque.

C'est une loi inscrite dans les coeurs. Le paëns n'ont pas reçu la loi mosaïque mais seulement cette loi intérieure que l'on peut identifier à la lumière de la raison naturelle. Elle donne une connaissance du bien et du mal et dicte ce qu'il faut faire ou éviter. Il suffit, à la suite de Paul, de constater que certains observent une loi dont ils n'ont jamais entendu parlé. Cela prouve qu'il ont eu la connaissance de ces préceptes autrement que par la Révélation. 


On peut aussi relever l'importance du témoignage subjectif de la conscience. La conscience est ici  comme quelquehose de distinct de la personne. N'oublions pas  qu'étymologiquement «le mot signifie  "savoir avec un autre, être témoin ou complice d'une même chose". Mais en même temps;, il existe un caractère intime de cette connaissance interne.Paul définit l'acte de la conscience comme quelque chose en nous qui rend témoigne, qui atteste de la présence de Dieu en nous. C'est un témoignage en quelque sorte "non-humain". Il viendrait  plutôt de l'Esprit Saint.

La conscience est comprise ici comme un témoin à charge ou à décharge. Comme les païens d’avant la Loi qui suivent leur conscience. Est-ce qu’alors le témoignage intérieur est le principe qui fonde le comportement chrétien ? Paul insiste sur le fait qu’il faut suivre sa conscience mais là encore avec quelques réserves. La conscience n’est pas toute puissante, elledoit être au service de Dieu, au service de l'amour. N'oublions pas que la conscience peut s'égarer, se tromper. On ne peut s'appuyer uniquement sur sa propre connaissane. La conscience chrétienne ne  peut pas tout  juger. Il nous faut faire appel à l'Esprit Saint - Esprit de Conseil, Esprit de Sagesse- et  à aut rui pour nous aider dans notre discernement. Il faut apprendre à se connaître et à jauger notre propre conscience.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 18:55

L.pnga morale évangélique-  fondée sur les deux commandements fondamentaux donnés par le Christ  - se développe dans une pratique sans pour autant qu'il y ait une véritable élaboration d'une éthique proprement chrétienne. La prédication de Jésus insiste sur l'avènement de la fin des temps et la nécessité de se convertir. L'homme- en tant qu'individu- doit changer d'attitude, de comportement tout en s'abandonnant à la miséricorde de Dieu s'il veut être sauvé. L'essentiel de la morale réside bien dans l'intériorisation de la loi, l'amour de Dieu et l'amour du prochain.  En d'autres termes, le salut passe par la soumission à la volonté  de Dieu et par le service du prochain. La vie toute entière du Christ témoigne de cet amour. La morale consiste donc essentiellement dans l'imitation de Jésus-Christ.

Quelle place tien la notion de "conscience" dans cette morale? En réalité, il n'y a pas de grande différence  avec l'Ancien Testament. Le mot grec "suneidésis" n’est pas utilisé mais le mot « cœur » est compris comme le siège de la pensée, le lieu du discernement entre le bien et  le mal. Ainsi, l’homme est appelé à une conversion du cœur et donc de la conscience. Le Christ dégage l’avènement d’une conscience libre, autonome et responsable. L’homme n’est pas asservi à la Loi! C’est l’homme (et sa conscience) qui sont premiers. Il prône une liberté intérieure et donc une loi intériorisée. Le cœur reste au centre de la connaissance et de la volonté morales.

Pensons au passage en Matthieu 15, 10-20. Il est rappelé que de manger avec des mains sales ne souillent pas l’homme (critique des pharisiens) mais ce qui souille l’homme est ce qui provient du cœur «  car c’est du cœur que sortent mauvaises raisons, meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes. »  Le passage se trouve dans tous les synoptiques (les synoptiques sont les évangiles de Luc, Marc et Matthieu. Ils contiennent de nombreux parallèles et ressemblances) 

Jésus n’abolit pas la loi mais il montre que c’est la pureté de l’intention qui doit régir sa pratique. Il dégage ainsi l’entrée de la conscience en apprenant à juger d’après le cœur, grâce à l’œil sain. Voir par exemple en Luc 11: "La lampe du corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, alors, tout entier ton corps est lumineux ; mais quand il est mauvais, ton corps aussi est ténébreux. Veille donc à ce que la lumière qui est en toi ne soit pas lumineux sans avoir de partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t’illumine de son éclat."

Jésus prépare bien  ainsi l’avènement d’une conscience libre qui  trouvera son sens et sa force grâce à l’Esprit répandu dans les cœurs.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 22:21

E.pngvidement, le terme de "conscience" n'existe pas en hébreu... Mais cela ne signifie pas pour autant que la notion est inexistante dans la pensée vétérotestamentaire. On retrouve bel et bien des éléments d'une réflexion sur la conscience à travers tout l'Ancien Testament.

 

Noublions pas que toute la morale dans la Bible est à comprendre à travers une foi et en particulier une alliance entre un Dieu unique et personnel et son peuple... Cette foi et cette connaissance en un Dieu unique est révélée. Dieu n'est pas connu dans ce cadre à partir de la nature. La morale hébraïque est liée à la volonté du père.

La morale dans l’AT est une morale religieuse qui n’a de sens que dans cette relation entre Dieu et le peuple qu’Il a choisi pour en faire le dépositaire de sa promesse et de son alliance où il appelle l’homme à la foi, à l’obéissance et à l’amour. La loi morale va ensuite se dévoiler progressivement, il existe toute une pédagogie divine. La loi ne se révèle pas sous forme d’obligations abstraites mais dans un rapport   où Dieu est soit le juge qui condamne, punit soit le père qui promet, qui délivre.

 

Tout homme existe devant Dieu. Devant Dieu il acquiert une connaissance morale de ses actes, déterminée par une règle objective identifiée à Dieu, son créateur. Il doit répondre devant Dieu de ceux qui violeraient cette règle objective : Sodome, Déluge, peuples étrangers comme Babylone condamnés…  La conscience c'est en quelque sorte cette  compréhension de la  volonté divine.

Dans ce contexte, on retrouve les grands questionnements autour de la conscience. On trouve ainsi:

  • la description d’un trouble et du remords.

  • La paix d’une conscience pure.

  • La connaissance de soi réside dans le cœur qui dépend de l’omniscience, l’omniprésence de Dieu législateur et juge.

Prenons, par exemple, l'épisode de la chute. Adam et Eve croquent dans le fruit défendu. Ils violent la prescription divine. Avant même d'être condamnés par Dieu quelque chose à changer en eux: "ils virent qu'ils étaient nus". Ils éprouvent une sorte de honte intérieure. Leur situation est pourtant identique mais de leur point de vue quelque chose à changer, ils se voient différemment. Ils se voient nus c'est-à-dire tels qu'ils sont dans leurs limites, leurs faiblesses... La conscience est née. L'homme porte seul un regard sur ses actes, il est déjà son propre juge. C'est seulement après que nos deux fautifs entendent les pas de Dieu et qu'ils doivent s'expliquer devant Lui. Adam et Eve n'ont pu, avant même d'être présentés à Dieu, échapper à leurs consciences respectives.

 

Cependant, ce n'est pas encore une conscience qui délbère ou juge. Qu'est ce qui relève du mal ou de la désobéissance: la mise en distance de Dieu.

Cependant, la LXX (la septante désigne les premières traductions grecques de l’AT en particulier du pentateuque, on les situe vers le II siècle avant JC. Sûrement une traduction des juifs égyptiens pour leur usage (III siècle avt JC)) utilise tout de même le mot grec suneidésis  On le trouve trois fois dans l’AT mais avec des sens différents.

On parle de « for intérieur » (en Qo 10, 20) ou encore de "témoignage intérieur". La notion est alors empruntée à la philosphie stoïcienne. Et nous verrons que ce terme de "suneidésis" nous révèlera bien des surprises.

 

 

La réalité de la conscience existe dans toute la Bible. et quand elle est précisée, la fonction de la conscience est  alors attribuée au cœur ou aux reins.

L'idée du coeur est très présente dans l’AT (hebreu lév ou lévâv et en grec kardia) : il signifie ce qui est caché à l’intérieur. C'est dans un sens beaucoup plus large que nous modernes où le coeur est seulement le siège des émotions, des sentiments. Ici en hébreu, c'est l'intime de l'homme: sentiments, émotions mais aussi pensées, mémoire, projets, raisonnements. C’est le siège des émotions et des différentes actions humaines (joie et tristesse, amour et haine, désir, trouble, peur, sollicitude et irritation, assurance et vanité), et le siège de l’intellect. En effet, le cœur remplit des fonctions intellectuelles et rationnelles. Il est proche alors de ce que l’on appelle « esprit ». C’est l’organe de la connaissance et de la compréhension lié à la fonction de l’oreille ( la connaissance étant surtout le fait d’écouter la Parole de Dieu et d’entendre sa volonté). C’est le lieu de l’attention et de la mémoire, de la pensée conscience, de la méditation. Le lieu du savoir et de la raison. Par exemple n 1 Roi 5, 9: « Dieu donne à Salomon, une sagesse et une intelligence extrêmement grande et un coeur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer »- le « coeur aussi vaste », c'est un savoir très étendu...

C’est aussi le siège de la volonté en tant qu’il est l’organe de la pensée, le lieu où naissent les intentions, où mûrissent les plans et les projets, où se prennent les décisions et le lieu où l’on trouve le courage de passer à l’action. C’est le lieu où se passe les choix moraux, de l’engagement éthique et religieux là où se révèle le cœur de l’homme, le cœur droit et pur, qui de tout cœur s’attache à Dieu et à sa Loi. Au contraire le cœur endurci sera celui de l’homme qui refuse la Parole de Dieu.

 

Le cœur est lié à la parole et aux mains car ce sont elles qui expriment ce qu’il y a au fond du cœur. Il est essentiel donc qu’une action soit sans duplicité, en accord avec le cœur. C’est vraiment le centre de l’être, là où la personne est face à elle-même, avec ses sentiments, sa raison, sa conscience ; là où elle assume sa responsabilité en posant des choix décisifs tournés ou non vers Dieu. Le mot cœur peut désigner aussi la personne toute entière.

 

Enfin, la conscience est  liée au sentiment du remords... Après avoir commis une faute, les personnages de l'AT tel David éprouve du remords caractérisé souvent par des battements rapides du coeur.

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