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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 17:14

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enoît XVI termine son enseignement sur saint Thomas par une présentation de son oeuvre et en particulier de la fameuse Somme Théologique: " Il s’agit d’un raisonnement serré, dans lequel l’application de l’intelligence humaine aux mystères de la foi procède avec clarté et profondeur, mêlant des questions et des réponses, dans lesquelles saint Thomas approfondit l’enseignement qui vient de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise, en particulier saint Augustin. Dans cette réflexion, dans la rencontre de vraies questions de son époque, qui sont aussi et souvent des questions de notre temps, saint Thomas, utilisant également la méthode et la pensée des philosophes antiques, en particulier Aristote, arrive à des formulations précises, lucides et pertinentes des vérités de la foi, où la vérité est don de la foi, où elle resplendit et nous devient accessible, ainsi qu’à notre réflexion. Cependant, cet effort de l’esprit humain — rappelle saint Thomas à travers sa vie elle-même — est toujours éclairé par la prière, par la lumière qui vient d’En-haut. Seul celui qui vit avec Dieu et avec ses mystères pour comprendre ce qu’ils disent."

 

Le pape clarifie le plan et la structure de la Somme qu'il qualifie, à l'aide des mots du grand spécialiste de saint Thomas, Torell, ainsi : "une recherche de la plénitude de Dieu avec un «regard théologique»".

Saint Thomas part de Dieu et plus particulièrement " des trois différentes façons de l'être et de l’essence de Dieu".

Quelles sont-elles?

 * Dieu existe en lui même. Il est principe et fin de toutes choses. Toutes choses créées dépendent et procèdent de Lui.

 * Dieu est présent, par la Grâce, dans la vie et l'oeuvre du chrétien, de ses saints.

 * Dieu est présent d'une manière particulière en la personne du Christ et dans les sacrements qui naissent de l'eouvre rédemptrice.

Bref, le but de la Somme est simple, faire connaître Dieu selon ses trois façons. Saint Thomas suit un plan en trois parties qu'il expose lui-même: " (...) Dans l’intention d’exposer cette doctrine, nous traiterons en premier de Dieu; en deuxième du mouvement de la créature vers Dieu; et en troisième du Christ, qui, en tant qu’homme, est pour nous le chemin pour monter vers Dieu» (ibid., i, q. 2)." Benoît XVI commente: "C’est un cercle: Dieu en lui-même, qui sort de lui-même et nous prend par la main, afin qu’avec le Christ nous retournions à Dieu, nous soyons unis à Dieu, et Dieu sera tout en tous. "

Le saint père détaille rapidement les trois parties de la Somme: " La première partie de la Summa Theologiae enquête donc sur Dieu en lui-même, sur le mystère de la Trinité et sur l’activité créatrice de Dieu. Dans cette partie, nous trouvons également une profonde réflexion sur la réalité authentique de l’être humain en tant que sorti des mains créatrices de Dieu, fruit de son amour. D’une part nous sommes un être créé, dépendant, nous ne venons pas de nous-mêmes, mais de l’autre, nous avons une véritable autonomie, ainsi nous ne sommes pas seulement quelque chose d’apparent — comme disent certains philosophes platoniciens — mais une réalité voulue par Dieu comme telle, et qui possède une valeur en elle-même."

La seconde partie est celle qui intéresse le plus la théologie morale, en effet: "Dans la deuxième partie, saint Thomas considère l’homme, animé par la grâce dans son aspiration à connaître et à aimer Dieu pour être heureux dans le temps et pour l’éternité. L’auteur présente tout d’abord les principes théologiques de l’action morale, en étudiant comment, dans le libre choix de l’homme d’accomplir des actes bons, s’intègrent la raison, la volonté et les passions, auxquelles s’ajoute la force que donne la Grâce de Dieu à travers les vertus et les dons de l’Esprit Saint, ainsi que l’aide qui est offerte également par la loi morale. Ainsi, l'être humain est un être dynamique qui se cherche lui-même, qui aspire à être lui-même et cherche, de cette manière, à accomplir des actes qui l’édifient, qui le font devenir vraiment homme; et celui qui pénètre dans la loi morale, pénètre dans la grâce, dans sa propre raison, sa volonté et ses passions. Sur ce fondement, saint Thomas trace la physionomie de l’homme qui vit selon l’Esprit et qui devient, ainsi, une icône de Dieu. Saint Thomas s’arrête ici pour étudier les trois vertus théologales — la foi, l’espérance et la charité —, suivies de l’examen approfondi de plus de cinquante vertus morales, organisées autour des quatre vertus cardinales: la prudence, la justice, la tempérance et la force. Il termine ensuite par une réflexion sur les différentes vocations dans l'Eglise."

Je suis souvent étonnée par le nombre de personnes qui récriminent contre la morale. N'oublions pas que la morale est cette discipline qui étudie l'agir humain. Elle a pour but d'analyser, d'identifer les actes qui justement "édifient l'homme" qui l'aident à devenir ce qu'il est, c'est-à-dire un homme. La morale est ce qui aide à la construction de la personne humaine. Cette seconde partie est extrêmement riche tant par l'étude des vertus, que du rôle de la volonté, de la liberté... A lire et à méditer sans aucun doute!

Enfin, "Dans la troisième partie de la Summa, saint Thomas étudie le Mystère du Christ — le chemin et la vérité — au moyen duquel nous pouvons rejoindre Dieu le Père. Dans cette section, il écrit des pages presque uniques sur le Mystère de l’Incarnation et de la Passion de Jésus, en ajoutant ensuite une vaste réflexion sur les sept Sacrements, car en eux le Verbe divin incarné étend les bénéfices de l’Incarnation pour notre salut, pour notre chemin de foi vers Dieu et la vie éternelle et demeure presque présent matériellement avec la réalité de la création et nous touche ainsi au plus profond de nous-mêmes.".

Encore des lignes qui nous aident dans notre réflexion et dans notre vie de foi. Comment se dire chrétien et non pratiquant? Ne pas recevoir les sacrements, c'est ne pas profiter des "bénéfices de l'Incarnation".

 

Benoît XVI va à présent s'attarder non sans raison sur le sacrement de l'Eucharistie. Peut être ignorez-vous la grande dévotion qu'avait saint Thomas pour le saint sacrement? Il passait de nombreuses heures devant le tabernacle en prière et est l'auteur de nos plus classiques et célèbres prières eucharistiques. Que dit Saint Thomas de ce magnifique sacrement: "«L’Eucharistie étant le Sacrement de la Passion de notre Seigneur, elle contient Jésus Christ qui souffrit pour nous. Et donc, tout ce qui est l’effet de la Passion de notre Seigneur, est également l’effet de ce sacrement, n’étant autre que l’application en nous de la Passion du Seigneur» (In Ioannem, c.6, lect. 6, n. 963)."  Et comme le remarque le saint père, il est arrivé à plusieurs reprises à saint Thomas de célébrer la messe en versant des larmes "de joie et de gratitude". Quelle conscience éclairée de ce grand mystère!

Quelle est la conclusion du saint père? Suivre l'exemple de saint Thomas d'Aquin et d'être amoureux de l'Eucharistie: " Chers frères et sœurs, à l'école des saints, tombons amoureux de ce Sacrement! Participons à la Messe avec recueillement, pour en obtenir des fruits spirituels, nourrissons-nous du Corps et du Sang du Seigneur, pour être sans cesse nourris par la Grâce divine! Entretenons-nous volontiers et fréquemment, familièrement, avec le Très Saint Sacrement! "

J'entends souvent critiquer la pratique de l'adoration du saint sacrement ou encore affirmer qu'il n'est pas nécessaire de participer à l'eucharistie dominicale. Qu'il n'est pas nécessaire de se réunir à l'Eglise, que Dieu est présent dans n'importe quelle pièce. Parfois, j'entends aussi affirmer qu'à présent Dieu est partout, que le sacré n'est pas cantonné comme dans le judaïsme ancien dans le sanctuaire, dans le fameux Saint des saints.... Ce n'est pas faux mais le Dieu des chrétiens n'est pas un panthéisme à la Spinoza ou une sorte de dérivation de l'animisme.

De quelle manière Dieu est présent? Lisons un extrait de la constituion Sacra Liturgia: " Pour l'accomplissement d'une si grande oeuvre, le Christ est toujours là auprès de son Eglise, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la Messe, et dans la personne de son ministre, (...) et au plus haut point, sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Eglise les Saintes Ecritures. Enfin, il est là présent lorsque l'Eglise prie et chante les Psaumes, lui qui a promis: " Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux." (Mt 18, 20)."

Si Dieu est réellement présent dans la Messe, dans la Parole proclamée, dans l'Eglise qui se rassemble et prie les psaumes, dans les sacrements, Il est réellement et substantiellement présent dans le saint sacrement. Il présent " au plus haut point sous les espèces eucharistiques" pour reprendre l'expression du Concile.

 

Après avoir cité les deux grandes oeuvres de l'Aquinate, la Somme Théologique et la Somme contre les Gentils, il relève l'importance et la profondeur de sa prédication et de son enseignement oral. Toutes les discours ont été conservés dans un document nommé les Opuscules: " (....) où il explique le Symbole des Apôtres, interprète la prière du Notre Père, illustre le Décalogue et commente l'Ave Maria. Le contenu des prédications du Doctor Angelicus correspond presque tout entier à la structure du Catéchisme de l'Eglise catholique. En effet, dans la catéchèse et dans la prédication, à une époque comme la nôtre d'engagement renouvelé pour l'évangélisation, ces arguments fondamentaux ne devraient jamais faire défaut: ce que nous croyons, et voici le Symbole de la foi; ce que nous prions, et voici le Notre Père et l'Ave Maria; et ce que nous vivons comme nous l'enseigne la Révélation biblique, et voici la loi de l'amour de Dieu et du prochain et les Dix Commandements comme explication de ce mandat de l’amour."

 

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:35

P.pngour répondre très rapidement à une question que l'on me pose souvent. Cette question surgit lorsque l'on parle du "je confesse à Dieu". Si vous vous souvenez bien, on dit à un moment donné: " je reconnais devant mes frères que j'ai péché, en pensée, en paroles, en action et en omission..."

Lorsque je demande que l'on m'explique cette formule " en action et en omission"... On me répond invariablement ce sont les péchés que j'ai "oublié" et que j'ai commis mais dont je ne me suis pas rendu compte. En gros, je fais le mal mais je ne le sais pas ou je fais tellement de choses mauvaises que je ne peux me souvenir de tout mais Dieu lui sait alors je m'en confesse.

Erreur, erreur...

 

Rappelons d'abord ce qu'est un péché. Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (CEC) le définit ainsi à l'article 1849: "Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme " une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle " Notez aussi rapidement que ce n'est pas l'attachement aux biens qui est condamné, ce qui n'aurait aucun sens là encore, mais "un attachement pervers". Terme qu'il nous faudrait préciser mais qui rejoint le désir désordonné.

Puis les articles qui suivent montrent que la diversité des péchés est grande et qu'on  peut les distinguer de différentes manières.

D'abord selon " leur objet, comme pour tout acte humain, ou selon les vertus auxquelles ils s’opposent, par excès ou par défaut, ou selon les commandements qu’ils contrarient. "

On peut aussi distinguer les péchés selon qu'ils concernent Dieu, le prochain ou soi-même.

On peut encore distinguer les péchés charnels et les péchés spirituels.

Enfin, on peut distinguer les péchés en pensée, en paroles, en action et en omission.

 

La formule du Confiteor nous renvoie donc à une manière de distinguer les péchés. Cette distinction ne renvoie pas à la question de la gravité du péché qui elle permet de dire s'il s'agit d'un péché véniel ou d'un péché mortel. Et j'ajouterai le péché contre l'Esprit bien qu'il ne renvoie pas directement à la gravité.

 

Le péché contrairement à l'acte mauvais implique une certaine conscience de l'acte mauvais. Par exemple, un enfant de trois ans qui vole commet un acte mauvais car le vol par son "objet" est un un mal mais il ne commet pas un péché car il n'a pas conscience de faire quelque chose de mal surtout si on ne lui a pas appris que cela était mal. L'éveil de la conscience, c'est-à-dire de la connaissance du bien et du mal se fait petit à petit. L'éducation de la conscience est quelque chose de très important au sein de la famille,de l'école et de la catéchèse pour cette raison

Comment ensuite demander pardon pour quelque chose dont je ne me souviens plus? cela n'a aucun sens et surement peu de valeur. Le péché est une résultante d'une action libre et volontaire...

 

Quelle est alors cette distion "en action et en omission". Et bien, le péché en action, c'est commettre le mal: voler, mentir, médire, calomnier, égorger quelqu'un...

L'omission? Et bien, dans tel cas, je n'ai pas fais le bien, je n'ai pas posé un acte bon alors que j'aurai pu et que je le savais: pour le service non rendu, pour la parole de consolation non donnée... Cela implique que j'avais la posssiblilté d'intervenir, que j'avais le devoir moral d'intervenir et que je n'ai volontairement pas agi (Cf. Bruguès, Dictionnaire de morale).

Notez en effet que toute action bonne ne s'impose pas d'emblée et que j'ai pu jugé bon de ne pas poser tel acte bon pour ne pas interférer sur une conséquence ou un autre acte jugé plus important.

Ce péché d'omission est complexe... Pour mieux saisir ce type de péché, vous pouvez vous appuyer sur la parole évangélique en saint Matthieu: " j'étais malade et tu ne m'as pas visité, j'étais pauvre et tu ne m'as pas aidé, j'étais nu et tu ne m'as pas vêtu- ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petites de mes frères, à moi non plus vous ne l'avez pas fait."

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 11:28

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  oursuivons notre lecture de ce riche enseignement. Nous avons vu hier que raison et foi sont toutes deux des instruments de la connaissance mais elles : « font appel à des processus de connaissance différents. La raison accueille une vérité en vertu de son évidence intrinsèque, médiate ou immédiate; la foi, en revanche, accepte une vérité sur la base de l'autorité de la Parole de Dieu qui est révélée. Saint Thomas écrit au début de sa Summa Theologiae: «L'ordre des sciences est double; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents; d'autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c'est-à-dire la science de Dieu et des saints» (I, q. 1, a. 2). »

Cette distinction est très importante car elle permet l'indépendance des « disciplines ». C'est ce qui nous permettra de distinguer vérités scientifiques et vérité de la foi. Cela dit, elles ne peuvent jamais s'opposer en raison même comme on le soulignait hier de leur source unique: Dieu. Cette distinction précise le saint père: « implique plutôt une collaboration réciproque et bénéfique. »

Qu'apporte la foi à la raison? « La foi, en effet, protège la raison de toute tentation de manquer de confiance envers ses propres capacités, elle l'encourage à s'ouvrir à des horizons toujours plus vastes, elle garde vivante en elle la recherche des fondements et, quand la raison elle-même s'applique à la sphère surnaturelle du rapport entre Dieu et l'homme, elle enrichit son travail »

Quel est ensuite l'apport de la raison pour la foi? Saint Thomas relève un triple service de la raison dans son commentaire du De trinitate de Boèce: « Démontrer les fondements de la foi; expliquer à travers des similitudes les vérités de la foi; repousser les objections qui sont soulevées contre la foi» (q. 2, a. 2). »

Qu'est-ce que l'histoire de la théologie? Et bien la possible intelligibilité de notre foi qui n'est pas superstition, magie, peur fantasmagorique. Le langage théologique est un langage analogique. Pourquoi un langage analogique? Parce que « La distance entre Dieu, le Créateur, et l'être de ses créatures est infinie; la dissimilitude est toujours plus grande que la similitude (cf. DS 806). Malgré tout, dans toute la différence entre le Créateur et la créature, il existe une analogie entre l'être créé et l'être du Créateur, qui nous permet de parler avec des paroles humaines sur Dieu. »

Nous prenions l'autre jour l' exemple du mot « Père » pour désigner Dieu. On se rend bien compte ici qu'il s'agit d'une analogie et que Dieu n'est pas père seulement comme nous l'entendons dans la vie quotidienne. La paternité et la filiation divine ne peut pas se comprendre uniquement à travers nos schémas humains de la paternité et de la filiation.

Mais nous devons parler de Dieu. Cela signifie que nous parlons d'un Dieu infini, unique et pourtant trois personnes, à travers nos mots, notre langage ( avec toutes les difficultés propres au langage. Nous définissons par exemple Dieu comme celui qui « est » alors que dans certains dialectes orientaux le mot « être » n'existe même pas...), et notre pensée finie. Cela n'est pas sans difficulté et pourtant: « Dieu lui-même nous a parlé et nous a donc autorisés à parler de Lui. Je considère qu'il est important de rappeler cette doctrine »

Pourquoi le saint père insiste t'il aujourd'hui sur la valeur du langage analogique? Tout simplement parce que l'une des critiques de l'athéisme moderne et contemporain est justement l'affirmation que le langage religieux n'a pas de valeur objective car certains courants philosophiques pensent que: « l'homme ne connaît pas l'être, mais uniquement les fonctions qui peuvent être expérimentées par la réalité. Avec saint Thomas et avec la grande tradition philosophique, nous sommes convaincus qu'en réalité, l'homme ne connaît pas seulement les fonctions, objet des sciences naturelles, mais connaît quelque chose de l'être lui-même, par exemple, il connaît la personne, le Toi de l'autre, et non seulement l'aspect physique et biologique de son être »

Ce paragraphe est d'une rare importance car il nous montre que la foi, le langage religieux peut toucher la réalité même, qu'il a du sens!

 

Benoît XVI parvient alors sur un autre principe très important qui reflète aussi le lien entre raison et foi. Il aborde la question de la grâce en citant une des grandes formules classiques: la grâce n'abolit pas la nature mais la suppose et la perfectionne. Il rappelle aussi avec justesse que la nature n'est pas corrompue et bonne à jeter à cause du péché mais seulement « affaiblie et blessée ». Pessimistes et détracteurs de la nature humaine devraient méditer sur ces textes. Qu'est-ce que la grâce? Un don... c'est-à-dire quelque chose de gratuit, donné par Dieu, qui ne dépend pas de nous et qui nous est bénéfique: «  La grâce, diffusée par Dieu et communiquée à travers le Mystère du Verbe incarné, est un don absolument gratuit avec lequel la nature est guérie, renforcée et aidée à poursuivre le désir inné dans le cœur de chaque homme et de chaque femme: le bonheur. Toutes les facultés de l'être humain sont purifiées, transformées et élevées dans la Grâce divine. »

Le pape fait alors le lien avec la théologie morale et articule grâce, don du Saint Esprit et raison, loi naturelle et conscience morale: « Au centre de son enseignement dans ce domaine, il place la loi nouvelle, qui est la loi de l'Esprit Saint. Avec un regard profondément évangélique, il insiste sur le fait que cette loi est la Grâce de l'Esprit Saint donnée à tous ceux qui croient dans le Christ. A cette Grâce s'unit l'enseignement écrit et oral des vérités doctrinales et morales, transmises par l'Eglise. Saint Thomas, en soulignant le rôle fondamental, dans la vie morale, de l'action de l'Esprit Saint, de la Grâce, dont jaillissent les vertus théologales et morales, fait comprendre que chaque chrétien peut atteindre les autres perspectives du «Sermon sur la montagne» s’il vit un rapport authentique de foi dans le Christ, s'il s'ouvre à l'action de son Saint Esprit. Mais — ajoute saint Thomas d'Aquin — «même si la grâce est plus efficace que la nature, la nature est plus essentielle pour l'homme» (Summa Theologiae, Ia, q.29. a. 3), c'est pourquoi, dans la perspective morale chrétienne, il existe une place pour la raison, qui est capable de discerner la loi morale naturelle. La raison peut la reconnaître en considérant ce qu'il est bon de faire et ce qu'il est bon d'éviter pour atteindre le bonheur qui tient au cœur de chacun, et qui impose également une responsabilité envers les autres, et donc, la recherche du bien commun. En d'autres termes, les vertus de l'homme, théologales et morales, sont enracinées dans la nature humaine. La Grâce divine accompagne, soutient et pousse l'engagement éthique, mais, en soi, selon saint Thomas, tous les hommes, croyants et non croyants, sont appelés à reconnaître les exigences de la nature humaine exprimées dans la loi naturelle et à s'inspirer d'elle dans la formulation des lois positives, c'est-à-dire de celles émanant des autorités civiles et politiques pour réglementer la coexistence humaine. »

Nous reviendrons dans une prochaine note sur la loi naturelle mais méditons déjà ces paroles de Benoît XVI déjà très éclairantes: « Lorsque la loi naturelle et la responsabilité qu'elle implique sont niées, on ouvre de façon dramatique la voie au relativisme éthique sur le plan individuel et au totalitarisme de l'Etat sur le plan politique. La défense des droits universels de l'homme et l'affirmation de la valeur absolue de la dignité de la personne présupposent un fondement. Ce fondement n'est-il pas la loi naturelle, avec les valeurs non négociables qu'elle indique? »

 

Benoît XVI termine sa catéchèse par ces mots: « Thomas nous propose un concept de la raison humaine ample et confiant: ample, car il ne se limite pas aux espaces de la soi-disant raison empirique-scientifique, mais il est ouvert à tout l'être et donc également aux questions fondamentales et auxquelles on ne peut renoncer de la vie humaine; et confiant, car la raison humaine, surtout si elle accueille les inspirations de la foi chrétienne, est promotrice d'une civilisation qui reconnaît la dignité de la personne, le caractère intangible de ses droits et le caractère coercitif de ses devoirs. Il n'est pas surprenant que la doctrine sur la dignité de la personne, fondamentale pour la reconnaissance du caractère inviolable de l'homme, se soit développée dans des domaines de pensée qui ont recueilli l'héritage de saint Thomas d'Aquin, qui avait une conception très élevée de la créature humaine. Il la définit, à travers son langage rigoureusement philosophique, comme «ce qui se trouve de plus parfait dans toute la nature, c'est-à-dire un sujet subsistant dans une nature rationnelle» (Summa Theologiae, Ia, q. 29, a. 3). »

 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 11:24

A.png vec un peu de retard, reprenons la lecture des audiences du saint Père qui continue ce mercredi 16 juin sa courte présentation du grand maître spirituel qu'est saint Thomas d'Aquin.

Il débute cette deuxième catéchèse par nous rappeler l'importance de son oeuvre, de sa pensée et la nécessité de l'étudier. Je ne peux qu'abonder dans son sens mais qui malheureusement lit réellement le docteur angélique? En fait, saint Thomas est aujourd'hui un grand inconnu dans l'Eglise catholique alors que le décret Optatam totius, sur la formation au sacerdoce, demande explicitement que nos futurs prêtres l'étudient: « pour éclairer aussi pleinement que possible les mystères du salut, les séminaristes apprendront à pénétrer plus profondément au moyen de la spéculation, sous la conduite de saint Thomas, et à découvrir leur lien mutuel; (...) » Il est aussi conseiller par la déclaration Gravissimum educationis, qui traite de l'éducation chrétienne: « (…) grâce à un examen plus attentif des questions et recherches nouvelles de la période actuelle, on reconnaisse et on discerne mieux comment la foi et la science visent une unique vérité, en marchant sur les traces des docteurs de l'Eglise, et particulièrement saint Thomas d'Aquin. »

Pourquoi ne peut on éviter l'enseignement de l'Aquinate? Benoît XVI nous l'explique en termes clairs et précis: «  La principale raison de cette estime réside non seulement dans le contenu de son enseignement, mais aussi dans la méthode qu'il a adoptée, notamment sa nouvelle synthèse et distinction entre philosophie et théologie. »

Quelle est la nouveauté de saint Thomas par rapport aux pères de l'Eglise? Ceux-ci déjà baignaient dans une philosophie platonicienne ( et stoïcienne) et ils « avaient élaboré une vision complète de la réalité, en partant de la foi et en utilisant des éléments du platonisme, pour répondre aux questions essentielles des hommes. Cette vision, basée sur la révélation biblique et élaborée avec un platonisme corrigé à la lumière de la foi, ils l’appelaient «notre philosophie». Bref, la philosophie n'était pas un système purement rationnel et, en tant que tel, distinct de la foi, mais indiquait une vision d'ensemble de la réalité, construite à la lumière de la foi. Saint Thomas découvre avec les théologiens de son époque le grand Aristote et par conséquent un système philosophique élaboré sans aucune connaissance de la Bible. Aristote explique le monde, le Réel sans apport aucun de la foi. Saint Thomas repense le rapport philosophie/théologie et foi/raison: «  Il existait une «philosophie» complète et convaincante en elle-même, une rationalité précédant la foi, et puis la «théologie», une pensée avec la foi et dans la foi. »

Une nouvelle question surgit alors qui conserve encore toute son actualité: «  le monde de la rationalité, la philosophie pensée sans le Christ, et le monde de la foi sont-ils compatibles? Ou bien s'excluent-ils? » Saint Thomas pense, comme nous l'avons déjà souligné dans d'autres notes, qu'ils sont compatibles. Philosophie et théologie sont à la fois indépendantes et en relation réciproque. A chaque débat au cours de l'histoire où l'on a voulu séparer et surtout opposer foi et raison, le saint siège nous a montré en exemple comme « guide du dialogue » saint Thomas.

Foi et raison sont désignées au même titre comme « instruments de connaissance » alors que souvent nous dénigrons l'une ou l'autre. Et je ne suis pas certaine que les catholique convaincus qui privilégient sans cesse la connaissance de la foi et du coeur sans jamais se former et étudier aident beaucoup au dialogue! Souvenons-nous en effet que toutes deux procèdent de la même réalité, de la même vérité: Dieu.

« La foi consolide, intègre et illumine le patrimoine de vérité que la raison humaine acquiert. La confiance que saint Thomas accorde à ces deux instruments de la connaissance — la foi et la raison — peut être reconduite à la conviction que toutes deux proviennent de l'unique source de toute vérité, le Logos divin, qui est à l'œuvre aussi bien dans le domaine de la création que dans celui de la rédemption »

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Published by Jacquotte - dans Lectures
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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:10

V.pngoilà quelques semaines que je n'ai rien posté... mea culpa comme on dit...

Beaucoup de boulot et pas d'internet pendant 10 jours mais ça y est, ce sont les vacances... donc le temps des lectures. Dès demain, une vraie petite note!

Conclusion: à tout bientôt!

 

 

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Published by Jacquotte - dans Hors-sujet
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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 18:48

H.pngeureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, parce que le Royaume des cieux est  eux.

 

Comme d'habitude, cette béatitude est à comprendre avec la précédente. Elle est en continuité avec la béatitude des pacifiques, quasi sa conséquence logique: "De ce royaume, où la paix et l'ordre sont dans leur plénitude, est exclu le. prince de ce siècle qui domine les coeurs pervers et rebelles à l'ordre. Cette paix intérieure une fois établie et consolidée, quelles que soient les tempêtes excitées par celui qui a été jeté dehors, elles ne font qu'augmenter la gloire qui est selon Dieu; rien ne s'ébranle dans l'édifice; et l'impuissance des machines dressées contre lui fait voir avec quelle solidité il est construit à l'intérieur. Voilà pourquoi on lit ensuite : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu'à eux appartient le royaume des cieux. »" ( Saint Augustin, Explication du Sermon sur la Montagne, chapitre III)

Nous parvenons au but de notre échelle des vertus. Le bonheur promis ici est celui de l'avènement du Royaume en nos vies! Si comme saint Jérôme le fait remarquer cette béatitude exprime le martyre, elle est cependant à saisir dans un sens plus vaste. Le mot "martyre" signifie témoin". Saint Jean Chrysostome nous interpelle en nous demandant de réfléchir non pas à la question " qui me persécute?" mais "pourquoi l'on nous persécute?". La persécution remarque t'il peut venir de l'intérieur même du peuple de Dieu si, par exemple, nous dénonçons le péché et le mal. Ce n'est pas sans nous rappeler le discours récent de Benoît XVI à Fatima.

Complétons par une petite réfléxion de Chromace d'Aquilée: " On ne peut douter, mes Frères, que l'envie soit toujours la compagne du bien accompli. En effet, sans parler ici de la cruauté des persécuteurs, quand on se met à observer une stricte justice, à combattre l'arrogance, à appeler les incroyants à se mettre en paix avec le Seigneur, quand de plus, on s'écarte des hommes qui vivent dans les futilités et dans l'erreur, aussitôt surgissent les persécutions; il est fatal que s'élèvent les haines, et que la jalousie se mette à déchirer. Ainsi le Christ amène t-il finalement ses auditeurs à ce suprême degré, à cette cime, à ce sommet où il n'y a pas seulement support de la souffrance, mais aussi joie de mourir." (Sermon I, Sources chrétiennes, n°154)

 

De plus comme le note Saint Augustin, ce n'est pas la souffrance qui fait le martyre mais la cause ( sermons 327 et 328)... Pourquoi nous persécutons-nous? Le Christ a souffert une seule Passion, un seul supplice et pourtant notre auteur insiste sur le fait que nous sommes en présence de trois croix à la Passion c'est-à-dire qu'il existe des causes différentes. Dans son sermon sur la Passion pour le vendredi Saint (sermon 248), il montre que ce n'est pas seulement pour nous sauver de nos péchés que le Christ est mort sur la croix mais que le Christ nous révèle autre chose: "D'abord, si après avoir été condamné à être crucifié, il a porté lui-même sa croix , c'était pour nous apprendre à vivre dans la réserve et pour nous montrer, en marchant en avant, ce que doit faire quiconque veut le suivre. Du reste il s'en est expliqué formellement. «Si quelqu'un m'aime, dit-il, qu'il a prenne sa croix et me suive  ». Or, c'est en quelque sorte porter sa croix que de bien gouverner cette nature mortelle.S’il a été crucifié sur le Calvaire,  c'était pour indiquer que par sa passion il remettait tous ces péchés dont il est écrit dans un psaume : « Le nombre de mes iniquités s'est élevé au-dessus des cheveux de ma tête ».Il eut à ses côtés deux hommes crucifiés avec lui ; c'était pour montrer que des souffrances attendent et ceux qui sont à sa droite, et ceux qui sont à sa gauche; ceux qui sont à sa droite et desquels il dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice» ; ceux qui sont à sa gauche et dont il est écrit : « Quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien »."

 

Pourquoi nous persécutons-nous? Est-ce pour le Bien? Si c'est une bonne cause, il faut alors continuer à avancer. Il nous faut suivre le Christ qui nous conduit vers le Père. Il nous faut avancer comme le Christ à marcher le vendredi saint. Ce qui implique de  nous relever lorsque nous tombons. Il nous faut nous  tourner vers notre  fin dernière. Pour cela, il  me faut me  détourner du mal ou de tout ce qui m'éloignerait du Bien, en d'autres termes de Dieu. Que vise t'on dans cette béatitude? Le Royaume de Dieu c'est-à-dire que l'on doit orienter notre désir vers Dieu comme Bien et comme fin. Notre désir orienté alors vers des fins spirituelles nous invite par conséquent à nous détourner des biens superficiels. Porter sa croix, ce n'est pas accepter passivement les souffrances que peut nous apporter malheureusement notre existence terrestre mais maîtriser, dominer ce qui pourrait nous détourner de notre but et réajuster sans cesse notre désir profond qui nous pousse vers Dieu. Ce désir nous conduira à la joie de posséder et de parvenir au Royaume de Dieu: "Tout ce qui vous attaque vous délivre, vous délivre du péché, pour vous établir en Dieu. Voilà quel est le fruit de la persécution : à cause du fruit, aimons donc la fleur " écrivait saint Grégoire de Nysse ( Des béatitudes  VIII). L'Evangile nous guide sur ce chemin, Il parle de "justice". Bien entendu, de la justice aux yeux de Dieu.La justice, vertu cardinale, nous tourne à la fois vers Dieu et vers le prochain et en particulier la défense du prochain.

 

Saint Augustin monte enfin la cohérence de l'ensemble et comment cette dernière béatitude nous ramène ou nous renvoie à la première. Notre évêque, qui affectionne particulièrement le chiffre 7, prépare ainsi son parallèle entre les béatitudes, les 7 dons du Saint Esprit et les 7 demandes du Notre Père.

Que dit-il? "La huitième béatitude rentre, pour ainsi dire, dans la première ; aussi dans l'une et l'autre nomme-t-on le royaume des cieux.Bienheureux les pauvres d'esprit parce qu'à eux appartient le royaume des cieux ; » puis Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu'à eux appartient le royaume des cieux ». C'est déjà dire : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? » Est-ce la tribulation ? est-ce l'angoisse? est-ce la persécution ? est-ce la faim ? est-ce la nudité ? est-ce le péril ? est-ce le glaive  ? » Il y a donc sept degrés dans le travail de la perfection ; car le huitième résume tout dans la gloire, fait voir ce qui est parfait et revient au premier, afin de parfaire les autres degrés par le premier et le dernier."

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 20:28

H.pngeureux ceux qui font oeuvre de paix, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu."

 

 

L'oeuvre propre du mal est de diviser. Par exemple le mot "satan" désigne l'"adversaire" ou encore celui qui s'oppose mais le mot "diable" désigne celui qui divise, qui sépare...Le propre du chrétien sera donc à l'exemple du Christ d'unifier, de rassembler c'est-à-dire d'être un "artisan de paix".

La "récompense" de cette vertu va dans ce sens, "ils seront appelés fils de Dieu". Saint Jean Chrysostome disait à ce sujet: " Ils seront, dit-il, «appelés enfants de Dieu; » ça a été en effet l’oeuvre propre du Fils unique de Dieu, de réunir ce qui était divisé, et de réconcilier ceux qui étaient ennemis."

 

Mais Léon le Grand, dans ses Sermons, précise que cette paix décrite par les Ecriture ne renvoie pas uniquement à une simple entente entre les hommes. Il s'agit dit-il d'être en paix avec Dieu. Cette paix n'est possible que si l'homme fait la volonté du Père. Elle trouve son origine en Dieu.

Ainsi, il écrit: " Même des amis unis par les liens les plus étroits, même des esprits si semblables qu'on ne peut les distinguer ne peuvent prétendre en vérité à une telle paix, s'ils ne sont pas en accord avec la volonté de Dieu. Indignes de la paix sont les unions de désirs malhonnêtes, les accords visant au crime et les pactes au profit du vice. L'amour du monde ne peut s'accorder avec l'amour de Dieu et celui qui ne brise pas son ascendance charnelle ne parviendra pas à partager la société des enfants de Dieu." Bref, l'homme qui reste uni à Dieu peut être en paix: " Voilà les pacifiques, voilà ceux qui n'ont qu'une âme selon le bien et sont saintement unis de coeur, dignes d'être éternellement appelés « fils de Dieu », « co-héritiers du Christ » ( Rm 8, 16-17).L'amour de Dieu, joint à l'amour du prochain, leur obtiendra, en effet de ne plus ressentir aucune attaque adverse, de ne plus craindre aucun scandale, mais, une fois terminé le combat de toutes les tentations ( Lc 14, 13), de se reposer dans la plus sereine des paix, la paix de Dieu (...)"

 

Que dit notre bon Chromace d'Aquilée à propos des "artisans de paix"? Il rappelle lui aussi l'importance de ramener la paix, de réconcilier les hommes qui se disputent pour des questions d'ordre terrestre: "vaine gloire", "biens terrestres"...etc. mais insiste sur le fait qu'il s'agit d'une paix d'un autre ordre qui sera celle d'éclairer ceux qui se trompent sur les questions de foi (hérétiques et païens) et de ceux qui s'égarent dans le péché ( ceux qui quelque part sont divisés en eux-mêmes": " Nous devons comprendre qu'il y a une oeuvre de paix bien meilleure et plus haute: je veux parler de cet enseignement assidu qui amène les païens, ennemis de Dieu, à faire la paix; c'est aussi rétablir la paix que de corriger et de réconcilier les pécheurs avec Dieu par la pénitence, de remettre dans le droit chemin les hérétiques rebelles, de ramener l'unité et à la paix ceux qui sont en désaccord avec l'Eglise. Vraiment, de tels artisans de paix ne sont pas seulement bienheureux, mais bien dignes du nom de fils de Dieu; imitant, en effet, le Fils de Dieu lui-même, le Christ, que l'Apôtre nomme notre paix et notre réconciliation ( Eph 2, 14-16 et 2Co 5, 18-19), il leur est donné de participer à son nom."

 

 

  Saint Augustin nous rappelle que le pacifique est celui qui avant tout "ne résiste pas à Dieu". L'enfant ressemble à son Père. L'artisan de paix est celui qui accomplit la volonté de Dieu. Par conséquent, il "règle les mouvements de son âme" pour dominer, maîtriser "les appétits de sa chair" et être "enfant de Dieu" et non plus semblable aux animaux. L'oeuvre de paix est donc avant tout une oeuvre personnelle et intérieure. Il s'agit d'établir en notre coeur "la paix intérieure". Malgré les tempêtes comme dit l'évêque d'Hippone, malgré les obstacles nous glorifierons Dieu. On comprend bien que la pacification intérieure tend à augmenter notre ressemblance à Dieu et par conséquent à être davantage fils de Dieu et à la glorifier en vérité.

 

 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 20:00

B.pngenoît XVI reprend aujourd'hui ses catéchèses sur les grandes figures du Moyen Age. Après Saint Bonaventure il aborde aujourd'hui le versant dominicain avec notre cher et bien-aimé Saint Thomas d'Aquin. Vous pouvez retrouver comme d'habitude l'audience vidéo sur le site du saint siège.

 

Dans son introduction, le saint père nous rappelle combien Saint Thomas est un auteur incontournable et qu'il reste le modèle du théologien: "Il n'est donc pas surprenant que, après saint Augustin, parmi les écrivains ecclésiastiques mentionnés dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, saint Thomas soit cité plus que tout autre, pas moins de soixante et une fois! Il a également été appelé Doctor Angelicus, sans doute en raison de ses vertus, en particulier le caractère sublime de sa pensée et la pureté de sa vie."

 

Il rappelle briévement les étapes de sa vie: sa naissance près d'Aquin en 1224/1225, sa première instruction reçue au Mont Cassin, ses études à l'Univesité où il est initié à la pensée grecque et en particulier celle d'Aristote, la naissance de sa vocation comme dominicain et l'opposition de sa famille. En 1245, majeur, "il put reprendre son chemin de réponse à l'appel de Dieu. Il fut envoyé à Paris pour étudier la théologie sous la direction d'un autre saint, Albert le Grand (...)".

Albert le Grand eut une influence considérable sur Saint Thomas et une véritable et profonde amitié naquit entre les deux hommes. Pendant ces années, de Paris à Cologne, l'aquinate approfondit Aristote et les commentateurs arabes comme Avicenne et Averroes.

On redécouvre en effet Aristote et les grands penseurs et théologiens de l'époque se disputent sur plusieurs points: "A cette époque, la culture du monde latin avait été profondément stimulée par la rencontre avec les œuvres d'Aristote, qui étaient demeurées longtemps inconnues. Il s'agissait d'écrits sur la nature de la connaissance, sur les sciences naturelles, sur la métaphysique, sur l'âme et sur l'éthique, riches d'informations et d'intuitions, qui apparaissaient de grande valeur et convaincants. Il s'agissait d'une vision complète du monde, développée sans et avant le Christ, à travers la raison pure, et elle semblait s'imposer à la raison comme "la" vision elle-même:  cela était donc une incroyable attraction pour les jeunes de voir et de connaître cette philosophie. De nombreuses personnes accueillirent avec enthousiasme, et même avec un enthousiasme acritique, cet immense bagage de savoir antique, qui semblait pouvoir renouveler avantageusement la culture, ouvrir des horizons entièrement nouveaux. D'autres, toutefois, craignaient que la pensée païenne d'Aristote fût en opposition avec la foi chrétienne, et se refusaient de l'étudier. Deux cultures se rencontrèrent:  la culture pré-chrétienne d'Aristote, avec sa rationalité radicale, et la culture chrétienne classique. Certains milieux étaient conduits au refus d'Aristote également en raison de la présentation qui était faite de ce philosophe par les commentateurs arabes Avicenne et Averroès."

 

Quel est l'apport de Saint Thomas sur ces questions? Et bien il s'agit d' "une opération d'une importance fondamentale pour l'histoire de la philosophie et de la théologie, je dirais même pour l'histoire de la culture:  il étudia à fond Aristote et ses interprètes, se procurant de nouvelles traductions latines des textes originaux en grec. Ainsi, il ne s'appuyait plus seulement sur les commentateurs arabes, mais il pouvait également lire personnellement les textes originaux, et commenta une grande partie des œuvres d'Aristote, en y distinguant ce qui était juste de ce qui était sujet au doute ou devant même être entièrement rejeté, en montrant la correspondance avec les données de la Révélation chrétienne et en faisant un usage ample et précis de la pensée d'Aristote dans l'exposition des écrits théologiques qu'il composa."

Saint Thomas réalise et met en avant quelque chose de capital et de fondamental: foi et raison ne sont pas opposées mais se complètent et s'harmonisent. Ce n'est pas pour rien que Jean Paul II cite à de nombreuses reprises notre docteur angélique dans son encyclique Fides et ratio.

"Et telle a été la grande œuvre de Thomas qui, en ce moment de conflit entre deux cultures - ce moment où il semblait que la foi devait capituler face à la raison - a montré que les deux vont de pair, que ce qui apparaissait comme une raison non compatible avec la foi n'était pas raison, et que ce qui apparaissait comme foi n'était pas la foi, si elle s'opposait à la véritable rationalité; il a ainsi créé une nouvelle synthèse, qui a formé la culture des siècles qui ont suivi."

 

Saint Thomas d'Aquin fut alors envoyé à Paris comme professeur. Il nous étonne par son immense production littéraire et intellectuelle qui tient du prodige: la Somme Théologique, la Somme contre les Gentils, la chaîne d'or, les commentaires d'Aristote, les commentaires des Ecritures, les questions disputées....

Le saint père rappelle aussi, et à juste titre, que Saint Thomas n'est pas seulement un théologien hors du commun, c'est aussi l'homme de l'amitié et surtout un de nos plus grands mystiques. C'était un amoureux de l'eucharistie qui priait des heures devant le saint sacrement pour déposer les questions intellectuelles. On lui doit de nombreux hymnes et magnifiques prières : "Le Pape Urbain IV, qui nourrissait à son égard une grande estime, lui commanda la composition de textes liturgiques pour la fête du Corpus Domini, que nous célébrons demain, instituée suite au miracle eucharistique de Bolsena. Thomas eut une âme d'une grande sensibilité eucharistique. Les très beaux hymnes que la liturgie de l'Eglise chante pour célébrer le mystère de la présence réelle du Corps et du Sang du Seigneur dans l'Eucharistie sont attribués à sa foi et à sa sagesse théologique."

C'était aussi un excellent orateur et professeur et l'on connait l'enthousiasme de ses étudiants. Il était aussi en bon dominicain un prédicateur hors-classe car il savait parler avec "simplicité et ferveur". Se faire comprendre d'une assemblée dominicale est une grande grâce et une grande vertu car malheureusement les prêcheurs oublient parfois qu'ils sont là pour se faire comprendre et édifier l'assemblée et non se faire plaisir par des discours longs et abscons.

 

Comment se termine la vie de ce grand maître? Dans le mystère et l'humilité. Benoît XVI évoque ici un bel épisode mystique de la vie de notre saint: "Les derniers mois de la vie terrestre de Thomas restent entourés d'un climat particulier, mystérieux dirais-je. En décembre 1273, il appela son ami et secrétaire Réginald pour lui communiquer sa décision d'interrompre tout travail, parce que, pendant la célébration de la Messe, il avait compris, suite à une révélation surnaturelle, que tout ce qu'il avait écrit jusqu'alors n'était qu'"un monceau de paille". C'est un épisode mystérieux, qui nous aide à comprendre non seulement l'humilité personnelle de Thomas, mais aussi le fait que tout ce que nous réussissons à penser et à dire sur la foi, aussi élevé et pur que ce soit, est infiniment dépassé par la grandeur et par la beauté de Dieu, qui nous sera révélée en plénitude au Paradis. Quelques mois plus tard, absorbé toujours davantage dans une profonde méditation, Thomas mourut alors qu'il était en route vers Lyon, où il se rendait pour prendre part au Concile œcuménique convoqué par le Pape Grégoire X. Il s'éteignit dans l'Abbaye cistercienne de Fossanova, après avoir reçu le Viatique avec des sentiments de grande piété. "

 

Le saint père nous présente ici rapidement les grandes lignes de la vie et de l'enseignement de ce docteur de l'Egllise Espérons qu'une autre catéchèse lui sera dédiée...

"La vie et l'enseignement de saint Thomas d'Aquin pourrait être résumés dans un épisode rapporté par les anciens biographes. Tandis que le saint, comme il en avait l'habitude, était en prière devant le crucifix, tôt le matin dans la chapelle "San Nicola" à Naples, Domenico da Caserta, le sacristain de l'Eglise, entendit un dialogue. Thomas demandait inquiet, si ce qu'il avait écrit sur les mystères de la foi chrétienne était juste. Et le Crucifié répondit:  "Tu as bien parlé de moi, Thomas. Quelle sera ta récompense?". Et la réponse que Thomas donna est celle que nous aussi, amis et disciples de Jésus, nous voudrions toujours lui dire:  "Rien d'autre que Toi, Seigneur!" (Ibid., p. 320). "

 

 

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 19:33

N.pngous pouvons poursuivre notre méditation des dons du Saint Esprit avec Saint Bernard qui nous offre un très beau sermon en 7 paragraphes où il explicite les 7 dons.

 

Ne soyez pas surpris par le fait que Saint Bernard utilise le mot "grâce" à la place de celui de "don". C'était ainsi, comme je le vous faisais remarquer hier, qu'au Moyen Age on nommait les dons du Saint Esprit. Ce sont des "gratia data".

 

Il débute par le don de la "crainte de Dieu" ce qui semble assez logique au sens où en fin de compte il renvoie au premier commandement qui est adorer Dieu. Ce don qu'il appelle "grâce" permet à l'homme de détester le mal et le péché. En prenant l'exemple de Job, il montre que l'homme qui craint Dieu se détourne du mal. Pourquoi place t-il le don de la crainte de Dieu en premier? et bien parce que cette grâce est "racine et gardienne de tous les biens". L'homme qui ne la possède pas ne peut produire et développer aucun bien. Il rapproche ce don de la première des vertus des béatitudes qui est la "pauvreté en esprit" sans laquelle rien d'autre n'est possible: "Cette crainte divine, rend, soumis à la pauvreté, celui qu'elle pénètre parfaitement et elle l'éloigne du mal. Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des béatitudes: C'est de cette pauvres que le Seigneur a dit, en la plaçant comme le fondement des autres vertus : « Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (Matth. V, 3). »"

 

" Le deuxième don est l'esprit de piété, semblable à la seconde béatitude de l'Evangile dont le Seigneur a dit : «Heureux ceux qui sont, doux, car ils posséderont la terre (Ibid.)."

Il lie ainsi à la piété la douceur et l'humilité en montrant que rien d'autre ne peut advenir sans les acquérir: "Sans l'humilité; toutes les autres vertus ne peuvent servir de rien. Aussi le bienheureux pape Grégoire, dit-il l'homme qui rassemble des vertus sans l'humilité, est comme celui qui porte de la poussière en plein vent. Car de même qu'un vent violent disperse la poussière et l'emporte, ainsi tout bien sans l'humilité est emporté par le vent de la vaine gloire. Un pécheur humble, est de beaucoup préférable au juste arrogant. "

 

Vient ensuite le don de science qui correspond à la troisième béatitude. Il nous fait reconnaître notre condition, notre péché. Cette connaissance provoque en nous "douleur" et "pleurs".

 

Saint Bernard poursuit avec le don de force qu'il met en parallèle avec la béatiude de l'assoiffé et de l'affamé de justice. C'est la force qui nous est donnée contre les obstacles, contre l'adversité: "Cet esprit supporte toutes les attaques de la malice d'autrui, et fortifie contre les pièges des ennemis. Aussi l'Époux, en faisant l'éloge de son épouse, dit-il: « Vous êtes belle, mon amie, suave et belle comme Jérusalem, redoutable comme une armée rangée en bataille (Cant. VI, 3). »"

"Le cinquième don est l'esprit de conseil, qui fait avoir pitié et compassion des autres, il correspond à la cinquième béatitude : « Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde (Matth. V, 7) » (...) Nous pratiquons cette vertu en trois manières principales, ou bien quand nous accomplissons les six oeuvres que nous lisons dans l'Évangile, ou bien quand nous nous appliquons à corriger et à ramener dans le bien ceux qui s'en sont écartés, ou bien quand nous pardonnons facilement les injures qui nous ont été faites. C'est le second mode de clémence: je veux dire l'esprit de conseil, qui a porté Dieu à s'anéantir lui-même, à prendre la forme de serviteur, afin de pouvoir ainsi corriger la brebis égarée et la ramener à son propre bercail. "

Bref, c'est le don qui nous aide à discerner et à faire le bien. Ce qui est très beau ici c'est que le Bien est rapprochée de la Miséricorde. Discerner le bien selon Dieu c'est faire preuve de miséricorde... Il nous aide mais nous conduit à guider et à aimer notre prochain.

Pour le discernement, notre abbé précise: "Il y a aussi une autre manière de conseiller, je veux parler de la vertu de discernement, par laquelle nous distinguons les vertus réelles de celles qui sont fausses et palliées, et par laquelle aussi nous reconnaissons Satan, l'auteur de l'hypocrisie. "

 

Le don d'intelligence renvoie quant à lui à la pureté du coeur. On comprend alors qu'il ne s'agit pas de capacités intellectuelles genre premier de la classe qui a bossé comme un fou pour maîtriser tout son sujet.  L'esprit purifié peut comprendre " les choses divines et mystiques". C'est ainsi que les enfants, que des personnes très simples intellectuellement comme sainte Bernadette ou encore ceux qui ont médité longuement la Parole de Dieu ont accès à de plus profondes connaissances de Dieu que certains grands intellectuels. Saint Bernard nous prodigue alors ce conseil: "L'homme qui veut avoir une intelligence pure et lucide, doit donc s'appliquer à écarter les fantômes et les brouillards des mauvaises pensées, et à conserver son coeur en toute diligence et précaution. Aussi le même Salomon a-t-il écrit: «Gardez votre coeur avec to•ite l'attention possible, parce que c'est de lui que procède la vie (Prov. IV, 13). »"

 

Enfin le don de sagesse, "c'est une saveur intérieure et un goût très suave" écrit notre moine qui cite alors les psaumes: "Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur!".

Il nous rappelle la joie extrême de celui qui contemple Dieu: "Cette septième grâce se rapporte à cette béatitude véritable, dont le Seigneur a dit : « Bienheureux ceux qui sont pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (Matth. V, 9).» Effectivement, ceux qui ont l'esprit calme et serein, goûtent plus doucement et voient plus clairement. Car, plus un homme est sage, plus il se montre sage"

 

Il termine son homélie de la sorte: "(...)les sept grâces sont les sept femmes qui prirent un seul homme ; les sept esprits qui se reposent sur une fleur; les sept flammes qui brillent sur les chandeliers ; les sept yeux placés sur la pierre, les sept esprits qui se tiennent devant le trône de Dieu. "

 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 20:08

N.pngous n'avons pas encore terminé de parler des béatitudes et des vertus mais en cette période de Pentecôte, je ne peux m'empêcher de faire une petite entorse... Nous parlerons donc des 7 dons du Saint Esprit que nous pourrons retrouver en Isaïe11,2.

 

Saint Augustin déjà a fait un parallèle entre les béatitudes, les dons du Saint Esprit et les 7 demandes du Notre Père. Nous reviendrons prochainement sur cette question. Saint Thomas d'Aquin, même s'il ne procède pas de la manière, aborde la question des dons de l'Esprit Saint dans la première section de la seconde partie soit au même endroit que la question de la béatitude, des actes humains, passions, vertus, vices, béatitudes et fruit de l'Esprit Saint.

Saint Thomas d'Aquin traitera des dons à la question 68 et des fruits à la question 70 de sa Somme.

 

Pour commencer, notons que "Les dons du Saint Esprit perfectionnent l'homme dans ce qui a trait au bien vivre." Ce qui n'est pas rien! Notre docteur précise aussi le lien entre vertus théologales ( foi, espérance et charité) et les dons du Saint Esprit. Lisons ce passage qui se révèle être très intéressant:

"L'esprit de l'homme n'est pas mû par le Saint Esprit sans lui être  uni de quelque manière, comme l'instrument n'est pas mû par l'artiste si ce n'est au moyen d'un contact ou d'un autre mode d'union. Or la premère union à Dieu se fait par la foi, l'espérance et la charité. C'est pourquoi ces vertus sont présupposées aux dons: elles sont comme les racines des dons. De là vient que tous les dons se rapportent à ces trois vertus, ils en sont pour ainsi dire des dérivations."

Les dons du Saint Esprit "occupent dans la doctrine thomasienne une place de choix et il importe de bien voir leur rôle dans la vie spirituelle du chrétien" écrit Jean Pierre Torrell dans son Saint Thomas d'Aquin, maître spirituel (tome 2, p. 274).  Mais il nous faut bien préciser ce qu'ils sont et comment ils se distinguent des vertus et entre autres des vertus théologales qui sont elles aussi des "dons". Quelle distinction faire? Continuons avec saint Thomas et le commentaire du père Torrell:

" Ces perfecions sont appelées des dons, non seulement parce qu'elles sont infusées par Dieu, mais parce que, grâce à elles, l'homme est rendu parfaitement disponible (prompte mobilis) à l'inspiration divine (...) Le philosophe (entendez Aristote) dit lui aussi que ceux qui sont mus par un instinct divin n'ont pas é délibérer selon la raison humaine; ils n'ont qu'à suivre l'instinct intérieur car ils sont mus par un principe meilleur que la raison humaine.

(...) alors que la vertu, même infusée par Dieu, reste encore à la disposition de la personne, qui peut en faire usage plus ou moins généreux, le don met son bénéficiairee dans une situation de parfaite docilité à l'égard de l'action du Saint Esprit. Il est dans un tel état de dépendance et de spontanéité à la fois, à l'écoute de l'opération divine en lui, qu'il n'a plus à se soucier du jugement de la raison; il est mû par un instinct supérieur qui l'addure d'être dans le vrai et le bien-même dans les choses les plus folles."

 

Explicitons un peu ces dons que nous avons déjà cités hier: la sagesse, la science, l'intelligence, la force, le conseil, la crainte de Dieu et la piété filiale en oubliant pas que c'est toute la vie spirituelle qui est "sous la mouvance totale et constante de l'Esprit Saint" et qu'ils sont donnés à tous et tous en même temps! Ce sont les "charismes" qui sont aussi des dons et que la scolastique nommait des "gratia datae" (grâces) qui sont donnés à l'un ou à l'autre selon les besoins de la communauté et qui ne sont pas nécessaires au salut contrairement aux 7 dons.

Le don de crainte est associé à la vertu de tempérance dans la mesure où le don de crainte nous éloigne aussi des plaisirs mauvais car nous craignons Dieu. En sachant que la crainte de Dieu n'est pas la peur de Dieu mais renvoie à l'amour, au respect que nous portons à Dieu. C'est-à-dire que nous reconnaissons Dieu comme notre seule fin, notre Bien et que nous nous détournons par conséquent des biens mauvais qui nous éloigneraient de Dieu.

Le don de piété filiale "rappelle la révérence que nous avons pour notre père". Nous reconnaissons que Dieu est notre Père et nous l'aimons d'un amour filial. Nous reconnaissons que seul Dieu mérite un culte, nous glorifions Dieu.

Les dons de sagesse, d'intelligence et de science La sagesse est ce qui nous permet de contempler Dieu, de contempler la vérité qui est en Dieu alors que le don d'intelligence renvoie à l'intelligence de la foi qui  nous permet de saisir les mystères divins auxquels nous ne pouvons avoir accès par la simple raison. Le don de science nous renvoie à la connaissance bien entendu mais il s'agit de la connaissance vraie des choses créées qui sont ordonnées à Dieu comme Bien suprême c'est-à-dire comme origine et fin.

Saint Thomas écrit à leur sujet: " La sagesse et la science peuvent d'abprd être considérées comme grâces uniquement données. On veut dire par là que quelqu'un abonde tellement dans la connaissance des réalités divines et humaines qu'il puisse et instrure les fidèles et réfuter les adversaires.(...) Mais la sagesse et la science peuvent être envisagées autrement, comme dons du Saint Esprit. A ce point de vue, elles ne sont pas autre chose que des perfections de l'esprit humain par lesquelles celui-ci est préparé à suivre l'impulsion du Saint Esprit dans la connaissance des choses divines ou humaines. Et sous cet aspect il est clair que de tels dons existent chez tous ceux qui possèdent la charité."

Le don de force. C'est ce qui nous permet de vaincre les obstacles, de trouver le courage de rester fidèle à Dieu et à sa loi. Saint Thomas s'appuie pour saint Grégoire pour dire que la force "ne craint pas l'adversité", " nourrit la confiance"...

Le don de conseil. C'est un don qui nous aide dans le discernement, à saisir le bien et le mal sous le regard de Dieu. Saisir ce qui contribue le plus à la gloire de Dieu, à son bien propre et à celui de son prochain. Il "évite la précipitation" (souvent mauvaise dans le discernement) précise le docteur angélique et "remplit l'âme de raison".

 

 

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