Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 19:25

P.png aul est l'auteur incontournable pour comprendre ce qu'est la conscience morale dans le christianisme.

L'évolution est très nette puisque le mot "suneidésis" apparaît plus de trente fois dans les textes apostoliques et la majorité dans les écrits pauliniens.

 

Le terme chez lui réunit les deux types de consciences (antécédente et conséquente) car elle permet de discerner le bien et le mal, de juger les actions passées et de conduire les actions futures. S’il emprunte le mot aux stoïciens, il ne s’agit pas d’une conscience autonome à leur manière. Pour eux en effet la conscience est libre en vertu de la connaissance qu’on a des lois de la nature. Pour Paul, le jugement de la conscience est toujours soumis à celui de Dieu. Une "bonne conscience", c'est toujours une conscience éclairée, guidée par la foi.

 

Nous ne pourrons pas tout étudier chez Paul bien entendu mais je vous propose de relever quelques points essentiels. Le premier est l'idée que tout le monde possède une conscience, ce qui n'a pas toujours été évident dans le judaïsme ancien. Ce grand principe se trouve en Romains 2, 14-16. C'est un passage tout à fait crucial pour le développement ultérieur de la notion de conscience. On y voit souvent l'affirmation de l'existence de la loi naturelle inscrite dans le coeur de chaque individu.Découvrons à présent ce passage: " Quand des païens, sans avoir la loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n’ont pas de loi. Ils montrent que l’œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur : leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent. C’est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Evangile, Dieu jugera par Jésus Christ le comportement caché des hommes."

 

 

Dans ce passage, le terme de conscience a le même sens que dans l'antiquité grecque, c'est le témoin intérieur qui juge d'une bonne ou mauvaise action. Paul affirme que les païens sont capables de faire le bien alors qu’ils ne connaissent pas la Loi de Moïse (différence avec les pharisiens qui la connaissent peut être mieux que personne mais qui souvent font le mal). Si les païens sont capables de faire le bien, c’est parce qu’ils possèdent un « cœur » au sens biblique c’est-à-dire une conscience capable de distinguer le bien et le mal. La conscience est ici le lieu privilégié de la vie personnelle qui est le juge et le guide de la conduite humaine. Ici les prescriptions de la conscience sont placées sur le même plan que la loi voir au-dessus.

 

Autre point très important, les païens "se tiennent lieu de loi à eux-mêmes". Cela ne signifie pas que la loi est relative à chaque culture, civilisation ou religion mais que Dieu a donné à chacun de connaître sa volonté, sa loi à travers une loi spécifique et que chacun sera jugé selon la loi qu'il a reçu. Quelqu'un élevé dans la foi et selon la loi musulmane par exemple sera jugé selon ces principes là et non pas , bien évidemment, selon les principes chrétiens qui lui sont totalement inconnus. En comprenant bien cependant que Paul fait mention d'une loi inscrite dans les coeurs ( la loi naturelle?) et qu'une loi qui s'opposerait à celle-ci perdrait toute sa valeur et deviendrait par conséquent caduque.

C'est une loi inscrite dans les coeurs. Le paëns n'ont pas reçu la loi mosaïque mais seulement cette loi intérieure que l'on peut identifier à la lumière de la raison naturelle. Elle donne une connaissance du bien et du mal et dicte ce qu'il faut faire ou éviter. Il suffit, à la suite de Paul, de constater que certains observent une loi dont ils n'ont jamais entendu parlé. Cela prouve qu'il ont eu la connaissance de ces préceptes autrement que par la Révélation. 


On peut aussi relever l'importance du témoignage subjectif de la conscience. La conscience est ici  comme quelquehose de distinct de la personne. N'oublions pas  qu'étymologiquement «le mot signifie  "savoir avec un autre, être témoin ou complice d'une même chose". Mais en même temps;, il existe un caractère intime de cette connaissance interne.Paul définit l'acte de la conscience comme quelque chose en nous qui rend témoigne, qui atteste de la présence de Dieu en nous. C'est un témoignage en quelque sorte "non-humain". Il viendrait  plutôt de l'Esprit Saint.

La conscience est comprise ici comme un témoin à charge ou à décharge. Comme les païens d’avant la Loi qui suivent leur conscience. Est-ce qu’alors le témoignage intérieur est le principe qui fonde le comportement chrétien ? Paul insiste sur le fait qu’il faut suivre sa conscience mais là encore avec quelques réserves. La conscience n’est pas toute puissante, elledoit être au service de Dieu, au service de l'amour. N'oublions pas que la conscience peut s'égarer, se tromper. On ne peut s'appuyer uniquement sur sa propre connaissane. La conscience chrétienne ne  peut pas tout  juger. Il nous faut faire appel à l'Esprit Saint - Esprit de Conseil, Esprit de Sagesse- et  à aut rui pour nous aider dans notre discernement. Il faut apprendre à se connaître et à jauger notre propre conscience.

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Par Jacquotte - Publié dans : Ethique
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 18:55

L.png a morale évangélique-  fondée sur les deux commandements fondamentaux donnés par le Christ  - se développe dans une pratique sans pour autant qu'il y ait une véritable élaboration d'une éthique proprement chrétienne. La prédication de Jésus insiste sur l'avènement de la fin des temps et la nécessité de se convertir. L'homme- en tant qu'individu- doit changer d'attitude, de comportement tout en s'abandonnant à la miséricorde de Dieu s'il veut être sauvé. L'essentiel de la morale réside bien dans l'intériorisation de la loi, l'amour de Dieu et l'amour du prochain.  En d'autres termes, le salut passe par la soumission à la volonté  de Dieu et par le service du prochain. La vie toute entière du Christ témoigne de cet amour. La morale consiste donc essentiellement dans l'imitation de Jésus-Christ.

Quelle place tien la notion de "conscience" dans cette morale? En réalité, il n'y a pas de grande différence  avec l'Ancien Testament. Le mot grec "suneidésis" n’est pas utilisé mais le mot « cœur » est compris comme le siège de la pensée, le lieu du discernement entre le bien et  le mal. Ainsi, l’homme est appelé à une conversion du cœur et donc de la conscience. Le Christ dégage l’avènement d’une conscience libre, autonome et responsable. L’homme n’est pas asservi à la Loi! C’est l’homme (et sa conscience) qui sont premiers. Il prône une liberté intérieure et donc une loi intériorisée. Le cœur reste au centre de la connaissance et de la volonté morales.

Pensons au passage en Matthieu 15, 10-20. Il est rappelé que de manger avec des mains sales ne souillent pas l’homme (critique des pharisiens) mais ce qui souille l’homme est ce qui provient du cœur «  car c’est du cœur que sortent mauvaises raisons, meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes. »  Le passage se trouve dans tous les synoptiques (les synoptiques sont les évangiles de Luc, Marc et Matthieu. Ils contiennent de nombreux parallèles et ressemblances) 

Jésus n’abolit pas la loi mais il montre que c’est la pureté de l’intention qui doit régir sa pratique. Il dégage ainsi l’entrée de la conscience en apprenant à juger d’après le cœur, grâce à l’œil sain. Voir par exemple en Luc 11: "La lampe du corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, alors, tout entier ton corps est lumineux ; mais quand il est mauvais, ton corps aussi est ténébreux. Veille donc à ce que la lumière qui est en toi ne soit pas lumineux sans avoir de partie ténébreuse, il sera lumineux tout entier, comme lorsque la lampe t’illumine de son éclat."

Jésus prépare bien  ainsi l’avènement d’une conscience libre qui  trouvera son sens et sa force grâce à l’Esprit répandu dans les cœurs.

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Par Jacquotte - Publié dans : Ethique
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 22:47

V.png oilà bien longtemps que nous n'avons pas ouvert notre livre de l'Apocalypse selon saint Jean. Nous en sommes au chapitre 12. Les 7 sceaux ont été ouverts, les trompettes ont résonné, les catastrophes arrivent!

 

A partir du chapitre 12 jusqu'au chapitre 15 , nous parvenons autour d'une nouvelle unité: les 7 signes.

Le premier des signes qui va nous intéresser aujourd'hui: la femme et le dragon. Le passage est complexe car très riche. Nous ne pourrons tout expliquer en une note... quelques précisions seulement sur l'identité des trois personnages principaux: la femme, le dragon et le fils.

 

La liturgie chrétienne identifiera la femme à la Vierge Marie. Elle sera souvent représentée de cette façon dans l'art : "enveloppée de soleil, et la lune sous ses pieds et sur une tête une couronne de douze étoile" (verset 1)

Cette couronne de 12 étoiles se trouve sur notre drapeeau européen. Les fondateurs avaient en effet confiés leur projet à Notre-Dame représentée ainsi à la cathédrale de Strasbourg (vous pouvez encore la voir à côté du pilier du jugement dernier et le grand vitrail du choeur reprend cette thématique) et avaient même proposé leur drapeau un 8 décembre, jour de l'Immaculée Conception...

La femme est aussi parfois identifiée à l'Eglise ( la communauté des baptisés) et Israël d'où vient le Christ. Les 12 étoiles pourraient être très clairement un rappel des 12 tribus d'Israël.

 

Le dragon, c'est le mal, c'est Satan.Ces chapitres annoncent en réalité la défaite du mal et des forces sataniques en action dans le monde. N'oublions jamais que ce livre est la révélation de la victoire finale et définitive du Christ. L'identité du dragon nous est révélé aux versets 7 à 9. On note une référence très claire au texte de la Genèse où Satan est le Serpent: "Celui qu'on appelle le diable et le Satan" c'est-à-dire "le séparateur" (celui qui sépare les hommes entre eux, celui qui sépare l'homme de Dieu) ou encore l'"adversaire". Au verset 7, est évoquée l'origine des démons ou encore la chute des anges avec le fameux combat entre l'archange Michel (et ses bons anges) contre les mauvais anges. Ceux-ci ayant choisi de s'opposer librement à Dieu sont "défigurés" et deviennent des démons. De la même manière que l'homme qui s'écarte de Dieu par un agir mauvais tend à se déshumaniser. Tolkien a repris cette idée dans son très célèbre Seigneur des Anneaux où l'on voit un hobbit choisir de suivre l'anneau et devenir "Gollum" (petite créature rampante, visqeuse et schizophrénique) ou encore les elfes devenir des orques.  Le choix du mal attaquant notre "ressemblance" divine (mais jamais notre "image").

Satan est aussi l' "Accusateur" (verset 10). Cela nous renvoie à l'histoire de notre bon vieux Job accusé par Satan devant Dieu.

 

Le fils. Il s'agit bien entendu du Christ. Ce récit de la naissance du Fils est un peu plus ardue que celle contée à Noël: " Elle est enceinte, et elle crie dans les douleurs et les tortures de l'enfantement. (...) Et le Dragon se tint devant la femme qui allait enfanter,pour dévorer son enfant, lorsqu'elle aurait enfanté." S'agit-il réellement d'une allusion à la Nativité ou ne serait-ce pas plutôt un récit pascal, une nouvelle naissance qui passe par la mort, la crucifixion, la descente aux enfers pour renaître à la vie éternelle? Marie ne serait-elle pas plutôt dans ces versets une vierge "dolorosa"?

Naissance qui dans tous les cas est annonce de la Résurrection et victoire sur Satan.

 

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Par Jacquotte - Publié dans : Catéchisme
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Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 22:21

E.png videment, le terme de "conscience" n'existe pas en hébreu... Mais cela ne signifie pas pour autant que la notion est inexistante dans la pensée vétérotestamentaire. On retrouve bel et bien des éléments d'une réflexion sur la conscience à travers tout l'Ancien Testament.

 

Noublions pas que toute la morale dans la Bible est à comprendre à travers une foi et en particulier une alliance entre un Dieu unique et personnel et son peuple... Cette foi et cette connaissance en un Dieu unique est révélée. Dieu n'est pas connu dans ce cadre à partir de la nature. La morale hébraïque est liée à la volonté du père.

La morale dans l’AT est une morale religieuse qui n’a de sens que dans cette relation entre Dieu et le peuple qu’Il a choisi pour en faire le dépositaire de sa promesse et de son alliance où il appelle l’homme à la foi, à l’obéissance et à l’amour. La loi morale va ensuite se dévoiler progressivement, il existe toute une pédagogie divine. La loi ne se révèle pas sous forme d’obligations abstraites mais dans un rapport   où Dieu est soit le juge qui condamne, punit soit le père qui promet, qui délivre.

 

Tout homme existe devant Dieu. Devant Dieu il acquiert une connaissance morale de ses actes, déterminée par une règle objective identifiée à Dieu, son créateur. Il doit répondre devant Dieu de ceux qui violeraient cette règle objective : Sodome, Déluge, peuples étrangers comme Babylone condamnés…  La conscience c'est en quelque sorte cette  compréhension de la  volonté divine.

Dans ce contexte, on retrouve les grands questionnements autour de la conscience. On trouve ainsi:

  • la description d’un trouble et du remords.

  • La paix d’une conscience pure.

  • La connaissance de soi réside dans le cœur qui dépend de l’omniscience, l’omniprésence de Dieu législateur et juge.

Prenons, par exemple, l'épisode de la chute. Adam et Eve croquent dans le fruit défendu. Ils violent la prescription divine. Avant même d'être condamnés par Dieu quelque chose à changer en eux: "ils virent qu'ils étaient nus". Ils éprouvent une sorte de honte intérieure. Leur situation est pourtant identique mais de leur point de vue quelque chose à changer, ils se voient différemment. Ils se voient nus c'est-à-dire tels qu'ils sont dans leurs limites, leurs faiblesses... La conscience est née. L'homme porte seul un regard sur ses actes, il est déjà son propre juge. C'est seulement après que nos deux fautifs entendent les pas de Dieu et qu'ils doivent s'expliquer devant Lui. Adam et Eve n'ont pu, avant même d'être présentés à Dieu, échapper à leurs consciences respectives.

 

Cependant, ce n'est pas encore une conscience qui délbère ou juge. Qu'est ce qui relève du mal ou de la désobéissance: la mise en distance de Dieu.

Cependant, la LXX (la septante désigne les premières traductions grecques de l’AT en particulier du pentateuque, on les situe vers le II siècle avant JC. Sûrement une traduction des juifs égyptiens pour leur usage (III siècle avt JC)) utilise tout de même le mot grec suneidésis  On le trouve trois fois dans l’AT mais avec des sens différents.

On parle de « for intérieur » (en Qo 10, 20) ou encore de "témoignage intérieur". La notion est alors empruntée à la philosphie stoïcienne. Et nous verrons que ce terme de "suneidésis" nous révèlera bien des surprises.

 

 

La réalité de la conscience existe dans toute la Bible. et quand elle est précisée, la fonction de la conscience est  alors attribuée au cœur ou aux reins.

L'idée du coeur est très présente dans l’AT (hebreu lév ou lévâv et en grec kardia) : il signifie ce qui est caché à l’intérieur. C'est dans un sens beaucoup plus large que nous modernes où le coeur est seulement le siège des émotions, des sentiments. Ici en hébreu, c'est l'intime de l'homme: sentiments, émotions mais aussi pensées, mémoire, projets, raisonnements. C’est le siège des émotions et des différentes actions humaines (joie et tristesse, amour et haine, désir, trouble, peur, sollicitude et irritation, assurance et vanité), et le siège de l’intellect. En effet, le cœur remplit des fonctions intellectuelles et rationnelles. Il est proche alors de ce que l’on appelle « esprit ». C’est l’organe de la connaissance et de la compréhension lié à la fonction de l’oreille ( la connaissance étant surtout le fait d’écouter la Parole de Dieu et d’entendre sa volonté). C’est le lieu de l’attention et de la mémoire, de la pensée conscience, de la méditation. Le lieu du savoir et de la raison. Par exemple n 1 Roi 5, 9: « Dieu donne à Salomon, une sagesse et une intelligence extrêmement grande et un coeur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer »- le « coeur aussi vaste », c'est un savoir très étendu...

C’est aussi le siège de la volonté en tant qu’il est l’organe de la pensée, le lieu où naissent les intentions, où mûrissent les plans et les projets, où se prennent les décisions et le lieu où l’on trouve le courage de passer à l’action. C’est le lieu où se passe les choix moraux, de l’engagement éthique et religieux là où se révèle le cœur de l’homme, le cœur droit et pur, qui de tout cœur s’attache à Dieu et à sa Loi. Au contraire le cœur endurci sera celui de l’homme qui refuse la Parole de Dieu.

 

Le cœur est lié à la parole et aux mains car ce sont elles qui expriment ce qu’il y a au fond du cœur. Il est essentiel donc qu’une action soit sans duplicité, en accord avec le cœur. C’est vraiment le centre de l’être, là où la personne est face à elle-même, avec ses sentiments, sa raison, sa conscience ; là où elle assume sa responsabilité en posant des choix décisifs tournés ou non vers Dieu. Le mot cœur peut désigner aussi la personne toute entière.

 

Enfin, la conscience est  liée au sentiment du remords... Après avoir commis une faute, les personnages de l'AT tel David éprouve du remords caractérisé souvent par des battements rapides du coeur.

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Par Jacquotte - Publié dans : Ethique
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Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 21:37

N.png ous verrons que les deux notions de "loi naturelle" et de "conscience" sont étroitement liées. Et, même si nous aborderons un peu plus tard ce thème de la loi, il est bon dès aujourd'hui d'établir quelques distinctions.

Une première constatation, il existe différents types de lois. Toutes ces "lois" ne reflètent pas les mêmes réalités et en quelque sorte n'ont pas la même "valeur" ni les mêmes conséquences sur l'agir humain.

 

 

Le terme de "loi" dérive du latin "lex" qui est une traduction du grec "nomos". Les étymologistes ne sont pas d'accord sur l'origine du mot. Est-ce du latin (« legere, lego » qui signifie « lire ») comme l'avance Isidore de Séville? La loi ne peut être connue en effet qu'à partir du moment où on l'a lue (au peuple). Elle doit être écrite pour avoir une certaine assurance et permanence. Cicéron lui affirmait qu'il venait d'« eligere » c'est-à-dire de "choisir" ou "cueillir" car la loi permet de choisir ce qui est mieux pour le groupe. D'autres trouvent une racine indo-européenne à ce terme ("lagh" qui signifie « établir »/ »poser »). Ne s'agirait-il pas plutôt de la notion de lien comme le suggère Saint Thomas qui fait dériver le mot du verbe "ligare" ( = lier)? Où est-il simplement issu du latin "legare" (envoyer un légat, un mandat)?

 

Quel est le rôle de la loi? Notons déjà que la norme en morale est ce qui donne la dimension universelle. Comme elle est universelle, elle tend à éclairer toutes actions en donnant la visée dernière. La visée dernière, c'est « la perspective d'une humanité à respecter ou à faire grandir. » (X.Thévenot).

Thévenot nous rappelle en effet que la norme, la loi est ce qui nous aide à prendre du recul... Pourquoi la loi nous dit cela? Lorsque nous sommes pris dans une situation complexe, le recours aux normes nous aident à situer notre agir dans un contexte plus objectif. Nous pouvons être pris par la peur, le désir, les passions.etc et la norme permet de discerner avec plus de vérité. Thévenot parle de fonction de "dé-sidérer".

 

La norme permet à l'homme-individu de s'inscrire dans une histoire, une mémoire car en générale, la loi ne tombe pas du ciel. Prendre en compte la temporalité, c'est une meilleure prise du réel. Dans ce cadre, ce qu'on va appeler la « tradition vivante » est très importante. La norme ouvre l'individu à l'autre, il vit dans un « groupe », une société. Je ne peux privilégier ma liberté aux dépens de celle de l'autre. Elle nous rappelle que la morale n'est pas qu'une question individuelle, ce que je pose comme acte à des retombées sur l'humanité, en ce sens que je dis toujours quelque chose de l'homme à travers mes actes.


 

 

La loi est un « principe extérieur », la conscience, les habitus... sont des principes intérieurs. Les principes extérieurs bons pour le chrétien viendra de Dieu et cela de deux manières principales: la loi (loi éternelle, loi révélée, loi naturelle) et la grâce. Ce qui vient de l'extérieur doit cependant être intériorisé. Pour la loi, il faudra l'aide la raisonet de la foi.Pour le chrétien, la loi est un moyen pédagogique divin. Nous ne pouvons pas faire abstraction de la notion de « loi » en théologie lorsque l'on voit la place qu'elle prend dans la Bible. Le mot « loi », c'est le mot « Torah »!

 

Intéressons-nous aux différents types de lois... En premier lieu, il existerait une loi éternelle ou encore loi divine. Nous y reviendrons,mais cette idée n'est pas le propre de la pensée judéo-chrétienne. Notre petite Antigone pour s'opposer à Créon se réfère justement à une loi divine supérieure à la loi civile édictée et représentée par son oncle.

On parlera aussi de loi naturelle que l'on distingue des lois de la nature. "naturelle" renvoie plutôt à la notion de nature humaine. Cette loi naturelle serait une loi inscrite au coeur de tout homme parce qu'il est homme. Il aurait accès à cette loi par sa raison. On la place parfois au coeur de la conscience.

Pour le croyant, il existera aussi une loi révélée. Celle-ci est donnée par Dieu. On la saisit par la foi.

Enfin, il existe des lois humaines ou encore positives. Elles sont nombreuses et variées: lois civiles, règlements intérieurs, code de la route, lois ecclésiastiques...

 

Pour le chrétien, il ne peut avoir de contradiction fondamentale entre la loi naturelle et la loi révélée car toutes deux émanent de la loi éternelle...Ce qui fera dire à St Thomas : Tout ce qui peut se dire au niveau de la raison doit pouvoir être assumé par la foi et tout ce qui peut être dit dans la foi doit pouvoir être entendu par la raison.

 

Nous pouvons résumer par ce petit schéma:

 

LOI ETERNELLE

 

                                                                   LOI NATURELLE                        LOI REVELEE

                                                                                                                                   - loi ancienne

                                                                                                                                    - loi nouvelle

 

                                                                   LOIS CIVILES                               LOIS ECCLESIASTIQUES

 

 

 

 

 

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Par Jacquotte - Publié dans : Ethique
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